‹ Mémoire sur l'art de dorer le bronzeChapitre 9 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

D e V alliage employé pour la fonte des pièces qui doivent être dorées.

Détermination de V alliage le plus convenable pour cet objet.

L'alliage que les doreurs emploient leur est fourni par le fondeur, qui ne reçoit d'eux que les modèles des pièces qu'il est chargé de fondre \ il lait son alliage comme il l'entend , sans principes certains, et en se guidant seulement d'après l'expérience que lui donne une longue pratique, éclairée par les plaintes ou les félicitations des doreurs qui s'adressent à lui.

Les fondeurs emploient ordinairement ce qu'ils appellent mitraille pendante ; ce sont les vieux bronzes dorés dont on a enlevé l'or, les objets fondus avec le même alliage, mais non dorés et mis au rebut , comme vieux flambeaux, vieux chenets, etc. , et enfin les vieux débris de cuivre jaune de toute espèce qui se trouvent dans le commerce 5 ils ajoutent aux

vieux, bronzes ce qu'ils croient nécessaire pour les rendre meilleurs , ou , lorsqu'ils les jugent de bonne qualité, ils ne font que les mettre en fusion pour en remplir leurs moules. Lorsque les fondeurs ne peuvent pas se procurer de ces vieux bronzes , ils prennen t alors dans la mitraille pendante les débris de chaudrons , etc. , qui sont en cuivre jaune, et ils y ajoutent des débris de cuivre rouge étamé; ils fondent ainsi ensemble environ y 5 de cuivre jaune et 25 de cuivre rouge chargé de soudure et d'étamage, et coulent avec cet alliage les pièces qui leur sont commandées. L'alliage que les doreurs emploient doit avoir , pour être réputé bon , les qualités suivantes : il doit être aisément fusible et doit prendre parfaitement l'empreinte du moule où on le coule; la pièce ne doit être ni piquée > ni venteuse 3 ni gercée ; l'alliage doit être facile à tourner, à ciseler et à brunir; il doit avoir une belle couleur et doit bien prendre la patine de vert antique ; il doit recevoir la dorure facilement et sans absorber une trop grande quantité d'amalgame; la dorure doit y bien adhérer et y prendre enfin une belle couleur lorsqu'on la met au mat 3 au bruni , en couleur d'or moulu ou en couleur d'or rouge.

On voit donc déjà qu'il faut employer un

(lu)

alliage, puisque les métaux purs se couleraient mal ; étant d'ailleurs mous et très-uuctiles, ils seraient gras et se couperaient difficilement: au tour et à la ciselure ; ils se guillocheraient sous le brunissoir, et ayant leurs pores plus ouverts et plus d'affinité pour s'allier , ils absorberaient plus d'amalgame, et par conséquent plus d'or que ne le font les combinaisons métalliques. La pièce dorée, n° 1, qui a été fondue en cuivre rouge parfaitement pur, prouve cette vérité , comme on peut le voir au tableau n° 1 qui termine ce Mémoire.

L'alliage du cuivre et du zinc conviendrait mieux ; mais l'expérience n° 2 du tableau prouve que cet alliage binaire coule pâteux et prend mal l'empreinte des moules; il absorbe d'ailleurs trop d'amalgame, et est sujet à se piquer et à se gercer en refroidissant dans le moule. Le tourneur, le ciseleur et le brunisseur le trouvent trop gras ou trop mou : il faudrait augmenter la proportion de zinc pour le rendre plus dur , mais il perdrait alors la belle couleur jaune qui convient au doreur. Les essais portés au tableau , sous les nos 3 et 4 y démontrent que l'alliage de 20 d'étain et 80 de cuivre se fond aisément, coule liquide et prend parfaitement l'empreinte du moule; mais cet alliage, trempé ou non trempé, se

déroche mal ; il conserve trop de dureté et de sécheresse pour être facilement tourné et ciselé; sa couleur est trop grise; il ne prend que difficilement la dorure, et ne se polit qu'avec peine au moyen du brunissoir. Cet alliage ne convient donc nullement au travail du doreur.

L'alliage n° 5 du tableau est composé de 90 de cuivre et 10 d'étain; c'est l'alliage dont on se sert pour couler les canons : il se fond assez facilement , coule assez liquide , mais ne prend que médiocrement les finesses du moule ; il est plus facile à tourner, à ciseler et à brunir que les alliages précédens , mais la couleur n'en est point assez jaune , et il faudrait beaucoup d'or pour la remonter à la nuance que demande le commerce (1).

Les alliages dont je viens de parler ne con-

(1) Les alliages binaires de cuivre et d'étain auraient le grand désavantage de se mal dérocher ou décaper par les procédés que l'on suit maintenant ; l'acide nitrique oxiderait l'étain de l'alliage , et la surface ne présenterait qu'une teinte grisâtre que l'on ne pourrait enlever qu'en faisant usage de l'acide muriatique. La trempe , qui a la propriété de rendre ces alliages plus ductiles , ne me paraît pas pouvoir recevoir ici une application avantageuse; elle ferait perdre aux pièces leur densité, et les rendrait trop perméables à l'amalgame.

viennent donc pas au doreur ; il lui faut des combinaisons métalliques plus compliquées pour qu'elles puissent réunir les qualités qu'il désire ; car ces combinaisons sont en général plus fusibles , plus dures, et ont moins de retrait que les métaux purs et que les alliages binaires.

De ces derniers alliages , celui de cuivre rouge et de zinc est celui qui conviendrait le mieux par rapport à sa belle couleur et à la facilité que l'on a à le dérocher par les procédés ordinaires ; c'est donc cet alliage qu'il faut perfectionner : l'expérience n° 6 du tableau démontre qu'on y réussira en y ajoutant de l'étain et du plomb, et nous arrivons ainsi, par synthèse, à conseiller l'emploi de l'alliage que les fondeurs tâchent continuellement de composer , mais qu'ils font rarement de bonne qualité.

Nous avons vu que les fondeurs emploient ordinairement jb de cuivre jaune et s5 de cuivre rouge étamé et garni de soudure. Le cuivre jaune du commerce contient, terme moyen, au cent (1) :

(1) Voyez , Annales de Chimie et de Physique , tome V, page 3a 1 , le Mémoire publié par M. Chaûdet sur le cuivre jaune du commerce 5 et le Mémoire histo-

Cuivre pur 63,70.

Zinc 33,55.

Etain 2,5o.

Plomb o,2.5.

îoo.

et le cuivre chargé d'étamage et de soudure contenant environ au cent :

Cuivre pur 97.

Etain '. 2,5.

Plomb o,5.

on voit que l'alliage que forment ordinairement les fondeurs se trouve composé par quintal à peu près comme il suit :

Cuivre pur 72.

Zinc t 25,2.

Etain 2,5.

Plomb 0,3.

J'ai en elïët analysé un grand nombre d'échantillons de bronzes dorés anciens et modernes; j'ai constamment trouvé l'alliage

riquequeM.Berthier vient de publier sur le même sujet dans les annales des Mines , tome III , page 65 , année 1818.

quaternaire et souvent même plus compliqué (1) -y quelques-uns contenaient en outre du fer, de l'antimoine, de l'or ou de l'argent, mais ce n'était qu'accidentellement et en petite quantité.

Le tableau qui termine le Mémoire contient, sous les nos g a et 6 , 10 a et è , les résultats de ces analyses, et la colonne n°n prouve encore que les frères Keller , célèbres fondeurs du siècle de Louis XIV, avaient aussi préféré l'emploi de l'alliage quaternaire. L'analyse indique eri effet que les belles statues qui ornent le parc de Versailles ont été coulées avec un alliage qui contient au cent :

Cuivre 91 ,4°*

Zinc 5,53.

Étain t J)70.

Plomb 1 ,37.

d'où il suit qu'il faut admettre, comme prin-

(1) J'ai essayé un morceau de cuivre doré venant de la Chine , qui ne contenait que du cuivre , du zinc et du plomb 5 un échantillon de cuivre doré , venant de Berlin , ne contenait que du cuivre et du zinc. Toutes les pièces laminées qui se dorent en France sont de même faites en cuivre jaune; mais ce ne sont là que des exceptions souvent commandées par la nature de l'ouvrage.

cipe démontré depuis long-temps par l'expérience, que l'alliage quaternaire de cuivre, de zinc , d'étain et de plomb est le meilleur à employer pour la fonte des pièces de bronze.

Ce fait prouvé , il ne s'agit plus que d'établir les meilleures proportions à suivre dans la composition de cet alliage, d'indiquer ainsi aux fondeurs une marche certaine , et de leur éviter les tâtonnemens qu'ils sont obligés de faire , et qui ne les conduisent que rarement et par hasard à de bons résultats.

M. Dussaussoy , chef de bataillon et adjoint au Comité central d'artillerie , chargé par le ministre de la guerre de déterminer quel était le meilleur alliage à employer pour fondre les garnitures d'armes, a fait à ce sujet, l'an passé, un travail complet (1); il a parfaitement démontré que cet alliage devait contenir au cent :

Cuivre 80.

Zinc 17.

Etain 3.

qu'il avait alors le plus de ténacité, de malléabilité, de dureté et de densité réunies ; mais

(1) Annales de Chimie et de Physique , tome V, pages 1 13 et 2a5.

(itf )

la densité étant la propriété la plus impoi tajite à donner aux bronzes destinés à être dorés, cet alliage convient moins pour cet objet que les alliages quaternaires essayés , mais rejetés par M. Dussaussoy. En examinant le beau travail qu'il a fait à ce sujet, j'y trouve que l'alliage le plus convenable pour l'art du fabricant de bronze et du doreur est celui qui est formé :

De Cuivre 82 .

Zinc 18.

Étain 3.

Plomb 1 i.

Ou de Cuivre 82.

Zinc 18.

Etain 1 .

Plomb 3.

si l'on veut sacrifier un peu de la ténacité de l'alliage pour augmenter sa densité, ce qui devient avantageux dans la coulée des pièces de petites dimensions (1).

(1) On trouve , page 1 <)5 du premier volume de la Description des brevets d'invention, une note dans laquelle il est dit que M. Léonard Tournu a découvert la composition d'un alliage qui emploie , pour être doré , j moins d'or que l'alliage ordinaire.

L'alliage de M. Tournu se faisant en fondant ensemble 16 onces de cuivre rouge, 2 onces de laiton et 3 onces

J'ai

J'ai composé le premier de ces alliages et j'en ai coulé la pièce n0 7. — Les résultats de cette fonte sont consignés dans le tableau sous le même numéro , et prouvent toute l'exacte tude de ce qui vient d'être dit. Ce sont donc ces alliages que je conseille aux fondeurs d'imiter le plus qu'ils pourront ; ils doivent en former un de toutes pièces avec des métaux purs , et garder le lingot pour le comparer à ceux qu'ils obtiendront lorsqu'ils ne pourront suivre d'autre marche que le tâtonnement.

Les fondeurs plus instruits feront l'alliage avec des métaux purs , comme cela se pratique aujourd'hui à la fabrique d'armes de Versailles, ou suivront au moins une marche certaine s'ils sont obligés par les circonstances ou par

de zinc , doit contenir au cent , en calculant d'après les résultats analytiques cités plus haut :

Cuivre 82,257.

Zinc 17,481 .

Étain o,238„;

Plomb 0,024.

ce qui démontre encore l'avantage de l'alliage quaternaire pour les pièces destinées à être dorées , et ce qui prouve de plus en plus la bonté de l'alliage que je propose d'adopter.

économie d'employer de vieux bronzes ou de la. mitraille pendante.

Ils devront alors couler ces débris en lingots , en faire faire l'analyse, et ajouter ce quî y manque pour ramener l'alliage aux proportions indiquées plus haut.

Page 1