‹ Mémoire sur l'emploi des bains iodurés dans les maladies scrofuleuses; suivi d'un tableau pour servir à l'administration des bains iodurés selon les âgesChapitre 8 sur 17 · SECONDE EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

SECONDE EXPÉRIENCE

Samedi, i4 novembre 1829. — Trois gros un scrupule d’iode par bain préparé à 3o° de Réaumur. I^es malades y sont restés cinquante minutes.

Cette dose a produit assez vite des picotemens d’abord, puis des démangeaisons, des cuissons, des rubéfactions pointillées , discrètes, ou confluentes. Les membres ont acquis une couleur jaune assez marquée, mais qui l’était surtout dans les régions inguinales et hypogastriques»

La rubéfaction était loin d’être en rapport avec le sentiment de cuisson ; car nous les avons vus , plusieurs fois , avoir lieu en sens inverse. Guibert , chez lequel le bain avait produit F effet le plus vif, le plus généra! , n’offrait de rubéfaction qu’à la partie antérieure de la poi-

trine où il n éprouvait qu’une démangeaison modérée. Chez Caron , le même phénomène avait lieu sur la face antérieure des cuisses.

Dans cette expérience comme dans la première, nous avons pris toutes les précautions propres à favoriser autant que possible la division de l’iode ajouté en nature, sachant bien que la dissolution complette de ce corps ne pourrait avoir lieu dans le court espace de temps que dure un bain.

Ainsi , après y avoir ajouté la dose d’iode , je l’ai fait brasser avec soin, afin que la solution de cet ingrédient fût homogène, et que toutes les parties du bain offrissent le même degré d’action.

Et cependant , la dissolution de l’iode n’étant pas complette, nous avons vu les mêmes régions nous offrir cette teinte jaune que nous ne pouvions, à raison de son intensité circonsi rite , attribuer qu’à la présence de l’iode en nature, et qu’il serait difficile, en effet, de rapporter à aucune autre cause.

Lorsque nous avons examiné les malades dans leur lit , ils ressentaient vivement les effets du bain, et tous offraient la teinte jaune plus fortement prononcée qu’après l’expérience première. Ces effets furent même plus durables qu’ils ne l’avaient encore été.

Asselot eut quelques retours cle démangeaisons, dans la soirée.

Bonneville éprouvait encore un picotement assez vif dans les aînés, à la fin du second jour. Guibert se plaignait d’une cuisson peu forte dans les aînés ; Caron et Bouilly de même , le troisième jour au matin.

Chez tous, Planque excepté, la rubéfaction arriva au point que l’épiderme en fut écaillé en plusieurs endroits , plus particulièrement sur les bras, les poignets, la face antérieure des cuisses et de la poitrine, qui offraient de très -petits furfures.

Trois gros et un scrupule d’iode ayant produit des phénomènes locaux aussi prononcés que ceux que nous venons de rapporter, je dus renoncer à expérimenter sur une plus forte quantité de ce remède. Je me contentai donc de,répéter l’expérience seconde, le lundi 16 novembre , pour voir si les effets en seraient , une seconde fois, aussi intenses et aussi durables qu’à la première.

Ils le furent davantage , surtout pour Guibert, Barbier, Bouilly et Caron , qui en éprouvèrent une cuisson douloureuse sur diverses régions du corps, pendant une partie de la journée.

C’est pourquoi on doit regarder cette dose de trois gros un scrupule comme trop élevée pour

le plus grand nombre des individus; et i on ne devra y recourir que rarement , avec prudence , et dans les cas particuliers où les doses inférieures ne produiraient pas tout l’effet qu’on se proposerait d’en obtenir.

Cette action énergique d’une faible dose d’iode étendue d’une aussi grande quantité d’eau, nous a d’abord étonnés beaucoup ; mais en physique ce n’est pas a l’étonnement qu’il peut être permis de s’arrêter; on doit seulement observer les

phénomènes et en rechercher la cause, car elle existe toujours au même degré, dans les mêmes condil ions.

M. Gay-Lussac dit que l’iode, très-peu soluble , ne l’est que dans 7.000 fois son poids d’eau. Or, d’après cette estimation donnée par ce célèbre chimiste, un litre d’eau devant dissoudre 2 grains 69 centièmes d’iode, comment cette dissolution n’a-t-elle pas lieu dans un bain iodé qui n’en contient tout au plus qu’un grain par litre ?

Cette différence doit tenir à ce que fi ode met beaucoup de temps a se dissoudre dans l’eau, et que, dès lors, dans les bains iodés, la dissolution n a pas beu, faute du temps nécessaire. Ainsi le sel marin se dissout dans trois fois son poids d’eau ; mais cette dissolution ne peut être opérée que dans un temps donné , avant la fin duquel

on devra trouver plus ou moins de cristaux de chlorure de sodium dans la liqueur.

Je ne dois pas omettre de parler de deux circonstances postérieures aux expériences précédentes, et qui me paraissent encore résulter de la précipitation et de l’adhérence de l’iode en nature contre les parois de la baignoire. Des malades de l’hôpital ont été baignés dans les baignoires dont nous venions de nous servir; tous ont éprouvé un effet inattendu; ils demandaient ce qu'il y avait aujourd’hui dans le bain qui les piquait.

Le lendemain , les femmes ont également éprouvé un picotement assez prononcé ? quoique les baignoires eussent été remplies d’eau froide , pendant toute la nuit. Ce dernier effet n’a été, il est vrai, que très -modéré et de courte durée; nous ne pouvions cependant le passer sous silence, ne l’ayant pas admis légèrement.

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