CHAPITRE XVI
Des moyens de salubrité proposés dans ce Mémoire ? et des appareils qui peuvent les procurer.
JL/e but que s'est proposé M. Ravrio en faisant les fonds du prix mis au concours par l'Académie , étant de rendre l'état de doreur moins nuisible à la santé des ouvriers qui le professent, j'ai cru devoir, pour mieux me conformer aux conditions exigées par le programme , présenter dans un chapitre à part les moyens de salubrité que je propose, et les mettre ainsi plus à la portée des ouvriers. Je parlerai ici des appareils propres à assainir les ateliers de doreurs ; j'indiquerai les principes ror lesquels repose leur construction, pour qu'on puisse les appliquer sans peine à tous les cas particuliers. Je terminerai en indiquant les différentes précautions que j'ai conseillé de prendre, et, en les rappelant dans l'ordre où elles ont été proposées, j'en développerai
quelques-
( 129 ) quelques-unes sur lesquelles il me paraît plus utile d'insister.
Le doreur qui veut monter un atelier doit choisir, s'il le peut, un local assez grand, exposé au nord, bien aéré et bien éclairé, La cheminée de l'atelier doit être large; elle doit avoir au moins cinq à six mètres de hauteur; le tirage doit en être réputé bon ; elle ne doit être commandée par aucun bâtiment voisin ; elle ne doit recevoir dans toute sa hauteur aucun tuyau de poêle ni de cheminée, et doit ne servir que pour l'atelier de doreur, et n'avoir aucune communication avec les autres cheminées de la maison.
Le local étant choisi, il faut bien assurer en tout temps le tirage de la cheminée , et pouvoir même à volonté le rendre plus ou moins rapide. Voici les moyens à employer pour arriver à ce but.
Ce qu'on nomme tirage d'une cheminée n'est que l'effet produit par l'ascension de l'air dans le tuyau de cette cheminée. Pour que cet effet ait lieu , il faut échauffer convenablement la colonne d'air dans le tuyau de la cheminée , et laisser affluer dans la pièce où elle se trouve assez d'air du dehors pour pouvoir continuellement remplacer celui qui est entraîné vers la partie supérieure du ' -1 liment.
On donne ordinairement de l'air dans les pièces où les cheminées fument , en en ouvrant les portes ou les croisées. Cette méthode introduit dans la chambre une trop grande quantité d'air à la fois , et y forme surtout des courans rapides et irréguliers qui s'opposent souvent à l'effet qu'on veut produire. Il est préférable d'établir à chaque croisée de l'atelier un bon vasistas à soufflet, s'ouvrant en dedans (1), et placé au haut de la croisée. L'air extérieur qui entre dans l'atelier, en passant par ces vasistas , se mélange à l'air le plus chaud qui se trouve toujours vers le plafond , s'échauffe ainsi et n'abaisse point la température du bas de l'atelier. On peut alors en tenir les portes et les fenêtres fermées sans nuire au tirage de la forge ou à la santé des ouvriers doreurs. Par ce moyen l'air reste
(1) Si on peut tirer de Pair d'une cave , il ne faut pas négliger de le faire ; il faudra alors le conduire au moyen d'une gaine en bois jusqu'à 4o ou 5o centimètres du plafond. Cet air paraîtra chaud en hiver et frais en été. On pourra en régler l'arrivée au moyen d'une clef adaptée à la gaine en bois. On pourra encore profiter , en hiver , de l'air que l'on peut tirer du dehors et échaviffer en le faisant passer à travers les bouches de chaleur du poêle des- »iné à chauffer l'atelier.
calme , et se trouve plus frais en été et plus chaud en hiver que celui qu'ils respirent maintenant en laissant ouvertes les portes ou les croisées de leurs ateliers (1).
Les précautions pour remplacer l'air que le tirage de la cheminée doit emporter au dehors étant prises, il ne s'agit plus que de construire sous la forge un petit fourneau à! appel pour échauffer à volonté, et plus ou moins, la colonne d'air qui se trouve dans la cheminée. Ce fourneau $ appel sert pour ainsi dire de gouvernail à tout l'appareil; on peut ne l'allumer que lorsque la forge tire mal 'y mais il vaut mieux l'allumer tous les
(1) Les ouvriers doreurs , accoutumés à vivre dans des ateliers remplis de mercure en vapeur et de gaz délétères , et habitués à ne chercher d'autre remède au mal qu'en introduisant beaucoup d'air dans leurs ateliers , se décident avec peine à se servir de vasistas et à tenir les portes et les fenêtres fermées. J'ai trouvé de fortes oppositions de ce côté ; mais l'expérience prouvera bientôt aux doreurs que leur forge ira d'autant mieux que l'air de l'atelier sera plus calme 5 ils sentiront alors qu'en assurant bien le tirage de leur cheminée au moyen des vasistas et d'un fourneau Rappel } ils peuvent faire comme nous faisons dans nos appartemens , où nous fermons tout en été pour éviter les grandes chaleurs, et en hiver pour nousgarantir du froid.
jours, et utiliser le combustible que l'on y brûle en le plaçant de manière à pouvoir s'en servir pour chauffer le poêlon au mat , ou pour tout autre usage utile à l'atelier. Le but étant d'échauffer l'air contenu dans la grande cheminée , on sent que les parois de la cheminée du fourneau Rappel doivent être assez épaisses pour conserver à la fumée toute sa chaleur. On doit donc construire cette cheminée en briques jusqu'à une certaine hauteur , et la terminer par un tuyau en tôle de 10 à 12 centimètres de diamètre, afin de diminuer le moins possible l'ouverture de la cheminée de la forge. Ce tuyau en tôle doit monter dans la grande cheminée jusqu'à 2 mètres au moins au-dessus du plafond de l'atelier, comme on le voit planche IVyJîgures 1 et 3.
Le fourneau à? appel&oiX. être construitpour y brûler du charbon de terre, ce qui donne une grande économie lorsqu'on s'en sert pour chauffer le poêlon au mat. Ce fourneau doit être placé de manière à porter le plus directement possible la fumée au centre du tuyau de la grande cheminée : il peut donc être construit, selon les localités, en dehors de la forge, comme on le voit en b, planche 111 , ou sous la paillasse de la forge, comme le représentent \esjigu7-es 1 , 2 et 3 , planche IV.
(«2 o \ lOO )
On voit, d'après ce qui vient d'être dit, que le poêle d'un atelier de doreur , en le supposant assez grand et garni de bonnes bouches de chaleur , peut remplacer en hiver les vasistas et le fourneau Rappel; car l'air chaud que donneront les bouches de chaleur peut fournir au tirage de la cheminée , et ce tirage peut être bien établi au moyen du tuyau de poêle , qui devra alors être placé dans la cheminée de la forge et y être terminé par un coude, comme on le voit en a, Jigure 4> planche IV.
Il est évident que le tirage de la forge sera d'autant plus rapide à l'ouverture de cette forge où l'ouvrier travaille, que cette ouverture sera plus petite par rapport à la largeur du tuyau de la cheminée. L'expérience a prouvé qu'on pouvait la réduire , sans gêner le travail des ouvriers, à 40 ou 5o centimètres de hauteur. On peut rétrécir cette ouverture, soit avec une languette en plâtre, soit avec un châssis en 1er ou en bois , garni de carreaux de verre , comme on le voit en j , planches III et IV. Ces derniers châssis peuvent être fixes ou mobiles j ils peuvent s'ouvrir à charnière en dedans de la forge , ou , ce qui est mieux, s'abaisser ou se hausser verticalement au moyen de contre-poids. îl faut
( i34) en outre garnir l'ouverture de la forge de rideaux en toile qui servent à fermer, quand on le peut , la partie de l'ouverture où l'on ne travaille pas, ce qui donne le moyen d'accélérer la vitesse du courant d'air du côté où l'on se sert de la forge. On voit la disposition de ces rideaux en h , planche III y et en h, jigure 1 , planche IV; j'en recommande bien l'usage; les ouvriers doreurs s'y accoutumeront , et y trouveront le grand avantage de régler comme ils le voudront le tirage de leur cheminée , de le rendre d'autant plus fort qu'ils auront à faire sur la forge une opération plus dangereuse, et de le supprimer tout- à-fait à volonté en fermant ces rideaux pendant la nuit et les jours où l'on ne travaille pas à la forge.
Presque toutes les cheminées des villes sont rétrécies par le haut, au moyen de mitres ou de tuyaux de tôle de différentes formes : ces constructions nuisent souvent au tirage des cheminées. Il faudra donc, dans les cas difficiles, enlever ces constructions et les remplacer par une simple feuille de tôle placée horizontalement à 3o ou 40 centimètres au-dessus de l'ouverture de la cheminée. On pourra essayer encore l'usage d'une gueule-de-loup, d'une bascule turque , et en venir même , dans
( i35) certains cas , à l'emploi de la roue horizontale du tourne-broche à fumée.
Jusqu'ici nous n'avons parlé de la forge que sous le rapport du courant d'air qu'il faut y établir ; nous allons maintenant nous occuper de sa distribution. L'ouvrier doreur devant faire, sous le manteau de cette forge, toutes les opérations insalubres dont il est chargé , a besoin qu'elle soit divisée par cases , afin de pouvoir toujours faire la même opération dans le même endroit, et pour ne pas tacher de mercure les pièces de bronze dont la dorure est achevée.
Une forge complète de doreur doit se composer de six compartimens, séparés au moins par une languette de plâtre , mais communiquant tous avec la cheminée principale , et se trouvant ainsi sous l'influence du fourneau d'appel qui commande le tirage de cette cheminée.
On voit l'élévation et deux coupes d'une forge de doreur complète,^?/. IV,fig. 1, 2. et 3. Ce qui suit servira à bien faire entendre ces dessins, dont on trouvera d'ailleurs la description à la fin de ce Mémoire.
La construction de l'atelier étant terminée., et toutes les précautions indiquées plus haut étant prises , il me reste à dire de quelle ma-
( i36) nière le doreur doit y conduire son travail.
En entrant le matin clans l'atelier, il doit en ouvrir les vasistas et essayer la forge avec une motte allumée, avec une chandelle ou un morceau de papier gris donnant de la fW mée , pour s'assurer si le courant d'air qui y est établi est ascendant : si le tirage est bon, l'ouvrier peut se servir de la force sans dan^ ger; s'il trouve, au contraire, que le tirage de la forge est mauvais, et que l'air extérieur rentre par le tuyau de la cheminée dans l'atelier, il doit alors allumer le fourneau d'appel pour rétablir le courant d'air dans le sens convenable. Aussitôt que cet effet sera produit, ce dont il s'assurera en essayant la forge comme nous l'avons dit plus haut , il pourra sans crainte commencer son travail et le continuer en évitant , par les mêmes moyens , ces bouffées de fumée qui ramènent souvent dans les ateliers de doreur , tels qu'ils sont construits maintenant, le mercure en vapeur et les gaz délétères qui y détruisent si promptement la santé des ouvriers.
Je vais maintenant parler des opérations que l'ouvrier doreur est chargé d'exécuter.
Il doit recuire les pièces de bronze sous le manteau de la forge, en b>jigures 1, 2 et 3, planche IV . Les vapeurs nuisibles que donne
cette opération sont alors entraînées dans la cheminée générale s , au moyen du courant ascendant que le fourneau d'appel y établit. L'ouvrier peut accélérer le courant d'air à volonté en augmentant le iëu dans le fourneau d'appel ^ ou en fermant, en tout ou en partie , l'ouverture de la forge b , au moyen du rideau h.
Le recuit terminé , l'ouvrier doit dérocher les pièces de bronze en les mettant tremper dans un baquet rempli d'acide sulfurique faible ou d'eau seconde , et en plaçant ce baquet en d}Jigures 1 et 3 , sous la paillasse de la forge à recuire dont je viens de parler (1). Les vapeurs nuisibles qui se dégagent lors du recuit montent au moyen du tirage général par la petite cheminée c 3 figures î, 2. et 3,
(i) J'ai fait arranger chez M. Delaunay, doreur à Paris , une forge à recuire où le baquet à dérocher se trouve placé en dedans de la forge et au niveau de son sol. On couvre le baquet avec une feuille de tôle un peu épaisse , ou avec une plaque de fonte lorsqu'on veut allumer le feu sur toute la longueur de la forge. Ce baquet se vide à volonté et se nettoie au moyen d'un robinet placé sur le devant, et passant à travers la maçonnerie. Cette disposition du baquet à dérocher est trèssalubre, et laisse libre la place qu'il occupe ordinairement dans l'atelier.
passent à travers la forge b et se rendent dans la grande cheminée. On peut encore augmenter la vitesse de l'aspiration en d , en fermant l'ouverture de cette case au moyeu d'un châssis ou d'un rideau.
Les pièces dérochées doivent être blanchies en les frottant sous la forge b avec le mélange d'acide nitrique , de sel et de suie dont j'ai parlé au chapitre IX. On doit encore se servir de cette forge b pour préparer la dissolution mercurielle, pour distiller l'acide nitrique et l'amalgame passée à la peau de chamois , pour pratiquer toutes les opérations qui ont pour but de préparer ou de purifier les matières premières que le doreur emploie, et pour exploiter les déchets d'atelier.
L'ouvrier , avant de préparer son amalgame sous le manteau de la forge & passer 3 en a, figures 1 , 2 et 3 , planche IV, doit bien s'assurer du tirage de cette forge; s'il est trop faible, il doit allumer du feu au fourneau d'appel et fermer le plus possible les rideaux h, h, placés à l'ouverture de cette forge; il doit poser le creuset dans lequel se prépare l'amalgame au milieu de la paillasse de la forge , et doit y agiter l'or et le mercure avec la tige de fer courbé , figure 4, planche I, en la tenant avec la main droite, couverte d'un gant de
Tessie ou de tafïëtas ciré, et sans entrer la main sous la forge (1). La combinaison de l'or et du mercure étant achevée, l'ouvrier doit laver l'amalgame comme il le fait ordinairement j mais il ne devrait la comprimer qu'en la pressant avec ses doigts , garnis de gants de vessie , de tafïëtas ciré ou de peau épaisse , ou , ce qui serait mieux , en la serrant dans un nouet de peau de chamois.
L'ouvrier doreur ne doit appliquer l'amalgame sur la pièce de bronze qu'en faisant usage de la dissolution mercurielle dont j'ai donné la composition, chap. VII, pag. 35, et il doit en outre pratiquer cette opération sur une table surmontée d'une hotte en planches ou en osier doublée de papier , et communiquant avec la grande cheminée au moyen d'un tuyau de poêle coudé,
(1) L'ouvrier cljargé de préparer l'amalgame pourrait encore faire cette combinaison dans une fiole ou dans un matras. M. de Tingry , qui a proposé ce moyen , comme nous l'avons déjà dit , a trouvé , en le pratiquant dans un atelier de doreur à Genève, que l'on évitait ainsi le dégagement des vapeurs mercurielles qui sont si insalubres , qui occasionnent la perte de plus du quart du mercure employé , et rendent très- incertain sur le dosage de l'amalgame.
comme on le voit en a,/ig. 4> planche IV* Si le tirage de cette hotte ne paraissait pas assez rapide , il faudrait l'accélérer en allumant au centre un bon quinquet.
L'ouvrier doreur qui persistera à vouloir employer de l'eau-forte pure au lieu de dissolution mercurielle, devra surtout prendre les précautions que je viens d'indiquer. Dans tous les cas, l'ouvrier devrait se couvrir les mains de gants faits avec de la vessie, du tafétas ciré ou de bonne peau, pour appliquer l'amalgame sur le bronze; il éviterait ainsi les causes d'insalubrité qui naissent du contact continuel de la dissolution métallique et de l'amalgame sur la peau.
Le tirage de la forge étant bien établi, l'ouvrier y porte la pièce en a ,Jigures 1,2 et 3 , planche IV ', pour les passer au feu et en volatiliser le mercure. Il doit alors avoir soin de la brosser en alon géant les bras sous le manteau de la forge , surtout ^s'il fait agir la brosse en revenant sur lui-même, ce qui peut, malgré le courant d'air, ramener du mercure vaporisé autour de sa figure et dans l'atelier. L'ouvrier a ordinairement la main gauche garnie d'un gant épais ; il devrait le faire doubler en vessie ou en taffetas ciré , et devrait mettre un saut de vessie à sa main droite:
( Mi )
cette précaution devient surtout nécessaire s'il veut suivre le conseil donné plus haut, et ne pas passer la pièce sur le devant de la forge, parce qu'alors ses mains se trouveront beaucoup plus exposées aux vapeurs mercurielles.
J'insiste beaucoup pour changer de méthode en brossant la pièce de bronze chargée d'amalgame ; l'opération ne serait plus nuisible si on l'exécutait comme nous venons de l'indiquer, et surtout si l'ouvrier brossait la pièce en faisant aller la brosse de gauche à droite et de droite à gauche sans la ramener sur lui-même , ce que j'ai souvent fait exécuter facilement devant moi.
L'ouvrier doreur ayant fini de passer les pièces qu'il a à dorer , doit les bien laisser refroidir sous le manteau de la forge à passer, en les couvrant d'une feuille de papier pour qu'il ne tombe pas dessus des gouttelettes de mercure. Son ouvrage étant fini, il doit aussitôt se laver avec soin les mains, la figure et la bouche $ il ne doit pas surtout manger en faisant cette opération , qui est une des plus dangereuses de l'art qu'il professe.
Lorsque l'ouvrier met au mat la pièce de bronze dorée, il donne encore naissance à des vapeurs qu'il doit éviter avec soin de respirer. Si la forge tire mal, l'opération de Ja mise au
mat est extrêmement dangereuse , parce que , dans ce cas, le courant descendant ramène dans l'atelier du mercure en vapeur et des acides dus à la décomposition des substances salines qui forment le mat; il se produit alors dans l'atelier des sels mercuriels qui ont l'action la plus nuisible sur l'économie animale , et qui malheureusement , étant réduits en vapeurs et à l'état naissant, sont d'autant plus facilement absorbés par l'ouvrier qui les respire.
L'opération de la mise au mat se pratique en m et en se servant du fourneau g'jjïgures 1,2 et 3 , planche IV. Le fourneau d'appel^? étant utilisé pour chauffer le poêlon au mat , comme on le voit en q , Jigure 2, le doreur est toujours assuré d'opérer sous l'influence d'un bon courant d'air , qu'il peut d'ailleurs accélérer à volonté en fermant les rideaux des parties de la forge où l'on ne travaille pas (1) : il se dégage encore quelques vapeurs
(i) On doit chauffer avec du coak ou charbon de terre épuré l'espèce de fourneau dont l'ouvrier doreur se eert pour mettre au mat les pièces de bronze dorées , et qui consomme ordinairement une très-grande quantité ée charbon de bois. Le courant d'air rapide que l'on peut établir sous la forge évite toute odeur, et l'ouvrier trouva
( '43) nuisibles, ou au moins désagréables, lorsque l'ouvrier plonge dans l'eau la pièce qu'il retire du fourneau à mettre au mat. Le tonneau où se fait cette opération doit donc être placé sous l'influence d'un courant d'air dirigé vers la cheminée de la forge, comme on le voit en i,Jigures 1 , 2 et 3, planche IV. Si la forge tire bien , les ouvriers doreurs peuvent éviter tous les inconvéniens dont nous venons de parler : ils ne doivent donc pas hésiter à y entretenir l'aspiration convenable , et à faire usage de ce grand moyen de salubrité.
Les précautions que nous venons d'indiquer pour mettre les pièces dorées au mat, doivent être de même prises lorsqu'on les met en or moulu, ou lorsqu'on leur donne la couleur & or rouge ; car l'on a à craindre, dans la pratique de ces procédés, l'absorption des sels mercuriels , des sels à base de cuivre et des oxides de ces métaux. Je ne puis que bien recommander l'emploi des moyens de salubrité indiqués plus haut et que j'ai toujours vu réussir.
dans l'emploi de ce combustible Une grande économie et plus de facilité pour bien régler son travail. Quant au fourneau d'appel , l'ouvrier ne doit le chauffer qu'avec du charbon de terre ordinaire.
Lorsque les pièces dorées ont été mises àii mat et sont terminées , l'ouvrier a l'habitude de les faire chaufïèr , de les tremper dans l'eau seconde pour en enlever l'épargne qui peut y adhérer, et pour les bien nettoyer. Il les lave ensuite à l'eau chaude et les l'ait sécher sur un réchaud rempli de braise allumée j ce réchaud répandant des gaz délétères dans l'atelier , doit en être éloigné; on doit le placer sous le manteau de la forge à recuire en b , figures 1 , 2. et 3, planche IV, ou sous une petite hotte particulière , afin que les globules de mercure qui se trouvent dans la cheminée de la forge ne retombent pas sur les pièces dorées (î). On pourrait encore remplacer ce réchaud par une étuve convenablement construite , et qui pourrtuc servir de poêle à courant d'air en hiver ; je crois même qu'un quinquet qui éclairerait l'atelier, suffirait pour échauffer assez fortement une plaque de tôle oxidée ou vernie, ou une feuille de cuivre sur
(i) On pourrait cependant , en adoptant les plans que je propose , faire sécher les pièces de bronze dorées sur la plaque de fonte du fourneau d'appel , en ayant soin de les y poser entre deux feuilles de bon papier, et en ne chauffant la plaque qu'au degré convenable pour ne pas brûler ce papier,
laquelle
laquelle on poserait les pièces dorées que l'on ■veut faire sécher. L'ouvrier, qui a continuellement la tête penchée sur le réchaud, a grand intérêt à employer un de ces moyens de salubrité, qui sont d'ailleurs si simples que je ne crois pas utile de les mieux développer : il en est de même pour les précautions que j'ai indiquées au sujet du ramonage des cheminées de doreurs. Le chapitre qui contient les détails de cette opération ne laisse , je crois , rien à désirer.
Quelques personnes ont pensé que si l'on pouvait supprimer l'emploi du mercure dans l'art du doreur sur bronze, on détruirait par cela seul l'insalubrité des ateliers où se pratiquent les opérations de cet art. Cette idée n'est point exacte , car l'insalubrité de ces ate- „ liers doit être attribuée à plusieurs causes. On a fait bien des tentatives pour remplacer le mercure , mais elles n'ont point eu de succès, et on le conçoit facilement lorsqu'on examine avec soin les procédés de la dorure au moyen de l'amalgame.
Ces procédés , dus à des hasards heureux , ou à cette série de succès et de revers que l'on nomme pratique , et qui conduit les arts peu à peu à leur perfection } ne laissent à désirer que d'être moins insalubres ; ils remplissent
JO
complètement et économiquement le but que l'on se propose; les résultats en sont parfaits. Je ne pense donc pas qu'il faille changer ces procédés. En supposant même qu'on parvînt à faire mieux par d'autres moyens, ce ne serait point la génération actuelle qui profiterait de cette amélioration , parce que les ouvriers ne changent pas facilement et tout-àcoup de méthode ; la routine s'oppose à ces secousses , même lorsqu'elles doivent être utiles. On voit donc qu'il faudrait encore , dans ce cas , penser à perfectionner les appareils; à plus forte raison doit- on s'efforcer de le faire, puisque nous n'avons maintenant aucune espérance de dorer sur le bronze solidement, et comme le demande le commerce , sans faire usage de l'amalgame.
J'ai dit que les ouvriers doreurs devaient se laver avec soin en sortant de l'atelier , qu'ils ne devaient jamais y prendre leur repas, et qu'il leur serait même avantageux de suivre un régime approprié au genre de dangers qui les entourent \ j'ajouterai qu'ils devraient changer d'habits en entrant dans l'atelier, et passer un sarrau de toile attaché autour des poignets et fixé autour du corps au moyen d'une ceinture : ce serait l'habit de travail, qu'ils quitteraient en sortant pour reprendre les
( «47 ) leurs, qu'ils pourraient serrer dansune armoire éloignée des ordures, et surtout des vapeurs de l'atelier.
Je suis convaincu que ces précautions réunies sont plus que suffisantes pour rendre l'état de doreur aussi peu insalubre que les états ordinaires. On voit que, dans le cours de ce travail, j'ai principalement adopté les moyens de salubrité qui dépendent de la perfection des ateliers et des outils (1) ; je n'ai indiqué que le moins possible des précautions
(i) Il n'est question ici que des précautions à prendre dans les ateliers de doreurs. Lorsqu'il faut dorer des pièces de grandes dimensions , comme une statue , un grand vase, etc. , les forges ordinaires de doreurs ne se trouvant pas assez grandes , on est obligé de dorer en plein air; c'est alors que l'ouvrier doit s'isoler autant que possible , en travaillant dans un courant d'air , en se tenant au-dessus du vent , en s'attachant une éponge mouillée sur la bouche et sur le nez, en mettant un masque avec des yeux de verre, en se couvrant les mains avec de bons gants, etc. etc. Ces moyens, qui ont été proposés depuis long-temps , mais surtout dans ces dernières années , par M. Gosse de Genève, par M. Brezé-Fradin, etc. , peuvent être alors employés avec grand avantage. L'ouvrier doit surtout éviter de respirer l'air chargé de gaz délétères et de mercure en vapeur 5 il doit en outre prendre toutes les précautions de salubrité et de propreté que nous avons indiquées plus haut.
iO.
( i4B ) de nature à gêner le travail , parce que ces moyens seraient souvent en opposition avec les besoins de l'ouvrier , qu'ils nuiraient à la perfection de l'ouvrage ou à la rapidité de l'exécution , et surtout parce que les ouvriers ne les adopteraient point ; car il est de fait que l'ouvrier français préfère toujours le moyen expéditif et simple, quoique dangereux, au moyen plus salubre , mais plus compliqué. L'amour-propre lui fait d'ailleurs rejeter Tusage des précautions les plus ordinaires ; il est peu d'ateliers où on ne se moque de l'ouvrier qui soigne sa santé , et les choses y deviennent ordinairement au point qu'il est bientôt obligé de faire comme ses camarades , et de refuser les moyens de salubrité qui lui sont offerts. Il faut donc rendre , autant que possible, ces moyens indépendans de sa volonté, et éviter ainsi les causes de l'opposition due à la routine ; car c'est, je crois, le seul obstacle qui reste à vaincre pour atteindre le but proposé.