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celui de presque toutes les personnes qui travaillent aux métaux.
Le symptôme le plus remarquable , celui qui constitue pour ainsi dire toutes les maladies , est le tremblement , qui a quelque chose de convulsif. Les contractions musculaires , qui le constituent, se font avec une promptitude étonnante, mais non en un seul temps ; ainsi un malade qui en est atteint, et qui voudrait plier les bras , ne pourra y parvenir d'une seule lois ; il y aura deux ou trois petites saccades rapides qui entraveront la flexion du membre et donneront lieu au tremblement. Les ouvriers chez qui ce -symptôme est très-développé , ne peuvent porter aucun liquide à leur bouche sans renverser le vase qui le contient, ni même des alimens solides, à cause de la difficulté de les diriger juste. La plupart se frappent et se meurtrissent le visage en voulant manger ou porter leurs mains à la figure ; de sorte que , s'ils sont seuls , ils sont obligés de prendre les alimens avec la bouche , à la manière des quadrupèdes. Ordinairement on les fait manger comme des enfans , parce que les bras , qui sont les parties par où commence le tremblement, en sont plus affectés que les jambes, et c'est même eux qui sont les derniers à guérir.
La marche de cette maladie est fort simple ; sa durée est ordinairement longue , malgré qu'on quitte tout travail et qu'on suive un traitement convenable : il faut toujours plusieurs mois avant que les mouvemens reprennent une certaine fermeté. J'ai observé que le plus souvent les malades qui se disent guéris tremblent encore un peu; quelques-uns n'en guérissent jamais bien radicalement. Ordinairement ce tremblement n'a pas de suite fâcheuse. On ne le guérit pas toujours, ce qui dépend le
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plus souvent de ce que les malades ne continuent pas assez long-temps le traitement qu'on leur prescrit , ou qu'ils ont attendu que le mal fût invétéré pour réclamer les secours de l'art ; mais très-rarement il fait périr , et encore, dans ce cas, c'est presque toujours parce que les ouvriers étaient primitivement affectés de maladies chroniques , ou au moins d'une constitution faible, et qu'ils ont commis imprudence sur imprudence. Rarement le tremblement se complique avec d'autres maladies (je ne prétends pas parler de celles qui peuvent attaquer indisiinctement tous les individus). Il a été observé quelquefois avec la colique métallique , mais dans le cas seulement où les ouvriers travaillaient en même temps sur le plomb ; car le mercure ne donne pas cette colique , de même que le plomb ne donne pas de tremblement. On a remarqué que les doreurs sur métaux , dans un contact permanent avec le mercure, n'en étaient pas moins aptes à contracter la vérole , et que ces mêmes vapeurs mercurielles ne leur donnaient point de salivations.
* Les causes uniques du tremblement des doreurs sont le mercure , mais surtout le mercure en vapeur ; il ne s'agit que de s'en préserver pour n'en être pas atteint , et c'est à quoi, Monsieur, votre procédé pour la structure des fourneaux du doreur satisfera admirablement. Cependant le mercure en substance peut causer , quoique beaucoup plus rarement , le tremblement , mais jamais il n'est aussi intense que celui des doreurs. Les argenteurs , les ouvriers qui mettent les glaces au tain, ceux qui travaillent aux mines de mercure , comme à Almaden en Espagne , dans le Frioul , les miroitiers , les constructeurs de baromètres , les metteurs en œuvre , les chimistes , etc., doivent au mercure non vaporisé les tremblemens légers
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dont ils sont parfois affectés (i). Les malades à qui on administre des frictions trop abondantes , ou qui ont une îdiosyncrasie particulière , éprouvent des tremble mens mercuriels par la même cause; mais ces tremblemens , qui ne sont que des diminutifs de celui des doreurs , se passent avec plus de facilité , et le plus souvent il suffit de cesser d'employer ce métal pour en obtenir la guérison.
Le tremblement mercuriel s'observe plus fréquemment en biver qu'en été , parce qu'alors les ouvriers ferment les ateliers , et que des vapeurs sans issue babitent continuellement autour d'eux. Les passions vives semblent avoir de l'influence sur la production du tremblement mercuriel ; on voit les ouvriers qui se livrent à la colère , etc. , être atteints de nouvelles attaques de tremblement , qu'ils n'eussent peut-être pas eues sans cela. Il parait que les vapeurs mercurielles irritent le système nerveux et le rendent plus facile à émouvoir. Le résultat de Faction des vapeurs mercurielles, en produisant le mouvement musculaire désordonné , prouve bien que c'est sur le système nerveux qu'elles portent leur action délétère. Au surplus, il y a des gens qui travaillent toute leur vie de la profession de doreurs sur métaux sans être atteints de tremblemens , tandis que d'autres en sont affectés au bout de quelques mois seulement. Nous don-
(i) L'observation d'Achard , rapportée en note au bas de la page 62 de mon Mémoire, semble indiquer que, dans les circonsrances dont parle ici M. le docteur Mérat, le mal pourrait encore être attribué au mercure réduit à l'état de vapeur , à la température des ateliers, ou par la seule chaleur des mains de l'ouvrier. (Note de M. D'Arcet. )
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nons toujours à ceux-ci le conseil de ne pas s'opiniâtrer à continuer un état qu'ils seront forcés de quitter souvent pour se soigner , et qui pourrait compromettre gravement leur santé. Une fois qu'on a été atteint du tremblement des doreurs, on est bien plus disposé à en avoir d'autres attaques , et elles deviennent d'autant plus faciles à récidiver, qu'elles sont plus nombreuses et plus longues. Dans cette circonstance , il est indispensable de renoncer à cette profession , à laquelle d'ailleurs on devient incapable de se livrer d'une manière suivie , parce qu'elle exige une précision dans les mouvemens , pour la dorure des pièces fines , qui n'existe plus dans les mains du trembleur.
Cette maladie se guérit quelquefois spontanément , et seulement par la précaution de cesser tout travail , mais cela demande beaucoup de temps. A l'hôpital de la Charité, on commence le traitement par l'usage d'une tisane faite avec les bois sudorifiques de salsepareille , de gaiac , de sassafras j on met une once de l'un ou de l'autre , mais préférablement du premier, par pinte. On donne cette boisson tous les jours , pendant tout le temps du traitement. Le soir on prescrit un gros ou deux d'extrait de genièvre ou de thériaque; ce dernier moyen vaut mieux, à cause de l'opium qui entre dans sa composition. Si le tremblement est fort, on donne une potion antispasmodique, composée avec deux onces d'infusion de tilleul , une once d'eau de mentbe et dix-huit gouttes de laudanum liquide de Sydenham ; on la fait prendre par cuillerées à bouche , de deux heures en deux heures , dans la journée , et on la continue pendant une partie du traitement, en ayant soin d'augmenter la dose du laudanum. Lorsque la langue est pâteuse , que le malade a peu d'appétit, on
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rend la tisane sudorifique laxatwe par l'addition de deux gros de séné par pin le , que l'on supprime lorsque les symptômes ont disparu. On augmente parfois l'activité de la tisane sudorifique , en y ajoutant une demi-once ou une once , par pinte , d'esprit de Mindererus . Les bains chauds, joints à ces moyens , sont d'une gande efficacité ; aussi s'en sert-on avec avantage.
En ville j'emploie à peu près la même méthode de traitement; seulement je varie davantage les médicamens , et j'en ajoute parfois de plus efficaces : c'est ainsi que j'ordonne presque toujours avec fruit les pilules de musc. Je mets un quart ou un demi-grain de cette substance dans un ou deux grains d'extrait de valériane , et les malades prennent d'abord une, puis deux, puis trois et même quatre de ces pilules par jour , avec le temps. La tisane sudorifique est coupée avec pareille dose d'infusion de tilleul , et j'ajoute souvent dans les potions de la liqueur d'Hoffmann ou de l'éther, à la dose de vingt gouttes de la première ou de douze du second. Dans la ville j'insiste sur l'exercice au grand air ; j'exige des malades qu'ils respirent l'air extérieur pendant plusieurs heures par jour, et ceux qui peuvent aller à la campagne, je les y envoie de suite , afin d'être bien sûr qu'ils ne rentreront plus dans leur atelier. C'est le seul moyen de pouvoir compter sur leur promesse à cet égard. Il est inutile d'ajouter que le traitement du tremblement doit être modifié d'après la constitution des sujets et les phénomènes morbifiques qui se présentent.
La nourriture de ces malades doit être proportionnée à leur appétit , qui est en général assez bon , et composée d'alimens sains. On peut leur permettre un usage modéré du vin. Plusieurs ont remarqué que le vin diminuait