CHAPITRE XV
De l'exploitation des cejidres et déchets d'ateliers provenant du travail de la dorure sur bronze au moyen du mercure.
J j'ouvrier doreur, appliquant l'amalgame sur le bronze avec la gratte-bosse , dont les fils métalliques ont une grande élasticité, posant la pièce à %\x sur des charbons allumes , la frottant continuellement en tout sens avec une brosse en crin , pour étendre également l'amalgame, la gratte-bossant et la mettant en couleur , etc. , donne lieu à des déchets considérables.
On estime qu'il ne se trouve sur les pièces
(86) dorées que 7 de l'or amalgamé qui a été étendu sur leur surface (1). On voit donc combien il est utile d'enseigner aux doreurs les procédés à suivre pour retrouver l'or qui, étant disséminé dans les déchets d'ateliers, est encore maintenant presque perdu pour eux.
Il y a peu d'années que les doreurs jettaient une grande partie de leurs déchets ; ils en perdent encore quelques-uns et vendent les autres à vil prix, ou au moins fort au-dessous de ce qu'ils valent. Nous allons étudier la nature de ces déchets, et mettre les doreurs en état de les traiter eux-mêmes , ou au moins d'exiger des personnes qui les achètent, des prix raisonnables de ces matières aurifères.
Les déchets que les doreurs peuvent recueillir séparément, sont les eaux du dérochage , les eaux blanches , les cendres de la forge à passer, les brossures du plateau, les
(1) M. Houard , qui a fait des expériences répétées pour vérifier ce fait , m'a écrit q|pil regardait comme certain que des pièces de bronze dorées avec de l'amalgame contenant 8 grammes d'or fin , ne donnent que 5 grammes 91 7 d'or, et que par conséquent 2 gram.o83 d'or restent dans les déchets : ces déchets rassemblés et traités lui ont donné 1 gramme j5o d'or , ce qui a réduit îe déchet réel à o gramme 333 , ou environ à -l- de l'or employé.
(87) cendres du fourneau à mettre au mat, le fond du baquet à mettre au mat, la boue du baquet à gratte-bosser, les vieilles gratte-bosses, la suie de la cheminée, et enfin les balayures, les ordures et les eaux de lavage, etc. , qui se recueillent dans l'atelier. Nous allons examiner séparément chacun de ces déchets, et indiquer le meilleur procédé à suivre pour en retirer l'or et le mercure.
S. Ier. Des eaux du dérocha ge.
Les eaux du dérochage sont acides; elles contiennent du cuivre, du fer et du zinc en dissolution. Lorsqu'elles servent depuis longtemps , le zinc s'y accumulant à mesure que l'on y trempe des pièces de bronze recuites, en précipite le cuivre , qui se trouve alors en poudre rouge autour des douves et au fond du baquet à dérocher: le 1er delà pincette, dont on se sert pour y porter et pour en oter les pièces de bronze , contribue encore à produire cet effet.
On peut exploiter ces eaux de différentes manières, selon la nature de l'acide employé pour préparer l'eau seconde. Si l'on a employé l'acide sulfurique, on peut en précipiter tout le cuivre au moyen de lames de zinc ,
et préparer du sulfate de zinc avec la liqueur j on peut encore précipiter tout le cuivre en y mettant tremper de la ferraille.
Si l'eau seconde a été préparée avec l'acide nitrique, on peut en précipiter tout le cuivre, comme nous venons de le dire , soit par le fer, soit par le zinc. Dans les deux cas il faut ensuite décomposer, par l'acide sulfurique, les nitrates de fer ou de zinc que l'on a formés , pour les convertir en produits vendables.
De quelque manière que l'eau seconde ait été formée et décomposée, le cuivre que l'on obtient doit être lavé à grande eau, séché promptement et vendu aux fondeurs en cuivre , ou fondu à une forte chaleur, en le couvrant de quelques morceaux de charbon , et coulé en lingots.
Si on traite les vieilles gratte-bosses à dorer par le moyen des acides sulfurique ou nitrique, comme nous le dirons à la fin de ce chapitre , on pourra encore mêler les eaux du baquet à dérocher aux dissolutions de cuivre provenant du traitement de ces grattebosses, et exploiter le tout ensemble.
S- II. Des eaux blanches, lies eaux blanches proviennent des égout-.
tures et du lavage de la table sur laquelle les ouvriers font l'application de l'amalgame sur le bronze, au moyen de Peau-forte ou de la dissolution mercurielle. Ces eaux sont acides j elles contiennent du mercure et du cuivre en dissolution : il s'y trouve des ordures de toute espèce, des brins de brosse, des débris de tannée, des fils de gratte-bosse, de l'amalgame d'or qui a échappé aux ouvriers, et qui est tombée sur la table, etc. Elles sont chargées de sels mercuriels insolubles , qu'elles tiennent en suspension ; ces sels proviennent de la saturation de la dissolution mercurielle par le bronze ou par le mercure de l'amalgame, et surtout de la décomposition de la dissolution mercurielle par le moyen des sels alcalins ou terreux contenus dans l'eau dont on se sert pour laver la table, les outils et les pièces de bronze recouvertes d'amalgame, etc.
Le traitement des eaux blanches est fort simple. On commence par les agiter et les décanter j on lave l'amalgame que l'on retrouve au fond du pot, on la fait sécher, on y ajoute du mercure pour la rendre fluide; on la fait alors passer à travers un tamis de crin pour en séparer les fils de gratte-bosse, etc., qui s'y trouvent; on passe cette amalgame liquide
à la peau de chamois, et on emploie l'amalgame solide qui reste dans la peau , comme amalgame neuve, et le mercure qui a passé à travers la peau sert à préparer de nouvelle amalgame (i). On met ensuite tremper dans Veau blanche , qui a été décantée, des plaques de cuivre qui en précipitent le mercure. Lorsqu'elles ne contiennent plus de ce métal en dissolution , ce dont on peut s'assurer en y plongeant une lame de cuivre rouge bien décapée, qui ne doit pas devenir blanche , ou en y versant une dissolution de sel de cuisine , qui ne doit pas y faire de précipité , on fait filtrer toutes les eaux , on les jette ; on met sur le filtre le dépôt qui se trouve au fond du vase, on le lave et on le fait sécher à l'air. Ce dépôt, distillé dans une cornue de fonte,
(1) M. Houard m'a dit que le mercure passé à la peau de chamois , et ainsi séparé de l'amalgame, contenait de 22 grammes à 127 grammes d'or par 100 kilogrammes, selon la bonté de la peau employée.
32 grammes de mercure séparé des brossures du plateau, et passé deux fois à travers une peau de chamois neuve , m'ont doîiné o gramme 029 d'or fin , ou environ — *— du poids du mercure.
L'or que l'on obtient en traitant ce mercure par l'acide nitrique est parfaitement cristallisé.
donne le mercure qui s'y trouve (1), et le résidu qui reste au fond de la cornue , fondu avec du nitre et un peu de borax , donne l'or que contenaient le peu d'amalgame échappé au lavage et les fils de gratte-bosse pénétrés d'amalgame qui ont été entraînés dans le pot où se rendent les eaux blanches. Lorsque ces résidus seront trop pauvres , ce que l'on reconnaîtra en en faisant l'essai sur une petite partie, on les réunira aux cendres de la forge (lorsqu'elles ne contiendront pas assez d'or pour être traitées à part) et aux balayures de l'atelier pour exploiter le tout ensemble, comme il sera dit plus bas.
S- III. Des cendres de la forge à passer.
Si les cendres de la forge h passer sont assez riches pour être traitées à part, on peut le faire des deux manières suivantes.
On les tamise pour en séparer les ordures , les charbons , etc. ; on les lave pour en retirer l'amalgame , les débris métalliques qui ont passé au tamis , et quelques grenailles d'or , s'il y en a j on fait tourner au mercure la cen-
(1) J'ai retiré jusqu'à i5 grammes de mercure par 100 grammes de ce dépôt.
dre lavée , et on a une amalgame qui, étant distillée dans une cornue de fonte, y laisse l'or que contenaient les cendres de la forge à passer. Ces mêmes cendres, sortant des moulins du laveur 3 se vendent aux propriétaires de mines de plomb , qui les traitent encore avec avantage.
Si les cendres de la forge à passer étaient fort riches , on pourrait commencer par les tamiser et les laver , comme nous venons de le dire , pour en séparer les grenailles métalliques et l'amalgame. On traitera ensuite les cendres (après les avoir fait sécher) en les fondant avec de la litharge et un peu de résine dans un bon creuset huilé en dedans (1). Le
(1) Nous allons donner ici , pour n'y plus revenir, quelques détails sur la préparation du flux à employer pour fondre les déchets de doreur qui contiennent des cendres ou d'autres substances terreuses. Ce flux doit se composer de litharge et de résine. Il faut employer assez de litharge pour vitrifier aisément les substances terreuses , et pour donner en outre , au moyen de la résire , assez de plomb métallique pour bien dissoudre tout l'or contenu dans le déchet que l'on veut exploiter, et pour bien former un culot au fond du creuset. On voit donc qu'il faut augmenter la dose de résine , si le déchet contient peu de substances terreuses , et que l'on doit au contraire la diminuer } si l'on a beaucoup de terre à vi-
(93) culot que l'on obtiendra , passé à la coupelle , donnera l'or qui était contenu dans ces cendres. Si ces cendres sont au contraire trop pauvres pour pouvoir être traitées à part , on doit les réunir aux balayures d'atelier , pour exploiter le tout comme nous l'indiquerons plus bas.
Les cendres de la forge a. passer contiennent des quantités d'or très-variables : elles sont pauvres lorsque l'ouvrier a bien travaillé , et qu'il a employé de l'amalgame d'une
trifier. Voici les proportions trouvées convenables pour traiter les cendres de la forge à passer , par M Genneau , au laboratoire des essais à la Monnaie. On emploie 100 grammes de litharge , 2 grammes de résine et 10 grammes de cendres. On met bien le tout en poudre et on fait fondre dans un creuset huilé. Lorsqu'il ne s'agit que de faire des essais de déchets aurifères , on doit employer, au lieu de litharge , la céruse de Clichy , qui, ne contenant pas d'argent , donne sans peine des résultats exacts. On peut alors fondre ensemble 20 grammes de céruse de Clichy, 1 gramme de la substance que l'on veut essayer , et 2 décigrammes de résine. La fonte se fait sans boursoufilement et en moins de dix minutes. On peut se servir avec avantage , pour faire ces fontes et pour passer à la coupelle les culots que l'on obtient , du petit fourneau à coupelle dont nous avons publié, M. Anfrve et moi , ia description en 181 3. Ce petit ouvrage se vend à Paris , chez Magimel , libraire , rue Dauphine, n° 9,
(94) consistance convenable ; elles sont au contraire très- riches en or dans les ateliers où l'on fait usage d'amalgame trop liquide , et où l'on chauffe trop fortement et trop brusquement les pièces de bronzes dorés : elles contiennent toujours, en outre, plus ou moins de mercure , mais rarement assez pour valoir la peine d'être soumises à la distillation.
Nous terminerons ce chapitre en citant les résultats de quelques essais faits sur les cendres de la forge à passer. M. de Tingry , en traitant ces cendres par le moyen du mercure , en a retiré o gramme 488 d'or par kilogramme. M. Genneau en a essayé qui rendaient par kilogramme jusqu'à 1 gramme 2,5o d'or fin; mais M. Houard m'a assuré que ces cendres, lavées et séchées , ne donnaient ordinairement que 2 grammes d'or par 100 kilogrammes. On voit que ces résultats sont très-dissemblables, et que chaque doreur doit par conséquent essayer ou faire essayer les cendres de la forge à passer , après les avoir lavées et avant de les vendre aux fondeurs de cendres d'orfèvres, qui se chargent ordinairement de les exploiter.
§. IV. Des brossures du plateau.
On rassemble avec soin les brossures du
(95) plateaa, qui ne sont qu'un mélange d'amalgame, de cendres et de poussière, avec quelques débris de charbon , de crins de la brosse , etc. On les met dans une grande terrine ; on les délaie dans de l'eau , et on y ajoute peu à peu de l'acide nitrique à 36°. Il se produit une grande effervescence qui pourrait faire passer la liqueur par-dessus les bords de la terrine, si on mettait trop d'acide à la fois. A chaque addition d'acide on remue bien le mélange ; on continue à ajouter de l'acide tant qu'il se produit de l'effervescence, et jusqu'à ce que la liqueur, agitée pendant quelques instans , reste sensiblement acide. La partie calcaire des brossures est alors complètement dissoute , ainsi qu'une partie des métaux oxidés qui s'y trouvaient mélangés* Les corps étrangers, tels que le charbon, les crins , etc. , viennent facilement nager à la surface de la liqueur , qui a acquis une assez grande densité. L'amalgame se réunit en une seule masse au fond de la terrine $ on décante la liqueur , on lave l'amalgame à grande eau , on la fait sécher , on la passe à travers une peau de chamois, et on la traite par un des procédés que nous allons indiquer. Les ordures séparées de la liqueur, ou provenant du lavage de l'amalgame , doivent se réunir aux ba-
layurès de l'atelier. Quant à la liqueur tirée à clair ou filtrée , on la jette maintenant ; niais elle pourrait être réunie avec avantage aux eaux blanches , et traitée en même temps que ce déchet.
L'amalgame qui s'est rassemblée au fond de la terrine où l'on a traité les brossures du plateau , contient beaucoup plus de mercure que celle que l'on applique sur le bronze. Cette plus grande fluidité doit être attribuée au mercure de la dissolution mercurielle qui en est précipité par le bronze, et qui se réunit à l'amalgame qu'on applique sur la pièce. Il se peut encore qu'en passant à la forge la pièce couverte d'amalgame , l'or se fixe au bronze et abandonne le mercure , qui est alors jeté sur le plateau par l'action de la brosse. Quelques doreurs ajoutent de l'or à cette amalgame fluide, et l'emploient pour dorer en premier buis , ou s'en servent tel qu'ils l'obtiennent pour dorer les pièces qui ne doivent l'être que légèrement ; mais les bons ouvriers refusent d'employer ces moyens , et passent, comme nous l'avons dit, cette amalgame à la peau de chamois. Ils emploient le mercure pour dissoudre de nouvel or, et distillent l'amalgame solide restée sur la peau de chamois pour en séparer le mercure et
en
(97) en retirer l'or qu'ils fondent en lingot et qu'ilâ vendent.
J'ai pensé que l'on pourrait éviter aux doreurs la perte de temps et d'argent que leur occasionne cette dernière manière de traiter l'amalgame retirée des brossures du plateau , et cela sans influer en mal sur les résultats de leurs opérations.
L'or que l'on obtient en traitant l'amalgame dont nous parlons est toujours à bas titre ; il se trouve allié à du cuivre qui rend l'emploi direct de cette amalgame aussi mauvais que difficile : il faut donc trouver le moyen de dissoudre ce cuivre sans attaquer le mercure et l'or qui , restant unis , forment alors une combinaison aussi bonne que celle qui est préparée avec des métaux purs : voici la manière d'arriver à ce but.
On prend l'amalgame fluide qui se trouve au fond de la terrine où ont été traitées les brossures du plateau ; on y ajoute du mercure pour la rendre bien Liquide -, on la passe à travers un tamis de crin, et on la met dans un ballon de verre à fond plat ; on verse dessus de l'acide nitrique pur à 36°, étendu de moitié d'eau distillée, et on fait bouillir le mélange en mettant le ballon sur un bain de sable ordinaire : l'acide attaque le mercure
(98) de l'amalgame, mais le cuivre précipite de suite ce mercure et entre en dissolution à sa place. On essaie de temps en temps la liqueur, et dès qu'on y trouve du mercure en dissolution , malgré une ébullition soutenue , on est assuré qu'il ne reste plus de cuivre dans l'amalgame j on décante alors la dissolution, on lave l'amalgame à grande eau, on la fait sécher et on la passe à la peau de chamois, afin de lui donner la solidité nécessaire pour être appliquée avec avantage sur les pièces de bronze que l'on veut dorer. Ce procédé m'a très-bien réussi; j'en conseilla i'emploi, qui me paraît avantageux, puisqu'il donne aux doreurs le moyen de tirer parti de l'or à bas titre , qu'ils sont obligés maintenant d'échanger contre de l'or pur.
L'or que l'on obtient de la distillation de l'amalgame provenant des brossures du plateau ne se trouve au plus qu'au titre de 960 millièmes j mais en traitant cette amalgame Comme je viens de le dire, on ramène aisément cet or au titre de 976 et 980 millièmes , et on le rend ainsi aussi bon pour la dorure, que le sont les ducats employés assez généralement parles ouvriers doreurs dans les pays où cette monnaie a cours.
Je terminerai ce qui a rapport à l'exploita-
(99) tion clés brossures du plateau, en citant le résultat du seul essai que j'ai eu occasion de faire sur cette espèce de déchet. J'ai traité à la fois 1 kilog. 63y grammes de brossures du plateau; j'ai eu 65 grammes d'ordures lavées et séchées. L'amalgame bien lavée et séchée pesait 969 grammes ; étant passée à la peau de chamois , on en a séparé 665 grammes de mercure, et on a eu 3oi grammes d'amalgame solide qui, étant distillée dans une cornue de fonte, a donné un culot d'or pesant yo grammes , et qui était au titre de 960 millièmes.
$. V. Des cendres du fourneau à mettre au mat.
Les cendres du fourneau où la pièce dorée se met au mat , contiennent ordinairement de l'or qui y a été entraîné par le mélange d'alun, de sel marin et de nitre, dont on se sert pour cette opération ; ce mélange salin , appliqué sur la pièce et fondu à sa surface, dissout de l'or , coule en partie le long de la pièce et tombe dans le feu, où la haute température qui y existe et la potasse des cendres décomposent ces substances salines. Les cendres du fourneau à mettre au mat sont fortement al-
câlines ; elles ne contiennent pas d'or à l'état salin et sohible dans l'eau. Ces cendres doivent donc être exploitées absolument comme celles delà forge à passer, c'est-à-dire, mêlées aux balayures de l'atelier si elles sont trop pauvres, et tournées au mercure et fondues avec la litharge et rbde résine si leur richesse permet de les traiter ainsi avec avantage.
§. VI. De la liqueur et du dépôt que contient le tonneau à mettre au mat.
L'eau que contient le tonneau où se plongent les pièces que l'on met au mat est légèrement acide ; elle marque 6 k 6 degrés à l'aréomètre de Baume , et contient du sel marin , du nitre et un peu d'alun : il ne s'y trouve pas ordinairement d'or en dissolution, mais le dépôt qui se forme au fond du tonneau contient l'or que le mata, enlevé de la surface des pièces dorées. Cet or se trouve oxidé et très-divisé ; il teint en violet le dépôt blanc qui y est mêlé, et qui est composé de la substance terreuse qui a servi à épargner les pièces que l'on a passées au mat, et de l'alun avec excès de base, ainsi que du plâtre (1) qui se sont formés
(j ) Le plâtre qui se trouve en gros cristaux au fond du baquet au mats'y forme (Je trois manières : i° à la haute
( "i ) pendant l'opération. Voici les procédés qui m'ont le mieux réussi , et que je conseille d'employer pour exploiter ces déchets.
Première méthode.
On peut traiter l'eau et le dépôt qui se trouvent dans le baquet au mat en suivant le procédé que voici : si la liqueur contient de l'or en dissolution, on doit l'en précipiter en y aj outant de la couperose verte en assez grande quantité; on laisse reposer le tout pendant quelques jours; on essaie la liqueur avec de la dissolution de couperose; si elle ne se teint pas en violet verdâtre ou en brun , on est assuré que tout l'or en est séparé; on soutire alors avec soin les eaux de dessus le dépôt et on jette ces eaux, à moins qu'on ne puisse les vendre à des salpêtriers ou à des fabricans d'alun, auxquels elles conviennent également.
température où sont portées les pièces dorées lorsqu'on les plonge dans le baquet , par la réaction de la craie de V épargne sur l'alun du mat; 2° par la décomposition de l'alun par les sels à base de chaux, qui se forment au moyen de l'acide nitrique et de l'acide muriatique provenant de la décomposition du mat} 3° parla combinaison directe de l'acide sulfurique du dérochage avec la craie de Y épargne.
On Jave le dépôt à grande eau, sans entraîner l'or; on le met sur un filtre ou dans un plat, on le fait sécher, on le fond, comme je l'ai dit plus haut, soit avec de lalitharge et ^ de résine , soit avec du salpêtre et du borax^ ou enfin en le mélangeant avec de la litharge , fô; de résine et deux parties | à trois parties de flux blanc. Cette fonte est assez difficile par rapport à la grande quantité de craie , de terre, de sulfate d'alumine insoluble et de plâtre que contient ce dépôt , qui ne donne d'ailleurs que 3 à 4 grammes d'or fin par kilogramme. J'ai cherché dans la connaissance de sa composition des moyens plus faciles d'en séparer l'or. Voici ceux que je propose d'employer.
. - deuxième méthode,
On précipite l'or, comme nous l'avons dit, de la liqueur si elle en contient en dissolution j on la décante et on la jette si on ne peut pas la vendre. On lave le dépôt à grande eau, pour en bien séparer le sel marin , le nitre et les autres sels solubles, et on le traite par l'acide muriatique mis peu à peu en léger excès ; on dissout ainsi toute la craie et on favorise la dissolution du sulfate de chaux et du sulfate d'alumine avec excès de base. On ajoute beaucoup d'eau à la liqueur pour en
( io3)
diminuer la densité et pour faciliter le lavage du dépôt. L'or reste en suspension dans la liqueur avec de la terre, du sable, du sulfate de chaux et quelques ordures insolubles. On laisse bien déposer, on essaie la liqueur avec de la dissolution de couperose verte , on la jette si elle ne contient pas d'or en dissolution ; on lave le dépôt, d'abord avec de l'acide sulfurique très-faible, et ensuite avec beaucoup d'eau , en ayant soin de bien laisser éclaircir la liqueur à chaque lavage. On met le dépôt sur un filtre , ou on le fait sécher sur un plat, et on le fait fondre en y ajoutant de la litharge , ïtô de résine et un peu de salpêtre et de borax.
Ces deux méthodes sont bonnes : la seconde surtout conduira facilement au but dans les ateliers où on est dans l'usage & épargner les pièces dorées sur buis , au moyen de la craie délayée dansjm sirop de gomme et de cassonade. Lorsqu'on emploie les ocres rouges ou jaunes , ou la terre à poêle pour préparer Y épargne 3 le dépôt du tonneau au mat , traité par l'acide muriatique faible, contiendra un peu plus de substances terreuses, et il faudra alors y ajouter une plus grande quantité de litharge pour le fondre aisément.
En suivant ce second procédé, on a l'avan-
tage de n'avoir à fondre qu'un dépôt peu chargé de substances terreuses, et de diminuer ainsi considérablement la dépense de cette opération.
4 kilogrammes 5oo grammes du dépôt du baquet au mat se sont réduits, en les traitant comme il vient d'être dit, à jSo grammes; ce résidu étant ion du a donné 34,5 grammes d'or ou 46 grammes par kilogramme.
Dans un second essai, j'ai trouvé que le dépôt du baquet au mat, traité comme on l'a dit plus haut , par l'acide muriatique mis en excès, étant bien lavé et séché, donnait 34 grammes d'or par kilogramme. Ce résidu contient donc , terme moyen, par kilogramme, 4° grammes d'or et 960 grammes de substances étrangères.
Le sulfate de chaux, qui forme la plus grande partie des résidus obtenus par les deux procédés dont je viens de donner la description, oblige à fondre ces résidus avec une quantité de litharge assez considérable pour en bien opérer la fonte (1). Il suit de-là que le culot que l'on obtient contient beaucoup de plomb,
(j) Voyez ce qui a été dit à ce sujet dans la note qui se lrou\e au bas de Ja p3ge 9^ de ce Mémoire.
( io5)
et qu'il faut le passer à la coupelle pour en retirer l'or. J'ai cru utile d'indiquer des moyens d'exploitation qui n'obligeraient pas à employer la litharge et le fourneau à coupelle , et qui donneraient l'or pur par le moyen d'une seule fonte (1). Voici les procédés qui conduiront à ce but.
Troisième méthode.
Après s'être assuré que l'eau du baquet au mat ne contient pas d'or, ce qu'on fera, comme nous l'avons dit plus haut , au moyen de la couperose, on jettera cette eau; on traitera le dépôt par la dissolution de sous-carbonate de soude ou de potasse mise en grand excès; on agitera le mélange à froid, et de temps en temps , pendant une dizaine de jours; on jettera la liqueur ; on lavera le dépôt à grande eau ; on le traitera par l'acide muriatique mis peu à peu et en léger excès pour
(1) On arriverait à ce résultat en fondant les résidus fournis par les deux méthodes décrites plus haut , avec de grandes quantités de flux blanc , de nitre , de borax ou de potasse , etc. ; mais ces fontes seraient si coûteuses et si difficiles , que je ne conseille pas de faire usage de ce procédé , quoiqu'il puisse donner de l'or pur par le seul moyen de la fonte,
( io6) dissoudre tout le carbonate de chaux formé par la décomposition du plâtre 5 on lavera le résidu, qui ne contiendra plus que de l'or mêlé à un peu de terre et de sable, et qui, dans cet état, se réduira facilement en culot, sans employer de litharge et en ne faisant usage que de salpêtre et de borax.
Dans l'opération que je viens de décrire, l'or que l'on obtient se trouve encore mélangé avec différentes substances dont on doit le séparer au moyen de la fonte. Je terminerai ce chapitre en indiquant le procédé à suivre pour éviter cette fonte et pour traiter le dépôt du baquet au mat par la voie humide, afin d'en obtenir l'or à l'état pur, sans mélange de corps étrangers et en poudre impalpable , par conséquent très-facile à dissoudre dans le mercure et très-propre à donner de bonne amalgame. Voici le procédé tel que je l'ai exécuté en grand, et qui me parait le plus avantageux des quatre que je propose dans ce chapitre.
Quatrième méthode.
On peut encore traiter l'eau et le dépôt qui se trouvent dam, le baquet au mat 9 en suivant à peu près l'excellent procédé publié par M. Vauquelin, et qui sert maintenant à ex-
( 107 ) ploiter le résidu de la couleur que les bijoutiers emploient pour mettre l'or au mat (1). Voici la description de ce moyen d'exploitation appliqué au déchet de doreur dont nous nous occupons.
On doit commencer par saturer toute la partie calcaire du dépôt du baquet au mat , en employant l'acide muriatique et en prenant les précautions indiquées plus haut. Lorsque la liqueur du baquet contient un excès d'acide bien marqué , on y ajoute un mélange de trois parties d'acide muriatique du commerce et d'une partie d'acide nitrique à 36° ; on agite bien, avec un bâton, tout ce qui est dans le baquet ; on le remue de temps en temps , et pendant quelques jours , alin de faciliter la dissolution de tout l'or contenu dans le dépôt du baquet au mat ; on laisse bien éclaircir la liqueur et précipiter la partie du résidu qui ne s'est point dissoute ; on tire la liqueur à clair par le moyen le plus commode , on la met dans un tonneau, ou, ce qui est mieux,
(i) Voyez la description très-exacte et très-détaillée de ce procédé , page 74 du Manuel de V Essayeur } publî : par M. Vauquelin en 1812. On y voit qu'il faut employer 4 parties de couperose pour opérer la précipitalion complète d'une partie d'or.
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dans un grand pot de grès, et on ajoute dans cette liqueur de la couperose verte qui en précipite l'or ; on agite bien le mélange, on laisse former le dépôt -, on essaie la liqueur claire avec la dissolution de couperose ; si cette addition ne forme pas de nouveau précipité dans la liqueur, on la soutire de dessus le dépôt, on la jette et on lave le dépôt d'abord avec de l'eau acidulée avec de l'acide sulfurique , et ensuite avec beaucoup d'eau , en ayant toujours soin de laisser bien déposer l'or à chaque lavage , afin de ne point risquer d'en jeter avec les eaux que l'on enlève de dessus l'or en poudre qui est au fond du vase. Quand le dépôt est bien lavé, on le met sur un filtre ou dans un plat ; on le fait sécher et on le fait légèrement rougir dans un creuset; on obtient ainsi de l'or fin qui peut servir à former de nouvelle amalgame. Le résidu insoluble dans le mélange d'acide muriatique et d'acide nitrique , de dessus lequel nous avons dit qu'on soutirait la dissolution d'or , doit être traité de nouveau par ce même mélange d'acide , afin d'en séparer les dernières portions d'or qui pourraient y rester ; mais cette seconde opération doit être faite à chaud, en faisant bouillir pendant une heure ce résidu dans un ballon de. verre , après l'avoir
( 109 ) bien délayé dans de l'eau, et y avoir ajouté quantité suffisante d'acide muriatique et d'acide nitrique. On filtre la liqueur, on lave le résidu qui reste sur le filtre , et on se sert de cette dissolution , qui contient un peu d'or , pour traiter de nouveau résidu du baquet au mat. On peut aussi la traiter par la couperose , comme nous l'avons dit tout-à-1'heure, soit seule, soit en la réunissant à d'autres dissolutions d'or provenant de l'exploitation des mêmes résidus. On retire ainsi facilement tout l'or que contient cette espèce de déchet} on obtient l'or à un titre très-élevé et bon pour être employé de suite dans l'atelier du doreur , et on a l'avantage d'obtenir ces résultats presque sans dépense en ustensiles , en charbon et en main-d'œuvre.
Voilà la description des quatre procédés que je propose pour retirer l'or du baquet au mat. Le premier procédé a l'avantage d'être le moins compliqué; mais les doreurs, en le suivant, n'obtiendront qu'un résidu contenant peu d'or par rapport à son poids , difficile à fondre et à exploiter, et dont ils ne trouveront par conséquent jamais un prix raisonnable dans le commerce.
Le deuxième procédé est plus compliqué , mais il donne un résultat bien plus satisfki-
( no) sant, et le doreur qui ne voudra pas fondre lui-même le résidu de l'opération , en trouvera au moins un prix plus avantageux.
Dans le troisième procédé, l'or que l'on obtient n'a besoin, pour être ramené à l'état d'or pur, que d'être fondu avec un peu de borax. Ce procédé conviendra bien aux doreurs qui voudront exploiter en grand les dépôts de baquets à mettre au mat, et qui feront alors avec grand avantage cette exploitation à façon pour les autres doreurs (1).
Le quatrième procédé indiqué est celui qui me paraît le mieux convenir aux doreurs qui veulent exploiter par eux-mêmes, deux ou trois fois par an , le résidu dont nous parlons. En suivant ce procédé, ils obtiendront, presque sans dépense et sans peine , la totalité de l'or contenu dans ce déchet , et ils auront Je grand avantage d'obtenir l'or pur et de l'avoir en poudre impalpable, qu'il suffira de faire légèrement recuire pour pouvoir la dissoudre facilement dans le mercure et pour en former de très-bonne amalgame.
(1) M. Foy m'a assuré que } dans un atelier composé de quatre à cinq ouvriers , le baquet au mat pouvait rendre environ i5 grammes d'or fin par mois.
(M. ) S. VII. De la boue du baquet à gratte-bosser.
La boue du baquet ou l'on gratte- bosselés pièces de bronze dorées , contient l'or enlevé de dessus lapièce par le frottement de la grattebosse à gratte-bosser : il s'y trouve beaucoup de fils de laiton provenant de 'a gratte-bosse , et une grande quantité de fragmens et de débris de bois que fournit la planche horizontale a , placée dans le baquet à gratte-bosser , figure 14, planche II. Ce morceau de bois, continuellement frotté par la pièce de bronze et par les fils de la gratte-bosse , se met en charpie très-promptement , et augmente ainsi le dépôt qui se trouve au fond du baquet.
On doit laver ce dépôt, après avoir décanté et jeté l'eau acidulée avec du vinaigre qui le surnage j on le fait sécher et on le fait rougir dans une poêie, pour bien brûler tout le bois qui s'y trouve \ on incinère bien le charbon et on traite le résidu comme nous l'indiquerons bientôt en parlant de l'exploitation des vieilles gratte-bosses à dorer (1).
S- VIII. Lies vieilles gratte- bosses à dorer.
Les gratte -bosses à dorer se pénétrant
(1) J'ai essayé de ces résidus qui contenaient jusqu'à 3i et 32 grammes d'or par kilogramme.
d'amalgame et s'usant promptement, forment un déchet considérable qu'il importe au doreur de bien exploiter. J'ai analysé avec soin ces gratte-bosses; j'ai examiné les procédés suivis pour en retirer l'or, et ne les trouvant pas satisfaisans , j'ai cherché des moyens plus avantageux de traiter cette espèce d'alliage : ce chapitre contiendra le résultat du travail que j'ai entrepris à ce sujet.
On ne retire que depuis peu de temps l'or des vieilles gratte-bosses à dorer ; j'ai vu établir l'exploitation régulière de ces déchets il y a dix à douze ans. Avant cette époque, on faisait fondre les vieilles gratte-bosses sans en retirer le mercure 5 on ajoutait du salpêtre au métal fondu pour oxider le cuivre et le zinc , et pour affiner l'or : cet or se trouvait ramené à un titre d'autant plus élevé, que l'on avait employé plus de nitre et que la poussée avait duré plus long-temps ; mais la fonte du mélange était difficile et rendait ce procédé coûteux. Je l'ai employé, et je n'en " ai pas été satisfait.
Quelques doreurs font maintenant affiner les vieilles gratte-bosses à la coupelle, en les y traitant par le plomb. Ce moyen est préférable au premier , mais les frais en sont encore trop considérables. La liquation ne présente
pas ,
( "3) pas non plus d'avantage, parce que cette opé- ' ration ne réussit que difficilement lorsqu'on y soumet les alliages d'or et de cuivre. J'ai vu dans quelques ateliers agiter les vieilles grattebosses dans un grand excès de mercure légèrement chauffe, et les secouer fortement en les retirant de ce bain : en les lavant ainsi au mercure, on en retire la plus grande partie de l'amalgame , mais les fils de laiton en restent toujours pénétrés, et il faut encore les traiter par un des moyens indiqués plus haut. L'insuffisance de ces moyens m'a déterminé à proposer les procédés qui suivent, et qui présentent, je crois, tous les avantages désirables.
La distillation des vieilles gratte-bosses au moyen d'une cornue de fonte est si facile , oue je pense que l'on ne doit pas perdre le mercure qu'elles contiennent. On doit donc commencer par soumettre les vieilles grattebosses à dorer à la distillation dans une cornue de fonte 5 on en sépare ainsi tout le mercure; les fils métalliques que l'on retire de la cornue sont alors bien flexibles : on en fait facilement des paquets ou pelottes oblongues que l'on peut traiter de deux manières différentes.
Traitement des vieilles «ratte-bosses à dorer par la voie humide.
On peut faire dissoudre les vieilles grattebosses distillées dans l'acide nitrique (1) ; tout se dissout, excepté For qui reste au fond du matras. On décante la dissolution de cuivre j on y ajoute de nouvel acide nitrique, on fait bouillir le tout pendant une demie-heure , on décante l'acide, on ajoute de l'eau clans le matras , on agite et on verse l'eau et l'or sur un filtre (2), on lave le tout, ou fait sécher le iiltre, on le brûle dans un creuset, on y ajoute un peu de nitre et de borax, et on fait fondre l'or, qui se trouve ainsi à un titre assez élevé pour pouvoir être employé de nouveau à la
(1) Si on traitait les vieilles gratte-bosses en grand , on pourrait , par économie , employer l'acide sulfurique à 5o" an lieu de l'acide nitrique ; mais il faudrait alors ajouter , de temps en temps, quelques gouttes d'acide nitrique au mélange bouillant pour favoriser la dissolution du cuivre et la séparation de l'or.
(2) On pourrait décanter cet or en poudre dans un verre , dans- un creuset de pâle fine ou dans une assiette. En le faisant sécher et légèrement recuire, on pourra le faire dissoudre dans le mercure et en préparer ainsi directement de bonne amalgame.
( "5) préparation de l'amalgame. La dissolution de cuivre qui a été décantée de dessus l'or en poudre doit être saturée en y mettant des vieilles gratte-bosses distillées en excès , et en faisant chauffeur le tout. Cette dissolution de cuivre jaune, ainsi débarrassée de l'excès d'acide qu'elle contenait, peut servir à la préparation des cendres bleues ou à celle des couleurs bleues ou vertes extraites du cuivre. On peut encore concentrer cette dissolution jusqu'au degré convenable en la faisant évaporer dans une bassine de cuivre rouge et la décomposer ensuite dans une cornue de verre ou de grès , soit en la distillant seule , soit en y ajoutant quantité convenable d'acide sulfurique. Dans le premier cas on aura des oxides de cuivre et de zinc au fond de la cornue, et de l'acide nitrique qui aura passé dans le récipient; dans le second on aura de l'acide nitrique dans le ballon, et il restera au fond de la cornue une masse saline qui, dissoute dans l'eau, donnera facilement de très- beaux cristaux de sulfate de cuivre que l'on séparera du sulfate de zinc par des lavages successifs, ou par une ou deux cristallisations.
En traitant les vieilles gratte-bosses à dorer par les moyens que nous venons de décrire, on peut donc en retirer, i° le mercure;
(i,6) 2° l'or ', 3° des oxides de cuivre et de zinc qui peuvent être ramenés à l'état métallique et redonner du cuivre jaune ; 4° des couleurs bleues ou vertes j 5° des sulfates de cuivre et de zinc ; 6° une grande partie de l'acide nitrique employé à dissoudre les vieilles gratte-bosses à dorer.
J'ai analysé un grand nombre d'échantillons de vieilles gratte- bosses 3 et j'ai trouvé qu'elles contenaient au cent :
Mercure de. i5 à 20.
Or 2 à 3.
Cuivre jaune 83 à 77.
Lorsqu'elles ont été soumises à la distillation et que le mercure en a été ainsi séparé , elles forment un alliage qui contient environ au cent:
Cuivre jaune 96,96.
Or à 1000 millièmes 3,o4>
Ou cuivre pur 67,872.
Zinc 29,088.
Or fin 3,o4-
L'expérience prouve qu'il faut, terme moyen, 100 grammes d'acide nitrique pur à
( "7) 36° (i333, pesanteur spécifique) pour dissoudre 22 de cuivre jaune : il faudra donc 44° grammes d'acide nitrique à 36° pour traiter îoo grammes de vieilles gratte- bosses à dorer distillées et pour avoir 3,o4 grammes d'or fin.
Si on traite la dissolution nitrique de cuivre par l'acide sulfurique , on obtiendra des quantités ci-dessus au inoins 260 grammes de sulfate de cuivre et environ moitié de l'acide nitrique employé ; on aura en outre les autres produits accessoires qui contribueront à augmenter les bénéfices de l'opération ; mais je n'entre dans aucun détail au sujet de ces produits qui sont beaucoup moins importansj ce serait trop alonger ce chapitre. J'ai voulu mettre seulement ici l'ouvrier doreur à même de savoir approximativement la dépense et le produit du mode d'exploitation que je propose.
Traitement des vieilles gratte-bosses par la voie sèche ,
De tous les procédés que j'ai essayés , celui qui m'a le mieux réussi est le suivant :
On commence par distiller les vieilles gratte-bosses à dorer pour en retirer le mer-
( "8) cure ; on en prend ensuite 5oo grammes que l'on tasse au fond d'un bon creuset ; on y ajoute un mélange de 3ooo grammes de galène ou de sulfure de plomb en poudre
iiur ae
et de 100 grammes ae limaille de fer 5 on recouvre le tout avec 3 ou 400 grammes de sel marin décrépité et en poudre fine, et on le fait fondre en le chauffant fortement et en le tenant en fonte bien liquide pendant environ un quart d'heure ; on retire le creuset du feu, on le laisse refroidir et on le casse. On trouve au fond un culot contenant du plomb allié à l'or provenant des gratte-bosses y on passe ce plomb aurifère à la coupelle et on obtient ainsi l'or à l'état de pureté (1). Les scories de cette fonte peuvent être mises en
(1) Le mélange indiqué plus haut étant très-fusible, tend l'opération facile. Tout doreur peut la faire sous la forge avec le moindre soufflet. Le petit fourneau à coupelle elliptique dont nous avons parlé au bas de la page ç3 de ce Mémoire , et dont on fait usage dans les bureaux de garantie de province , sera suffisant pour opérer cette fonte , pour passer les culots à la coupelle -et pour en retirer l'or. On pourra encore coupeller ces alliages de plomb et d'or en plaçant la coupelle entre des charbons allumés et en dirigeant sur le bain le veut d'un petit soufflet, comme les essayeurs le font lorsqu'ils passent ies essais à la casse.
poudre et refondues avec un peu de limaille de cuivre, ou, à défaut, avec un peu de limaille de fer : on obtient ainsi un second culot qui contient encore assez d'or pour payer les irais de cette seconde* opération.
§. IX. De la suie des cheminées de doreurs.
Quelques doreurs recueillent la suie qui s'attache aux parois de la cheminée de la forge à passer , et la mélangent avec les cendres aurifères qu'ils font traiter au moulin par les procédés de l'amalgamation. Le plus grand nombre jettent cette suie comme inutile ; et ceux même qui la font traiter au mercure ne regardent pas cette opération comme bien avantageuse. Les ramoneurs qui respirent Pair chargé de cette suie sont cependant atteints de maladies si graves , et dont l'invasion est si prompte, qu'il est naturel de penser que l'on ignore la composition de la suie des cheminées de doreurs , et qu'on n'a point encore apprécié ce déchet à sa véritable valeur. J'ai cru utile d'examiner cette suie et de rechercher les meilleurs moyens de l'exploiter.
J'ai dit, en parlant du ramonage des che-
minées de doreurs, que j'avais fait prendre des échantillons de suie à différentes hauteurs de la cheminée que j'ai fait ramoner en ma présence. Ces échantillons ont été mis dans des boîtes par le ramoneur, à mesure qu'il s'élevait dans le tuyau de la cheminée, et ces boîtes , fermées et jetées a terre , ont été de suite numérotées. Nous allons examiner les échantillons pris au bas, au milieu et au haut de la cheminée.
Ces échantillons ont été bien séchés, à une douce chaleur, dans une étuve dont la température était constante et bien réglée ; on a séparé les plâtras qui se trouvaient mélangés à la suie j on a tamisé chaque échantillon séparément, et on les a mis dans des bocaux étiquetés et bien secs.
Ces trois échantillons blanchissent fortement l'or sur lequel on les frotte. La suie prise au bas de la cheminée produit cet effet pins vite et plus fortement que les deux autres. J'ai pesé des volumes égaux de chacun de ces échantillons, et j'ai trouvé que :
1 décilitre cube du n° 1 , contenant la suie prise au has de la cheminée, pèse, terme moyen de 3 pesées 94^ gr-
1 décilitre cube du n° 2 pèse, terme moyen idem 808
i décilitre cube du n° 3 pèse, terme moyen idem j65 gr. (i)
On voit donc déjà que le mercure est porté par le courant d'air jusqu'au haut de la cheminée, et par conséquent jusque dans l'atmosphère , et que la plus grande quantité s'en condense cependant vers la partie inférieure de la cheminée.
Lorsqu'on délaie de la suie de doreurs dans de l'eau distillée bouillante et qu'on la lave avec soin , on voit le mercure se rassembler en poudre très-fine au fond du vase , mais il ne s'y réunit point en masse (2).
(1) J'ai examiné de la même manière différentes suies de cheminées ordinaires ; j*ai trouvé qu'elles pesaient (;4o grammes , q43 gr. , 780 gr. 5810 gr. par décilitre cube , c'est-à-dire , autant que les suies de doreurs les plus chargées de mercure. Cela -vient de ce que l'huile et les sels contenus dans la suie ordinaire la rendent trèscompacte , tandis que la suie des cheminées de doreurs , où on ne brûle que du charbon de bois ou de la tannée , reste en poudre très -légère».
(2) J'ai essayé inutilement de laver la suie avec une dissolution saline , ayant 1400 de densité ; j'espérais ainsi pouvoir séparer les cendres et le mercure de la suie proprement dite , qui a une pesanteur spécifique moindre 5 mais je n'ai réussi qu'incomplètement. Je crois cependant que ce moyen pourrait donner de bons résultats s'il était plus étudié.
Les eaux de lavage sont très-colorées et légèrement alcalines ; elles contiennent beaucoup de muriates, point de sulfates. Il n'y a point de mercure en dissolution, probablement parce que, lors de l'immersion de la suie dans l'eau , les sels mercuriels ont été décomposés par les bases alcalines ou terreuses provenant de la cendre du charbon de bois et des mottes à brûler (1). Ces eaux de lavage contiennent beaucoup de sels à base de chaux. La suie ainsi lavée blanchit l'or comme avant le lavage ; elle perd , terme moyen , 0,27 de son poids dans cette opération. Si on traite la suie de doreur par l'acide nitrique, il se produit une forte effervescence due à la dissolution d'une grande quantité de carbonate de chaux. En faisant chauffer le mélange et en employant excès d'acide nitrique , on sépare tout le mercure de la suie, qui se ré-
(1) Les acides qui se dégngent pendant que l'ouvrier passe au mat les pièces dorées se combinent au mercure qui est volatilisé sous le même manteau de cheminée. Il se forme alors des sels mercuriels; et c'est sans doute à leur présence dans la suie des cheminées de doreurs qu'il faut attribuer les accidens graves qu'éprouvent les ramoneurs qui ramonent ces cheminées sans prendre les précautions con\enables.
duit ainsi aux 0,26 de son poids. Le résidu ne blanchit plus l'or. Etant lavé , séché , brûlé et fondu avec quatre parties de litharge dans un creuset huilé , il donne un culot de plomb qui passé à la coupelle, y laisse constamment un bouton d'or fin qui forme, terme moyen, les 0,002 de la suie employée. La suie de doreur contient donc de l'or qui a probablement été volatilisé et entraîné par le courant d'air avec le mercure de l'amalgame (1).
(1) M. de Tingry fait mention de ce fait page 83 de son Mémoire. M. llouard m'a dit avoir traité des suies de dorenrs qui lui ont rendu 2 grammes d'or et jusqu'à 600 grammes de mercure par kilogramme.
M. Proust , qui a fait l'anal vse de la suie des fourneaux dont on fait usage à Almaden pour y traiter la mine de mercure , a trouvé que cette suie contenait au cent :
Eau chargée d'acide sulfurique pur. 2,5.
Sulfate d'ammoniaque 3,5.
Noir de fumée 5.
Mercure 66.
Mercure doux j 8.
Cinnabre 1 .
Sulfate de chaux : 1 .-
Perte 3.
Lorsqu'on distille la suie de doreur, on en obtient , terme moyen, 9 pour cent de mercure coulant (1); mais l'on a bien de la peine à le rassembler par rapport à l'huile et à la liqueur ammoniacale qui passe avec le mercure dans le col de la cornue de fonte : il se forme beaucoup de carbonate et de muriate d'ammoniaque , et il se dégage des vapeurs très-abondantes et très-fétides.
Le mercure que l'on obtient de la distillaîion de la suie étant dissous par l'acide nitrique pur, ne laisse point d'or au fond du matras. Le résidu charbonneux , recueilli au fond de la cornue , étant incinéré et fondu avec de la litharge dans un creuset huilé, donne un culot de plomb qui , passé à la coupelle, y laisse toujours un bouton d'or fin .
On voit, d'après le résultat des essais qui viennent d'être cités, que la distillation ne convient pas pour exploiter la suie des cheminées des doreurs , et qu'il faut plutôt la
(1) M. le docteur Marc , appelé en consultation médico-légale dans une affaire où un ramoneur a été près de mourir, pour avoir ramoné sans précaution une cheminée de doreur , a trouvé , en analysant la suie de cette cheminée, qu'elle contenait environ 0.5 de mercure par quintal.
( ^5) laver à grande eau et la faire traiter au moulin avec les autres résidus aurifères que donne le travail de l'atelier. On pourra peut-être en tirer un meilleur parti en l'exploitant par la voie humide et en suivant à peu près le procédé que voici, qui est basé sur les premières expériences rapportées au commencement de ce chapitre.
On pourrait rassembler toute la suie provenant du ramonage d'une cheminée de doreur; on en séparerait avec soin, par le lavage sur un tamis, tous les plâtras et autres débris grossiers ; on traiterait la suie par l'acide nitrique; on filtrerait, on retirerait le mercure de la liqueur , et le résidu , incinéré et fondu comme nous l'avons dit plus haut , donnerait tout l'or contenu dans la suie. Je ne fais qu'indiquer ce moyen d'exploitation ; il faudrait l'étudier davantage pour savoir au juste à quoi s'en tenir par rapport aux avantages qu'il pourrait procurer. En attendant, je conseille aux doreurs de ne point jeter la suie qu'ils font extraire de la cheminée de leur forge à passer > et de la faire tourner au moulin ; car il est bien démontré que , contre leur opinion , il s'y trouve beaucoup de mercure et une assez grande quantité de l'or qu'ils emploient.
§. X. ZW balayures de l'atelier.
Toutes les balayures de l'atelier et débris de tous genres, comme vieux chiffons, vieux balais, vieilles brosses, vieux papiers, etc. (1), sont accumulés dans un tonneau j on y ajoute les cendres de la forge h. passer et celles du fourneau à mettre au mat lorsque ces cendres sont jugées trop pauvres pour être exploitées séparément avec avantage. On traite le tout, lorsqu'on en a réuni une assez grande quantité , par la méthode suivante.
On met sous le manteau de la force un lit de bois fendu et on place dessus les balayures, en les y arrangeant couche par couche avec du bois bien sec ou du charbon de bois ; on met le feu à ce tas et on le conduit de manière à rendre la combustion bien complète. Lorsque tous les débris ont été bien charbonnés
(1) Les doreurs devraient toujours couvrir le sol de leurs ateliers avec des claies en bois , comme le font les orfèvres et les bijoutiers; ils éviteraient ainsi la perte d'une grande quantité d'or et d'amalgame qui , tombés à terre , s'attachent aux souliers des ouvriers , et sont ainsi portés au dehors et perdus. Les claies en bois éviteraient cette perte , en conservant entre leurs compartiment les ordures de l'atelier.
( 127 ) et complètement réduits en cendres , on laisse refroidir le tout; on le tamise pour en séparer les pierres et autres substances volumineuses dont on peut l'aire le triage à part.
On lave la cendre en poudre pour en séparer les substances métalliques qui peuvent s'y trouver en morceaux ou en grenailles , et on fait ensuite traiter cette cendre, au moyen du mercure, par les procédés ordinaires d'amalgamation. On peut encore, après en avoir retiré de l'or par ce procédé, la vendre aux propriétaires de mines de plomb qui la traitent à la coiipelle, en l'y passant avec des plombs riches en argent. Si les cen dres provenant des balayures se trouvaient très-chargées en or, ce qu'on reconnaîtrai!» facilement en en faisant l'essai en petit , on pourrait, dans certains cas, les traiter en les fondant avec de la litharge et un peu de résine dans un creuset huilé , et en passant à la coupelle le culot que l'on obtiendrait. J'ai vu de ces cendres qui donnaient, étant ainsi traitées , jusqu'à 2 grammes 7 d'or fin par kilogramme.