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un de ces maîtres comme on entrouve à son entrée dans le monde et qui viennent vous dire : Ce que vous avez appris dans vos livres, dans vos écoles , et même dans votre famille , était bon pour votre enfance ; c'était la vérité de cet âge ; mais ce n’est pas celle de l’âge où vous êtes arrivé, celle qui vous doit représenter la société , telle que vous allez désormais la trouver. Cette vérité nouvelle, vous l’ignorez , apprenez-la de nous. Fiez-vous-en à nous pour vous en instruire; changez votre science contre la nôtre, votre morale contre la nôtre; vous n’aurez qu’à vous en féliciter.
Il y a certainement dans ces discours de quoi faire illusion à de jeunes esprits, de quoi les séduire et les gagner. Eh bien! c’est un peu là l'attrait d'Helvétius; il inspire, à qui, ilest vrai, ne sait pas assez se garder, une sorte de confiance ; il a l’autorité d’un sage selon le monde et l’art de mêler à des thèses philosophiques des traits et des images, des peintures et des anecdotes, propres à les mieux insinuer et à les faire passer dans les âmes. On a dit de lui qu’il était La Rochefoucauld délayé, mais il l’est en tableaux qui peuvent plus que de simples maximes toucher l'imagination et corrompre le cœur. Voilà en quoi son livre est plus particulièrement dangereux.
Le livre de l'Esprit n’est donc pas un bon livre. Mais alors, me dira-t-on, pourquoi vous y arrêter avec une sorte de complaisance? — parce qu’il n’est pas un bon livre, parce qu'il a eu sa vogue, sa faveur, son crédit même; parce qu’il a été beaucoup lu et qu’il peut l’être encore, et ne l'être pas impunément ; parce que, si peu philosophique qu’il soit au fond, il a cependant apparence de philosophie, et que sans avoir beaucoup d’admirateurs , il peut ne pas manquer de partisans.
Mais c’est assez de préambules, et, arrivant enfin au
corps même de l'ouvrage, je vais suivre l’auteur dans l'examen de toutes les principales que qu’il entreprend successivement de traiter.
Dans sa préface , il nous dit que l’objet qu'il se propose est non-seulement intéressant mais neuf ; que c’est l'esprit considéré d’une manière plus complète qu'il ne l’a été ayant lui ; que quelques-unes de ses idées paraîtront peutêtre hasardées , mais qu'on doit se rappeler que ce n'est souvent qu’à la hardiesse des tentatives qu’on doit la découverte des plus grandes vérités.
N'est-ce pas beaucoup annoncer , beaucoup promettre que d'avancer de telles prétentions? et quelle grande nouveauté, quelle grande vérité il y a-t-il à soutenir, ce qui est le fond du livre, que toutes nosidées viennent des sens; que toutes nos actions se ramènent à l'intérêt; et que l'esprit est un effet de l’éducation plutôt qu’un don de la nature? Le neuf, si neuf il y a, n’est ici que faux ou problématique , pour rappeler ce mot de Voltaire.
Dans son premier discours, recherchant ce qu’est l’esprit en lui-même, il commence par le définir et lui marquer deux principales acceptions : c’est, selon lui, l'effet de la faculté de penser, c’est-à-dire l’assemblage des pensées d’un homme, ou la faculté même de penser. Pour sayoir par conséquent ce qu'est l’esprit dans l’un comme dans l’autre sens , il faut connaître quelles sont les causes productrices de nos idées. Or, ces causes sont deux puissances passives: l’une, celle de recevoir les impressions que font sur nous les choses extérieures, c’est la sensibilité physique; l’autre , celle de conserver ces impressions, c'est la mémoire , qui n’est qu’une sensibilité continuée , mais affaiblie.
Ces puissances ne nous fourniraient cependant qu'un petit nombre d'idées, si elles n'étaient jointes en nous à