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rassé des actions vertueuses. » Et après les développements qui suivent et qui ont beaucoup de rapports avec ceux de Voltaire, Rousseau finit par ces paroles si connues mais qu’on aime à se rappeler: « Conscience, conscience ! instinct divin , immortelle et céleste voix, guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal, qui rend l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fait l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions. »
Diderot, qui comme on le sait, n’est certainement pas toujours un très-sévère moraliste, mais à qui il arrive aussi , surtout quand il critique, d’avoir ses rencontres heureuses et ses veines de sagesse, attaque dans deux morceaux, l’un relatif au livre de l'Esprit, l’autre à celui de l'Homme, mais dans le second plus fortement que dans le premier , la morale de l'intérêt. Voici ce qu’il dit en dernier lieu, en prenant pour exemple les savants, ceux du moins qui sont véritablement dévoués à leurs travaux : « Comment se persuader que chez eux l’amour des talents est fondé sur l’amour des plaisirs physiques.
Croyez que quand Leïbnitz s’enferme à l’âge de vingt ans, et en passe trente dans sa robe de chambre, enfoncé dans les profondeurs de la géométrie, ou perdu dans les ténèbres de la métaphysique, il ne pense pas plus à obtenir un poste (Diderot qui ne ménage rien, indique ici crûment un autre mobile), et à remplir d’or un vieux bahut, que s’il touchait à son dernier moment... C’est un être qui se plaît à méditer, qui est un sage ou un fou, qui fait un cas infini de l’éloge de ses semblables, qui aime le son de l’éloge, comme l’avare le son d’un écu.…. et tente de faire une grande découverte pour se faire un grand nom... Voilà le bonheur qu'il envie et il en jouit.
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Proposez-lui tous les plaisirs des sens à la condition qu'il renonce à la solution d’un problème et il ne le voudra pas. Offrez-lui la place de premier ministre , s’il consent de jeter au feu son traité de l'harmonie préétablie, il n’en fera rien. Il est avare, forcez sa porte, entrez dans son cabinet le pistolet à la main et dites-lui : ou ta bourse ou ta découverte du Calcul des fluxions, et il vous livrera la clef de son coffre-fort en souriant. » Et après divers développements dans le même sens, il ajoute : « Que direz-vous de tant de philosophes nos contemporains et nos amis, qui gourmandent si fièrement les prêtres et les rois? ils ne peuvent se nommer; ils ne peuvent avoir en vue, ni la gloire , ni l'intérêt, ni la volupté... Comment résoudrez-vous, en dernière analyse, sans un pitoyable abus de mots, en des plaisirs sensuels , ce généreux enthousiasme qui les expose à la perte de leur liberté, de leur fortune, de leur honneur même et de leur vie ?....... Je vous entends , ils se flattent qu’un jour on les nommera et que leur mémoire sera éternellement honorée parmi les hommes ; je le veux. Mais qu’a de commun cette vanité héroïque avec la sensibilité physique et la sorte de récompenses abjectes que vous en déduisez........... Mon ami, votre vaisseau fait eau de toute part, et je pourrais le couler à fond par l’exemple de quelques hommes qui ont encouru l’ignominie et l’ont supporté dans le silence, pendant une longue suite d'années , soutenus du seul espoir de confondre un jour leurs injustes concitoyens... » Puis passant d’un ordre d'idées à un autre, d’une classe d’hommes à une autre, à laquelle il est cependant moins favorable, il n’en dit pas moins : « Quel rapport y a-t-il entre l’héroïsme insensé de quelques hommes religieux et les biens de ce monde ? Ce n’est pas (ici encore Diderot a des mots à lui et que je dois passer)... de s’enivrer de vins