‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 7 sur 40 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

J je prix pour lequel feu M. Ravrio (1), fabricant de bronze distingué ? a légué une

(1) Antoine- André Ravrio est né à Paris le 20 octobre 1759 , et y est mort le 4 décembre 1814. Son père , honnête homme et homme de talent , était fort estimé dans son état. Sa mère, modèle de toutes les vertus, appartenait à la famille Riesner , avantageusement connue dans les arts industriels et libéraux.

Ravrio avait appris à mouler chez son père; il avait dessiné et modelé à l'Académie , et avait appris à ciseler sous de très-habiles maîtres. L'art du fabricant de bronzes dorés fut pratiqué par lui dans toutes ses parties , et c'est ainsi que Ravrio est parvenu à rendre son nom célèbre en Europe par la perfection de ses ouvrages , dans lesquels on admire à la fois la pureté du dessin , un style noble et simple , des compositions ingénieuses , des imi-

somme considérable , et que l'Académie royale des sciences a mis au concours pour la seconde fois cette année , doit avoir sur l'hygiène des professions insalubres et sur le perfectionnement de nos arts et métiers une influence bien heureuse.

tarions parfaites de l'antique , et une sûreté de goût à toute épreuve.

Les connaissances variées de Ravrio et ses éminentes qualités le favorisèrent beaucoup dans ses relations commerciales et dans sa vie privée. Il fut traité en toutes circonstances avec une grande distinction. Son excellent cœur , son obligeance et la gaieté de son caractère faisaient rechercher sa société , et il a joui de l'estime et de l'amitié de tous ceux qui l'ont connu. Livré tout entier à son état , qu'il aimait avec passion , il n'a cultive les lettres que fort tard et comme délassement. On lui doit cependant plusieurs vaudevilles qui ont eu un assez grand nombre de représentations , et il a publié pour ses amis qui les avaient inspirées , deux volumes de poésies diverses , où l'on trouve beaucoup de facilité , de naturel , de gaieté , de sentiment et d'esprit.

Ravrio n'ayant pas eu le bonheur d'élever d'enf.:nt, et voulant perpétuer son souvenir dans l'état qu'il avait exercé avec tant de talent , a légué , en mourant , cet état , son nom et sa fortune à M. Lenoir-Ravrio , dont il a été constamment le bienfaiteur et l'ami. Il avait demandé qu'une simple pierre couvrît sa sombe ; mais la reconnaissance lui a élevé un monument plus durable et plus digne de lui dans l'enceinte du cimetière de l'Est , où il a été

Le bel exemple donné par M. Ravrio ouvrira sans doute une carrière nouvelle. Il est d'autres artistes, amis de l'humanité, qui, comme lui, au milieu des occupations de leur état, pensent constamment aux moyens d'en perfectionner les procédés, luttent souvent toute leur vie contre les difficultés qu'ils rencontrent , et finissent , mais trop tard , par sentir qu'ils auraient dû appeler les sciences à leur secours.

La solution du problème proposé doit leur prouver que les sciences consultées répondraient à leur appel , et doit les enhardir à les introduire dans leurs ateliers, à leur en dévoiler les secrets , et à les mettre ainsi à portée de vaincre en peu de temps les plus grandes difficultés, quel'amour de l'humanité, l'amour des arts et de longs tâtonnemens ne donnent pas toujours les moyens de surmonter.

J'ai vu de près les maux qu'entraînent dans les ateliers la mauvaise construction des appa-

ïnhumé. Ravrio s'est occiipé du sort des ouvriers doreurs à son heure dernière ; il a voulu que l'on remédiât à l'insalubrité de leurs ateliers. Les doreurs sauvés par sa volonté ne verront pas son tombeau sans attendrissement, et tout homme ami de ses semblables dira avec eux : « Ravrio a laissé après lui , sur la terre , les traces que » doit y laisser un homme de bien. »

reils et le mauvais choix des procédés j j'en ai beaucoup soufïert. J'ai dû souvent penser aux moyens d'éviter ces inconvéniens, et j'ai propagé , autant que je l'ai pu , ce qu'une longue expérience m'a appris à ce sujet. Je m'estimerai heureux si, dans une occasion aussi solennelle , je parviens à joindre mon nom à celui de M. Ravrio, et si l'opinion favorable de l'Académie et l'estime publique qu'il a si bien méritée peuvent aussi servir de récompense au travail que j'entreprends.

Je n'ai à m'occuper que de cette branche de l'art du doreur qui a pour objet d'appliquer l'or, au moyen du mercure, sur le cuivre, ou plutôt sur quelques-uns de ses alliages (1).

Le programme publié par l'Académie me trace la marche que j'ai à suivre. Je commencerai donc par décrire succinctement les différentes opérations que pratique l'ouvrier chargé de dorer le bronze au moyen de l'amalgame d'or et de mercure. Je parlerai des matières premières qu'il emploie, des qualités qu'elles doivent avoir , des moyens de les choisir ou de les préparer. J'examinerai ensuite

(i) Pour éviter toute équivoque, et pour ne pas alonger inutilement ce que je vais dire , j'appellerai bronze l'alliage que les doreurs emploient ordinairement.

• (5) chacune des opérations de l'art du doreur , en insistant particulièrement sur celles qui nuisent le plus à la santé des ouvriers. J'en dirai les inconvéniens, je proposerai les moyens d'y remédier 5 et après avoir résumé les moyens de salubrité et décrit les appareils que je propose d'adopter , je terminerai en indiquant aux doreurs les procédés qu'ils doivent suivre pour tirer parti des résidus ou déchets d'ateliers, et pour enlever l'or de la surface des objets dorés ; ce qui complétera , autant que je puis le faire, la partie chimique de l'art de dorer le bronze au moyen du mercure.

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