II
Après ces préliminaires sur la composition générale du squelette des Échinides, nous pouvons entreprendre de le comparer avec celui des Astérides, sans craindre de ne pas être compris.
Afin de rendre les détails dans lesquels nous allons entrer plus faciles à saisir, nous avons fait dessiner (1) la coupe d’un rayon libre de l’Æstérie glaciale (2) (Asteracanthion glacialis, M. et T.) faite près de la base; celle d’un des cinq rayons
(x) C’est M. Focillon, licencié es sciences naturelles , et mon préparateur au Collége de France, qui a exécuté ces dessins avec toute l'intelligence et toute l'exactitude désirables,
(2) PL I, fig. 1.
pe
soudés de l’AÆsteriscus palmipes, M. et T., (1) et celle de la coupe d’un rayou de l’'Oursin comestible (2) en indiquant par les mêmes lettres les parties comparables et exactement correspondantes.
La coupe de l’Oursin représente celle d’un rayon qui se compose de l'aire dite ambulacraire dans sa partie moyenne et de la moitié des deux aires snter-ambulacraires sur les côtés. Ces dernières sont les côtes, et la partie moyenne la colonne vertébrale de ce rayon symétrique.
On reconnaîtra facilement que les pièces moyennes (a et b), dans les deux espèces d’4stéries et dans l Oursin (3), forment ce qu'on regarde depuis longtemps, dans les Æstéries (4) comme le corps de la vertèbre ; que la pièce latérale (c) est une sorte de côte, très-courte dans les Æstéries, très-longue dans l'Oursin; qu'à l'extérieur de cette dernière pièce se voient, dans l'Oursin, plusieurs séries de petites pièces (d) destinées à soutenir les piquants ; que ces mêmes pièces, rapprochées dans l’Oursin, sont plus ou moins distantes dans l’Æstérie, et que chacune d'elles correspond de même à un piquant, et est destinée à le soutenir.
Dans un rayon séparé d’Æstérie, le squelette est aussi superficiel, dans toutes ses parties, que celui de l’Oursin, éga-
(x) PI fe;
(2) PL FE fis:3:
(3) Elles sont traversées par un ou deux canaux, établissant la communication entre les pieds vésiculeux (p. p.) et les vessies internes correspondantes (v.).
(4) Voir, dans l'ouvrage cité du célèbre Tiedemann, l'explication de la fig. 1 de la pl, IX.
lement recouvert par la peau, et revêtu en dedans par le péritoine, lorsque la cavité viscérale s’y prolonge.
Seulement, dans certaines espèces (l’Æstérie glaciale), c'est la partie vertébrale proprement dite qui est la plus superficielle; tandis que les parties costales sont séparées de la peau par des renflements de tissu fibro-celluleux, formant ces tubercules que les piquants traversent, et qui semblent leur servir de gangue.
Je ne comprends pas, d’après cela, pas plus que M. Agassiz, qu'on ait pu regarder la partie vertébrale proprement dite d’un rayon comme formant un squelette interne, et les parties latérales qui viennent s’y joindre, sur les côtés, comme constituant un squelette superficiel : cette différence n'existe pas. L'ensemble de toutes ces pièces, dans les Æstéries, compose un squelette interne, ainsi que je viens de le dire, mais superficiel, ou périphérique, comme chez les Oursins (1).
Dans l’Æstérie à rayons libres, les deux bords internes des
(x) Voici les expressions de M. J. Müller :
« Les Astérides sont des Échinodermes en étoile ou polygonales, le plus généralement de forme pentagonale, qui, outre un squelette cutané, ont un squelette intérieur , qui manque à tous les autres.
« Ce squelette consiste en autant de séries d'articles réunis par des articulations, qu'il y a de bras, et part toujours du côté ventral de l’enveloppe commune , et particulièrement de la bouche.
« Chez les Astérides, ces séries d'articles forment le plancher du sillon ventral, et le squelette de la peau s'appuie des deux côtés du sillon sur ces vertèbres , de telle sorte qu'il en résulte une cavité viscérale dans laquelle se prolongent les cœcum de l'estomac, et en partie les organes ge-
nitaux , etc, »
parties costales du rayon se soudent entre eux pour intercepter une division de la cavité viscérale que comprend chaque rayon.
Dans l’Oursin, ils se soudent aux parties correspondantes du squelette qui appartiennent aux deux rayons voisins, de manière que les cinq rayons ne forment qu’une seule cavité viscérale commune.
Quelque chose d’analogue a lieu dans l’Æstérie à rayons soudés, sauf que la cavité viscérale est bornée à la partie centrale du pentagone, et que la cavité des rayons est interceptée par des colonnes osseuses qui vont d’une face à l’autre, et qui aboutissent à des pièces isolées du squelette périphérique, les analogues de celles qui soutiennent les piquants dans l’Æstérie à rayons libres.
Cette disposition rappelle les cloisons osseuses qui divisent la cavité viscérale des Oursins aplatis, tels que ceux de la famille des Clypéastres.
Dans l'Oursin, toutes les parties du squelette sont tellement articulées par suture, que leur ensemble forme une véritable boîte osseuse, laissant seulement un vide aux deux pôles pour des pièces accessoires appartenant à la bouche ou aux organes génitaux, ou autres, qui conservent une certaine mobilité, soit entre elles, soit relativement au reste du squelette.
Dans un rayon d’Æstérie, au contraire, l’ossification est incomplète; l’ensemble n’est encore que membraneux ; c'est un périoste général, dans lequel il se forme autant de capsules de même nature qu'il doit y avoir de parties distinctes, restées cartilagineuses , ou plus ou moins ossifiées.
La plupart des pièces durcies ne sont que cartilagineuses. Au lieu de se toucher, elles sont comme dispersées dans l'étendue de ce squelette membraneux.
L'aspect de la série des pièces médianes, dans la cavité du rayon, est frappant de ressemblance avec la colonne vertébrale d’un Vertébré, considérée dans la cavité viscérale en général, ou dans les cavités thoraciques ou abdominales de ceux qui les ont séparées.
Cette comparaison incontestable, par sa justesse intuitive, oblige de considérer l’Oursin comme ne montrant, de toutes parts, que sa face dorsale; et l’Æstérie, comme ayant sa face dorsale précisément du côté que l’on a désigné jusqu'ici comme la face abdominale.
La position du cordon nerveux principal de chaque rayon de l’Æstérie, le long de la ligne médiane du sillon, entre les rangées de pieds, sous la peau et au côté dorsal des vertèbres, semble corroborer la détermination que nous venons d'indiquer.
Cette position relative est, en effet, celle du canal vertébral qui manque ici.
Mais dans les Oursins, il faut le reconnaître, les mêmes relations sont changées. Le principal cordon nerveux de chaque rayon est en dedans du squelette, dans la cavité viscérale, où il est joint au tronc vasculaire qui envoie des branches à la double série de vésicules respiratrices, en rapport avec les pieds vésiculeux.
Cette position relative, si différente, qui semble transformer les moelles épinières des Æstéries en autant de cordons sympathiques dans les Oursins, montre que, dans ce cas, il n'y a que la disposition et les connexions générales qui soient
changées, et nullement les distributions particulières et les usages fonctionnels.
Coneluons-en qu'il y a, dans les compositions organiques dont nous cherchons à apprécier les ressemblances, de trèsévidentes et très-nombreuses analogies, plutôt qu'une identite complète.