ANNALES
le vrai et le beau, ceux-là le juste et le saint, comme le laboureur son champ ou le fabricant sa houille, son fer ou son coton. Qu’attendez- vous qu’il vous dise de ces pauvretés sublimes , de ces sacrifices presque surhumains de ces morts presque divines, que vous honorez de vos plus profondes sympathies, de vos plus pieux respects, de vos plus religieux hommages? Que ce ne sont dans l'humanité de si admirables mérites, que parce qu'ils y sont dégagés de tout calcul intéressé ? non, mais que ce sont au contraire des raffinements, il est vrai en dernière fin bien trompeurs, d'un sensualisme particulier ; ou plutôt, parce que après tout l’utilité leur échappe , que ce sont des folies ; folie en effet que le génie, si grave labeur et qui rapporte si peu; folie que la vertu qui travaille aussi, et souvent si douloureusement, pour ne pas plus produire ; folie que toutes ces œuvres qui se détachent de la terre pour se donner au ciel, et n'arrivent à rien, à rien du moins de ce qui compte; folie comme cette autre folie, dont elles participent toutes plus ou moins et qui a été appelée la folie de la croix; car toutes ont cela de commun de tendre à une autre fin que la jouissance matérielle. Voilà ce qui surpasse Helvétius, ce qu’il ne conçoit ni n’explique, c’est-à-dire qu’il n’explique pas l’homme dans ce qu'il a d’excellent; l’explique-t-il même dans ce qu'il a de moins bon? Il semble que familier comme il l’est avec l’évicurien et le voluptueux, il devrait les avoir mieux pénétrés et compris. Il n’en est rien; ils lui restent, au moins en partie, obscurs et cachés. Car il n’y démêle pas ce qui sous ces habitudes de vie, sous ces engagements aux sens, sous ces entraînements aux plaisirs, y réside, néanmoins , pour y percer et s’y développer, à l’occasion, de secrètes ardeurs, de latente énergie, de bons germes enseyelis mais non pas étouffés, de vertus mêmes qui at-