NEUVIÈME OBSERVATION
Blennorrhagie de trois ans de date. Injections avee de nitrate d’argent , augmentation de l’écoulement. Suspension du remède. Nouvel emploi des mémes injections, guérison.
PARSONNEAU, sergent au 24° régiment de ligne , âgé de27 ans , d'un tempérament sanguin,
(1) Cliniq. chirurg. du professeur Latlemant , par MM. Verdier et Marchal ; 1." livrais. , pag. 21.
vint à Saint-Éloi, le 27 novembre 1834 , pour s'y faire traiter d’une blennorrhagie qu'il portait depuis environ trois ans. Quoique la maladie fût très-ancienne , et l'écoulement médiocre et peu opaque, 1l existait néanmoins de la douleur dans le canal ; aussi j’eus le soin de laisser reposer le malade , et de prescrire l'usage des bains et l’application de douze sangsues au périnée.
Dès que les symptômes inflammatoires furent tombés, Parsonneau fut soumis aux injections avec le nitrate d'argent ; mais l’écoulement ayant augmenté , et la douleur du canal étant devenue plus vive, je suspendis le remède pendant trois jours. Il suffit du repos et de quelques bains, pour faire cesser la douleur.
Les injections ayant été reprises immédiatement après, n'eurent plus cette fois-là le même inconvénient. Au bout de trois jours de leur emploi, matin ef soir , le malade fut radicalement guéri le 7 décembre ; il ne sortit de l'hôpital, que le 17 du même mois.
Réflexions. — Quoique, dans ce cas-ci , la maladie datât de trois ans, Jai pensé qu'il convenait de me conduire toutautrement que dans celle de Calmés, qui existait à peine depuis trois mois, el je m'en suis bien trouvé. J'avais donc raison de dire que le degré d’acuité ou de chro-
hicité d'une blennorrhagie , ne se mesurait pas seulement d'après sa durée. Toutefois, comme la douleur était à peine éteinte, lorsque les premières injections ont été faites, l'écoulement a augmenté, et il a fallu renoncer momentanément à ce mode de médication. Quelques jours après , le malade a été soumis de nouveau au même moyen, et cette fois, la guérison a eu lieu dès le troisième jour. Les injections peuvent donc agir de deux manières bien distinctes, tantôt en supprimant l'écoulement presque sur-le-champ, et tantôt en l’augmentant lègèrement pour le faire cesser bientôt après.
Plusieurs malades ont aussi observé qu'après la seconde ou troisième injection , et ordinairement au bout de deux heures environ, il sortait par le canal un flocon de matière blanchâtre, qui semble annoncer la disparition prochaine de l'écoulement.
Jaloux de savoir ce que pouvait être cette espèce de bourbillon, que quelques personnes mal avisées ou prévenues avaient considéré comme une escarre gangréneuse , jai mis de la matière blénnorrhagique en contact avec une solution de nitrate d'argent dans les proportions connues , et j'ai vu qu'il se format presque aussitôt un précipité jaunâtre , floconneux , parfaitement analogue au bourbillon que plusieurs malades avaient recueilli; c'était l'humeur blennorrhagique coagulée par
Yaction du sel à base d'argent. Il est presque inutile d'ajouter que, si ce bourbillon était le produit d'une escarre gangréneuse , son expulsion serait précédée ou suivie de symptômes que je n'ai jamais observés.
DixiÈME OBSERVATION.
Blennorrhagie de seize mois avec écoulement séreux et sans douleurs. Injections avec le nitrate d’argent , augmentation de l’écoulement. Suspension du remède. Nouvelles injections, méme accident. Suspension absolue du moyen, repos; guérison solide.
Dar , soldat au 26° régiment de ligne, âgé de 27 ans, contracta vers le mois de décembre 1833, une blennorrhagie qui fut toujours d’une bénignité telle qu'il ne dut jamais se priver de rien. Cependant, voulant enfin guérir, il entra à l'Hôtel- Dieu de Montpellier ; le 29 mai 1835. L’écoulement élait clair, peu abondant et sans douleur : aussi, m'empressai-je à prescrire les injections avec le nitrate d'argent. À la cinquième, le malade éprouva une douleur si vive dans tout le trajet du canal et particulièrement vers la fosse naviculaire , qu'il fallut suspendre le remède. Je revins cependant à son usage dix jours après, et cette fois encore , je me vis réduit à la nécessité
d'y renoncer. Toutefois, à mesure que l’on s’éloigne du jour où la dernière injection a été faite, l'écoulement diminue en devenant de plus en plus séreux , et finit par disparaître. |
Afin d’avoir à ce sujet toutes les garanties possibles je retins le malade à l'hôpital encore plus de quinze jours , au bout desquels il sortit parfaitement guéri. ;
Réflexions. — Cette observation ne démontret-elle pas jusqu'à l'évidence, qu'une méthode de traitement, quelque bonne qu’elle soit, ne réussit pas toujours également? S'il est un cas, en effet, dans lequel les injections avec le nitrate d'argent eussent dû avoir de bons résultats, c’est celui où la maladie étant ancienne , l'écoulement était clair, peu abondant et sans douleur ; et cependant, dès la cinquième injection, Dat a éprouvé une douleur si vive dans le canal, que j'ai jugé à propos de suspendre sur-le-champ le remède. Dix jours après, les injections ont été de nouveau admimistrées , et la douleur du canal à reparu ; mais, voilà tout : 1] n’a fallu employer ni saignées , ni sangsues , et le malade a guéri en peu de jours.
Alors même que les injections augmenteraient quelquefois l'écoulement, il ne faut donc pas renoncer entièrement à en faire usage. Les accidens auxquels donne lieu la cautérisation du
eanal , sont bien autrement graves , et la cautérisation n’en est pas moins un moyen puissant pour arrêter les écoulemens les plus invétérés. Ne croyez pas néanmoins qu’il soit indifférent d’avoir recours à l’un ou à l’autre de ces deux modes opératoires. Je vais vous dire à cet égard tout ce que je pense.
Ayant eu l’occasion de traiter en ville ou à l'hôpital , et dans un court espace de temps , un très-grand nombre de blennorrhagies par l'une et l'autre méthode , je suis loin de contester les avantages que la cautétisation peut avoir dans certains cas. J'aime même à reconnaître que mon honorable collègue , M. Lallemand , a rendu un vrai service à la science , en proclamant , le premier , les heureux effets de ce nouveau moyen thérâpeutique. Mais, la cautérisation du canal de l'urètre sera toujours une opération délicate , et hors de la portée de beaucoup de chirurgiens ; d'une autre part, bien des malades craignent ou refusent même de s’y soumettre, et peut-être avec quelque raison ; car elle est toujours douloureusë, et souvent accompagnée de fièvre , de dysurie , d'orchite ou de pissement de sang. J'ai vu des malades dont la vie a été mise en danger, par l'ébranlement nerveux que cette opération avait provoqué. Tels sont même les principaux motifs
( 56.) qui m'ont engagé d'abord à recourir aux injections.
Or , qui ne voit qu'en me servant du nitrate d'argent sous cette dernière forme , j'obtiens , à très-peu de chose près, tous les avantages de la cautérisation , sans en avoir les inconvéniens ? Et , en effet , les injections n’offrent aucune difficulté dans leur application ; elles sont toujours sans douleur, et font cesser L’écoulement bien plus vite que la cautérisation.
Car , il y a cette différence dans le mode d'action de l’un et de l’autre moyen, que la cautérisation guérit toujours en réveillant la phlogose , et substituant une inflammation aiguë à une inflammation chronique, tandis que, par les mjections, on met le plus souvent un terme à la blennorrhée , en modifiant simplement la sensibilité des parties malades , et suspendant ainsi la sécrétion morbide de la muqueuse urétrale.
Que l’on ne me reproche pas qu'en injectant une solution de nitrate d'argent jusque dans la vessie , on ait l'inconvénient d'agir sur des organes qui ne sont pas malades. J'ai déjà répondu à cette objection. Est-on d'ailleurs bien sûr , en cautérisant la portion prostatique de l’urètre , d'atteindre toujours le siége du mal ? Je ne le pense pas. Au reste , le professeur Lallemand lui-même qui,