‹ Mémoire sur cette representation [illustration] gravée en tête de quelquesChapitre 22 sur 24 · Justin, Àpolog,^ p. 384, H. Etienne · texte numérisé non relu

Justin, Àpolog,^ p. 384, H. Etienne

loriue que celle du Soleil, et c'est Dieu effective! ueut que, derrière cet astre à la fois si puissant et si prodigue de bienfaits, la raison de l'homme doit apercevoir. L'Egypte a donc vu dans le Soleil une image de son Dieu invisible, et le Soleil est devenu pour elle un Verbe. Gloire à toi^ dit la stèle de Taphéroumès à Berlin *, gloire à toi, ô Soleil, enfant die in, qui prends naissance de lui-même chaque jour!,.. Gloire à toi y qui luis dans les eaux du ciel pour donner la vie!.,. Gloire à toi, 6 Soleil! c'est lui qui veille et dont les rayons portent la vie aux purs!... Gloire à toi! lorsque tu circules dans la région supérieure, les dieux qui t'approchent tressaillent de Joie! Une autre stèle de Berlin appellera de même le Soleil j, j » le premier né ^ le fils de Dieu, le Verbe. Enfin, sur l'une des murailles du temple de Philœ on lit '-^'v^ et sur la porte est du temple de Médinet-Ab(ui ,

^^Îk ^ ^xOx c'est-à-dire : c'est lui, le Soleil, qui a fait tout ce qui est, et rien n'a été fait sans lui jamais, ce que saint Jean, précisément dans les mêmes termes, dira quatorze siècles plus tard du Verbe : omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil. En résumé, la lumière, dans sa double nature matérielle et immatérielle, sera donc le Verbe; voilà, selon la remarque de Philon, le véhicule par lequel Dieu agit sur l'univers; voilà l'agent qui relie le monde

\ . Traduction de M. de Rougé ; voy. Estai sur une stèle funéraire de la collecHon Pas' salacqua. Berlin.

2. D'autres monuments disent j, *m|l Ces deux titres du soleil sont très-fréquents.

Voy. le Mémoire de M. de Rougé sur la Statuette naophoredu Vatican, Revue arehéoL, avril 4 851, p. 68.

à son auteur; par elle Dieu se manifeste à riiomme, soit que l'homme voie en elle le principe de Fâme qui l'anime, soit qu'à travers les splendeurs du Soleil il distingue le Dieu caché dans les profondeurs de son essence.

Mais la question, résolue dans ce sens, nous oblige, comme on le voit, à faire du Soleil Osiris, si nous voulons faire d'Osiris le Verbe. Or, si Osiris, dans l'acception entière du mot, n'est pas le Soleil, il est un dédoublement de cet astre qui, sous quelque nom que l'Egypte l'ait adoré ^, s'appelle Ra {Phré avec l'article) lorsqu'il accomplit au-dessus de nos têtes sa révolution diurne, et s'appelle J % HeSIRI, Osirh\, lorsque, pendant la nuit, il passe sous nos pieds pour apparaître le lendemain à l'horizon oriental. Le Verbe est donc à la fois Phré 2 et Osiris, et quoique toujours la lumière, il prendra simultanément les formes de ces deux divinités. Peut-être même, qu'en creusant un peu plus profondément cette question, arriverons-nous à trouver le motif de cette double manifestation. Si Phré est en effet le soleil diurne, si, au contraire, Osiris est le soleil qui se cache au milieu des ténèbres et parcourt dans la solitude de la nuit les espaces qu'habite la mort, Phré et Osiris peuvent être regardés comme l'expression même de la destinée de l'homme, de son passage sur cette terre, et

\ . Les monuments des anciennes dynasties paraissent le connaître sous le nom d*Horus.

C'est le %k des inscriptions postérieures, qu'il ne faut pas confondre avec THonis , fils d'Osiris.

2. On voit par-là qu'y^mmon-Aa, Noum-Ra, Monfh-Ra, Sebeh-Ra, et en général toutes les divinités qui placent après leur nom celui de Ra , ne sont que les puissances de Dieu se manifestant par le Verbe.

de sa fin. Phré serait ainsi le Verbe vivifiant, celui qui donne la force et la croissance, tandis qu'Osiris deviendrait le guide de rame dans l'autre monde. Le Verbe égyptien, sous ses deux noms, arrive de cette façon à son véritable rôle de Verbe, c'est-à-dire qu'il devient tout à fait le type de l'homme et son médiateur auprès de Dieu. Cette grande doctrine n'est-elle pas d'ailleurs celle dont on trouve le développement sur ces milliers de monuments que le génie de ChampoUion nous a révélés? Que nous apprennent ces monuments? L'homme, au moment de sa mort, est comme le soleil qui, à la fin de sa course diurne, va disparaître et mourir en quelque sorte a l'horizon occidental. A peine le moment suprême est- il arrivé, que l'âme, dégagée de ses liens terrestres, rencontre Osiris qui s'empare d'elle pour la guider dans les régions mystérieuses qu'elle va parcourir. Mais le dieu ne se contente pas de marcher à côté de l'âme, ou de la précéder sur le chemin. Il s'identifie avec elle, et l'âme ainsi absorbée devient Osiris. C'est Osiris alors qui, au nom de l'âme qu'il doit sauver, se présente successivement devant les portes des demeures infernales et fléchit les terribles gardiens de ces portes. C'est lui qui, à chaque âme qu'il conduit, renouvelle son combat contre les animaux, compagnons ordinaires de la mort *. Puis, ces terribles épreuves franchies, l'âme est déclarée par Osiris luimême exempte de souillures, et, comme le soleil qui, le matin, accomplit à l'horizon oriental sa nouvelle naissance, elle est enfin admise au sein de la lumière étemelle pour

\. Voyez le Todfenbuch, chap. 34 à 43, etchap. U4 et suiv.

commencer une nouvelle vie que cette fois la mort ne saura plus atteindre *. Voilà le fond de la doctrine égyptienne et la règle qui gouverne tout le système funéraire de l'Egypte. Osiris, pour me servir du mot de Platon, est donc le Bon. « Osiris, » dit Plutarque *, « aime à faire du bien (iya- « Ooxoloç), et son nom, outre plusieurs autres acceptions, « exprime, dit -on, une qualité active et bienfaisante. Le second « nom qu'ils donnent à ce dieu, et qui est celui à'Omphù, « signifie Bienfaisant (èùepyiTYjç). » Autre part, le même Plutarque nous montre Osiris et Isis, son épouse, soit gouvernant l'empire du bien *, soit présidant à l'intelligence, principe de tout bien*. « Isis, » dit encore Plutarque *, « a un « amour inné pour le bon principe; elle le désire : elle « s'offre à lui pour qu'il la féconde. » J'augmenterais facilement le nombre de ces citations; je montrerais dans le nom si

fréquent d'Osiris (^^ '^"""^ j Ounnofré , Vétre bon «, le

type de VOmphis, le bienfaisant de Plutarque; je ferais voir que le nom vulgaire de Memphis T A Mennofré,

4 . Voyez le résumé de ces doctrines dans la Notice sommaire des monuments égyptiens du Louvre, par M. de^ Rougé, p. 84 et suiv.

Page 1