‹ Mémoire sur l'amovibilité des curés en Canada [microforme]Chapitre 5 sur 10 · A SAT TS · texte numérisé non relu

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souvent les rendre sourds à la voix de l’obéissance et du devoir qui les appellerait ailleurs pour la gloire de Dieu et le bien de l’Eglise. La fixation n’attacherait pas plus les Curés à leurs ouailles, ni les brebis à leurs Pasteurs: seulement, si le Prêtre était vicieux, les Paroissiens seraient forcés, sans presque äucun remède, de l’endurer jusqu’à la fin de ses jours, quelquefois au grand détriment et scandale de la Paroisse ; et si un bon Pasteur, pour prix de ses travaux et de ses sueurs, ne recueillait de son troupeau que la haïne et l'ingratitude, l’Evêque aurait difficilement moyen de le dédommager ou le récompenser par un autre Bénéfice, dont il ne pourrait déplacer le Titulaire; qui quelquefois pourtant aurait bien mérité de le perdre.—Ce n’est pas non plus la fixation des Curés qui améliorerait les Bénéfices : car les Prétres savent qu’ils sont obligés en conscience de soigner le temporel de leur Eglise en bons pères de famille ; et s’ils ne le font pas, P'Evêque a pouvoir de les y forcer quand ils dépendent de lui, comme aussi la loi civile s’ils sont transférés dans une autre Cure : mais si étant fixés, ils sont dissipateurs jusqu’à la fin de leur vie, et s’ils meurent insolvables, où prendra-t-on pour dédommager les Habitants du dépérissement de la Cure, de la détérioration de tous les bâtiments ?—Ce serait une triste perspective pour l'Eglise que celle de jeunes gens de famille, qui ne se feraient Prêtres que par le désir d’un riche Bénéfice : c’est ce que l’Ecriture Sainte et les Pères de l'Eglise appellent entrer comme un loup ou comme un mercenaire dans la bergerie : c’est faire du Sacerdoce un vil métier; et dans l'intérêt de la question même dont il s’agit, la fixation des Curés ôterait à l’Evêque les moyens d’exciter une louable émulation, en punissant le vice et récompensant la vertu. Mais il n’a jamais été dans l’esprit de l'Eglise de stimuler ainsi la

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cupidité et l'ambition de Jeunes Prêtres par l’appat de ce qu’on appèle de bonnes Cures, indépendantes de l’Evêque. Grâces à Dieu, presque toutes les Cures de ce pays peuvent soutenir modestement leurs Pasteurs ; et si quelques-unes manquent du nécessaire honnête, l’Evêque a soin d’y pourvoir par des secours on suppléments. Habentes alimenta et quibus tegamur, his contenti sumus ( 1. Tim. 6, 8. ) : telle doit être la dévise d’un Prêtre. Cependant toutes les raisons, que donne ci-dessus Mr. de Maurepas en faveur de l’inamovibilité, ne sauraient tenir devant Ja dernière réflexion, qu’il fait lui-même sur l’importance de la révocabilité pour maintenir la subordination, que les Curés doivent à l’Evêque. Car la première condition d’un Gouvernement quelconque, surtout du Régime ecclésiastique, qui a moins de force physique et coercitive qu’un autre, est que le Supérieur ait des moyens certains de se faire obéir; et c’est pour cela que chaque Prêtre, à son ordination, dépose entre les mains de son Evêque une promesse d’obéissance à ses ordres et à ses décrets : mais si, avant la Conquête, où l’Evêque avait une Cour ecclésiastique pour juger ses Clercs, le Ministre du Roi craignait que l’inamovibilité des Cures ne laissät point à l’Evêque assez de force pour les ranger à leur devoir, combien plus pareille c"nséquence serait-elle à redouter, lorsque ce Prélat n’a plus les mêmes ressources ? D'ailleurs, dans les nouvelles Eglises, telles qu’est encore la nôtre, les Prêtres sont toujours amovibles : ainsi furent-ils dans la primitive Eglise: ainsi le sont-ils aujourd’hui dans tous les pays de Mission. Dans une nouvelle Eglise, les chrétiens sont dispersés sur une surface immense; ce qui exige des Missionnaires pour parcourir différents lieux, afin de subvenir aux besoins des Fidèles, et ce qui empêche conséquemment de les fixer. Dans une nouvelle Eglise, il y a souvent moins de Prêtres qu’il n’en faudrait | 7

pour les nécessités des Peuples ; ce qui oblige de donner la desserte de plusieurs Paroisses au mé’1e Prêtre : mais ce qu’on peut faire en cela avec des Missionna’ 3, serait contre les règles des saints Canons par rapport à des Curés fixes, comme nous l’avons dit ci-dessus. Dans une nouvelle Eglise, la rareté des Prêtres fait qu’on est forcé de les employer tous : il faut donc que, par l’'amovibilité, ils soient obligés de se rendre où l’Evêque en a le plus de besoin. Dans une nouvelle Eglise, la population augmente à vue d’œil, à cause des défrichements et établissements qui surgissent avec rapidité ; mais tel Prêtre qui convient à une Paroisse qui commence, ne suffit plus à la même Cure, devenue très considérable : ce Prêtre doit donc être amovible, afin que l’Evêque puisse le retirer, pour lui substituer un plus capable. Enfin, dans une Eglise nouvelle, et qui s’accroit prodigieusement en peu d’années, on ne peut fixer facilement le District des Cures, parce qu’il faut fréquemment diviser et soudiviser les Paroisses : on ne saurait donc y fixer les Curés. Or tout ce que nous venons de dire sur les Eglises nouvelles est parfaiten.ent applicable à celle du Canada, puisque, quoiqu’elle date de près de 200 ans, elle est encore aussi pauvre en moyens d'exercer son Ministère que plusieurs Eglises bien moins anciennes. Et si, dans une Eglise comme celle de France, qui avait alors plus de quinze siècles d'existence, il y avait en 1663, selon le témoignage du Roi même (Ibid. tom. 1, pag. 27.), plusieurs Diocèses dont tous les Curés étaient amovibles ; si dans cette Eglise antique, on n’a songé à faire des lois générales pour la fixation des Curés qu’en 1686 (dans . Lacombe, Jur. Can. in fine, ), comment supposer que le Roi ait voulu dès 1679 ( Ibid. pag. 243. ) que les Cures fussent fixes dans l'Eglise naissante de ce pays, où maintenant encore il serait impossible de les fixer, pour les raisons sus-dites ?

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Plus on examine cette matière, plus les raisons se pressent et se multiplient en faveur de l’amovibilité. Elle est fondée sur les plus simples notions de l'Eglise, dont le gouvernement appartient aux vêques, qui par conséquent donnent seuls la jurisdiction aux Curés. Or dès que l’'Evêque, en vertu même de son épiscopat, donne la jurisdiction, il peut sans doute la limiter comme 1 veut, et pour l'étendue des pouvoirs, et pour celle des lieux, et pour celle de la durée; c’est-à-dire qu’il a le droit d'établir les Curés amovibles : ils sont donc amovibles en Canada, puisque P'Evêque les établit ainsi. De plus, selon Thomassin (tom. 3, pag. 20, n. 1.), les Curés ne sont inamovibles dans certaines Eglises, que parce que les Evêques ont cédé leurs droits là-dessus : donc puisqu’ils n’ont rien cédé en Canada sur cet article, ils ont droit d’y instituer les Curés amovibles. L’amovibilité est fondée sur l'es” : :?s lois et de administration qu’on avait voulu introduire à : cyurd du Clergé dans les Colonies Françaises, dont le Canada était alors une des principales. Une dépêche ministérielle du 30 janvier 1717 au Conseil Supérieur de St. Domingue ( Petit, tom. ?, pag. 481.) porte, que l'intention du Roi est qu’on ne reprenne pas les ecclésiastiques avec éclat, mais que, suivant l’usage des Îles du Vent, il soit réservé aux Gouverneurs et Intendants de les corriger avec douceur pour ie délit commun, et les renvoyer en France s’ils tombent dans les cas privilégiés. Il faut donc que les Curés soient amovibles, pour que l’Evêque puisse retirer sans bruit les ecclésiastiques déréglés, sans les formes d’une procédure toujours scandaleuse contre les Ministres des autels. Elle est fondée sur l’organisation de l’Eglise Canadienne, toute différente de celle des Contrées Européennes, où l’inamovibilité a dû s’établir par la nature même des lois. Dans ces dernières Eglises, il y a des droits de Gradués, d’Indultaires, de Ré-

signataires, de Patrons, &c. qui obligent les Evêques à ne nas destituer les Curés, parce que ce serait violer le droit d’un tiers : il y a des dévoluts, qui forcent à placer des Curés en titre, pour ne pas s’exposer à l’impétration des Bénéfices. Mais ici rien ne gêne l’autorité de l’Evêque dans la libre collation des Cures ; rien n’est à craindre s’il ne place pas les Curés en titre: rien ne met donc obstacle à l’amovibilité des Curés. Elle est fondée sur les circonstances des Missions de ce pays. Plusieurs de ces Missions, éloignées quelquefois les unes des autres, demandent beaucoup de connaissances et des vertus bien éprouvées dans les Pasteurs : il faut donc que l’Evêque puisse détacher de leurs Cures des hommes instruits par l’expérience, et d’une solide piété, pour remplir ces Missions. Souvent de jeunes Vicaires n’auraient, ni les lumières, ni l’expérience, ni la fermeté de vertu, qu’exigent des postes lointains et solitaires. Elle est fondée sur les grands pri ‘pes du bien public, qui doit passer avant tous les intérêts particuliers. Quel est en effet, dans l’Eglise comme dans l'Etat, celui qui doit, pour l'intérêt générai, distribuer les emplois? Il est clair que ce doit être celui qui sait les besoins et les ressources, qui dans un Diocèse connait l’ensemble des Paroisses et des Prétres, qui voit ce qu’il peut et doit donner à chaque lieu et à chaque personne. Cet homme est évidemmeni l’Evêque, qui connait mieux que tout autre son Diocèse et son Clergé. Mais les besoins des Paroisses changent, ainsi que les qualités des Prêtres : les diverses circonstances, de mort, de mœurs, &c. amènent d’autres besoins ou d’autres combinaisons pour les places. Il faut donc que l’Evêque puisse subvenir à ces nouveaux besoins, remplir ces places vacante’, éloigner un Curé qui ne convient plus à sa Paroisse, quoiqu'il y ait fait du fruit pendant un temps, opposer changements à changements, et faire dans de nouvelles circons-

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tances ce qu’exige le bien de l’Eglise, Or pour remplir toutes ces vues de bien public, il faut pouvoir changer les Curés qui ne conviennent plus, ou qui conviendraient mieux ailleurs, ou qui doivent remplacer les morts, ou qui ne méritent plus la confiance, Sans doute, le grand intérêt de l’Evêque est de bien gouverner, ae placer les Prêtres de la meilleure manière ; son honneur, son vepos, sa conscience, le demandent : son propre intérêt se con+ fond donc ici avec l'intérêt général. Au contraire, un Curé a mille iaiérêts privés, d’habitudes, d’amitié, de parenté, d’acquisition:, qui nuisent souvent au bien public: c’est donc ordinairement le bien général qui détermine l'Evêque &:1x changements, et Vintérêt privé qui induit le Curé à ne pas changer de lieu. La question se réduit donc à savoir le quel vaut mieux de laisser la décision en cette matière, à l’intérêt public qui: détermine le plus souvent l’Evêque dans ces changements, ou à l'intérêt privé qui nécessairement doit engager souvent le Curé à ne pas désirer ces mutations.

-« Si dans le Gouvernement civil, on trouve nécessaire que la plûpart des Officiers soient amovibles, pour conserver la subordination, à plus forte raison dans le Gouvernement ecclésiastique, où la soumission des Prêtres à l’Evêque doit être encore plus étroite; à cause de ’exemple qu’ils doivent en donner aux Peuples, s’ils veulent être obéis eux-mêmes par leurs subordonnés, et à raison de l’obéissance qu’ils ont solennellement promise à leur Prélat en recevant le Sacerdoce. Mais c’est surtout par le bon emploi des revenus des Curés, que l'Eglise et l'Etat gagneront à ce qu’ils soient amovibles. Qui ne sent qu’il est dans la nature humaine que l'attachement d’un Curé fixe à sa Paroisse, loin de procurer l’amélioration de son Bénéfice, ou le bien du Diocèse en général, ne lui fasse former d'établissements que pour lui et pour les siens ?

Jamais l’amou- des biens de ce1:onde, particulièrement dans les Ecclésiastiques, qui ont dit au pied des saints autels Dominus pars hœreditatis meæ, n'a produit de grandes choses, Souvent les vues ‘étroites de quelque’ particuliers ont empêché les projets salutaires d’un Evêque, qui naturellement voit plus en grand le bien de l'Eglise, et qui n’a d’autre intérêt que l'intérêt général. Aussi, quel Clergé a fait proportionnellement plus d'établissements utiles à la Religion et au Public, que le Clergé du Canada, grâces à son amovibilité ? N’a-t-il pas opéré, sous la direction ou dans l'intention des Supérieurs ecclésiastiques, qui le favorisaient de leurs conseils ou de leur pouvoir, pour l'éducation et mille autres bonnes œuvres, ce que la Puissance civile n’a pu toujours obtenir, et ce à quoi des Curés fixes et indépendants de l'influence de PEvêque, n’auraient probablement jamais pensé ou réussi ? C’est ainsi que l’amovibilité rehausse l'honneur et l'importance du Clergé, aussi bien qne l’avantage. de la Religion et de notre Nationalité ; c’est ainsi du moins que pensait le judicieux et savant Auteur, déjà cité sur le Gouvernement des Colonies Françaises, lorsqu'il disait ( Ibid. page 520.): “ Ce qui achevera d’assurer “ l'utilité du Ministère (ecclésiastique), ce sera l’amovibilité des “ Cures.” IL avait pesé, en homme d’expérience, les raisons pour et contre la fixation des Curés; et celles pour l’amovibilité lui avaient paru décisives, par l'influence que cette discipline doit avoir sur les mœurs des Ecclésiastiques, qui en ont une si marquée sur les mœurs des Peuples.

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