‹ Mémoire sur l'analogie de composition et sur quelques points de l'organisation des échinodermes;Chapitre 10 sur 21 · DES PÉDICELLAIRES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES PÉDICELLAIRES EN GÉNÉRAL

Les Pédicellaires que l’on rencontre à la surface du corps des Oursins et d’un certain nombre d'espèces d’Æstéries, ont été le second sujet de mes études.

Ce sont de petits corps de quelques millimètres de long, composés, le plus souvent, d’une tige et d’une tête en forme de pince à trois ou à deux branches, attachés aux téguments de ces animaux.

Leur usage est encore problématique, quoique l'opinion que ce sont des organes appartenant aux téguments prévale en ce moment, et puisse être démontrée.

C’est à O. F. Müller, l’auteur célèbre, entre autres, de la Zoologie du Danemark, qu'on en doit la découverte. Il les nomma et les décrivit, dans cet ouvrage, comme des animaux d’un aspect singulier, qu’il avait trouvés entre les piquants de l’Echinus saxatilis. Il en distingua et il en figura trois espèces : ce sont ses Pedicellaria globifera, tridens et triphytlla. (Pl. XVI, fig. 1-9.)

Dans la première édition des Animaux sans vertèbres, qui à paru en 1801, Lamarck classait le genre Pédicellaire, avec les Corynes et les Aydres, parmi les Polypes nus, et ci-

tait, pour exemple, la Pedicellaria globifera de Müller, qu'il regardait comme le type de ce genre.

G. Cuvier assigna la même importance aux Pédicellair es, dans la première édition de son Règne animal, en conservant le genre Pedicellaria de O.F. Müller et de Lamarcek, et il le classa de même parmi les Polypes nus, avec les Hydres, les Corynes, etc.; en avertissant toutefois que divers auteurs les regardaient comme les organes des Oursins.

En 1825, M. de Blainville crut devoir consigner, pour l'histoire de la science, dans le Dictionnaire des sciences naturelles (T. 37), au mot Pédicellaire, les caractères de ce genre et des trois espèces décrites par ©. F. Müller, telles que cet auteur et Lamarck les avaient admises; il ajouta mème une quatrième espèce, la Pedicellaria rotifera, décrite par Lamarck. Mais il eut soin d'exprimer ses doutes sur l’individualité animale des trois premières espèces, et la certitude qu'il avait acquise, d’après ses propres observations, que la quatrième espèce avait été faite avec les cirres tentaculaires du pourtour de la bouche des Oursins, sur lesquels Lamarck avait cru découvrir cette espèce prétendue.

Dans la même année (1825) M. Delle-Chiaje émettait l’opinion que les Pédicellaires sont, sans aucun doute, les organes des Oursins. Selon cet auteur, ces prétendus polypes font partie intégrante du corps des Oursins; ils leur servent à s'attacher aux objets environnants et à saisir les animalcules dont ils peuvent se nourrir.

[ls ont un pédicule osseux, articulé à un condyle, comme

les piquants. Leur extrémité libre se compose d’un groupe de fibres se distribuant à trois pièces osseuses, longues, grèles, ponctuées et articulées.

Celles de l’Echinus spatangus sont plus petites que les Pédicellaires de l'£chinus edulis. Dans l'Echinus neglectus, elles ressemblent au fruit du fusain (1).

M. Valentin, dans sa Monographie anatomique du genre Echinus, déjà citée, distingue trois formes de Pédicellaires, analogues aux trois espèces que O.F. Müller avait nommées. Ce sont les Pédicellaires gemmiforme, ophicéphale et tridactyle.

Ces dernières se voient particulièrement, selon cet observateur, autour des piquants des aires interambulacraires. Leur longueur moyenne est de 0",0044, et celle de leur tête de 0",0005 à o",oo1. M. Valentin rejette l'idée que ces diverses formes appartiendraient à des degrés différents de développement d’un seul et même organe, attendu qu'il n’en a pas trouvé les formes intermédiaires.

Dans une note de cette Monographie, ajoutée par M. Agassiz, ce savant émet l'hypothèse que les Pédicellaires des Oursins seraient une première forme de leurs petits.

Une année après, en 1842, M. le professeur Erdl publiait, dans les Ærchives d'histoire naturelle de H. F. Erichson, des observations détaillées sur la structure et les phéromènes vitaux des Pédicellaires, qui l'ont conduit aux mêmes conclusions que MM. Delle-Chiaje et Valentin.

La peau de l'Oursin se continue sur la tige, la tête et les branches de ces organes tégumentaires, et paraît de même

(1) Memorie sulla storia et notomia degli animali senza vertebre , etc. ,

in-4°, p. 324. Napoli, 1825. PI.LIV, fig. 18 et À, pour cette dernière forme.

38 DE L'ORGANISATION ponctuée de taches colorées. Il distingue trois formes de Pédicellaires; c'est dans l’£chinus saxatilis qu'il les a observées.

La première forme répond à la Pedicellaria globifera d'O.F. Müller, et à la Pedicellaria gemnuformis de Valentin.

La tête se compose de trois valves, formant un bouton à peu près sphérique quand elles sont rapprochées, et montrant, lorsqu'elles sont écartées, au centre de l'extrémité de la tige qui les supporte, une fossette, sorte de ventouse triangulaire.

La peau qui les revêt, en dedans, a des cils vibratiles.

Ces trois valves ont des mouvements continuels, lorsque l'animal est encore plein de vie, au moyen desquels l'organe s'ouvre et se ferme alternativement. La tige même se fléchit ou se redresse. M. Erdl a vu les mouvements des valves persister pendant quelques minutes, après avoir détaché l'orsane du corps de l'Oursin.

Il distingue cette première forme comme sa première sorte d'organes à valves : sa seconde sorte est, selon lui, une forme transitoire de la première à la troisième. Il l'appelle organe à valves foliacées. Les trois valves mobiles de la tête sont en forme de feuilles, à bord denté en scie.

La tige est plus roide que dans la première sorte, quoique couverte de même d’une peau colorée, pourvue de cils vibratiles ; elle se fléchit en spirale. Les valves se meuvent avec moins de vivacité que dans la première sorte, et leurs mouvements cessent aussitôt qu'on a séparé l'organe du corps de l’Oursin. Cette sorte d'organes à valves foliacées répond à la Pedicellaria triphylla d'O.F. Müller, et à la Pedicellaria ophicephala de Valentin. Les valves se touchent dans toute leur longueur , quand elles sont rapprochées, et leurs dents s'engrènent les unes dans les autres.

DES ÉCHINODERMES. 5g

La troisième sorte d'organe distinguée par M. Erdi, est sa Pédicellaire à pinces en tenailles ; c’est la plus grande des trois. Elle est colorée dans toute son étendue. Chacune de ses trois branches, qui sont étroites, allongées et recourbée: en pointe à leur extrémité, a trois arêtes, dont les deux laterales sont dentées en scie. Rapprochées, elles ne se touchent que par leurs extrémités. Leurs mouvements sont prompts et énergiques.

L'auteur a observé de ces organes sur toute la surface du corps de l’Oursin, entre ses piquants, et entre ses pieds vésiculeux ou ses suçoirs. Îl a trouvé ceux de la première sorte plus nombreux dans l'hémisphère baccal ou inférieur, et moins nombreux dans l'hémisphère anal, où ceux de Îla troisième sorte existent en plus grand nombre. Les moins nombreux étaient ceux de la forme intermédiaire, en feuilles.

M. Erdi les regarde comme des organes préhensibles, saisissant une proie proportionnée à leur volume, et la transmettant de proche en proche jusques à la bouche, pour ceux du moins qui sont éloignés de cet orifice, et pour ainsi dire au pôle opposé du corps. Il a vu des Véréides de plusieurs pouces de long, tellement saisies par ces organes, qu’ils se sont détachés du corps, plutôt que de lâcher prise, lorsqu'il a essayé de mettre ces Véréides en liberté.

Les observations de MM. Delle-Chiaje et Valentin, celles en dernier lieu de M. Erdi, ont avancé très-sensiblement la connaissance des Pédicellaires, relativement à leur structure et à leur nature, comme organes des Échinides.

Il manque cependant un travail d'ensemble, exécuté comparativement sur un grand nombre d’espèces de l’ordre des Échinides, pour déterminer si leur existence est générale:

ou si elle caractériserait certains genres, ou seulement quelques espèces d’autres genres, ainsi que MM. J. Müller et Trochel l’ont vu pour les 4stérides.

[l faudrait s'assurer si leur forme et leurs proportions varient selon l’âge et le sexe? Si certaines formes, sous lesquelles elles peuvent se présenter dans le même individu, occupent de préférence telle ou telle partie du corps? Si leur présence enfin, quant à leur nombre, comme relativement à leur forme, a quelque constance, dans tous les individus d’une même espèce et dans les différentes parties de la surface de leur corps où elles sont attachées ?

En attendant que ce travail d'ensemble soit exécuté par une main habile, ayant à sa disposition une des grandes collections de ces animaux, je demande la permission d’apporter, au profit de la science, mon modeste tribut d'observations et les conclusions que j'ai cru pouvoir en tirer.

Page 1