‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 21 sur 40 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

JDu bruni, du mat, de la couleur d'or moulu et de la couleur d'or

rougi

JN o u s avons vu que lorsque la pièce de bronze avait reçu tout l'or que l'on voulait y appliquer, et qu'elle avait été gratte-bossée et chauffée ensuite assez fortement pour en chasser jusqu'aux dernières portions de mercure, on pouvait la finir en la brunissant, en

assiette sur le poêle de sa chambre , éprouva, au bout de quelques jours , une salivation abondante. Deux personnes qui n'avaient pas quitté la chambre éprouvèrent le même effet , qui cessa dès qu'on eut pensé à l'attribuer au mercure , et qu'on eut ôté celui qui était sur le poêle. Achard estime que ce mercure n'avait pas été chauffé à plus de 18 degrés du thermomètre de Kéaumur.

(«4) la passant au mat , ou en lui donnant la couleur d'or rouge ou celle d'or moulu. Nous allons dire un mot de chacune de ces préparations.

Du bruni.

Le bruni se fait en frottant la pièce avec des brunissoirs d'hématite ou de pierre sanguine (Jïg. 18 , planche i); il y en a de différentes formes et de différentes grandeurs , etc. L'ouvrier trempe son brunissoir dans de l'eau acidulée avec du vinaigre , et frotte la pièce toujours dans le même sens , en allant et venant, jusqu'à ce qu'elle présente un beau poli et tout l'éclat métallique. Lorsqu'elle est bien brunie t l'ouvrier la lave dans de l'eau froide, l'essuie avec un linge fin , et termine l'opération en la faisant sécher lentement sur un grillage {fîg- 20) posé sur un réchaud chargé de braise allumée (Jïg- 19 ).

Du mat.

Le mat se donne comme il suit : si la pièce doit avoir des parties brunies , on épargne ces parties comme nous l'avons dit plus haut; on attache la pièce à l'extrémité d'une tringle de £er(//g. i5), en l'y fixant avec du fil de fer 3 on la fait chauffer assez fortement pour

teindre

teindre en brun V épargne, en caramélisant la cassonade et en brûlant un peu la gomme qui entrent dans cette composition. La pièce dorée prend alors une belle teinte d'or j on la couvre avec un mélange de sel marin, de nitre et d'alun liquéfiés dans la seule eau de cristallisation que ces sels contiennent (i)> on reporte la pièce au feu et on la cliauiïè jus-

(j ) Ce mélange de substances salines se vend tout préparé aux doreurs et aux bijoutiers. J'en ai plusieurs fois fait l'analyse , et j'ai trouvé pour ternie moyen , en nombres ronds , que cette préparation que les doreurs appellent mat contenait au cent :

Salpêtre ^o.

Alan 2.5.

bel marin 35.

Lorsqu'on soumet ce mélange salin à la distillation , on obtient une liqueur qui dissout bien l'or fin. Le résidu n'est plus entièrement soluble dans l'eau ; il reste de l'alumine ou du sulfate d'alumine avec excès de base en suspension , et la dissolution contient du nitre et du sel marin non décomposés. On peut conclure de ceci , que le mat agit en dissolvant une partie de l'or sur lequel on l'applique , et qu'il serait possible de rendre ce mélange plus actif en calculant mieux les doses des substances salines qui le composent.

qu'à ce qne la couche saline qui la couvre devienne homogène , presque transparente, et entre en véritable fusion 5 on retire alors la pièce du feu et on la plonge subitement dans de l'eau froide qui en sépare la couche saline, et doit même enlever la couche de blanc d'Espagne sucrée et gommée dont on s'était servi pour épargner la pièce (1) ; on passe alors la pièce dans de l'acide nitrique très-faible \ on la lave à grande eau et on la fait sécher en l'exposant soit à l'air, soit sur le réchaud à sécher, ou en l'essuyant légèrement avec des linges propres et secs.

Il se forme et il se dégage dans cette opération des vapeurs qui seraient extrêmement nuisibles à la santé des ouvriers, si elles se répandaient dans la chambre et s'ils étaient obligés de les respirer, comme cela arrive plus ou moins dans presque tous les ateliers de doreurs. Il faut donc avoir soin de bien établir le tirage de la forge et de placer sous le manteau le fourneau particulier, fait en forme

(1) Lorsque le mat n'est pas d'une teinte égale, ou lorsqu'il est taché , on répare ces défauts en exposant la pièce de nouveau à une chaleur assez forte, en couvrant les taches avec du mat clair ou gros mat, et en la plongeant de suite dans l'eau froide.

de moufle, où se chauffent tout autour les pièces que l'on met au mat ; il faut par la même raison y construire le petit fourneau sur lequel on met le poêlon où l'on fait fondre le mal , et y placer le tonneau plein d'eau où se plongent les pièces en sortant du feu (1). Nous insisterons d'autant plus sur la nécessité de prendre ces précautions , que l'expérience nous a démontré que les vapeurs qui s'élèvent d'une forge de doreur où l'on met a.nmatj sont bien plus dangereuses qu'on ne le pense. La couleur dont on se sert pour mettre les pièces dorées au mat est composée , comme nous l'avons dit, denitre, desel marin et d'alun. Ces sels n'agissent qu'en se décomposant; une partie de l'acide qui se dégage attaque l'or, en dissout un peu et donne la couleur de mat à l'or qui reste attaché à la pièce de bronze; m<x;s ]a plus grande partie de l'acide rendu libre est entraînée avec u. autres vapeurs dans le tuyau de la cheminée, ou dans l'atelier si la forge tire mal. J'ajouterai que, dans l'opération, une partie de la couleur servant à mater coule à la surface de la pièce , tombe sur les charbons ardens et donne encore naissance à de nouvelles và-

(1) On voit tous ces objets planches III et IV.

peurs acides. Ces vapeurs se combinent, ainsi que les premières , au mercure vaporisé provenant de la décomposition de l'amalgame ou de l'espèce de circulation qui s'établit toujours sur la forge d'un doreur lorsqu'il y a du feu , et qui reporte continuellement dans l'atmosphère le mercure qui tombe sur la forge, en se condensant à quelques pieds audessus de son sol.

Les sels mercuriels qui se forment alors sont bien plus dangereux pour la santé des ouvriers que ne l'est le mercure lui-même. Il suffira de dire que le sublimé corrosif en fait partie, pour prouver cette vérité et pour faire Sentir toute l'importance des précautions que nous recommandons. En les prenant et en assurant bien le tirage de la cheminée , on évitera complètement les causes d'insalubrité auxquelles \'np£ra ^oxL ^e la mise au mat donne lieu.

De la couleur d'or jnoulu.

Lorsqu'on veut mettre une pièce de bronze dorée en couleur d'or moulu , on la grattebosse un peu moins que de coutume; on la fait revenir en la chauffant plus fortement que si on voulait la mettre au mat, et on la laisse un peu refroidir; on délaie avec du vinaigre

la couleur d'or moulu qui est un mélange de sanguine, d'alun et de sel marin. On prend cette composition avec un pinceau, et on en couvre la pièce de bronze dorée, en ayant soin de réserver les brunis ; on la met sur des charbons allumés , on active un peu le feu au moyen d'un soufflet , et on la laisse chauffer jusqu'à ce que la couleur commence à noircir. La pièce doit être assez chaude pour que l'eau jetée dessus s'y réduise en vapeurs avec bruit. On retire alors la pièce du feu et on la plonge dans l'eau froide j on la lave bien et on égalise la couleur orangée que présente la dorure , en frottant la pièce avec un pinceau imbibé de vinaigre si la pièce est unie, et d'acide nitrique faible si elle est gravée ou chargée de ciselure. Dans les deux cas on lave la pièce à grande eau et on la fait sécher sur un feu doux.

De la couleur d'or rouge.

Lorsqu'on veut donner à la pièce dorée la couleur rouge que présente l'alliage triple d'or, de cuivre et d'argent, employé pour la fabrication des bijoux, on la soumet à l'opération dont voici le détail.

On prend la pièce en sortant de la forge

(7°) à passer, étant dorée sur buis et encore chaude ; on l'attache après un fil de fer ; on la trempe dans la composition connue sous le nom de cire à dorer, qui est formée de cire jaune, d'ocre rouge, de vert-de-gris et d'alun; on la porte sur un feu de charbon de bois bien allumé ; on fait chauifer fortement la pièce , et on favorise l'inflammation du mélange qui la recouvre en jetant quelques gouttes du même mélange sur les charbons ardens; on la tourne et retourne sur le feu de manière à ce que la flamme soit partout également vive. Lorsque toute la cire de la couleur est brûlée et que la flamme s'éteint, on plonge la pièce dans l'eau , on la lave et on la gratte-bosse avec du vinaigre pur. Si la couleur n'est pas belle et bien égale de teinte (1), on couvre la pièce de vert-de-gris délayé

(1) On trouve ici une jolie application de la propriété qu'ont les substances métalliques de se précipiter mutuellement de leurs dissolutions dans les acides. Dans l'opération dont il s'agit, le zinc contenu dans le bronze précipite le cuivre de la couleur^ l'or fin s'allie à ce cuivre et prend la teinte que présente l'or des bijoux , qui n'est qu'au titre de y5o millièmes. La réduction de l'oxide de cuivre par la combustion de la cire peut encore être indiquée comme une des causes auxquelles on peut attribuer cet effet.

dans du vinaigre, on la fait sécher sur un feu doux , on la plonge dans l'eau et on la grattebosse avec du vinaigre pur, ou même avec un peu d'acide nitrique faible si la teinte que présente la pièce est trop noire. On lave alors la pièce dorée, on la brunit , on la lave , on l'essuie avec un linge fin , et on la fait sécher sur un feu doux. Nous venons de parler des couleurs principales que l'on donne à la dorure j on pourrait en varier les teintes à l'infini, et le commerce sait employer ces moyens en les mettant de mode pour augmenter ses ventes et ses bénéfices. Il est peu de substances qui ne puissent servir à changer la couleur jaune que présente la pièce de bronze dorée lorsqu'elle sort de la forge à passer : il suffit pour cela d'attaquer l'or, le cuivre, le zinc , le plomb ou l'étain dont se compose la pièce de bronze dorée.

Tout ce qui peut oxider, dissoudre ou convertir en sels insolubles un ou plusieurs de ces métaux , peut être employé : la seule difficulté est d'arriver constamment à la même teinte avec les bronzes que fournissent les fondeurs , et qui sont presque tous d'alliages différens.

Nous terminerons ce chapitre en recommandant toujours l'einploi des moyens de sa-

lubrité déjà indiqués, et que nous venons de rappeler en parlant de la mise au mat des pièces de bronze dorées.

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