‹ Mémoire sur cette representation [illustration] gravée en tête de quelquesChapitre 4 sur 24 · Panthéon, lib. IV, c. ii, p · texte numérisé non relu

Panthéon, lib. IV, c. ii, p

— n — mettait cette vache à mort *. L'étrangeté même du fait est pour nous une garantie de la véracité de ceux qui nous le font connaître. Élien, entraîné par les besoins de son récit, et vantant la splendeur du temple d'Apis, a tout naturellement supposé au dieu des épouses nombreuses et dignes de lui. Pline, au contraire, a dû ne nous transmettre que la mention d'un usage certain, précisément parce qu'un usage de cette sorte ne s'invente pas. D'ailleurs n'est-ce pas là une question de dogme? Apis, dieu fils lui-même, avait-il le droit de procréer d'autres dieux? Pouvait-il donner le jour à d'autres animaux de son espèce qui, fils d'un Apis, auraient pu ne pas être des Apis eux-mêmes, c'est-à-dire des taureaux revêtus des empreintes divines. Autant ces considérations rendent impossible la mention d'Élien, autant elles donnent de poids au témoignage des autres historiens que nous avons cités. Apis avait donc une épouse, ou plutôt on lui présentait une génisse tous les ans; mais elle était aussitôt après mise à mort, parce que les lois de l'Egypte ne voulaient pas qu'Apis se perpétuât lui-même. — Quant aux monuments, je dois dire que, plus discrets encore que les écrivains de la tradition classique, ils se refusent à nous livrer la moindre mention des épouses d'Apis. On trouve bien, au chapitre 148 du Rituel, le taureau mystique et les sept vaches ses compagnes; on trouve aussi sur l'obélisque Barberini, sculpté par Adrien pour être placé en avant du tombeau d'Antinous, une inscription dans laquelle, à propos de

l'Egypte, on dit : ^fltl3)y^4'!^^iiT^ ^^* ^^^'^^

4. Pline, liv. VIU, c. xlvi; Solin, Polyhist,,, c. xxxii; Ammien Marcellin, liv. XXII.

taureaux avec leurs femelles^. Mais, dans le premier cas, il s'agit d'animaux purement imaginaires; dans le second, nous ne savons si Apis est un des quatre taureaux cités, et si, d'un autre côté, la recherche du style propre à l'époque à laquelle le monument appartient, ne nous autorise pas à voir dans le groupe ^ le sens général de vache ^ plutôt que celui plus précis à! épouse. Les sept vaches du Rituel ne prouvent donc rien de plus que les quatre vaches de l'obélisque Barberini, puisque les unes ne sont certainement pas celles dont les adorateurs d'Apis faisaient suivre ce dieu, et que les autres, en supposant

\, Zoëga, de Usu et orig, obeiiscorum , Ungarelli, Interpretatio obeliscorum urbis, planches. L'obélisque Barberini fut en effet destiné par Adrien au tombeau d'Antinous , situé, selon saint Êpiphane [Anchor.^ t. U, p. 409), dans la ville d'Antinoé. Si la ville d' Antinoé , que cet empereur fonda en l'honneur de son favori , fut construite et gouvernée selon les usages des Grecs, il parait qu'au contraire le tombeau du jeune compagnon de l'empereur fut exécuté à l'égyptienne. C'est ce qu'il faut conclure de cette curieuse phrase

qui termine la légende de l'une des faces de l'obélisque : li| ^k I "*-=^ T T II ^g^

ter en pierre blanche et bonne des sphinx; il a entouré (le tombeau d'Antinoiis) de statues et de colonnes nombreuses, comme U avait été fait par les premiers dans le commencement (sous les pharaons], comme il avait été /ail par les Ioniens (les Grecs], comme (il est fait) par les divins seigneurs (les Romains). La description que M. Jomard (Descr. de l'Egypte, A. D., t. IV, c xv] donne des ruines d' Antinoé est aussi complète et aussi approfondie que possible. Je ne doute pas que des fouilles bien dirigées n'amènent la découverte de ce même tombeau d'Antinous, qui, arrangé à l'égyptienne et, par conséquent, composé d'un temple extérieur et d'une catacombe destinée au sarcophage, a peut-être échappé, au moins dans sa partie souterraine, à l'attention des Arabes de Cheikh -Abadeh.

même qu'elles ne fussent pas des vaches mères, peuvent tout aussi bien avoir été des épouses de taureaux parmi lesquels Apis n'était pas compté. On peut donc considérer les monuments comme muets sur la question qui nous occupe. — ,Les témoignages opposés de Pline et d'Élien restent, par conséquent, maintenant, comme tout à l'heure, seuls en présence, et je crois que s'il est une de ces deux opinions que nous devons adopter plutôt que l'autre, c'est, non pas celle d'Élien qui met autour d'Apis toute une troupe d'épouses, mais celle de Pline qui nous semble en tous points plus conforme au dogme et au soin que les Égyptiens prenaient d'éloigner du dieu toute progéniture. Maintenant la vache des stèles du Sérapéum pourrait-elle être une de ces génisses, c'est-à-dire une épouse d'Apis? Ce n'est pas vraisemblable. Comme je l'ai déjà dit, elle se montre et disparait avec lui. Jamais, en outre, dans les vingt ou ving-cinq ans qu'embrasse la série des monuments relatifs au même Apis, un de ces animaux ne se montre une seule fois à côté de deux vaches. La vache du Sérapéum n'est donc pas une épouse; elle ne peut être qu'une vache mère, et c'est en efiFet l'attribution à laquelle je vais montrer qu'il faut enfin nous arrêter. .

La joie que les Égyptiens manifestaient à la naissance d'Apis, le deuil général qui suivait sa mort, en un mot la vénération extraordinaire dont, à tous les instants de sa vie, ils entouraient l'animal sacré, suffisent à expliquer le respect avec lequel était traitée la vache qui avait eu l'honneur de portçr le dieu dans ses flancs. Déjà se révèle donc, même à défaut d'autres preuves, le motif de l'introduction de la déesse à tête de vache

dans la cérémonie sculptée en tête des proscymènes du Sérapéum. Cette déesse est la mère d'Apis; c'est elle que, par une grâce spéciale, les dieux ont choisie pour faire descendre l'un des leurs sur la terre, et mieux qu'Hathor, mieux qu'aucune des épouses d'Apis, la vache honorée d'un tel choix avait droit de figurer dans le cortège de son divin fils. D'ailleurs une démonstration plus directe de ce fait nous est fournie par le double témoignage des auteurs grecs et des monuments. Strabon* nous apprend, en effet, qu'Apis avait à Memphis un temple célèbre, et qu'une des parties de ce temple était réservée à la mère d'Apis. Les monuments de leur côté ne sont pas moins explicites. J'ai trouvé, dans un hypogée de vaches, situé au nord du Sérapéum, la tombe inviolée d'un personnage qui, au milieu d'une série pompeuse de titres, prenait celui de

im^kml^f^^f^P^^P^^^^ rf^ la mère d'Apis; une stèle du Sérapéum, aujourd'hui au Louvre, a été rédigée au nom d'un autre personnage nommé Ounnofré, fils de Pétosiris, lequel prend également le titre de |f^^1||^1||^^ prophète des mères d'Apis. En ceci, les monuments sont donc d'accord avec Strabon. Non -seulement la mère d'Apis était l'objet du respect des Égyptiens, mais encore il y avait des prêtres d'un ordre élevé attachés à sa personne. Or des prêtres supposent un culte, et le culte, un dieu ou une déesse. Notre déesse à tête de vache, à la main armée du sceptre ordinaire des divinités, telle qu'on la voit sur les stèles du Sérapéum, apparaît donc ici dans toute l'évidence de ses attributs et de

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