QUATORZIÈME OBSERVATION
Blennorrhagie chronique: application de sangsues; opiat balsamique , térébenthine ; l'écoulement persiste. Deuxcautérisations tout près de la fosse naviculaire ; accidens à la suite de l'emploi de ce dernier moyen. Injections avec le nitrate d'argent, aucun accident ; guérison en quatre jours. |
CHAPELON , soldat au 2° léger, âgé de 28 ans, d'un tempérament lymphatico-sanguin, eut, en avril 1834, une blennorrhagie qu'il négligea complétement , à cause de son peu d'intensité. Néanmoins , arrivé à l’époque de son congé, le 27 septembre de la même année, et sentant le besoin de se débarrasser de sa maladie avant de rentrer dans ses foyers, il se rendit à S'-Éloi, pour y recevoir des soins.
L'écoulement peu considérable était d’une couleur jaune foncée, et provenait évidemment d’un point du canal voisin de la fosse naviculaire. (Application de dix sangsues ; bain général; tisane d'orge émulsionnée. ) Peu de jours après, administration de l’opiat balsamique d’abord , puis de la térébenthine en pilules. L’écoulement persiste au même degré. Comme le siége du mal était
très-rapproché de l'extrémité de la verge, je me décidai à cautériser le point affecté , à l’aide de la sonde porte-caustique droite. A la suite de cette opération , le malade souffrit beaucoup, il rendit du sang par le canal , il eut de la fièvre , mais l'écoulement ne diminua en rien. Craignant de ne pas avoir assez exactement touché la partie malade, je revins à la cautérisation : même résultat.
Enfin , les injections avec le nitrate d'argent sont mises en usage, et dès la quatrième , l'écoulement a cessé en entier. A peine le malade at-il éprouvé un sentiment de cuisson dans le trajet du canal.
Réflexions. — Quoique l'écoulement ne parût se rattacher à aucune altération profonde de la muqueuse , jai voulu essayer encore la cautérisation: aussi, n'ai-Je pas réussi, même après y être revenu, tandis que quelques injections avec le nitrate d'argent , ont produit la cessation complète de la blennorrhagie.
Maïs, dans quel endroit était le siége du mal? Dans le voisinage de la fosse naviculaire. Tous les ëcoulemens chroniques ne proviennent donc pas de l'inflammation de la portion prostatique de l'urètre ; il en est même dont le point de départ ne saurait être indiqué d’une manière précise. Sur
quelle portion du conduit génito-urinaire appliquer dans ce cas la cautérisation ?
Un des grands avantages que présentent encore les injections , c'est qu'on peut les employer à une époque très-rapprochte de la période aiguë de la maladie, et abréger par là de beaucoup la durée de cette dernière. Au contraire , la cautérisation n’est guère applicable, que lorsque la blennorrhagie est très - ancienne, c’est-à-dire , lorsque l’inflammation a déjà produit sur la muqueuse urétrale des désordres parfois irréparables. En un mot, la cautérisation attaque le mal lors qu'il est déjà formé ; les injections le préviennent.
Les injections et la cautérisation ne sont done pas deux moyens que l’on puisse substituer l’un à l’autre. Là où le premier convient , le second ne peut être que préjudiciable ; là où le dernier est uüle, l’autre n’est qu'insuffisant,
QuiNZIÈME OBSERVATION.
Blennorrhagie récente, injections avec le nitrate d’argent ;. quérison momentanée ; réapparition de l'écoulement, nouvel emploidu même moyen; guérison définitive.
DoprAT, caporal au 55° régiment de ligne, agé de 25 ans, d’une constitution athlétique,
(AE. ) entra à S.t-Éloi, le 4.° octobre 1834, pour une blennorrhagie qu'il avait depuis environ deux semaines , et qui était accompagnée de symptômes inflammatoires très-graves.
Les moyens anti-phlogistiques auxquels il fut soumis, dissipèrent en assez peu de temps la phlogose, et il ne restait plus que des érections nocturnes qui troublaient parfois le sommeil. L’écoulement était cependant encore assez abondant.
Les choses en étaient à ce point, lorsque le malade pressé de guérir , et témoin des heureux effets que les injections avaient produits chez plusieurs de ses camarades , me témoigna le désir d’être traité par la même méthode, en me cachant en partie ce qu’il éprouvait. J’accédai à sa demande , et j'ordonnaï deux injections par jour, qui produisirent d'abord assez de douleur, mais parurent agir sur l'écoulement. A la neuvième, les douleurs devinrent plus vives , l'écoulement augmenta de beaucoup ; il y eut même un peu de sang dans les urines. (Suspension du remède ; bain général ; application de dix sangsues au périnée. )
Cinq jours après, je pus reprendre les injections; mais, au lieu d’en faire une le matin et l'autre le soir, je me bornai à en prescrire une
(®) seule dans le courant du jour. Cette fois-ci le malade n’en fut nullement incommodé; la guérison ne se fit pas même attendre.
Réflexions. — Il est aisé de sentir pourquoi les injections ont été suivies, dans ce cas, de douleur et de l'issue de quelques gouttes de sang. Le malade m'avait trompé sur son état, et la blennorrhagie était encore trop récente et surtout trop'aiguë, pour songer à mettre en usage une pareille méthode de traitement. Néanmoins , j'ai pu y revenir peu de temps après, en ne faisant toutefois qu’une seule injection par jour, et le malade a guéri même assez vite.
Ce fait me donna l'éveil, et m’autorisa dès-lors à tenter quelques essais , relativement à l’usage des injections dans la période d’acuité de la blennorrhagie.