Démarcation nette entre l'écorce primaire et le liber
a. Avec des fibres.
b. Sans fibres.
4. Passage insensible de l'écorce primaire au liber mou sans fibres.
Voilà, si je ne me trompe, toutes les combinaisons théoriquement possibles, et toutes existent dans la nature.
IL — Maintenant que la place du liber est bien déterminée, nous pouvons aborder l'étude des éléments qui le composent.
Nous avons à distinguer avant tout les éléments essentiellement libériens^ qui ne se trouvent nulle part ailleurs avec ces mêmes caractères : ce sont les fibres libériennes, les cellules grillagées, les cellules parenchymateuses libériennes, les cellules cristalligènes.
Viennent ensuite des organes composés ou des éléments sécréteurs qui ne sont pour ainsi dire qu'accidentels dans le liber: ce sont les laticifères, les cellules sécrétrices ordinaires, les glandes résinifères et les lacunes à gomme.
Enfin, pour terminer cette étude anatomique, nous aurons à passer en revue les transformations que subissent les éléments du liber par les progrès de l'âge.
Je résume cette division dans un tableau synoptique :
, ,-„ , . „ /de protection Fibres libériennes.
A. Llcmen s essentiellement , (.^,,^1^^ grillagées.
libériens : | ^^ j^mj.i,j(^ | Parenchyme libérien.
(Cellules cristaUiîjènes.
70 J. VESfllJE.
l I^ticifères.
' simples < Cellules sécrélrices de di-
T* r\ j * 1 j lu 1 t verses natures.
B. Organ es accidentels du liber:^ ^ , . .^,
j I Glandes resinifcres ou
\ composés } oléifères.
( Lacunes à gomme.
r, rw. ^ . ,. , ,.. ( Sclérification.
C. Transformations que ^ ^subissent les éléments j p^^^„^j^y^^^(p^^3^^^i^y^^>^
corné.
du liber. I
A i . l^s libres libériennes.
Les fibres libériennes sont de longues cellules atténuées aux deux bouts, rarement un peu rameuses (Asclépiadées), qui peuvent être primaires ou secondaires. Lorsqu'elles sont primaires, elles se forment déjà à une époque où F entre-nœud est encore très-court, et pendant rallongement elles s'accroissent dans la même mesure. En outre, elles peuvent probablement s'accroître plus activement en insinuant leurs extrémités entre les cellules voisines. Les fibres libériennes secondaires ont primitivement la longueur des cellules du cambium, et possèdent la propriété de s'accroître d'une manière indépendante ; il en résulte que les fibres libériennes primaires sont généralement plus longues que les fibres libériennes secondaires.
Il existe cependant un certain nombre de plantes, que j'aurai à citer plus tard pour la régularité de leur liber, chez lesquelles la faculté de s'accroître d'une manière indépendante est trèslimitée dans les fibres libériennes, mais où ces éléments, si on ne les voyait pas sortir en première intention d'une cellule cambiale, pourraient être confondus avec des cellules scléreuses, par exemple dans une multitude de Composées (Sénécionidées et Eupatoriées) , dans bien des Labiées , etc. Pour citer un exemple, nous voyons dans VArtemisia camphorata que la tendance à l'accroissement indépendant est à peine marquée par de petites pointes aux deux extrémités des fibres.
On a souvent pensé, et Schacht l'a décrit avec soin dans le Carica Papaya^ que les fibres libériennes sont dues à la fusion des cellules, si toutefois elles ne sont pas des cellules simples. Quant à moi, je n'ai observé aucun cas de fusion de cellules.
Le volume des fibres libériennes varie beaucoup ; leur lon-
ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. 71
gueur est souvent très-grande, la largeur varie moins. Dans les Caprifoliacées (Lonicérées) , où j'ai observé les plus larges, elle est d'environ 0""" ,1 3 {Leycesleria formosd) . Les fibres libériennes épaississent leurs parois, qui apparaissent nettement stratifiées; mais les transformations chimiques qu'elles subissent varient d'une espèce à l'autre : tantôt elles restent cellulosiennes, malgré l'épaississement (Limwi); tantôt elles se lignifient complètement {Phormitim) ou incomplètement {Cannabis)^ et c'est sur les différentes colorations que donnent l'iode et l'acide sulfurique que M. Vétillard a fondé un procédé d'analyse fort précis. Souvent on observe des réactions très-singulières, comme, par exemple, une coloration violette par l'acide chlorhydrique (1), rendue plus prompte par l'emploi simultané de l'acide phénique. Les fibres libériennes de beaucoup d'Apocynées et d'Asclépiadées sont alternativement renflées et rétrécies.
Les parois sont «larquées de petites ponctuations arrondies ou en forme de fentes obliques (disposées suivant des spirales) ; ces ponctuations sont éparses, sans ordre, où elles sont disposées dans un certain ordre, sur les faces antérieures et postérieures par exemple {Vitis).
Quant à la structure intime des parois, il faut citer les fibres marquées de stries spiralées dans les deux sens, dans les Apocynées et les Asclépiadées, dans X^Leycesteria^ le Linnœa borealis; à ces stries obliques s'ajoutent quelquefois de fines stries transversales {Apocymim Venetum) .
Il arrive dans quelques cas que les fibres libériennes, au lieu d'avoir une cavité continue, se cloisonnent, par exemple, dans la Vigne, etc.
Les caractères tirés de la présence ou de l'absence et de l'arrangement des fibres libériennes sont très-constants. Les voici :
A. Absence des fibres libériennes. — La plupart des Valérianées et des Dipsacées, bien des Composées ; la plupart des Cam-
(1) Certains bois donnent la même réaction : par exemple dans les Conifères, Salix, Populus, Prunus, etc. D'après M. Tangl, elle est due à la conifériiio ^<:i6i|2iO«4.2Aq)- M. A. Wigand {Bot. Zeit., 186'>, p. 122) considère celte matière comme voisine du tannin,- et rappelle « cyanogène ». M. R. Mûller Flora, 1874, p. 399) la prend pour un glycoside azoté.
72 j. vfififiijf:.
panulacées, les Lobéliacées ; la plupart des Rubiacées, des Loganiacées, des Gentianées, des Zygophyllées, Polémoniacées, etc.
B. // n'y a que des fibres libériennes primaires. — a. Elles sont disposées isolément ou en petits groupes irréguliers (plusieurs pour un faisceau), comme dans la plupart des plantes herbacées qui renferment des fibres libériennes (les Solanées, Celastrus, etc.), ou en un seul faisceau pour chaque faisceau libro-vasculaire {Vitex^ Théophrastées, Betiila^ beaucoup de Composées, etc.).
p. Elles forment une zone aplatie à la limite du liber (les Térébinthacées, Bursera^ quelques Éricacées).
C, Il y a des fibres libériennes primaires et secondaires . — Les fibres libériennes sont disposées par zones régulières alternant avec du liber mou {Lyonia^ VitiSy Malvacées, Tiliacées, Méliacées, Fontanesia^ etc.), ou par groupes eux-mêmes disposés par zones (Sapotées, Bignoniacées, Chêne, Peuplier, etc.).
Enfin les fibres libériennes secondaires peuvent être irrégulièrement mêlées aux éléments du liber mou, et, chose étrange, cette disposition coïncide souvent avec la résistance extrême des fibres libériennes [Morées (Broiissonetia)^ Daphne^ Coleonema, Eriostemon].
Ce ne sont pas là toutes les dispositions possibles ; la section du faisceau de fibres libériennes primaires peut présenter des configurations diverses qu'il est inutile d'énumérer ici, mais qui sont très-constantes dans la même espèce : par exemple un croissant concave vers l'intérieur (C/^wïaf^^), une ellipse ou une forme de biscuit à grand diamètre radial, etc.
Tous les caractères des fibres libériennes indiquent que ce sont des organes de protection. Dans un travail récent, on les considère comme les organes destinés à protéger la plante contre les effets nuisibles de la traction, et l'auteur s'appuie sur ce que les fibres libériennes s'arrêtent à chacun des nœuds des tiges articulées, ainsi que M. Decaisne l'a reconnu depuis longtemps chez le Gui (1).
(1) J. Decaisne, Mémoire sur le développement du pollen, de V ovule, et mr la slructurs des tiges du Gué, 4839, pi. 111.
ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. 73
Il est assez rare que les fibres libériennes renferment des matériaux utilisables (amidon) ; le plus souvent, quand il y a un contenu visible, c'est une matière colorante. Dans certains cas cependant il n'est pas douteux qu'elles ne servent à la transmission des sucs, comme dans la Vigne, par exemple. Quelquefois elles sont même à peine épaissies, quoique lignifiées (Coleow^wwï). D'autres fois la mortification s'opère bien vite, et l'on voit souvent les fibres libériennes éliminées de l'économie par un périderme qui se forme autour du faisceau de fibres (Argania africana^ Sapotée) (1), Enfin, quand les fibres libériennes manquent, nous les voyons souvent remplacées par un tissu très-solide d'une autre nature (liber mou collenchymatoïde, pix)senchyme corné), que nous décrirons bientôt.
A t. Les cellules grillagées.
Il existe, dans le liber, deux éléments différents destinés à elfectuer le transport des matériaux élaborés : ce sont les cellules grillagées et les cellules parenchymateuses. Ces dernières peuvent remplacer les cellules grillagées d'une manière complète dans le jeune âge. En effet, j'ai dit plus haut que le liber primaire ne renferme généralement pas de cellules grillagées, et M. Th. Hartig (2) pense que le tissu cribreux est déjà capable de conduire les principes élaborés quand il est encore à l'état cambial ; il l'a prouvé en annelant incomplètement un rameau, et en préservant la plaie de la dessiccation par un manchon de verre. Il faut conclure de cette observation, qu'entre un tissu cambiforme ou parenchymateux délicat (même permanent) (3) , sans perforation, et un tissu cribreux très-développé, il y a une similitude parfaite de fonctions ^ et que la seule différence réside dans l'intensité du phénomène. Dans les plantes placées plus bas sur l'échelle végétale, la distinction de ces deux éléments, cellules grillagées et parenchyme libérien, est beaucoup moins nette : dans les Cryptogames vasculaires il n'y a pas de
(1) Ce phénomène n'est probablement pas constant. (-2) Bot. Zeity 1863, p. 287.
(3) Voyez le liber intérieur purement parenchymateux. Ce tissu peut sans doute jouer le rôle du liber d*une manière plus ou moins parfaite.
74 j. VEi»4|iJE.
cellules grillagées ; dans les Monocotylées, elles sont à pm^e ébauchées et se distinguent mal dans ce tissu cambifor«»e auquel Mohl avait donné le nom de tissu conducteur. Dans les Gymnospermes enfin, elles ont un caractère d'infériorité manifeste; les doiscms transv^-sales, si compliquées et si importantes dans hs Dicotylées, font défaut dans les Gymnospermes, quine présentent que des cellules atténuées aux deux bouts.
Dans toutes les Dicotylées observées ad hoc^ j'ai trouvé des cellules grillagées, éléments qui se distinguent des cellules parenchymateuses par leur structure anatomique et par une différence assez visible dans les fonctions physiologiques ; les cellules parenchymateuses servent généralement, en hiver, à emmagasiner de Tamidon, tandis que les cellules grillagées n'en renferment que des quantités minimes (1).
Après avoir établi cette distinction importante et montré la parenté évidente de ces deux éléments, je puis passer à la description des cellules grillagées.
M. Hanstein (2) compare les cellules grillagées aux cellules laticifères. Ce rapprochement, explicable à l'époque où le mémoire de M. Hanstein a été publié, ne l'est plus maintenant; il n'y a absolument aucune analogie entre ces deux organites, et s'il faut rapprocher les laticifères de quelque autre élément, ce sera, comme le fait M. David (3), des cellules scléreuses. Selon toutes les apparences, les laticifères sont des cellules sécrétrices qui ne servent nullement au transport des matériaux élaborés, et le latex qu'elles sécrètent est comparable à la résine produite dans les cellules résinifères de VAbies pectinala.
Les cellules grillagées sont des éléments essentiellement libériens , morphologiquement équivalents aux fibres libériennes, c'est-à-dire procédant des cellules cambiales sans division secondaire et caractérisées par la structure particulière de leurs cloisons transversales.
(1) G. Briosi, Bot. Zeit, i87i. — Mohl, Einige And., etc.
(2) IJber die Milchz. und d. verwandten Org. der Rinde,
(3) Loc. cit., R. Mûllcr, Die Rinde unserer Laubiwlzer, p. 12.
ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. 75
À Yè^t parfait, ces cloisons se sont toujours montrées percées d'un certain nombre de petits trous, de sorte que toutes ces cellules superposées sont en commiimcation.
Jusqu'où s'étend cette communication? Je nesaniraisleAie, mais j'ai de fortes raisons pour croire qu'elle ne va pas au defii des nœuds. Le fait de la perforation de ces cloisons a été observe depuis longtemps; mais, sur l'autorité de H. von Mohl, il a été repoussé par la plupart des botanistes. Il faut avouer, en effet, qu'avec les idées reçues sur la vie de la cellule, il était difficile d'admettre une libre communication entre une série de cellules vivantes remplies de plasma.
La démonstration de la perforation s'est toujours faite sur les Cucurbitacées, dont les cellules grillagées sont en effet énormes. Pour reconnaître cette perforation, on traite la coupe radiale par l'acide sulfurique et l'iode; la cellulose se colore en bleu, puis elle se dissout , tandis que le protoplasma se colore en jaune brun ; on voit alors de minces filaments passant à travers la membrane horizontale relier entre eux les deux contenus protoplasmiques. M. Briosi (1), qui s'est récemment occupé avec beaucoup de soin de cette question, constate la perforation partout où il l'a cherchée. J'ai voulu à mon tour m'en rendre compte, et je suis arrivé à la même conclusion. Mais au lieu d'acide sulfurique et d'iode, je me suis généralement servi de chloroiodure de zinc, qui conserve la cellulose en la colorant en bleu.
L'une des faces, ou les deux faces de la cloison transversale sont recouvertes d'une masse incolore souvent très-épaisse, étroitement appliquée sur le réseau cellulosien perforé de manière à dépasser les bords des perforations, qui se trouvent ainsi rétrécies ; dans les perforations mêmes, les deux masses supérieure et inférieure (pi. 9,fig. 7 B,C) se rejoignent et ne laissent, pour le passage du plasma, qu'un étroit canalicule. Quand on fait une coupe horizontale (ce qui n'est pas chose facile) à travers toute cette masse dans le Broussonetiapapyrifera^ et qu'on
(1) Briosi, loc. cit.
76 j. vfiSfiuK.
la traite parle chloroioduredezinc, on voit le réseau cellulosien à larges mailles se colorer en bleu (pi. 9, fig. 7 B), et au milieu de chaque maille un point jaune représente la section du filament protoplasmique. Sur une coupe oblique, dans le liber de la même plante, on voit facilement le réseau traversé par les fms prolongements (pi. 9, fig. 7 A) de la masse protoplasmique située au-dessous.
Quelle est cette matière ? Aucun réactif ne la colore ; elle est insoluble dans Teau, gonflable et soluble dans les alcalis, trèsréfringente : c'est elle qui empêche de voir les grillages ; il faut alors traiter la coupe par la potasse caustique. Sa consistance est cornée, au moins à un certain âge. Les premiers auteurs l'ont prise pour un épaississement cellulosien ; on peut objecter à cette manière de voir qu'elle ne donne, à aucun âge, les réactions caractéristiques de cette matière. M. Naegeli admet que c'est une sécrétion, et je me range tout à fait de son côté. Il n'est pas rare de la trouver hypertrophiée dans le Cticurbita Pepo. Elle remplit alors presque toute la cavité cellulaire sans adhérer aux parois latérales ; aucune trace de stratification n'est visible ; la matière en est dure, cornée, et se coupe au couteau, en formant des zones caractéristiques semblables à celles que donne le caoutchouc coupé avec un couteau qu'on a préalablement trempé dans l'eau. Cela n'indique-t-il pas que cette matière est élastique ?
Ses propriétés physiques et chimiques se résument donc ainsi : matière de consistance cornée, élastique, très-réfringente, hyaline, sans structure; insoluble dans l'eau, gonflable et soluble dans la potasse; incolore dans le chloroiodure de zinc et dans l'acide sulfurique et l'iode. Les botanistes allemands ont fini par adopter, pour ces singulières plaques, le nom de c( plaques des cribles y> (Siebplatlen) ^exi^ression qui ne peut pas se traduire en français. M. Hanslein les appelle <i plaques calleuses »; mais il serait préférable de leur donner un nom qui n'indiquât que leur position, sans tenir compte de leur forme, trop variable, ou de leur nature encore mal connue.
Voyons maintenant, pour insister un peu sur cette question
ANATOMIE COMPARÉE DÉ l'ÉCORCE. 77
importante, de quelle manière les deux cellules superposées sont séparées dans le cas le plus distinct. Au milieu se trouve la cloison cellulosienne, dont il ne reste qu'un réseau à mailles plus ou moins larges (pi. 9, fig. 7 A, B) ; sur les deux faces de ce grillage s'appliquent les deux plaques incolores (pi. 9, fig. 7 C), qui ne laissent, pour chaque maille, qu'un trou très-fin, et en remplissent elles-mêmes le reste, en se soudant entre elles. Les protoplasmas des deux cellules se relient à travers ces trous ; immédiatement au contact de la plaque calleuse, ils changent un peu de consistance ; ils durcissent, et il n'est pas rare de les y voir constituer de véritables membranes protoplasmiques à double contour. Jamais il n'existe de perforation avant que la plaque calleuse soit formée, mais celle-ci ne dure pas indéfiniment ; au bout d'un temps plus ou moins long, elle paraît se résorber, et alors, à mon avis, la cellule grillagée a fini de jouer son rôle : elle fait partie du squelette libérien, soit en se sclérifiant, soit en s' aplatissant et en formant du prosenchyme corné.
J'ai observé exactement de la même façon les cloisons grillagées plus compliquées de beaucoup d'autres plantes, celles du Chêne, par exemple, et je suis arrivé exactement aux mêmes résultats. Les parois longitudinales latérales (tournées vers les rayons médullaires), ou rarement les parois antéro-postérieures, sont également pourvues de ponctuations grillagées recouvertes de plaques calleuses ; je n'ai jamais trouvé la membrane cellulosienne perforée en ces endroits , et aucun auteur , à ma connaissance, n'avance un fait semblable.
Quelle peut être maintenant le rôle de ces cloisons perforées garnies d'un appareil si compliqué? Autrefois, et jusqu'à Hugo Mohl inclusivement, on n'avait pas remarqué la petite quantité d'amidon qui se trouve dans ces éléments , et Ton avait cru trouver là un critérium absolu pour séparer les cellules grillagées du parenchyme libérien ; on avait été amené ainsi à les regarder comme les organes de transport des matières albu^ minoïdes , transport mécanique direct ou transport par diffusion : mais, sur ce point, les avis étaient partagés. Depuis la
78 J. VEfiftUf:.
découverte de l'amidon dans les cellules grillagées (1), on s'est beaucoup occupé de cette question importante ; cependant il faut avant tout que je dise à quel état l'amidon s'y trouve. Quand on traite une cellule grillagée par l'eau iodée, on voit généralement, aux deux extrémités, ou à une extrémité seulement, le contenu se colorer en bleu, comme s'il y avait de l'empois d'amidon ; généralement de très-forts grossissements permettent de voir des granules d'une finesse extrême ; mais il arrive assez fréquemment qu'on observe des grains plus gros, et quelquefois sensiblement plus gros que les perforations. Néanmoins MM. Kraus et Briosi , et avec eux beaucoup de botanistes, croient devoir admettre le passage direct et régulier des grains d'amidon solides d'une cellule à l'autre.
Après s'être assuré que l'amidon des cellules grillagées du pétiole de Sparmannia africana (Tiliacée) occupe la partie supérieure des cellules grillagées au-dessous des cloisons transversales, M. Kraus l'a retrouvé dans la partie inférieure des cellules, au-dessus des cloisons transversales, après avoir pressé le pétiole entre les doigts. Notons que la position de l'amidon dsffis les cellules grillagées n'est pas constante, et que M. Kraus en a sans doute déterminé la position sur un pétiole autre que celui qu'il a écrasé entre les doigts. En tout cas, cette expérience indirecte est trop imparfaite pour résoudre une question aussi importante ; il faudrait observer directement le passage d'un grain d'amidon à travers les pores. M. Briosi croit avoir vu une fois un grain d'amidon engagé dans un pore ; mais cet auteur lui-même ajoute peu d'importance à cette observation, et c'est surtout par d'autres considérations que M. Briosi arrive finalement à admettre la circulation des grains d'amidon. Voici enfin les raisons que j'ai à opposer à cette doctrine : l*" Je n'ai jamais vu^ et personne n'a jamais vu un grain d'amidon solide passer d'une cellule dans une autre à travers les cloisons transversales normalement conformées des cellules grillagées.
(1) Briosi, loc. cit.
ANATOMIE COMPARÉE DE l'ÉCORCE. 79
2" Quelquefois ces grains sont plus gros que les perforations des plaques calleuses ( Villarsia) .
3** S'il y a véritablement circulation d'amidon solide, pourquoi ne la voit-on pas? L'influence du rasoir ne peut pas l'avoir arrêtée d'une manière si absolue, puisqu'elle n'empêche pas les mouvements du protoplasma.
¥ Si ces ouvertures existent pour laisser passer des corps solides, pourquoi sont-elles si fines ; tandis que celles des vaisseaux ponctués du bois, beaucoup plus grandes, ne laissent passer que des liquides? elles pourraient être beaucoup plus grandes sans que les cloisons refusassent de soutenir parfaitement le protoplasma.
S** Si les cellules grillagées sont des organes de transmission d'amidon , pourquoi en renferment-elles si peu, qu'on est resté plusieurs années sans voir ce phénomène ?
6*" Cette théorie ne rend aucun compte des plaques calleuses, qui ne seraient au contraire qu'un véritable empêchement.
7** On sait, depuis Th. Hartig, que le tissu cambiforme remplace très-bien les cellules grillagées.
Les tubes cribreux des Monocotylées ne sont p^it-étre pas percés, et il n'y en a pas dans les Cryptoganaes vaseulair^, ce qui n'empêche pas ces plantes d'atteindre de grandes dimensions.
Ces raisons, qu'on pourrait multiplier encore, me font croire, jusqu'à nouvel ordre, que les cellules grillagées n'effectuent nullement le transport d'amidon solide, mais que cette petite quantité d'amidon s'y est développée de la même manière que dans toutes les cellules parenchymateuses, et qu'elle se consomme sur place, probablement pour les besoins de la respiration, qui doit être très-active dans ces petits organes, à cause du travail énorme qui s'y fait. Je pense que la transmission des matériaux élaborés s'opère ici, comme partout ailleurs, par diffusion physiologique, et qu'il n'y a même pas de mouvement de protoplasma d'une cellule à l'autre. Les plaques calleuses me semblent être des organes d'absorption puissants, et les
80 J. VEfittlJE.
connexions protoplasmiques me paraissent devoir servir à un travail absolument inconnu jusqu'à ce jour.
Différentes formes de cellules grillagées. — On peut distinguer, parmi les cellules grillagées, deux formes assez bien séparées, savoir : celles dont les parois transversales sont sensiblement horizontales ou peu obliques et marquées d'un seul crible uniforme, et les cellules dont les parois transversales sont pins ou moins obliques et marquées de plusieurs ponctuations grillagées, régulièrement superposées comme les ponctuations d'un vaisseau scalariforme, et dont chacune a ses plaques calleuses (pi. 9, fig. 8). La première de ces formes a reçu plus spécialement le nom de tube cribrenx, la seconde celui de cellule grillagée proprement dite.
Les tubes cribreux sont souvent dépourvus de ponctuations grillagées sur les parois longitudinales, mais les exceptions à cette règle, si règle il y a, ne manquent pas et se présentent tout de suite dans la plante où ils ont été découverts. Cependant, lorsque les ponctuations latérales existent, elles revêtent un autre caractère que dans les cellules grillagées proprement dites ; elles sont arrondies et isolées, tandis que les cellules grillagées ont presque toujours leurs parois couvertes de ponctuations grillagées triangulaires ou transversalement riiomboïdes, qui laissent entre elles des interstices réticulés avec une élégance surprenante. Dans tous les cas, les grillages ou cribles latéraux sont infiniment plus fins que ceux des parois transversales (1), et quand il existe des ponctuations criblées sur les faces longitudinales antérieures et postérieures, elles se placent, parleur finesse, entre les deux autres (exceptionnellement dans le Bouleau).
Le tube cribreux typique existe dans les plantes herbacées. Quand on examine le liber extérieur ou intérieur d'une plante herbacée quelconque (on peut recommander de préférence les Cucurbitacées, les Convolvulacées, les Solanées, etc.)> on
{{) Mohl, loc. cit.
ANATOMIE COMPARÉE DÇ l'ÉCORCE. 81
voit avant tout les cloisons transversales avec leurs plaques calleuses très-épaisses dessinant de petits traits transversaux ; ces cellules cribreuses sont exactement superposées et forment un tube interrompu à intervalles réguliers par ces cloisons percées; ces dernières dépassent généralement la largeur moyenne des cellules, de sorte que le tube est renflé aux articulations. Quand on traite la coupe par un réactif qui contracte le protoplasma, on voit nettement que Tutricule primordiale reste distendue sur les plaques calleuses, tandis qu'elle s'affaisse et se rétrécit au milieu.
Les variations que présente cette forme des cellules grillagées sont très-faibles et peu nombreuses ; nous les trouvons ainsi conformées dans presque toutes les plantes herbacées, à quelque famille qu'elles appartiennent.
Il n'y a cependant pas une séparation très-nette entre ces deux formes, car on trouve des grillages transversaux simples dans des cellules grillagées dont les parois longitudinales ont tous les caractères des formes les plus compliquées, et en général les tubes cribreux des plantes ligneuses , et surtout des arbres (Oléinées, Morées, Fagus) , se distinguent par leurs formes massives et leurs grillages très-largement réticulés, qui ressemblent souvent à de véritables réseaux suspendus au travers de la cellule (Morées) et par l'obliquité des cloisons.
La cloison transversale des tubes cribreux est rarement plane ; elle est généralement concave, et la concavité est souvent tournée vers le haut.
Avant de citer des exemples, remarquons que la forme des cellules grillagées paraît dépendre de plusieurs points différents, qui sont d'abord, la taille de la plante : les grandes plantes ont souvent, mais pas toujours, des cellules grillagées plus compliquées que les plantes de petite taille; les plantes vivacos ont des formes plus compliquées que les annuelles, les plantes ligneuses que les herbacées; l'affinité, quoique subordonnée à la première cause, ne manque pas d'exercer une certaine influence ; enfin il y a des causes qui m'échappent complètement, et qui ressemblent h des bizarreries.