‹ Mémoire sur cette representation [illustration] gravée en tête de quelquesChapitre 8 sur 24 · Salle d'Apis, au Louvre · texte numérisé non relu

Salle d'Apis, au Louvre

déjà reconnue par les auteurs grecs et le papyrus de Beiiiû. Apis est donc bien, comme dit Plutarcjue, Fimage d'Osiris; c'est Osiris qui l'anime, qui vit en lui; Apis est, par conséquent, l'incarnation d'Osiris, c'est-à-dire Osiris fait chair.

Mais, d'un autre côté, les textes du Sérapéum donnent à Apis un titre sur lequel nous ne devons pas moins fixer notre attention. Ce titre, écrit {^P^^It^ { dans les hiéroglyphes, doit se traduire, selon M. de Rougé ^, par Apis la seconde vie de Phtah; selon M. Lenormant, par V énergie de Phtah «, et selon M. Brugsch* par/^ revivifié de Phtah, tandis qu'une table à libation du Sérapéum, gravée en phénicien et expliquée par M. le duc de Luynes^ , a transcrit I >/ 9 par le souffle de Phtah, et lû''''''^^ opar/^ souffle vivant de

Phtah. Quelle que soit au juste la signification du groupe ]•?• dans le titre d'Apis, Apis n'en est donc pas moins mis dans un rapport fréquent avec Phtah, rapport de parenté sans aucun doute, puisque la qualification de ■ t fils de Phtah se rencontre quelquefois sur nos monuments. Par conséquent, tout en laissant, comme l'explique Diodore, Tàme d'Osiris animer le taureau sacré, c'est Phtah qui sera, sinon le père du dieu, titre que nos stèles ne lui donnent que par exception

4 . Notice des monuments égyptiens exposés dans les galeries du Musée du Louvre^ p. 44.

2. Dans ses cours d'archéologie égyptienne au Collège de France.

3. UeUr einen TiteldesÀpis-StiereSy p. i (Yoyez Bulletin archéol, ûeVMkeMSSilm^ 4" année, p. 67.)

4. Inscription phénicienne sur une pierre à libation du Sérapéam de Memphis, dans le Bulletin , 4'* année, p. 69 et 77.

et en exagérant pour ainsi dire la portée de ce même titre, mais au moins celui qui aura déposé dans le sein de la vache la semence d'où sortira le corps du divin fils.

Or, une notion des plus curieuses, qu'on ne récusera pas parce qu'elle nous est fournie par un historien antérieur à notre ère et même à la conquête de l'Egypte par Alexandre, se trouve dans Hérodote. « Cet Apis, écrit Hérodote, appelé « aussi Épaphus , est un jeune bœuf dont la mère ne peut eu « porter d'autre. Les Égyptiens disent qu'un éclair descend « sur elle, et que, de cet éclair, elle conçoit le dieu Apis *. C'est le même fait qui est rapporté par Pomponius Mêla ^ en ces termes : Raro nascttur^ nec coitu pecoris, ut aiunt, sed divinitùs et codesti igné conceptas Plutarque ^, qui pensait que la lune avait une lumière humide et propre à la génération des animaux, attribue à l'influence de la lune la conception d'Apis : jEgyptii Apin concipi aiunt Lunœ contactUj et autre part * : Dicunt verà Apin tum concipi j cum lunœ lucem genitalem de se emittit , edque tangatur vacca coitum

4. rîvttoi d XtRC t» Pco;, iHnc cûaiin éiHTt '^ivitoi i; ^oraTipa ôXXov paXXto4at 70^0^. Aipirrtci ^i XifGuoi, oiXoc iin th Pcûi» i» toG oipavoS »0Titxtiv, xoù {uv ix tcùtou rîxrttv to> imv. (Herod., III, 98).

2. Pomp. Mêla, liv. I, c. ix. (Voy. aussi Elien, Hht. anim.^ 1. XI, c. x, et Suidas, au mot Ima.

3. AtTûimot Tov JLiEiv X0XIUI06X1 fsoiv iiniffi rfç otXiivr.c (Plut., Quxst. Symphor.^ VIU, 4).

4. Tbv èk Liny ^ioôat (Xt^cum) , Jrav ç&c jpitop 70vi{aov dlirb tt.; oiXi^iC xoi xaAai|n}Tflu ^cô; 6p|MMVic (Plut., De Is. et OHr., XUII). Voy. Jablonski , Panth.^ liv. IV, c. 11, p. 482, 483. — Je soupçonne que c'est à cette conception surnaturelle d*Apis qu'est due la présence de l'oiseau te^comme détenninatif constant du nom de ce dieu. On sait que déjà l'oiseau te^ SMl àécnre le mot8>6ls. Le scarabée qui , selon la croyance des a ncieM , n'^ pas de femelle, prend aussi quelquefois après lui l'oiseau ^^ comme dans W ^||^ (voy. Champ. Gr. Eg. p. 86, et Dictionnaire, p. 303. '

appetens. Enfin une dernière preuve qui , bien qu'indirecte , n'en a pas moins une certaine valeur, se trouve dans la fable d'Io et les poursuites de Jupiter métamorphosé en nuée. Le jeune veau qui, par la vertu des marques spéciales dont la nature aura orné sa robe, sera plus tard Apis, ne doit donc pas la naissance, comme tous les animaux de sa race, à un taureau, et c'est ce que nos stèles hiéroglyphiques expriment dans les invocations adressées au dieu en ces termes :

l'encens. Sois propice^ ô Apis vivant ^ toi qui n'as pas de père *, toi le premier d'Onnophris (surnom d'Osiris). En réalité, c'est bien un taureau qui l'a engendré dans le sein de la vache. Mais le fils divinisé rejette cette paternité chamelle et se proclame l'incarnation d'Osiris, soit par l'opération de Phtah, si l'on en croit les monuments, soit par l'opération d'un éclair descendu du ciel, si l'on en croit Hérodote. En résumé, si Apis n'est pas du rang des dieux qui s'engendrent eux-mêmes (aùt^y^vot), il est au moins de ceux qui, bien qu'enfantés par leur mère, laissent à celle-ci sa virginité. « Je « suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été, dit l'inscription « de Neîth à Sais; personne n'a relevé ma tunique (tôv è(xdv « ytTûva oôSel; 4icc>tdtXu4'£v), et le fruit que j'ai enfanté est le « Soleil. » On peut, avec la différence des rôles, en dire autant de la mère d'Apis. Elle a conçu Apis sans le contact du mâle; elle est par conséquent restée vierge, même après

4 . On remarquera l'emploi , en qualité de déterminatif, des trois grains ••• qui spécialisent la paternité charnelle. Le sens de père^ pour le scarabée, est un de ceux qui nous sont connus par Horapollon.

l'enfantement. Maintenant conçoit-on que nos textes hiéroglyphiques, quand il s'agit d'exprimer la filiation d'Apis, évitent les formules ordinaires? Ce que je viens de dire aide parfaiment à le comprendre. Les stèles du Sérapéum ont donc pu nous faire lire VApis de la vache Kerk et VApis de la vache Tahor. Tahor et Kerk n'en sont pas moins pour cela les mères des Apis dans le cortège desquels nous les trouvons, et l'objection au-devant de laquelle nous étions allés tout à l'heure se trouve par- là même renversée.

J'ajouterai encore mi mot. Ce qu'on pourrait appeler le personnel de la légende d'Apis se compose, comme nous venons de le voir, de Phtah, d'Osiris et de la mère d'Apis. Nous savons bien les fonctions que ces divers personnages remplissent par rapport à Apis; mais nous ignorons encore la vraie nature des deux premiers d'entre eux et la place qu'ils occupent dans la hiérarchie divine. Si l'on veut bien me suivre sur ce nouveau terrain, nous essaierons, dans le paragraphe suivant, de prendre connaissance du milieu dans lequel ont vécu nos deux divinités, et nous aborderons ensuite, dans un troisième paragraphe, l'étude de ces deux divinités elles-mêmes.

Si Ton suit avec attention la marche des divers systèmes religieux qui se partagèrent le monde ancien, si, en particulier, Ton interroge les principaux et les plus habiles d'entre les acteurs de la lutte mémorable qui occupa les premiers siècles de notre ère, on verra que TÉgypte n'aurait pas joué avec tant d'éclat le rôle que nous lui voyons remplir si elle n'avait eu pour elle qu'une théologie indigne de ce nom et des dogmes ridicules ou monstrueux. La part même que l'Egypte prit à cette lutte et à bien d'autres, soit par elle-même, soit par les écoles sorties de son sein, prouve qu'elle ne s'oublia pas toujours aussi facilement qu'on le suppose. Je ne dis pas que l'Egypte eut raison de peupler ses sanctuaires d'oiseaux, de quadrupèdes et de reptiles; je ne dis pas non plus que nos docteurs chrétiens, très-justement choqués des formes étranges du culte égyptien, ont trop poursuivi de leurs pieux sarcasmes ce qu'Eusèbe appelle la sagesse des scarabées. Mais je crois

qu'après tout la religion égyptienne a exercé sur tout ce qui l'entourait, depuis Moïse et Platon jusqu'à Porphyre et Basilide, une influence incontestable, influence que certainement elle n eût pas obtenue , si elle n'avait porté en elle-même im principe de vitalité qu'une doctrine nourrie de dogmes sérieux avait pu seule lui donner.

Je n'ai pas l'intention de passer en revue chacun de ces dogmes, ni de montrer de quelle manière l'Egypte a conçu le vaste ensemble de doctrines qui formait la base de ses croyances religieuses. Je désire seulement faire voir qu'au fond de ces sanctuaires si méconnus, résidait un Dieu, qui, pour n'être pas tout à fait le Dieu ineffable et abstrait de la tradition hébraïque, n'en est cependant pas moins un Dieu plein de grandeur et digne de la vénération de tous.

Si l'on s'en rapporte à Jamblique, l'Egypte aurait cru, en efffet, à \m Dieu unique (0£à<; eTç), antérieur au premier Dieu (^rpûTo; xal ToO icpwTou 0£oO), immortel, incréé, invisible et caché dans les profondeurs inaccessibles de son essence ^. Voilà quel aurait été le Dieu égyptien, et de ce Dieu sans nom et sans figure, il n'y a pas loin, comme on le voit, au Jéhovah de la Bible.

Maintenant les monuments confirment -ils cette assertion de Jamblique? Le Dieu si remarquablement défini par Jamblique est-il le Dieu qu'adora l'Egypte? La réponse à cette question, un peu diflBcile peut-être, au premier abord, devient moins embarrassante si l'on veut admettre la restriction que Jamblique

4. Jamblique, de Mysteriis^ sect. vni, ch. II, p. 458; Gale, 1678.

lui-même apporte à son premier témoignage, et si, à côté du Dieu ineffable et incompréhensible, on place une hiérarchie d'autres dieux, inférieurs au premier, et le représentant dans chacune de ses puissances, a Le Dieu égyptien, dit Jamblique, quand il est considéré comme cette force cachée qui amène les choses à la lumière, s'appelle Ammon ; quand il est l'esprit intelligent, qui résume toutes les intelligences, il est Emeph (Chneph, Chnouphis); quand il est celui qui accomplit toutes choses avec art et vérité, il s'appelle Phtah, et enfin quand il est le Dieu bon et bienfaisant, on le nomme Osiris ^. » Ramené à ce point de vue, le Panthéon égyptien, tel qu'il nous apparaît dans Jamblique, est bien celui que nous fait retrouver l'étude des monuments. Les monuments, à la vérité, ne nous donnent pas le nom du Dieu suprême, qui, du reste, chez les Égyptiens comme chez les Hébreux, était peut-être entouré d'un tel respect qu'il ne devait même pas être prononcé. Mais la notion de l'unité de ce Dieu, modifiée dans le sens indiqué par Jamblique, se retrouve dans une expression qui se rencontre presque à chaque ligne des textes égyptiens. Si l'on veut me permettre une courte parenthèse, j'établirai, avant d'aller plus loin, les bases philologiques sur lesquelles cette notion repose.

Les monuments de toutes les époques, depuis les premiers temps de la xviii^ dynastie, nous présentent une expression que Champollion * a toujours écrite | | | KHeT NeTerou, et que, fidèle à cette orthographe, il traduit par les autres

4. Jamblique, de MysseriiSy sect. viii, ch. m, p. 159. 2. Grammaire éçypdenne, p. 292, 320, 404, 474, etc.

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dieux y comme dans cette phrase : J^tLi^™^ 1 1 J ^^^'*» le secrétaire jmtice des autres dieux ^. Mais rexamen des textes prouve que ^ suivi de 111 est d'un usage extrêmement rare 2, et qu'au contraire, là où ChampoUion a toujours supposé le prototype du ^et copte, il faut reconnaître un autre mot dont les légendes soignées nous donnent l'hiéroglyphe en

cette forme ô. Ce n'est donc pas ^ 1 ni les autres dieux A flb ni I ^.^ ^ ^ ^

que nous devons partout voir avec ChampoUion, maisw j | | ou w I qui nécessairement a un autre sens, auquel nous arriverons après avoir établi la prononciation phonétique du groupe. — La prononciation phonétique de w est constatée par un grand nombre d'exemples qui établissent que cet hiéroglyphe correspond constamment au mot InC^ V PeTou. Mais PeTou n'intervient pas toujours seul. Tantôt il a pour déterminatif le groupe w lui-même, comme dans

• ^^ (Ammon-Ra) le Seigneur des seigneurs, le Roi des Dieux, te père des pères, le gardien des gardiens, le Maître

ilui-ci • nt^ M^^ ) , quoiqull soit très-probable

r Gr. ég.y p. 331.

2. On le trouve dans quelques exemples du genre de celui - Tafné, arec les autres dieux de ce temple ( Gr, ég.^ p. 685), que le rédacteur égyptien ait entendu écrire ^9^.

3. Je crois plutôt qu'il faut lire Jj ^%^ X- On voit sur une palette de scribe de

Louvre : I ^^^^ JC ^ r^T . Ammon-Ra, le doub'e seigneur des deux mondes (Voy. aussi Denkm., 111, 7i, 73, 235, ?48). Ce titre est sans doute en rapport avec le nom même d'Ammon-Ba, formé de celui de deux divinités. Le double seignettr serait donc à la fois une application à Ra et à Ammon.

créé de toute éternité *; tantôt le mot PeTou reçoit en aiBxe Toiseau \k , par exemple dans Jii^^k \k. ® i *? tantôt enfin le groupe est remplacé par l'oiseau seul %. comme on le voit dans le titre inscrit au-dessus de la représentation d'un Taureau astronomique |{]ô^||^ V engendré du Seigneur *. PeTou est donc, d'une manière certaine, la prononciation du groupe w — Quant à sa signification, elle ressort non-seulement des phrases que je viens de citer et dans lesquelles tous les sens du latin dominus se retrouvent avec évidence, mais aussi d*autres phrases qui ne sont pas moins claires que les précédentes. C'est ainsi que, sous la un® dynastie, on trouve le titre yiL® '^ maitre des deux mondes *, et celui de VC'-'VHp\ï '^ chef ^j où l'on remarquera la présence, en qualité de déterminalif spécial, de l'homme armé du bâton de commandement. La grandeur de l'obélisque de Kamac est célébrée en ces termes par l'une des inscriptions qui couvrent le monument : "^0 ^ ^ i8K I J^^^^^ n'avait fait semblable auparavant un maitre de la terre ^. Au-

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