DEUXIÈME DISCOURS
Le sujet de ce discours est la doctrine de l'intérêt ; or, au fond de cette doctrine il y a une théorie de l'amour. Il s'agira d'apprécier cette théorie, et pour la mieux apprécier d'en proposer une autre, à l’aide de laquelle on puisse plus exactement la discuter et la contrôler.
À cette fin certains développements me paraissent indispensables et c’est là précisément ce qui m’embarasse et m’'arrête , et par suite exige quelques explications.
Je l'avoue, je ne puis consentir à ne voir dans l'histoire de la philosophie que cette histoire elle-même ; j'y vois de plus et avant tout la philosophie proprement dite. L'histoire comme moyen, et la philosophie comme but, l'histoire pour commencer et la philosophie pour finir, l’une comme exercice, préparation et forte discipline de l'intelligence , l’autré comme progrès ultérieur, forme plus avancée et œuvre finale de la pensée, voilà quel est à mes yeux leur rapport véritable, l’histoire pour l’histoire , et sans regard à la philosophie, sans aucun dessein philosophique, aurait encore son intérêt, celui qui s’attache à l'étude de toute doctrine de quelque valeur dans le passé. Mais elle n’aurait plus son mobile le plus élevé et le plus puissant, celui qui naît de la vérité à connoître en ellemême , et à rechercher et à saisir par ses propres ré-