CHAPITRE XVIII
Des appareils salubves que j'ai fait construire dans des ateliers de doreurs à Paris, et des applications que j'ai eu occasion de faire des ■mêmes moyens au perfectionnement d'autres constructions et à l'assainissement des ateliers de quelques autres arts.
J j a partie du programme qui exige que les concurrens exécutent en grand à Paris les appareils qu'ils proposent , est de difïicile exécution ; les doreurs ne sont pas en générai bien
fortunés , et ceux qui le sont ne travaillant pas eux-mêmes, sentent moins le besoin de perfectionner les appareils dont leurs ouvriers font usaçe.
Il est en outre assez rare de trouver un local convenable pour y développer tous les moyens de salubrité. Les ateliers de doreurs que j'ai pu visiter, sont, en général, établis dans de mauvaises localités ; ils manquent presque tous d'air , et , resserrés entre des maisons voisines, il est difficile d'y exécuter les constructions nécessaires pour les assainir complètement , et presque impossible d'y recueillir le mercure qui se réduit en vapeurs à la forge à passer.
Cette partie du programme ne pouvait pour ainsi dire être bien remplie que par un doreur aisé, organisant à neuf son atelier, et capable par lui-même , ou par les conseils d 'autrui , de le mettre au courant de la science. J'ai eu cependant à peu près le même avantage : membre d'un conseil spécialement chargé de veiller à la salubrité de la ville, j'ai trouvé dans l'exécution du décret du i5 octobre 1010 et de l'ordonnance du 14 janvier ioi5, les facilités nécessaires pour remplir les intentions de l'Académie. J'ai demandé à S. Ex. le ministre d'Etat, préfet de police , que
l'on
Ton exigeât à l'avenir des doreurs qui voudraient ou s'établir ou changer de local, de construire des appareils salubres, et j'ai trouvé de suite l'occasion de mettre en pratique, pour ces ateliers , les moyens que j'avais déjà appliqués avec succès dans beaucoup d'autres.
Le premier atelier que j'ai été chargé de perfectionner est celui de M. D'Artois, place des Victoires , n° 4- Ou. \ oit planche III une élévation de la forge que j'y ai fait construire; la localité était aussi mauvaise que possible , je n'ai point pu y faire tout ce que j'aurais voulu ; cependant cet atelier est maintenant parfaitement salubre, et les ouvriers qui travaillent depuis le mois d'octobre 1817 dans un local aussi reserré s'y portent bien et ne sont plus tourmentés par les vapeurs nuisibles qu'ils respiraient dans leur ancien atelier.
L'inclinaison de la cheminée de la forge m'a obligé à placer le fourneau d'appel en dehors de cette forge , afin de conduire plus directement l'air chaud dans la grande cheminée. Le tonneau au mat a été placé, comme on le voit en ij sous le manteau de la forge, et par conséquent sous l'influence du courant d'air préservateur, et j'ai fait adopter chez M. D'Artois la dissolution mercurielle saturée en remplacement de l'acide nitrique chargé d'un peu
de mercure , qu'on y employait pour appliquer l'amalgame sur la pièce de bronze. Il ne reste que peu de cîioses à l'aire pour compléter cet atelier; il y faudrait introduire de l'air pris dans la cave, et l'échauffer en hiver en le faisant passer dans un poêle à bouche de chaleur ; il y faudrait encore construire une petite hotte au-dessus de la table où l'ouvrier se plaçepour appliquer l'amalgame sur le bronze. Le baquet à dérocher y aurait dû être placé en R ou R ' , planche III , sous un des compartimensdelaforge , comme on le voit en d>Jîgures 1 et 3, planche IV '; mais la paillasse de la forge était construite quand j'ai été appelé , et il n'était plus temps de faire cette disposition. Je terminerai ce que j'ai à dire ici de l'atelier de M. D'Artois en citant la pièce où travaille l'argenteur ; cette pièce se trouve à côté de l'atelier du doreur; je l'ai de même assainie et débarrassée des vapeurs nuisibles dans lesquelles les ouvriers se trouvaient continuellement plongés. Les moyens simples employés prouvent l'utilité d'une inspection générale des ateliers insalubres, et le bien que l'on pourrait y faire en y appliquant les moyens de salubrité les plus ordinaires.
Le second atelier que j'ai été chargé de visiter est celui que MM. Denière et Matclin
voulaient faire construire rue d'Orléans , n° 9. J'ai choisi le local, j'ai donné les plans de la forge; tout a été construit, autant que possible, selon mon désir 5 et je dois des remercie mens et des éloges à M. Denière, qui a parfaitement senti l'importance de ma mission , et qui a tout fait pour me mettre à même de la «bien remplir.
La force de MM. Denière et Matelin est séparée en deux compartimens ; la forge à passer est à la gauche , et la forge à mettre au jnat est à la droite de l'ouvrier , comme on le voit en a et o ,jîg. 1 , 2, et 3, planche IV. Cette distribution a été adoptée pour éviter les taches de mercure que recevraient les pièces dorées si on les mettait au mat sous le même manteau de cheminée où l'on passe au feu les pièces chargées d'amalgame. J'ai réuni dans la construction de cette forge presque tous les moyens de salubrité indiqués dans ce Mémoire. J'ai lait construire à part, dans un endroit obscur, la forge à recuire, et j'ai placé sous la paillasse de cette forge le baquet à dérocher, en établissant, pour ces deux opérations , un courant d'air indépendant de celui de la grande cheminée (1).
(1) On voit cette disposition en b et d , figures \ ,
J'ai recommandé de placer le tonneau à mettre an mat sous une hotte en bois communiquant avec la grande forge , comme on le voit en i , figures i , 2 et 3, planche IV. Cette disposition n'est pas encore faite, mais il suffirait de quelques heures pour terminer cette partie de l'atelier, où il ne restera alors, pour en faire un modèle complet, qu'à y établir une hotte en planche sur la table à dorer , et une petite hotte particulière pour faire sécher les pièces lorsque la dorure en est achevée : on pourra même se contenter de cette dernière construction , parce que les ouvriers de cet atelier ayant adopté l'usage de la dissolution mercurielle, n'ont plus maintenant à redouter les vapeurs délétères qu'ils respiraient en travaillant autour de la table à dorer.
La troisième forge de doreur que j'ai été chargé de faire construire, est celle de M. Lambert , rue Saint-Sauveur, n° 3o. M. Lambert est le premier doreur qui se soit servi des
2. et 3 , planche IV. La localité seule m'a emnèclié de placer comme dans le dessin toutes les forges sur la même ligne et à la suite les unes des autres. Chez MM. Denière et Matelin, la forge à recuire est construite derrière la for^e à mettre au mat.
nouvelles forges. Il était chargé de l'atelier de dorure chez M. D'Artois, place des Victoires , n° 4- Ayant vu dans cet atelier combien les procédés proposés étaient parfaits, il conçut le projet de monter une forge de doreur dans son appartement , et. de travailler ainsi à son compte , sans changer de local. La petite forge de M. Lambert remplit bien son but. Il ne faudrait , pour la rendre parfaite , que couvrir le tonneau au mat , et construire une petite hotte pour faire recuire les pièces de bronze et pour faire sécher ces pièces lorsque la dorure en est achevée.
Je ne donnerai que ces trois exemplesd'appareils en grand en activité chez des doreurs à Paris ; mais je citerai encore un appareil en petit que j'ai cru devoir faire construire pour servir de modèle aux doreurs de cadres, de platines et roues de montre , de faux bijoux en cuivre et d'autres petits objets.
J'ai fait monter cet appareil chez Mme Liquière, place Saint- André-des-Arcs, n° 2.6. Il consiste en une boîte en tôle dans laquelle l'on passe les pièces couvertes d'amalgame. On en voit tous les détails aux planches V et VI, et on comprendra facilement le jeu de cet appareil en en lisant la description qui se
( i*6) trouve donnée à la fin de l'explication des Planches jointes à ce Mémoire.
Ce petit appareil , lorsqu'il est bien placé et bien conduit, est parfaitement salubre, et donne le moyen de recueillir une grande partie du mercure que le doreur emploie. Je le crois meilleur que le préservateur proposé par M. de Tingry et que l'appareil que l'on doit à M. Robert Guedin, et je pense qu'il suffit pour assainir complètement les ateliers où, l'on n'a à dorer que des objets de petite dimension.
La perfection de cet appareil est moins due à sa construction qu'à la manière dont on en fait usage. Il faut, pour qu'il donne de bons résultats , que le courant d'air ascendant y puisse être régulièrement établi ; ce qui n'est point dans les appareils proposés par MM. de Tingry et Robert Guedin.
Lorsqu'on veut placer un de ces petits appareils dans une chambre , on doit donc commencer pa-r faire mettre un bon vasistas à une des croisées, comme nous l'avons dit au chapitre XVI.
Le tuyau de tôle de l'appareil peut se rendre ou dans une cheminée , ou au dehors en passant par un des carreaux de la fenêtre. Dans les deux cas ? ce tuyau doit être terminé
par un coude à branche verticale , comme on le voit en a, figure l\> planche ljr. On peut y accélérer le courant d'air à volonté, en y introduisant au - dessous le bout du verre d'un quinquet b ; car ce quinquet allumé portera de l'air chaud dans l'intérieur du tuyau de tôle et y déterminera l'aspiration. Lorsque le tuyau de l'appareil est placé dans une cheminée , on peut en assurer le tirage en bouchant exactement le bas de cette cheminée , et en y construisant même , dans les cas les plus difficiles, un petit fourneau d'appel pour l'été seulement ; car le tuyau du poêle de l'atelier que l'on doit y placer comme nous venons de le dire , remplira très-bien le même but pendant tout l'hiver.
Je crois utile de ne point terminer ce chapitre sans citer quelques constructions perfectionnées par les moyens que je conseille d'employer j ce sera presque prouver qu'on peut être assuré du succès en les suivant , et ce n'est par conséquent point trop m'éloigner de la question.
La pièce justificative n° 3 contient la description d'un grand appareil construit à Lyon pour la fabrication des cendres gravelées (1).
(O Voyez Bulletin de la Société d'Encouragement f 14e année ,n* i3o ;avril i8i5, page 87.
Il pourrait servir de forge de doreur pour y dorer des pièces de grande dimension. Le courant d'air y est si rapide que l'on n'aurait rien à y craindre du mercure vaporisé, même en très-grande quantité à la fois. Ce fourneau a parfaitement rempli son but , comme le prouve le rapport qui est joint à la description.
La pièce cotée n° 4 contient la description des appareils fumigatoires construits à l'hôpital Saint -Louis. On trouve dans cet imprimé (1) tous les détails nécessaires pour prouver combien on a réussi à établir pour le jeu de ces appareils tous les courans d'air dont on a eu besoin. Des boîtes fumigatoires semblables ont été construites depuis au Val-de-Grâce, à l'Hôtel-Dieu, dans d'autres hôpitaux et dans beaucoup de maisons particulières où elles ont rendu les mêmes services qu'à l'hôpital Saint-Louis.
J'indiquerai encore comme modèles les lieux d'aisances publics établis rue des Filles- Saint-Thomas, presque en face du passage Feydeau 5 La désinfection des latrines des hôpitaux '? le grand appareil salubre du labo-
(1) Ce Mémoire se vend chez Mme Huzard , rue de l'Epeion-Saint-André-des-ArcSj n° 7.
ratoire des essais de la Monnaie ; l'appareil monté , il y a quelques années , dans une fabrique de bleu de Prusse , rue de Montreuil , n° 29 j l'appareil du même genre construit dans la fabrique de M. Bobée , à Choisy-le- Roi , etc. Je pourrais citer une foule d'autres applications des mêmes principes , mais il serait trop long de les rapporter (1). Les lettres contenues dans la liasse cotée pièces justificatives n° 2, , suffisent pour prouver que ces constructions ont toujours servi à assainir les ateliers et les habitations où elles
(1) Le fourneau Rappel qui fait la base des moyens de salubrité que je propose, est employé de temps immémorial pour renouveler l'air dans les galeries des mines les plus profondes. On s'en est servi pour rendre moins insalubre la vidange des fosses d'aisance , etc. etc. Je n'ai fait ici que l'application de ce moyen bien connu à l'assainissement des ateliers de doreurs : il remplirait évidemment le même but aussi facilement et avec autant d'avantages dans ceux de chapeliers , pour détruire l'insalubrité qui naît du secretage des poils et du bagueltage des chapeaux 5 chez les broyeurs de couleurs , chez les miroitiers metteurs au tain , dans une foule d'autres ateliers des arts e?t métiers, et enfin dans nos cuisines, qui sont presque toujours rbndut s insalubres .>ar les vapeurs que donne le charbon brûlé , sur les fourneaux ordinaires. '. .•"•. \ X ! '- ' ' "»* ::
( 17° ) ont été adoptées. L'explication des figures que nous donnerons bientôt servira d'ailleurs de développement à ce chapitre.