‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 4 sur 40 · XY · texte numérisé non relu

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des ouvriers malades ? souffrant de coliques plus ou moins fortes , ou attaqués de tremblemens assez souvent douloureux , mais toujours fort incommodes , et surtout nuisibles aux intérêts des ouvriers , qui deviennent ainsi incapables de travailler à des ouvrages qui exigent de l'adresse et de la précision. J'ai à lutter continuellement contre la prévention , contre l'ignorance , mais surtout contre cette espèce d'apathie et d'engourdissement que donne au physique et au moral le séjour prolongé dans une atmosphère chargée de gaz délétères , et l'habitude du mal-aise et des souffrances légères, mais continuelles. L'air que l'on respire dans les ateliers de doreurs, chargé d'acide carbonique , d'azote , de vapeurs nitreuses et de mercure vaporisé , m'oblige souvent à m'en éloigner, me rappelle les maux que j'ai soufferts, et me fait sentir tout le prix des appareils construits au laboratoire de la Monnaie , et auxquels je dois sans doute d'avoir arrêté le dépé-

( xvij ) rissement de ma santé. Cette position où je suis alors , me fait souvent parler avec énergie aux doreurs que je cherche à convaincre ; mais je les trouve trop souvent incrédules, et ne concevant pas comment on peut , sans y avoir intérêt , s'occuper si chaudement d'améliorer leur sort. C'est cette opposition de la part des ouvriers qui a jusqu'ici empêché le perfectionnement des ateliers de doreurs , et le bien qu'auraient pu y produire les conseils et les exemples donnés , à différentes époques , par des hommes distingués.

Sous ce rapport, M. de Tingry doit être cité le premier : le Mémoire qu'il a publié sur l'art du doreur de montres aurait dû améliorer les procédés de cet art (1). On lui doit l'heureuse idée de faire usage de gants de vessie et celle

(1) Ce Mémoire se trome imprimé dans le Journal de Th^siqve , tome X, novembie 1777 5 pa8e 4°$- ^e même Mémoire , reAU et augmenté , a été depuis publié en 1778 dans les Mémoires de la Société de Genève, page 7j.

( xviij ) de préparer l'amalgame à vases clos. Il a proposé l'emploi de la dissolution mercurielle pour appliquer l'amalgame sur le bronze ; il a en outre donné beaucoup de détails sur l'art de la dorure au moyen de l'amalgame et sur la valeur de quelques déchets d'ateliers , et a enfin fait construire un petit appareil qu'il a nommé préservateur, et auquel il n'a manqué, pour justifier complètement son nom, que d'être toujours mis à volonté sous l'influence d'un courant d'air favorable.

M. Gosse , de Genève , a aussi proposé des moyens de salubrité convenables , mais que les doreurs n'ont point adoptés. 11 en a été de même de l'appareil proposé par M. Robert Cuedin , et que j'ai vu en activité dans son atelier , mais dont il faisait presque seul usage au moment où je visitais à Genève les ateliers de doreurs de montres (1). Il manquait à

CO L'appareil proposé par M. Robert Guedin se trouve décrit et gravé dans le Bulletin de la Société d' Encouragement, îS* année , mars i S 1 4 ? paoe 53. Le tuyau.

. ( xix ) ces différentes constructions le moyen d'en régulariser le tirage et de l'augmenter à volonté , et c'est ce défaut qui , en laissant à ces appareils presque tous les inconvéniens des cheminées ou des forges ordinaires , s'est opposé principalement à leur adoption.

Je ne terminerai pas cet article sans citer les travaux du docteur Macquart , de M. Brizé-Fradin (i) et de M. Gosse

de tôle portant au dehors les gaz et le mercure entraînés par le courant d'air a été dessiné en sens contraire de celui où, je crois, l'a placé M. Guedin dans l'appareil que j'ai vu à Genève. Il est évident que cette inclinaison en sens contraire lui a été donnée par inadvertance ; car, en adoptant cette disposition du tuyau, le mercure condensé , au lieu de se rendre dans le récipient , retomberait continuellement sur les pièces de montre placées dans l'appareil.

(1 ) Voyez l'ouvrage ayant pour titre : la Chimie pneumatique appliquée aux travaux sous l'eau , dans les puits , les mines, les fosses , etc. Ce volume, publié en i8c8 , contient la description et les dessins des appareils et des moyens de salubrité proposés par l'auteur. On peut surtout consulter avec avantage le Mémoire que M, Brizé- Fradin a publié sur le même sujet dans les Annales des Arts et Manufactures , vol. L, page 2o3.

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fils j de Gen è ve ( 1 ) , etc . Les moyens d e salubrité qu'ils ont proposés ne dépendent point de la perfection des outils ou des forges de l'atelier. Les éponges mouillées, mises dans le nez et sur la bouche, les tubes aspiratoires , etc. , sont des moyens préservatifs dont l'ouvrier doit s'entourer , et qu'il est obligé de porter avec lui. Il est évident que ces moyens peuvent bien remplir leur but , mais ce n'est qu'en gênant l'ouvrier dans son travail.' Ils ne seront donc jamais adoptés par les doreurs , à moins que ce ne soit dans des cas particuliers , lorsqu'ils auront , par exemple, à dorer de grandes pièces hors de leurs forges , ou à pratiquer quelques opérations dangereuses , soit en plein air, soit dans leur atelier. On ne saurait

(i.) Le Mémoire publié par M. Gosse fils a pour titre : De V Hygiène des professions insalubres ; il a été imprimé dans la Bibliothèque universelle , -volume IV , page 5y. On trouve un extrait de ce Mémoire, avec des observations qui me paraissent parfaitement fondées, dans les annales de Chimie et de Physique , tome IV, février ion , page i85.

( xxj ) trop alors recommander l'usage de ces moyens qui , réunis à ceux dont je parle clans mon Mémoire , offrent , ce me semble , la solution complète de la question .

J'ai vu à Genève , à Lyon , mais surtout à Paris , un grand nombre d'ateliers de doreurs 5 j'ai trouvé dans quelquesuns des dispositions plus ou moins favorables ) dans presque tous on avait essayé l'usage des ventouses , mais je n'ai vu nulle part l'application raisonnée des vasistas , du rétrécissement convenable de l'ouverture de la forge , et surtout celle du fourneau d'appel , dont la réunion dans le même atelier forme la base des moyens que je propose. Ces moyens sont simples , coûtent peu , ne gênent en rien le travail ? et remplissent leur but pour ainsi dire indépendamment de la volonté de l'ouvrier. On peut donc espérer qu'ils seront généralement adoptés ?

et qu'avant peu d'années les ateliers de doreurs jouiront tous du même avantage

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que nous procure, depuis quatre ans , l'appareil salubre construit au laboratoire des essais à la Monnaie.

L'art du doreur n'a point encore été décrit j on ne trouve que des renseignemens bien peu satisfaisans à cet égard dans les différens ouvrages où Pon parle de cet art , et ces renseignemens n'ont même presque plus de rapport avec les procédés qui sont aujourd'hui en usage.

Depuis cinquante ans, la dorure au moyen de l'amalgame a presque généralement remplacé l'art de dorer , en appliquant des feuilles d'or sur le bronze biancbi au moyen du mercure , et les Planches de Part du doreur qui se trouvent sans la description de cet art dans la collection de l'Académie, ne représentent même qu'un atelier de doreur monté d'après ces derniers procédés , qui sont aujourd'hui presque abandonnés. Si le temps me l'avait permis , j'aurais essayé de remplir cette lacune. Je n'ai présenté à l'Académie royale des Sciences , et je ne publie

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jk présent que la partie de Part du de* reur dont s'occupait M. Ravrio , et qui est , à la vérité , la plus importante ; mais je travaille à compléter la description de cet art ; je l'étudié dans ses moindres détails , et je compte par la suite ne point réimprimer ce Mémoire , mais publier en place Fart du doreur complet , et traité comme l'état des sciences permet aujourd'hui de le faire. J'extrairai alors de cet ouvrage tout ce qui me paraîtra utile d'enseigner aux doreurs 5 je rédigerai cette partie pour ainsi dire en langage d'atelier , et j'en ferai ainsi une espèce de Catéchisme ou de Manuel bien à la portée des ouvriers auxquels il sera spécialement destiné (1). Quant au Mémoire

(1) Je suivrai ainsi le plan que je me suis tracé depuis long -temps , et dont l'exécution me parait devoir donner d'excellens résultats.

Les auteurs qui publient des descriptions d'arts et métiers craignent de paraître faibles aux yeux des gens instruits , et voudraient cependant être entendus des ouvriers. Le livre se ressent alors de l'embarras où s'est trouvé l'auteur ; on en. fait peu de cas dans le cabinet du savant . et on ne le trouve cependant pas sali et usé sur

( xxiv ) que je publie maintenant , j'espère qu'il sera compris par les maîtres doreurs et par les chefs d'ateliers ; qu'il fera naître parmi eux une louable émulation , et les déterminera à propager l'application des moyens de salubrité et des procédés que je propose , et qui doivent, ce me semble , conduire au but que nous a montré M. Ravrio. Je terminerai en témoignant toute ma reconnaissance à M. Lambert, à qui je dois principalement l'instruction pratique que j'ai acquise dans l'art du doreur sur bronze ; je reconnais avec plaisir combien sa bonne volonté et ses

les tables des ateliers et entre les mains des contremaîtres et des ouvriers. Le but principal est donc manque : on l'atteindrait , ce me semble , en décrivant les arts et métiers selon le plan dont je parle ; la description complète de l'art resterait dans le cabinet du savant pour ainsi dire comme étalon , tandis que le petit Manuel , extrait de cet ouvrage , et mis à la portée des ouvriers , irait répandre dans les ateliers non-seulement le détail de tous les perfectionnemens qui y manquent , mais encore une foule d'autres connaissances accessoires qui pourraient fortement contribuer à l'avancement de? arts et au bonheur des ouvriers.

avis

( xxv ) avis m'ont été utiles. Je recevrai avec les mêmes sentimens les observations que les doreurs trouveront sans doute à faire en lisant mon Mémoire ; je sollicite leurs conseils , et je leur promets bien franchement d'en profiter. J'ai pensé que l'on verrait ici avec intérêt un extrait de l'ouvrage que M. le docteur Mérat, ancien médecin de la clinique à l'hôpital de la Charité , a publié sur les maladies des doreurs. Ses profondes connaissances, sa longue pratique j donnent une haute confiance en ses ouvrages , et surtout dans celui dont il est ici question, et dont il s'est spécialement occupé. J'ai sollicité ce travail , et je crois faire une chose utile et agréable aux doreurs en joignant à mon Mémoire la lettre qui suit , que M. le docteur Mérat a bien voulu m'adresser,

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Lettre de M. le Docteur M érat à M. D'Arc et, au sujet du traitement du tremblement des doreurs sur métaux , occasionné par les vapeurs mercurielles.

IVJLon sieur, le mcryen, aussi ingénieux que simple, que vous venez de proposer pour préserver les doreurs sur mélaux des pernicieux effets du mercure , et qui a été jugé , par l'Académie des Sciences , digne du prix fondé par feu M. Ravrio en faveur de celui qui trouverait un procédé propre à produire cet effet, doit, aussitôt qu'il aura été généralement adopté , faire cesser parmi ces ouvriers les maladies causées par les émanations mercurielles qui s'élèvent pendant leur travail , et qui produisent sur eux des accidens divers, particulièrement un tremblement particulier que j'ai désigné sous le nom de tremblement mercuriel , dans un Mémoire publié dans le Journal de Médecine de MM. Corvisart , Boyer et Leroux, pour l'année 1 804 ; Mémoire qui a été réimprimé à la suite de la deuxième édition de mon Traité de la Colique métallique .

Pas de doute, Monsieur, que votre procédé, en procurant aux fourneaux des doreurs un courant d'ascension rapide et qui entraîne avec force toutes les vapeurs mercurielles et autres qui se répandaient auparavant dans l'atelier de travail, et qui formaient autour des ouvriers une atmosplière délétère dont s'imprégnaient les surfaces cutanées et muqueuses, et dont les gaz donnaient heu à

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des affections nuisibles , ne fasse cesser ces affections. Les causes productrices étant enlevées, les résultats s'évanouiront d'eux-mêmes, et l'on vous devra ainsi un des plus grands services qu'on ait pu rendre à l'humanité. La classe intéressante et nombreuse des doreurs sur métaux sera préservée par vous des maladies , souvent fâcheuses , qui les rendaient impropres de bonne heure à continuer leurs travaux , et qui , parfois , minent leur santé au point de les conduire à une mort plus ou moins prompte, comme j'en ai vu quelques exemples.

Mais vous ne vous contentez pas , Monsieur , d'avoiv rendu un aussi grand service j vous voulez encore ajouter à votre travail les renseignemens et conseils nécessaires pour secourir ceux des ouvriers doreurs qui , n'ayant pas encore adopté le perfectionnement que vous apportez à leurs fourneaux , pourraient être atteints des maux dont vous les préserverez ; et vous avez pensé que ces conseils compléteraient convenablement le Mémoire couronné par l'Académie et imprimé par son ordre. Puisque vous croyez que je puis , ayant depuis long-temps médité sur les maladies des doreurs , et soigné un assez grand nombre de ces artistes , présenter ces conseils , je vais, pour satisfaire à votre invitation, les extraire du Mémoire que j'ai publié autrefois , en y faisant toutefois les additions et améliorations que le temps m'a montré* devoir y être placées.

La principale maladie qui affecte les doreurs est le tremblement dit des doreurs , et que je préfère appeler mercuriel , parce que ce métal seul le cause. Les autres accidens qu'éprouvent les doreurs sont passagers ; cependant les vapeurs acides qu'ils respirent dans le dérochage sont fort insalubres et attaquent la poitrine de beaucoup

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de ces ouvriers , surtout de ceux qui l'ont délicate ; elles causent de la toux , de la sécheresse , de l'irritation à la gorge et aux poumons; en un mot , elles sont peutêtre plus nuisibles encore que les vapeurs mercurielles , quoiqu'elles effraient moins ces artisans. On devrait , autant que possible , dérocher en plein air , ou au moins dans un endroit isolé des autres ouvriers qui dorent ou brunissent les pièces dorées ; car lorsqu'il y a communication , tous respirent ces vapeurs et tous en sont fâcheusement affectés. Heureusement, Monsieur, que votre procédé remédiera à ces graves inconvéniens ; car les cheminées auxquelles on aura ajouté votre fourneau d'appel , tirant toute espèce de vapeurs en haut , enlèveront les émanations acides , comme les autres , avant qu'elles aient eu le temps de se répandre dans les pièces de travail (i).

Le tremblement des doreurs n'était guère connu que de nom avant l'époque où j'ai écrit le Mémoire sur ce sujet. C'est à l'hôpital de la Charité que j'ai eu occasion d'observer fréquemment cette maladie , il y a dix-huit à vingt ans. Il est effectivement assez ordinaire que les ouvriers qui en sont affectés à Paris viennent chercher des secours dans cet hôpital, de préférence aux autres, à cause, sans

(i) Ce que j'ai die à ce sujet dans Ls chapirres IX, X et XVI, et surtout à la page 1 45 , prouve combien j'avais senti l'importance des précautions dont parle M. le docteur Mérat. L'expérience m'a prouvé que les gaz délétères provenant du dérochage , de l'application de l'amalgame et du réchaud à sécher, étaient la cause de maladies bien plus dangereuses que ne l'est le tremblement mercuriel j aussi ai-je fortement insisté dans mon Mémoire , et auprès des ouvriers, pour qu'on fît toujours ces opérations sous la forge et sous l'influence d'un bon courant d'air. ( Noce de M. D'Arcet.)

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doute , de l'analogie que ces gens croient exister entre ce tremblement et la colique métallique , qu'on «et en possession de guérir depuis plus de deux siècles dans cette maison , où on possède même un mode particulier de la traiter, connu sous le nom de traitement de la Charité.

L'invasion du tremblement mercuriel est quelquefois subite; le plus souvent pourtant elle a lieu graduellement. D'abord le malade a les bras moins sûrs; ils vacillent , puis ils sont agités , enfin ils tremblent. Le tremblement acquiert une intensité plus ou moins grande , selon que celui qui en est atteint continue ou non son travail. S'il s'opiniâtre à le faire, le tremblement devient général et en quelque sorte convulsif. Le malade est alors dans l'impossibilité de remplir avec intégrité les fonctions qui exigent une certaine force musculaire , telles que la locomotion , la mastication , le travail des mains , etc. Bientôt des symptômes plus graves encore forcent les doreurs de quitter tout travail et de songer à leur guérison; telles sont la perte de connaissance momentanée , l'insomnie , le délire , etc.

Les phénomènes autres que le tremblement sont ceuxci : le malade a la figure d'une teinte bise assez remarquable ; elle est parfois animée , d'autres fois languissante. L'babitude du corps , qui participe de la teinte du visage , n'est que peu ou point amaigrie , à moins que la maladie ne soit ancienne. La peau est généralement un peu sèche, et quelquefois un peu chaude. La respiration est naturelle ; le ventre en bon état. Les évacuations alvmes et urinaires se font comme en santé. Cependant l'appétit diminue quand le tremblement acquiert de l'intensité; i! peut même être nul y s'il est très-fort. Le pouls est en général fort , lent , rare , et quelquefois profond ; c'est

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