O1 & À RO
51 jours:
L'expérience devrait être répétée avec cette modification qu’à partir du quarante-huitième jour environ, on reprendrait l’administration de l’iodure en vue d’amener la guérison.
À l’autopsie tous les organes paraissaient sains, mais le cerveau était engorgé d'une façon extraordinaire; les ventricules étaient remplis d’une sérosité rougeûtre.
M. De Marbais, répétiteur d'anatomie à l’École de médecine vétérinaire, avait observé cet animal avec le plus grand soin, et tenait note, jour par jour, des alternatives de bien et de mal qui se manifestaient sous l'influence du poison et du contre-poison.
$ XHI.— Æmpoisonnements produits par les composés de zinc et de plomb employés en frictions.
Vers 1851 je fis quelques expériences dans le but d’établirune comparaison entre l’action de l’oxyde de zinc et du carbonate de plomb; c'est dans cette direction que furent commencées les expériences suivantes, que je décris brièvement.
On cite des cas d’empoisonnements produits par l'usage d’emplâtres à bases de plomb.
On sait que Lebkuchner ! a empoisonné des lapins en les frottant avec des solutions aqueuses de sels vénéneux et, entre autres, avec l’acétate de plomb. |
Un chien de taille ordinaire recoit sur l’abdomen une peinture au blanc de zinc, il meurt en quelques jours.
Deux couples de chiens aussi semblables que possible, les deux premiers à poil ras, les seconds à poil long, sont mis en expérience de la même façon. On badigeonnait l’un par de l’oxyde de zinc et l’autre par du carbonate de plomb; ils meurent en quelques jours. Les chiens badigeonnés par l’oxyde de zinc, moururent avant ceux qui avaient été badigeonnés au carbonate de plomb.
! Voir l’article : Absorption dans la physiologie, de M. Longet; Paris, 1859.
Enfin un troisième couple fut mis en expérience ; le premier de ces aniinaux mourut après six Jours; dès le quatrième jour, il présentait la maladie connue sous le nom de danse de saint Guy; le second fut traité de la même façon, mais reçut un gramme d’iodure de potassium à partir du jour de la mort du premier; la peau était, il est vrai, enflammée; mais, abstraction faite de cette affection locale, il ne présenta rien d’extrordinaire; quelques jours après, il était parfaitement bien.
Les chiens soumis à cette peinture se lèchent; il y a done une première complication dans ces expériences; ensuite, il faut observer que l'emploi de l'huile, plus ou moins siccative sur l’abdomen, peut aussi compliquer les phénomènes morbides produits.
Un petit chien griffon fut frictionné par de l’oxyde de zine incorporé à de l’axonge, on le. mit à l’abri du lèchement en l'habillant d’un paletot bien croisé; il vécut deux mois sans présenter de phénomènes morbides intenses; il avait beaucoup maigri, mais en somme il se portait bien.
Ces expériences laissent beaucoup à désirer, je ne les donne que comme de simples indications; elles ont été faites vers 18514, je ne les ai plus reprises depuis.
$ XIV.— Observations sur ma manière d'administrer l’iodure de potassium. — Emploi de la bière et des sulfures ajoutés à l’iodure. — Cause probable de l’efficacité plus grande de l’iodure administré en dissolution dans des eaux sulfureuses.
Je ferai observer d’abord que Je laisse les malades prendre leur médication comme ils l’entendent; en général, je les engage à boire de la tisane, infusion de bois de réglisse et autres à leur choix, et à défaut, de l’eau pure ou de la bière légère non acide. Je leur interdis les mets acides préparés au vinaigre, comme Ja salade, l'oseille, ete. Du reste, ils n’ont rien à changer à leur régime ordinaire. Je ne les enlève pas à leur travail; bien plus, en général,
(#1) ceux que la maladie empêche de travailler se sentent fort soulagés après quelques jours de traitement et peuvent continuer leur cure en se remettant à l’ouvrage, c’est-à-dire en contact avec le poison, cause de la maladie.
J'engage tous mes malades à mettre du sel marin dans leurs aliments ; Je pense réaliser ainsi deux conditions favorables : l’une par l'action bienfaisante du sel marin considéré comme suecédané de liodure de potassium; l’autre, parce que l’usage du sel marin provoque la consommation de plus de liquide, et que par cela même il intervient de deux facons dans ce que je puis appeler le lavage de l’économie.
Il appartient aux médecins de rendre la médication plus active par des précautions et des soins particuliers : bains, transpirations purgatifs, exercices, grand air, ete., mais qu’on ne perde jamais de vue, comme le démontrent toutes les expériences de mes mémoires, que l’iodure de potassium seul est le remède actif ;ses adjuvants sont sans action ou leur action est relativement faible, parfois même elle est nuisible, comme je l'ai montré pages 26 et 27.
Quand je dis iodure de potassium, je n’entends nullement exclure les iodures d’autres métaux alcalins ou alcalino-terreux, et même les iodures des métaux proprement dits, tels que ceux de fer, de manganèse, etc. | |
Je n’ai jamais fait usage de composés organiques iodurés ou des corps iodurés obtenus par substitution; quand ceux-ci sont brûlés dans l’économie, leur action doit au fond être la même que celle des iodures métalliques, dont l'emploi suffit et dont l’action certaine peut se diriger d'après la volonté du médecin et la susceptibilité du malade.
Une précaution que je recommande au médecin et au pharmacien consiste à calciner l’iodure employée avec une petite quantité de carbonate ou de sulfure de sodium dans un vase de fer, avant de le dissoudre; parfois je me suis bien trouvé de le rendre alcalin par du bi-carbonate de soude ; je n’ajoute aucun sirop, aucun autre médicament à la dissolution pure. Une mesure graduée sert au malade; elle correspond à un poids donné, souvent un gramme pour dix centimètres cubes de liquide; il prend
la dose et la mélange avec ses boissons ou sa nourriture. N’étant pas médecin, je dose, à la façon des chimistes, par une liqueur titrée pure de tout mélange, procédé qui me paraît préférable à la cuiller à bouche ou à café.
M. le docteur Sélade fut assez étonné lorsque je lui proposai de laisser le malade mettre la dose d’iodure de potassium dans la bière ordinaire non acide : bières blanches de Louvain, bière de Diest, brunes ordinaires; mais ayant rencontré dans sa pratique des malades dont l'estomac ne tolérait pas ce sel, et chez lesquels il avait dû même interrompre l’usage de liodure de potassium, il a pu revenir à cette médication en le faisant prendre sous cette forme, même pendant les repas; les malades le supportaient sans inconvénient; leur estomac le tolérait très-bien.
Aujourd’hui, les iodures sont généralement assez purs dans le commerce; il y a une dizaine d'années, il n’en était pas de même, d’après ce que des pharmaciens distingués m'assurent. Peut-être quelques-unes de nos bières renferment-elles des principes capables de réduire l’iodate qui pourrait se trouver mêlé à l’iodure. L'iodate est un violent poison, comme on le verra plus loin.
À l'appui des observations qui indiquent parfaitement les accidents qui peuvent résulter de l’administration d’un iodure contenant de l’iodate, je ferai remarquer que des eaux naturelles, qu'on suppose être eflicaces par suite de leur contenu en iodures , renferment souvent des sulfures dont l’existence est incompatible avec celle des iodates. On comprend ainsi pourquoi les médecins des villes d'eaux sulfureuses trouvent que l'administration de l’iodure avec l’eau sulfureuse est souvent mieux supportée par le malade, et par conséquent plus eflicace. Rien n’empêche le médecin de nos villes de faire ajouter une petite quantité d’hydrosulfate de sulfure de potassium ou de ‘sodium à la potion d’iodure de polassium pour se placer dans les conditions avantageuses de leurs confrères d’Aix-la- Chapelle, d’Aix-les-Bains, etc.
En général, la cure par l'iodure de potassium dure plusieurs. mois. J'ai trouvé qu'il était utile d'interrompre, de temps à autre, l’administration du médicament pendant quelques jours. Après chaque interruption, que je considère comme un repos pour le
malade, je recommence par des doses modérées que j'élève de nouveau graduellement. Autant que possible, j'évite toute complication, l’iodure de potassium suffit avec un bon régime. En général, les malades n’ont rien à gagner de l’emploi des adjuvants, tels que les purges, etc.
$ XV. — Succédanés de l’iodure de potassium.
Lorsque l’on admet que l’effet de la médication par l’iodure de potassium est dù à la facilité avec laquelle il peut se former des sels doubles et la rapidité avec laquelle les précipités organiques mixtes de sublimé disparaissent ou se dissolvent par son intervention, on est amené à se demander si, sous le rapport de l’énergie de la médieaiion, il ne doit pas exister une différence entre les divers iodures alcalins : potassium, sodium, calcium, ammonium, magnésium de fer ou de manganèse, chacun de ces composés pouvant apporter l’action spéciale due à l’élément électropositif ou métallique.
Dans l’administration par les iodures de métaux non vénéneux, comme pour le fer, par exemple, il doit y avoir une double décomposition qui porte l'iode sur les composés de sodium, de potassium, etc., de l’économie, tandis que le fer peut être mis à profit par celle-ci, comme dans les affections chlorotiques.
Mes expériences n’ont été faites, jusqu'à présent, qu'avec liodure de potassium et l'iodure de fer, mais il serait possible que les autres iodures produisissent de bons effets ; je ne sache pas qu’on ait fait usage suivi de ces corps en médecine; comme parfois le tissu osseux est attaqué dans les maladies mercurielles ou les accidents consécutifs de la syphilis, je me demande s’il n’y aurait pas lieu d'essayer les iodures de caleium et de magnésium.
$S AVI. — Action de l’iodate de potassium sur l’économie. — Ce sel doit être considéré comme étant un poison. — Il passe à: l’état d’iodure. — Question de médecine légale qui se rattache à ces faits. — Emploi de l’iodate en médecine.
J'ai recommandé plus haut d'employer l'iodure de potassium récemment calciné; on est certain de détruire l’iodate qui possède une action très-violente sur l’économie, si j'en juge par les expériences suivantes, qu'il serait utile de répéter et-de varier.
Un petit chien, très-âgé, mourant de vieillesse, reçoit une quinzaine de centimètres cubes d’une dissolution saturée d’iodate de potasse ayant une réaction très-légèrement acide. L'animal mourut pendant l'administration. L’autopsie ne put être faite que le lendemain, et, eu égard à la rapidité avec laquelle la mort était arrivée, l’âge et la débilité du chien, je n’examinai que le contenu de lPestomac. Je me bornai à constater qu’une quantité considérable d’iodate, peut-être tout le sel, avait été transformée en iodure.
On administre à un petit chien jeune, pesant environ trois kil. 05,750 du même iodate de potassium dissous dans quinze centimètres cubes d’eau; quelques instants après, il vomit et refuse de boire et de manger; deux heures plus tard , on double la dose, les vomissements reparaissent et sont composés d’une espèce de bave glaireuse avec des stries sanguinolentes; à cet instant , on constate parfaitement la présence d’une grande quantité d'iodure dans la matière vomie et dans l'urine; on donne encore à l’animal trois doses de 05,750, en mettant un intervalle d’une heure entre chacune d'elles ; le chien avait eu, en tout, 4,5 d’iodate dissous dans quatre-vingt-dix centimètres cubes d’eau, administrés en sept heures; on avait fait des pertes de sel, car on était obligé d'employer la force pour le lui faire prendre; l’animal avait beaucoup vomi après chaque administration, puis bavé sans boire et sans manger. Il fut trouvé mort, et déjà refroidi, le lendemain matin à six heures, douze heures après l'administration de la der-
nière dose. Je ne pus constater de l’iodate nulle part, je retrouvai de l’iodure partout; les sérosités pectorale et intestinale, la sérosité du péricarde en renfermaient ; la vessie était absolument vide, mais un papier amidonné, mis en contact avec la paroi intérieure, bleuit fortement par le chlore; le canal intestinal renfermait de l’iodure dans toute sa longueur ; le mucus buccal et nasal aussi, de même que les yeux; deux grammes de bile calcinée avec précaution ne me permirent pas de retrouver l’iode dans ce produit; la cendre avait été dissoute dans une faible quantité d’eau , acidulée ensuite, additionnée d’eau d’amidon et traitée par le chlore, en prenant les précautions exigées pour déceler les faibles traces d’iode.
Un griffon adulte, vigoureux, du poids de cinq kil., a été tué, en quarante-deux heures, par une dose d'environ dix-huit grammes du même iodate, administrés de la façon suivante :
Le premier jour, à midi, 1%°,5 d’iodate sont administrés en dissolution dans trente centimètres cubes d’eau; la même dose lui est donnée à une heure et demie, à trois heures, à quatre heures et demie et à six heures.
Le deuxième jour, l’administration se fait de la même façon que la veille. |
Le troisième jour, on ne lui donne que deux doses ; la première, à six heures du matin; la deuxième, à sept heures et demie. Le chien était dans un état tel qu’on jugea inutile d’en donner davantage.
Il mourut sans convulsions, sans cris, à dix heures du matin.
Il avait beaucoup vomi, comme le premier, mais il avait mangé et bu le premier jour.
Le second jour avant l’administration de l’iodate, je pus recueillir trente-neuf grammes d'urine parfaitement pure; elle était légèrement acide, renfermait énormément d’iodure; mais, bien que j'eusse pris toutes les précautions possibles, je ne pus découvrir la moindre trace d’iodate dans ce liquide. :
Le même jour, vers trois heures de l’après-midi, le chien eut une légère déjection alvine que je pus recueillir sans qu’elle fût souillée accidentellement par des produits étrangers, et j’y
constatai la présence d'iodure. Je signale ce fait, parce que l’iodure fait souvent défaut au canal intestinal, ou du moins ne s'y trouve qu’en très-petite quantité. L'animal était très-malade, il semblait souvent dormir ou paraissait assoupi.
À l’autopsie, je retrouve la présence d’iodure, exactement comme dans le chien précédent.
On sait, ou mieux on admet, en général, que les chlorates et les azotates alcalins passent dans l'urine sans s’altérer, mais je ne sache pas qu’on ait prouvé, par une expérience quantitative, qu’ils y passent intégralement. On peut donc douter de la réalité du fait généralement admis.
La facilité de la décomposition de l’iodate de potassium en dissolution par les corps réducteurs, comme le sulfure d’hydrogène, l'acide sulfureux et l'acide arsenieux, fait comprendre directement que ce sel doit rencontrer dans l'organisme une foule de matières qui le réduisent, en tout ou en partie, en s’emparant de son oxygène et laissant de l’iodure de potassium; mis en contact avec l’urine fraiche et froide, l’iodate de potassium se réduit en partie et assez vite; sil’on chauffe, la réduction marche plus vite.
Quoi qu’il en soit, les expériences qui précèdent montrent que les pharmaciens soigneux feront bien d'examiner l’iodure de potassium à ce point de vue, et qu'il serait très- prudent de ne l'employer qu'après lavoir fondu avec un peu de limaille de fer, ou traité par un corps réducteur qui rend l'existence de l’iodate impossible lors de l'administration.
Si l’iodate est un corps toxique, il deviendra peut-être un médicament important ayant une action chimique double; en effet, il commence par brûler les corps qui ne vivent pas, ou ceux que l’économie est le plus prête à transformer ou à éliminer sous la forme d’eau, d'acide carbonique et de composés ammoniacaux. Tout semble devoir nous porter à admettre que les parties réellement vivantes résistent mieux à son action ; après cette décomposition partielle, il laisse au sang, pour l’éliminer par l'urine, un médicament : l’iodure de potassium, dont les effets sont assurés dans des maladies nombreuses; peut-être les médecins trouve-
ront-ils dans ce sel un médicament énergique. Je ne sache pas qu'il ait été beaucoup employé en médecine, mais on a proposé l'usage d’un corps qui lui ressemble : le chlorate de potassium, et, entre autres, dans l’angine sous ses diverses formes, maladie qui, dans ces derniers temps, a fait beaucoup de victimes à Bruxelles.
Je me demande si, dans ces cas désespérés, on n’oserait pas faire un usage prudent de l’iodate, car le chlorate, d’après ce que m’assurent des médecins distingués, n’a, le plus souvent, donné que des résultats négatifs.
Qu’on me permette une comparaison qui montre comment on pourrait comprendre l’action de l’iodate de potassium; le chlorate de potassium, bien plus difficilement décomposable que l’iodate, aura, par ce fait même, une action plus faible sur l’économie que l’iodate; ce dernier cède facilement son oxygène et brüle ou transforme les matières organiques; par conséquent, il serait donc, jusqu’à un certain point, comparable au chlorate dont on aurait exalté les propriétés. Ces considérations peuvent servir de guide, si Jamais on fait usage de l’iodate en médecine.
Il serait utile, dans ce cas, d'employer de l’iodate ayant une réaction alcaline. Voici deux expériences qui ont été faites dans cette direction : on avait ajouté de la potasse caustique à une dissolution d’iodate acide, jusqu’à ce qu’elle présentât une réaction très-légèrement mais franchement alcaline, puis on avait fait passer de l'acide carbonique dans la dissolution; comme sureroît de précaution, on ajouta une petite quantité, trois pour cent environ de bi-carbonate de soude, et on fit ensuite bouillir le liquide. Fe
Un chien très-vigoureux, pesant 7 kil. 5, reçoit en trente heures neuf doses d’une dissolution de l’iodate précédent, dans 50 cent. cubes d’eau distillée; chaque dose renfermait 45,845 de sel; dès la première administration , le chien vomit; peu de temps aprés, les stries sanguinolentes, déjà observées sur les chiens précédents, apparaissent dans les matières vomies ; l'animal mourut sous linfluence de l’iodate légèrement alcalin, à peu près aussi vite que
le griffon de la page 45 ; cependant, il paraissait plus vigoureux et pesait plus que celui-ci.
Îl paraît donc bien prouvé que l'iodate de potassium, même alcalin, est un poison aussi violent que celui qui a une légère réaction acide au papier de tournesol.
Pour l'expérience suivante, les doses assez élevées d’iodate ont été diminuées, on s’est servi du même sel qu’on avait fait recristalliser avant de le dissoudre.
Un chien jeune, bien portant, pesant 4 kilogrammes, recoit par jour trois doses de 05,500 de sel dissous dans 50 cent. cubes d’eau distillée : une le matin, une à midi et une le soir; il avait à sa disposition une nourriture soignée, composée de viande cuite et de pain. Il était très-souffrant dès le premier jour, vomissait après chaque administration, de facon que la dose de 48".,5 de sel par jour se réduisait certainement de bien plus de la moitié, peut-être du tiers, car on faisait une perte de liquide, et ce qui en pénétrait à l’estomac n’y séjournait que peu de temps. L'animal maigrit très-rapidement, ne voulut plus rien prendre dès le deuxième-jour; on continua l’action du toxique pendant cinq jours; le sixième, on ne lui administra qu’une seule dose; le septième, on lui donna du lait; il en prit un peu spontanément, mais il mourut le huitième jour au matin.
L’estomac contenait de l’iodure; les mucus et tous les organes en renfermaient comme quand on donne ce sel en nature; la vessie présentait un peu d'urine, très-riche en iodure; le canal intestinal n’en offrait que des traces.
Cet exemple prouve done encore que le médecin doit être trèsprudent, et que le pharmacien doit porter un soin tout particulier à l’examen de l’iodure qu'il délivre.
de regrette de n'avoir pas été à même de suivre l'action de l’iodate administré en lavement; son passage dans le sang par. cette voie me parait de nature à fournir des résultats curieux. On verra une seule expérience plus loin.
L'action de ce corps sur les. matières organiques me paraît être de nature à pouvoir engager à l'utiliser comme un caustique tout
particulier agissant sur des plaies, par exemple, d’une façon toute spéciale, et qui ne ressemble ni à l’action du fer rouge, ni à l’action des caustiques alcalins, soude, potasse, ni à celle des sels métalliques, nitrates d'argent, de mercure, acétate de plomb, etc., ni à celle des dissolutions de chlore, de brome ou d’iode. |
Les quelques expériences faites avec l’iodate de potassium conduisent à une question bien difficile de médecine légale ; en effet, supposons qu'on administre ce sel en vue d’amener la mort et que celle-ci arrive en effet. A l’autopsie, en la supposant pratiquée peu de temps après la mort, on pourra constater certaines lésions ; mais, en général, celles que nous connaissons dans l’état actuel de la science n’ont pas ce caractère de certitude qui permet de certifier, sans hésitation, les causes de la mort ou'la nature du poison; on est obligé de recourir à l'analyse chimique.
Or l’iodate devient de l’iodure, et l’on n’oserait, bien entendu dans l’état actuel de la science , affirmer que l’iodure de potassium est un poison; il y a plus : J'ai prouvé que l’iodure de potassium s’élimine vite et qu’en peu de jours on n’en retrouve que des traces dans l’économie, par un procédé simple que tout médecin peut facilement exécuter; je pense qu’il se pourrait même qu’on ne retrouvât plus que de faibles quantités de ce corps dans Purine où il s’accumule cependant. — Il faudrait done baser ses conclusions, dans un cas pareil, non sur l’analyse chimique, mais sur d’autres indices. Quoi qu'il en soit, la position des experts, dans le cas d’une expertise médico-légale, pourrait être difficile et trés-délicate.
$ XVII. — Des doses d’iodure de potassium que les animaux peuvent supporter sans être incommodés.
Il me paraît qu'il ne suffit pas des preuves, déjà assez nombreuses cependant, qui résultent des faits que je signale dans les paragraphes précédents, pour montrer l'innocuité de Pemploi de
l'iodure de potassium. J'ai fait, vers 1850, une série assez nombreuse d’expériences qui confirment pleinement les observations de mon premier mémoire et l’innocuité relative de ce sel.
Les chiens supportent des doses d’iodure de potassium trèsélevées pendant un mois et plus; j’ai administré quatre grammes d’iodure de potassium par jour à un chien pesant environ cinq kilogrammes, sans qu’il en soit résulté aucun inconvénient; il restait gai, mais avait un peu maigri, cependant il mangeait trèsbien; il était saturé d’iodure. On en retrouvait en quantité plus ou moins considérable dans tous ses organes : l’estomac en contenait beaucoup; les intestins grêles , très-peu ou point; la bile et le cerveau, des traces.
Si on compare le poids du chien à la dose d’iodure qu’il a supportée; pendant un mois, on trouve le rapport #/5000°; l’homme, dont le poids moyen est de soixante kilogrammes, pourrait donc prendre probablement quarante à cinquante grammes d’iodure par jour, pendant un mois, et le seul phénomène consisterait en un léger amaigrissement.
Je pense qu’un homme adulte qui prendrait deux onces de sel marin par jour au-dessus de Ja dose moyenne, qui est d’environ huit kilogrammes par an, soit vingt à vingt-cinq grammes par jour, présenterait des phénomènes analogues ; les chiens maigrissent rapidement sous l’influence d’un excès de sel marin; un grand excès de ce sel peut même conduire à la mort en peu de temps.
M. Puche administre l’iodure de potassium à la dose de une et même de deux onces, sans inconvénient.
À ces fortes doses, les précautions que j'ai indiquées pour détruire l’iodate me paraissent importantes et de nature à être trèsstrictement observées; on est porté à croire que les accidents qui, parfois, ont été signalés dans l'emploi de l’iodure de potassium ont dû être occasionnés par les impuretés de ce sel et non par le sel lui-même.
L'iodure de fer peut être administré aux chiens à doses trèsélevées, comme l’iodure de potassium, sans que ces animaux paraissent en souffrir; cependant ils maigrissent souvent, mais
(51) reprennent leur état normal en très-peu de temps; quelques jours suffisent, en général, comme il me l’a été démontré par un grand nombre d’expériences directes sur des chiens de sexe, d'âge, et
de poids très-différents. Je crois inutile de les décrire.
S XVIII — L'iodure de potassium et les autres iodures de mélaux non vénéneux pourraient, dans quelques cas, être administrés en lavements.
On a, je crois, proposé l’emploi de lavements d'iodure de potassium ; je ne sache pas que cette médication soit usitée souvent.
J'ai administré l’iodure de potassium en lavement à un petit chien, à la dose d’un gramme par jour, pendant plus d’un mois; il n’a présenté aucun phénomène morbide, mais il a relativement maigri davantage et plus vite que les chiens qui en prennent des doses plus fortes, administrées par la bouche; l’appétit se conserve cependant bien.
Si on sacrifie l’animal vingt-quatre ou trente-six heures après le dernier lavement, on ne retrouve plus ou on ne constate que de trés-faibles quantités d'iode dans toute la longueur du canal intestinal, même vers l’anus, tandis qu’on en rencontre encore beaucoup partout ailleurs, comme dans le cas de l’administration par la voie ordinaire.
Les iodures font presque constamment défaut dans ce cas, comme dans d’autres, dans le liquide de la vésicule biliaire, si on le recueille avec des soins minutieux au moment même de la mort, afin d'éviter des effets d’endosmose cadavérique; ear ceux-ci peuvent amener des iodures à la bile. La sensibilité excessive de l’action de liode sur Pamidon oblige à prendre les plus grandes ‘ précautions. |
Cette expérience prouve que l’iodure, administré par le canal intestinal, est bien supporté par les animaux, et il se peut que, dans certains cas, il y aurait un avantage à introduire par cette voie ce médicament dans l’économie; il passe très-vite
à l'estomac et à l'urine lorsqu'ôn l’administre ainsi. J'avais commencé ces expériences en vue de m'assurer quel chemin l'iodure suivait pour arriver à l'urine, mais elles ne m'ont pas permis de trancher la question. J'y répondrai quand je pourrai faire de nouvelles vivisections.
Les doses d’iodure qu’un animal peut supporter, lorsqu'on les administre en lavement, me paraissent pouvoir être très-élevées, car un petit chien, pesant quatre kilogrammes, n’avait pas souffert et n’avait rien présenté de particulier après Jui avoir administré de cette facon, d’abord huit grammes d’iodure pendant trois jours, puis quatre grammes pendant deux jours, et six grammes le jour suivant ; le lendemain, on ne lui en administra que trois, et il fut sacrifié deux heures après.
Tous ses organes renfermaient des composés d’iode; il suffisait de mettre du papier amidonné en contact avec les sérosités souscutanées, pectorale, abdominale, celle de la paroi abdominale, du diaphragme, du péricarde, du nez et de la gueule, pour constater la présence d’un iodure au moyen de l’eau de chlore.
Le cœcum et le rectum contenaient encore un peu d’iodure, mais on ne découvrit plus l’iode, si ce n’est en très-faibles traces seulement, au moyen du papier amidonné, depuis le cæœcum ou un peu au delà en remontant jusqu’à l’estomac; celui-ci en renfermait encore beaucoup.
Le cerveau, bien lavé pour enlever le sang, bouilli avec de l’eau, livra un liquide dans lequel l’eau d’amidon et le chlore ne permirent pas de déceler facilement l’iode; la réaction se faisant avec beaucoup de prudence dans des liqueurs très-concentrées, il n’y avait certainement qu’une trace très-légère d’iodure.
La bile, examinée avec le plus grand soin, mais sans calciner la matière organique, ne permit pas de constater la plus petite trace d’iodure; la contre-épreuve fut faite, une trace d'iodure ajoutée au liquide biliaire, acide filtré, fut reconnue de suite; mais ce procédé laisse à désirer.
Je ferai remarquer que j'ai parfois rencontré l’iode en quantité appréciable dans le cerveau et la vésicule biliaire; le sang en charrie toujours, mais les faibles quantités de ce liquide, dans
( 55 ) un cerveau non injecté et bien lavé, doivent incontestablement rendre celui-ci très-pauvre en iodure; s’il en était autrement, .on reconnaitrait la présence de l’iode avec la plus grande facilité.
On peut administrer l’iodure de fer en lavement, comme liodure de potassium ; cette expérience n’altère pas plus la santé des chiens que le laÿement d’iodure de potassium.
Règle générale : on retrouve la présence de l’iode dans ces animaux comme dans les autres; l'estomac contient des iodures, le canal intestinal n’en contient pas ou n’en contient que peu; il se fait un partage tel que le fer se rend au canal intestinal et que l'iode passe par l'urine ; celle-ci ne renferme que peu ou pas de fer, et contient, dans quelques cas, une quantité d'iodure telle qu’elle précipite de l’iode à l’état solide, par l’action du chlore.
Dans quelques expériences, faites en donnant des lavements d’iodure de fer, et en dosant le fer et l’iode dans les matières de l'estomac, j’arrivais à cette conséquence, que, quelle que soit la voie d'absorption : rectum, cavité abdominale, cavité pectorale, l'iodure de fer laissait tout ou une grande partie du fer dans le corps, ét que l’iode se trouvait dans l’estomac combiné avec les métaux alcalins ou alealino-terreux.
Si on injecte de l’iodure de fer dans la cavité abdominale, il est absorbé, et l’on retrouve en général cette tendance des iodures d'aller à l’urine, tandis que le fer ne semble pas s’y rendre, puisque lon y retrouve beaucoup d’iode et peu ou point de fer.
Quandles chiens résistent, pendant quelque temps, vingt-quatre à trente-six heures, à une injection d’iodure de fer dans la cavité pectorale, par exemple, on trouve encore le fer et les iodures dans l'estomac; la quantité de fer augmente dans le canal intestinal , mais les iodures diminuent pour aller se concentrer dans lurine.
& XIX. — Comment MM. Natalis Guillot et Melsens sont-ils arrivés à proposer l’iodure de potassium dans les affections saturnines et mercurielles, et plus généralement dans les affections métalliques ? — Comment ce sel agit-il dans les affeclions consécutives de lu syphilis?
Il peut paraître inutile de traiter deux questions posées en ces termes, mais je désire le faire en vue de chercher à élucider et à faire bien comprendre la théorie de l’action du médicament.
Je m’occupais, vers 1845, de recherches microscopiques sur Ja chair musculaire, et en général sur les matières azotées solides ; ces recherches se rattachaient aux analyses organiques de ces corps, que j'ai publiées en 1845 ; des dissolutions métalliques servaient à mes préparations, une pièce soumise à une imprégnation métallique était ensuite traitée par des réactifs appropriés, qui enlevaient le composé métallique préalablement fixé. Souvent j'avais fait des macérations avec le sublimé ou les sels de mercure et d’autres composés métalliques. Une fois fixés, j'enlevais les composés de mercure au moyen de l’iodure de potassium; ma pièce microscopique se présentait, par ce moyen et par d’autres que j'employais, sous un jour et sous un aspect nouveaux.
Ce fut vers cette époque que mon ami, M. Natalis Guillot, me demanda comment je traiterais un malade affecté de phénomènes morbides dus à l’intoxication chronique par le mercure. J'indiquai l’iodure de potassium, et je montrai l’expérience au microscope sur la chair musculaire. Lorsque l’on embaume de la chair musculaire par du sublimé ou qu’on la fait digérer dans une dissolution aqueuse de ce corps, elle semble se raccornir en “devenant opaque; un lavage à liodure de potassium la rend de nouveau transparente et enlève le composé mercuriel.
Il comprit de suite toute l'importance de l'expérience, et n’hésita pas à soumettre un malade à la médication iodurée. L’amélioration fut prompte et nette.
Ce premier succès nous enhardit, et nous n’hésitâmes plus à proposer liodure de potassium dans les cas d’affections satur-
(55 ) nines. (Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences. — Paris, 1844, tome XVIII, p. 522.)
Ce que je désire montrer, c’est que l’expérience de lavage sur une pièce morte, reportée dans l’économie vivante, s’y montre avec des résultats absolument semblables, comme nous le supposions et comme l'ont prouvé mes premières cures dans lesquelles Jai déterminé la présence du mercure dans l'urine; ces expériences ont été confirmées et étendues par des travaux remarquablés exécutés en Autriche, et que j’analyserai plus loin.
Je dois, en 1864, comme en 1849, exprimer le regret de me trouver obligé de publier seul un travail dans lequel les lumières du savant professeur de l’École de médecine de Paris m’auraient été d’un puissant concours; on n’oubliera pas que M. Natalis Guillot a été le promoteur de la nouvelle médication, et que les premières expériences et observations, comme les premières cures, ont été opérées par lui.
Me sera-t-il permis d’ajouter que si la médication iodique avait été employée depuis longtemps, au moins elle reposait uniquement sur des données empiriques, elle n’était rattachée à aucun phénomène chimique; soit lorsqu'on s’en servait dans une foule de maladies dans lesquelles la cause de son action nous échappe ou s’interprète difficilement : le goiître, les affections scrofuleuses , par exemple; soit lorsqu'on en faisait usage dans les maladies syphilitiques. La théorie de son action peut-elle se résumer, dans ce dernier cas, par l'expérience que je viens de décrire, qui montre l’action dissolvante de ce sel sur les composés mercuriels fixés dans le corps des animaux ?
Certes, les données empiriques ont leur valeur en médecine, mais l'introduction de la médication par les composés diode n'aurait pas été faite de sitôt sans l’idée scientifique qui guidait Coindet, auquel revient la gloire d’avoir proposé cette médication; cette idée, aussi simple que grande dans ses effets, consistait à attribuer aux composés iodés, qu’on trouve dans les cendres d'éponges et de varechs, les vertus médicales que ces cendres possèdent pour combattre le goitre et les affections strumeuses ou scrofuleuses.
Si Coindet a donné l'éveil sur l’emploi des préparations iodurées, si même il les avait proposées, dès 1820, pour combattre la syphilis chez les sujets serofuleux , il faut bien reconnaitre qu'il ne pouvait que constater des faits cliniques. Lorsque, quelques années plus tard, Lugol proposa le traitement ioduré dans les accidents consécutifs des maladies syphilitiques, ce praticien distingué avoue lui-même qu'il n’arriva que fortuitement ou empiriquement à proposer une médication qui a acquis, par les travaux de Hanek et Kluge, Ricord, Wallace et tant d’autres, une importance si considérable.
Aujourd’hui, on est tenté de dire que, dans la plupart des cas, sinon toujours, comme l’admettent, d’après M. J. Hermann, plusieurs médecins viennois, on ne combat dans les affections consécutives de la syphilis que de véritables maladies mercurielles.
J'ai quelque peine à me figurer que l’iodure de potassium puisse être considéré comme antisyphilitique, comme capable de remplacer le mercure dans cette maladie, en agissant sur le virus syphilitique; c’est, du reste, l’opinion de beaucoup de médecins; sans avoir autorité pour me prononcer dans ces graves questions, j'ajoute quelques mots.
En effet, quand on compulse les observations, il reste les plus grands doutes sur l’action antisyphilitique de liodure de potassium dans l'affection’ primitive; on est d’autant plus porté à lui contester cette propriété, lorsque l’on voit l'accord parfait qui règne entre tous les observateurs, quand il s’agit des accidents secondaires et surtout tertiaires. — Dans la généralité de ces observations, on ne peut manquer d'être frappé d’un fait important : Tous les malades avaient jadis été traités par des mercuriaux ou venaient de l'être sans résultat profitable.
Abstraction faite de toute opinion préconçue, on voit que liodure de potassium remplit un double but : il rend solubles et actifs les composés de mercure gardés par l’économie, et leur donne une forme qui permet à celle-ci de s’en débarrasser par la voie urinaire; le malade subit donc deux traitements, l’un mercuriel, provenant de son organisation hydrargirée, l’autre ioduré, par suite du médicament.
C’est à la médecine pratique qu’il appartient de décider la question du pourquoi de la guérison; mais la théorie, telle que je l’ai établie, reste acquise par d'innombrables faits.