‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 23 sur 40 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des procédés à suivre pour enlever l'or à la surface des 'vieux bronzes dorés ? ou des pièces dorées mises au rebut.

Li'ouYRiER doreur recevant quelquefois, dans le commerce , de mauvais alliages qui

(79) prennent mal la dorure, ou qui présentent, pendant l'opération , des défauts trop difficiles à réparer, trouve de l'économie à ne pas les terminer, et à les vendre à des ouvriers qui en séparent l'or qui y avait été appliqué.

Ces objets se paient mal. Le doreur perd presque tout l'or qu'il a mis sur la pièce, et éprouve ainsi un déchet assez considérable pour que j'aie cru utile de le lui éviter. Les procédés qui suivent le mettront d'ailleurs à portée d'entreprendre l'exploitation des vieux bronzes dorés ; branche d'industrie qui se lie parfaitement avec celle qu'il pratique.

On emploie ordinairement , pour dédorer les vieux bronzes , le soufre mélangé avec le sel ammoniac, le nitre ou le borax. Ces mélanges se font à toutes doses , et les recettes publiées varient entre elles à l'infini.

On délaie ordinairement le mélange de soufre , de sel ammoniac , etc. , dans de l'eau ou dans du vinaigre ; on en couvre la pièce de bronze dorée , on la fait sécher et on y remet une seconde couche du même mélange. Lorsque le tout est sec , on fait légèrement rougir la pièce , on la plonge dans de l'eau acidulée avec de l'acide sulfurique , on l'y laisse tremper quelques heures , on en fait tomber les écailles en la frappant et raclant

en tout sens, et on la gratte-bosse avec soin au-dessus d'une grande terrine pleine d'eau ; on fond les écailles avec du nitre et du borax pour en retirer l'or, ou on les traite par la coupellation. Quelques ouvriers emploient deux parties de sel ammoniac contre une de soufre , sans faire usage de nitre ni de borax; d'autres, au contraire, mettent 2, 4> 6 parties de soufre contre une de sel ammoniac. J'ai vu réussir assez bien en employant ces deux derniers mélanges.

Ayant été chargé en 1814, avec M. Dussaussoy , de dédorer pour le Gouvernement 1200 kilogrammes de bronze doré, j'ai été à même de bien étudier cette opération. '\ oici le résultat des observations que j'ai pu faire :

Lorsque l'alliage employé par le doreur est de bonne qualité, que sa densité est convenable, et qu'il ne présente ni soufïiures, ni vents , ni gerçures , l'or qu'on y applique reste à la surface , ou ne pénètre que bien peu avant dans le bronze ; il n'y a pour ainsi dire que simple adhésion entre les deux métaux.

Lorsqu'on traite une pièce de bronze dorée par l'acide nitrique faible, on parvient facilement à dissoudre tout le bronze et à ne laisser que la feuille d'or qui conserve la forme de l'objet qu'elle recouvrait. Cette feuille , mise

en tre

entre la lumière et l'ceii , paraît colorée en vert et est criblée de mille trous. Vue au micoscope , la surface qui touchait au cuivre ne paraît que peu raboteuse, tandis qu'elle le serait beaucoup s'il y avait une forte pénétration de l'or dans les pores du bronzé lors de l'application de l'amalgame. On en voit un échantillon dans la boîte n° 6, jointe à ce Mémoire.

Le moyen que nous venons d'indiquer peut, dans certains cas où l'on a besoin de dissolution de cuivre dans l'acide nitrique, servir à enlever l'or de la surface des vieux bronzes dorés ; mais nous ne le citons ici que comme expérience , dont le résultat nous indique la marche que nous avons à suivre pour arriver à un procédé bien manufacturier.

Il faut enlever la feuille d'or sans attaquer le bronze , ou au moins en ne l'attaquant que juste ce qu'il faut pour détruire l'adhésion au point de contact des deux métaux. J'ai essayé avec succès l'oxidation du bronze à la chaleur rouge-cerise , et ce procédé simple m'a complètement réussi.

Il suffit d'exposer pendant quelques heures la pièce que l'on veut dédorer à la température rouge -cerise, dans un courant d'air neuf ou peu décomposé , comme cela existe dans

une moufle, dans un four à poterie , dans un tuyau de fonte ouvert par les deux bouts et chauffé tout autour , sur une plaque de fonte chauffée en dessous , ou enfin sur une couche de charbon de bois ou de coak allumé en plein air ou sous le manteau de la forge de doreur.

Lorsqu'on juge l'oxidation assez avancée , on retire la pièce et on la plonge dans l'eau acidulée avec de l'acide sulfurique : il s'en détache une couche générale , d'égale épaisseur , et qui contient , si l'opération a été bien faite , tout l'or qui se trouvait sur la pièce de bronze.

On laisse tremper la pièce pendant quelques heures dans l'acide sulfurique faible , et on la gratte-bosse dans de l'eau. Si toute la surface n'était pas bien décapée , et qu'il y restât quelques parties de la couche oxidée , il faudrait faire légèrement rougir la pièce , la plonger dans l'acide sulfurique faible, et répéter cette opération jusqu'à ce que le métal soit partout mis à nu. La pièce de bronze ainsi traitée est souvent si peu déformée , qu'elle peut être portée sur le tour, ou réparée par le ciseleur, et être ensuite mise en couleur ou au vert antique pour être vendue comme objet commun.

Le métal oxidé qui se trouve au fond du vase où l'on a plongé le bronze chauffé au rouge, et où on l'a gratte- bossé, étant lavé et séché, peut être fondu avec du nitre et du borax pour en retirer l'or. On peut aus'si le traiter par le sulfure de plomb , comme nous le dirons en parlant de l'exploitation des vieilles gratte- bosses à dorer. On peut enfin en séparer l'or au moyen de la coupellation , ou en se servant des acides nitrique et sulfurique. Dans le procédé ordinaire, la pièce de bronze dorée, couverte du mélange de soufre et de sel ammoniac , est portée lentement à la température rouge-cerise. Le soufre fond, s'enflamme et brûle à la surface de la pièce; le cuivre se combine au soufre , et la couche de métal sulfuré , moins dilatable que le bronze, s'en détache par le prompt refroidissement de la pièce , ou par son immersion dans l'eau ou dans l'acide sulfurique faible.

Cette opération présente quelques inconvéniens qui naissent du procédé et de la nature du bronze. Le zinc, qui forme du cinquième au quart , et même quelquefois au tiers de cet alliage , ne se combine que difficilement au soufre, et le cuivre même n'est sulfuré que lentement à la température à laquelle on opère ; car le soufre est brûlé presque complètement

avant que la pièce de bronze soit portée à la chaleur rouge-cerise. J'ai changé, d'après ces considérations, le mode d'emploi du soufre, et je propose de s'en servir pour dédorer le bronze de la manière suivante.

Je fais légèrement rougir la pièce; je la saupoudre de soufre seul , réduit en poudre , ou je la trempe , étant rouge , dans une grande masse de soufre en poudre fine ; la pièce est reportée sur un feu léger; le soufre brûle : on laisse rougir la pièce et on la recouvre de nouveau, étant rouge, avec du soufre en poudre ; on réitère cette opération jusqu'à ce que la couche sulfurée soit assez épaisse; on jette la pièce de bronze dans de l'eau acidulée avec -de l'acide sulfurique , et on termine l'opération comme il a été dit plus haut.

Le second procédé que j'indique est plus expéditif que le premier, mais il attaque moins également la pièce de bronze et la déforme davantage. Du reste, ces deux procédés donnent, quant à l'or, absolument les mêmes résultats , et peuvent être suivis selon la localité où on se trouve, et suivant la forme et la grandeur des pièces que l'on veut dédorer.

On voit que , dans cette opération , l'ouvrier a à se garantir des vapeurs et des gaz nuisibles auxquels la combustion du soufre , du

charbon et la volatilisation d'une portion de zinc et de cuivre peuvent donner lieu. Il doit donc opérer sous la forge , en y activant le courant d'air, et doit en outre faire usage de tous les moyens de salubrité que nous avons déjà tant de fois recommandés.

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