‹ Mémoire sur l'efficacité des injections avec le nitrate d'argent cristallisé, dans le traitement des écoulemens anciens et récens de l'urètreChapitre 9 sur 15 · SEPTIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME OBSERVATION

Blennorrhagie existant depuis trois mois, avec un engorgement du testicule droit : saignée, sangsues ; bains , potion de Chopart. Injections avec le nitrate d'argent , guérison.

STUTZ, canonnier au 13° régiment d'artillerie, âgé de 27 ans , d'un tempérament sanguin , eut, en 1830, à la couronne du gland , des chancres qui cédèrent à un traitement local. En 1834 , ïl contracta de nouveaux chancres et une blennorrhagie qui l’obligèrent d'entrer à Saint-Éloi , où il fut traité par le cyanure de mercure, et guéri des ulcérations qu'il avait à la verge ; mais le malade sortit, quoique ayant encore un écoulement par l'urètre. |

Peu de temps après, l'écoulement ayant augmenté , et s'étant même compliqué d'un engorgement du testicule droit, Stutz revint à l'hôpital où il fut soumis à un traitement anti-phlogistique , et plus tard à l'usage de la potion de Chopart. L'orchite étant dissipée, et l'écoulement persis= tant, quoique sans douleur, on prescrivitune première injection avec le nitrate d'argent. L'écoulement devintmoins épais ; mais le malade éprouva une vive cuisson dans le canal. Le 21 octobre,

c’est-à-dire, dés la troisième injection , Stu{z se dit entièrement guéri. On continua cependant encore quelques jours l'usage du même remède , et le malade sortit de l'hôpital Le 29, dans un état de santé parfaite.

Réflexions. — Voici un nouveau fait qui prouve que, malgré la guérison toute récente de l'orchite, les injections avec le nitrate d'argent ont pu être administrées avec succès. Cette fois-ci, il est vrai , le malade a éprouvé une vive cuisson dans le canal de l’urètre. Mais, qu'est-ce que ce symptôme , à côté des douleurs déchirantes qui accompagnent si souvent la blennorrhagie ? Puisque vous craignez tant les conséquences de l’inflammation de la muqueuse urétrale à l'occasion des injections , dites donc en quoi ce mode inflammatoire diffère de celui qui est propre à la blennorrhagie ; faites voir surtout comment on peut garder sans inconvénient des blennorrhagies durant des années entières , tandis qu'il suffit de faire une ou deux injections tant soit peu irritantes, pour provoquer un ou plusieurs rétrécissemens ? Jusque-là je m'inscris en faux contre tout ce qui a été dit et écrit à ce sujet.

( 48 ) HuITIÈME OBSERYVATION.

Blennorrhagie, crchite: injections avec le nitrate d'argent , guérison de l’écoulement , sans aug- Mentation aucune dans le volume du testicute. Un mois après, le malade est encore à l’hôpitat, et l'écoulement n’a pas reparu.

CaLmÉs , soldat au 59° régiment de ligne, âgé de 24 ans, d’une constitution robuste, contracta pour la première fois une blennorrhagie, vers le mois de mars 1835. Il ne fit rien pour se guérir , jusqu au moment où il lui survint un orchite du côté gauche, qui lobligea d'entrer à StÉloi , le 2 mai de la même année.

Comme l'inflammation du testicule n’était pas très-vive , et que, d’ailleurs, l'écoulement était légérement séreux et sans douleur, je prescrivis de prime-abord les injections avec le nitrate d’argent, matin et soir. À peine le malade éprouva-t-1l un léger picotement dans le canal, si ce n'est à la troisième , ce qui n’empêcha pas l'écoulement d’être tari dès le lendemain. Le testicule affecté n’augmenta x ne diminua de volume. Les injections furent encore continuées pendant trois jours.

Plus de trois semaines après, Calmés était encore à l’hôpital, bien que l'engorgement du testicule füt à peu près dissipé en entüer.

Ce qu'il y a surtout de remarquable . c'est que l'écoulement n'avait pas reparu.

Réflexions. — Si l'on pouvait douter encore de l’innocuité des injections avec le nitrate d’argent, telles que je les propose, le fait que l'on vient de lire devrait donner, à cet égard, toute espèce de sécurité; car, dans ce cas, j'ai pu les administrer presque immédiatement après l'entrée du malade à l'hôpital, et sans les faire précéder d'aucun autre moyen. Cependant, trois injections ont été suffisantes pour arrêter à jamais l'écoulement.

Parmi les faits que j'ai cités jusqu'ici, on aura pu s'apercevoir que je me suis attaché à rapporter des observations relatives à des blennorrhagies dont les unes étaient anciennes et les autres récentes : toutefois, on aurait tort de donner à ces mots une signification autre que celle qu'ils ont, et de conclure , par exemple, que les injections avec le nitrate d'argent sont également applicables aux blennorrhagies aiguës et aux blennorrhagies, chroniques ; le degré d’acuité d’une maladie ne se mesure pas seulement d’après sa durée.

« Beaucoup de praticiens considèrent comme chroniques , a dit avec raison le professeur Lallemand , toutes les blennorrhagies qui se prolongent au-delà de trente à quarante jours. Cette manière

de penser est erronée , puisqu'on voit quelquefois, au bout d'un laps de temps plus long , ces affections présenter encore des caractères aigus, de quelque manière qu'elles aient débuté. Il ne faut donc pas se laisser guider dans les indications thérapeutiques , par le temps qui s’est écoulé depuis le début de la maladie ; mais bien par l’état actuel de l’économie , et surtout des organes affectés (1). »

Enfin, il est utile de ne pas perdre de vue que dans tous les cas ci-dessus rapportés, et dans plusieurs autres que j'aurais pu y joindre , l'écoulement a toujours tari comme par dessèchement , et sans aucun phénomène local , ostensible ; c’est ce que l'on observe, en général, dans les écoulemens anciens et séreux. Mais les choses ne se passent pas toujours d'une manière aussi simple.

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