INTRODUCTION
JL'art du doreur n'a pas encore été examiné, ou au moins décrit ; il est un de ceux qui restent à publier pour compléter la belle collection des arts et métiers de l'Académie. Voici les procédés qui forment la partie de cet art dont nous avons à nous occuper.
L'objet que l'on veut dorer, et qui a été fondu et coulé en bronze , est porté au ciseleur ou au tourneur. Lorsqu'il est terminé, il est livré à l'ouvrier doreur, qui le fait recuire et qui le déroche, en dissolvant la surface oxi-
(6) dée du métal avec de l'acide nitrique ou de l'acide sulfurique iàible. Lorsque le métal est bien nettoyé, que le décapage est complet, et qu'il présente partout l'éclat métallique, on le lave à grande eau et on le fait sécher, soit en l'essuyant avec des linges propres, soit en le roulant dans la tannée sèche, dans du son ou dans de la sciure de bois.
Le doreur prépare l'amalgame d'or et de mercure, et l'applique ensuite sur la pièce, au moyen d'une espèce de pinceau fait avec des fils de laiton, et nommé gratte-bosse 3 qu'il mouille avec un peu d'acide nitrique pur ou avec de l'acide nitrique contenant un peu de mercure en dissolution. Il étale l'amalgame le plus également possible , en ayant soin de charger davantage les endroits qui doivent être mis au mat ou en or moulu, et de ne charger, au contraire, que légèrement les parties qui doivent être brunies. Le doreur lave ensuite la pièce à l'eau, la fait sécher, et l'élève peu à peu jusqu'à la température nécessaire pour décomposer l'amalgame d'or et pour volatiliser tout le mercure sans faire rougir le bronze. L'ouvrier a soin , pendant cette opération , de retirer souvent la pièce du feu pour la brosser en tout sens avec une brosse ordinaire, afin d'y étendre également l'amalgame,
(7) qui devient plus fluide en s'échauffant , et qui ressort alors des pores du cuivre.
Lorsque tout le mercure est volatilisé, on recouvre la pièce, si on le juge convenable, d'une nouvelle couche d'amalgame ; on la passe de nouveau au feu, et on recommence cette opération autant de fois qu'il est nécessaire pour obtenir la dorure qui est demandée. Lorsque la pièce est terminée, on la lave dans de l'eau acidulée avec du vinaigre, et on l'y nettoie en la frottant, en tout sens, avec des gratte-bosses neuves et rudes j on passe de l'eau claire dessus, on la sèche en la roulant dans de la tannée , dans de la sciure de bois ou dans du son bien sec, et on la nettoie avec un linge propre ou avec une brosse. Arrivée à ce point, la pièce a une couleur jaune-sale et peut recevoir à volonté Le mat , la couleur à! or moulu, le bruni ou la couleur d'or rouge.
Voilà les principales opérations que pratique l'ouvrier doreur. Nous allons les examiner successivement et plus en détail. Nous ne parlerons, autant que possible, dans ce qui va suivre, que le langage des ateliers , et nous aurons soin d'éloigner tout ce qui pourrait empêcher les ouvriers de nous entendre et de profiter des améliorations que nous allons proposer.