‹ Mémoire sur l'évolution de la notocorde des cavités des disques intervertébraux et de leur contenu gélatineuxChapitre 18 sur 34 · SUR L EVOLUTION OE LA NOTOCORDE · texte numérisé non relu

SUR L EVOLUTION OE LA NOTOCORDE

prétation, ont fait admettre une génération endogène dans ces éléments, mais à tort, car ce phénomène ne s'y observe jamais.

Un fait important à noter, c'est que le contenu des vacuoles augmente de densité avec l'âge, à partir de l'époque de la naissance. Très-fluide à cette époque, il n'est que demiliquide quelques années après la naissance , et devient demi-solide dans les gouttes semblables aux précédentes qu'on trouve libres dans la matière gélatiniforme des disques intervertébraux, par suite du phénomène d'exsudation des cellules dont il me reste à parler. Les cellules libres, comme celles qui sont réunies en groupe, laissent en effet exsuder naturellement des gouttes de matière sarcodique rosée ou jaunâtre, semblable à celle qui remplit les vacuoles. On trouve ces gouttes arrondies, ovoïdes, allongées, ou en forme de larmes bataviques, etc., soit entre les cellules des groupes, soit dans la matière finement striée et d'aspect muqueux qui les entoure (pl. Xli, fig. 6()abc), soit autour des cellule s isolées (de/g), et cela sur les sujets les plus frais. Ces goutte s forment parfois autour des éléments une ou plusieurs couches régulières ou irrégulières, par la disposition ou par le volume des gouttes [dfg). Jjors même que ces gouttes ne se touchent pas à l'extérieur de la cellule (e), elles sont entraînées avec elle lorsque celle-ci roule; mais alors ces gouttelettes se séparent et s'isolent iacilement les unes des autres. Ij'acide acétique rend finement grenues les gouttes sarcodiques.

Cette espèce d'exsudation ou de suintement normal et graduel du contenu des vacuoles, dont se creusent peu à peu les cellules, s'opérant de manière à verser celui-ci dans le liquide gélatineux où sont plongées les cellules, semble

s'opérer lentement et ne peut être suivi pas à pas. Le mécanisme ne paraît pas cependant être différent de celui d'après lequel sortent les gouttes de ce même contenu sous l'influence de l'eau. Lorsqu'on soumet les cellules contenant des gouttes sarcodiques, pendant une demi-heure ou plus, à l'action d'une quantité d'eau relativement considérable, les cellules se gonflent et la teinte rosée ou jaunâtre des gouttes pâlit notablement (pl. XI, fig. 53, hcdef). Pourtant, à part cela, elles ne changent pas beaucoup d'aspect; mais, à mesure que l'action de l'eau se prolonge, on voit suinter de la surface des cellules de petites gouttes pâles, qui grossissent peu à peu, se détachent, puis sont remplacées par d'autres. Plus les cellules se gonflent, plus les gouttes se multiplient, plus aussi les vacuoles pâlissent; elles finissent même par disparaître tout à fait (fig. 57); l'eau donne alors aux cellules et à leur noyau l'état vésiculeux et la transparence dont j'ai parlé précédemment. Les gouttes qui suintent ou exsudent de la sorte sous l'influence de l'eau restent autour des cellules ou des amas que forment celles-ci comme une pluie de gouttelettes, et roulent avec elles lorsque quelque courant entraîne les premières entre les lames de verre de la préparation (fig. 67, cd). Peu à peu les cellules distendues se crèvent et laissent alors une masse transparente, presque amorphe, finement granuleuse. Il y en a qui se crèvent lorsqu'elles renferment encore des gouttes sarcodiques, celles-ci s'échappent en entraînant et enveloppant parfois le noyau; d'autres gouttes plus petites ne sont pas plus grosses que le noyau lui-même, et sont entourées parles plus grandes.

Lorsque ces cellules, pourvues ou non de vacuoles, sont préparées depuis quelque temps, sans avoir été mises au

SUR l'Évolution de la notocorde. 1^9

contact de l'eau, et surtout chez les jeunes sujets, on les voit s'altérer d'une manière spéciale. Sur un point de leur périphérie se produit une expansion sarcodique, sous forme de gonflement, ou de saillie arrondie ou allongée, transparente, très-pâle, homogène sans granulations. Elle s'allonge peu à peu sous les yeux de l'observateur, s'arrondit le plus souvent (fig. 5i, «c) ou s'effile en pointe {ef)\ bientôt, à mesure qu'elle grossit, cette expansion sarcodique se rétrécit et s'étrangle au niveau des adhérences à la cellule, puis se détache et devient libre sous forme de goutte sphérique ou ovoïde. Une même cellule laisse échapper ainsi successivement un certain nombre de gouttes sarcodiques, et peu à peu diminue de volume consécutivement à cette déperdition graduelle de substance; elle se flétrit, se plisse, devient irrégulière, plus ou moins aplatie (fig. 58, abd) par suite de cette espèce de suintement de sa substance même à la surface, à mesure qu'elle s'altère. On voit parfois aussi le noyau des cellules passer lui-même de leur corps dans une goutte sarcodique, pendant que celle-ci adhère encore à la cellule ; elle le perd aussi lorsque la goutte se sépare et devient libre.

Lorsque ce suintement a cessé parce que le contenu des vacuoles est entièrement sorti, les cellules restent plissées, irrégulières, plus petites qu'elles n'étaient et finement granuleuses, les unes libres (fig. 58, abcd)^ les autres en ames.

Les gouttes qu'elles ont laissées suinter ou exsuder à leur surface ont des dimensions très-variées; beaucoup ont 5 ou 6 millièmes de millimètre seulement, la plupart ont 10 à 20 millièmes, d'autres atteignent juscju'à 3o millièmes. Elles sont sphériques ou ovoïdes, libres ou adhérentes ensemble, et alors elles sont parfois polyédriques par pression réci-

l8o MÉMOIRK

proque, au moins an niveau des points de contact (fig. 5i ,h,i). Elles sont transparentes, réfractenttrès-faiblementla lumière, ont leur bord net, très-pâle et très-délié. Celles, pendant la formation desquelles le noyau s'est échappé de k cellule, contiennent celui-ci [g) et simuleraient assez une cellule, si elles ne se déformaient au contact du moindre obstacle, lorsquequelquecourant du liquide de la préparation les entraîne. A la longue, les gouttes sarcodiques ainsi formées se détruisent par liquéfaction ou diffluence et disparaissent tout à coup. Il en est parfois qui, dans les mouvements du liquide de la préparation, perdent le noyau qu'elles avaient englobé, avant même de se liquéfier.

Lorsque, pendant la durée de ces phénomènes, la préj)aration a commencé à se dessécher, les noyaux libres ou contenus dans les cellules se plissent et se déforment.

Des cellules delà notocorde dans quelques espèces de mammifères. — liCS cellules des dilatations intervertébrales de la notocorde se retrouvent sur les fœtus de vache jusqu'au quatrième ou au cinquième mois de la vie intra-utérine, avec les mêmes caractères que chez l'homme. Toutefois elles y sont un peu plus petites, plus régulièrement polyédriques, se gonflent plus lentement par l'action de l'eau et contiennent des granulations graisseuses en plus grand nombre.

Dans le lapin, les cellules offrent pendant la vie embryonnaire les mêmes phases d'évolution que chez l'homme. En avançant en âge, elles se remplissent de gouttes sarcodiques rosées très-nettes, de la même manière que sur celui-ci. Elles sont plus granuleuses, mais leurs granulations sont plus pâles, plus transparentes; elles renferment plus de gra-

suu l'évolution de la NOTOCOKDE. iSl

nulations graisseuses, mais celles-ci ont une teinte d'un jaune d'ambre plus clair.

L'eau agit sur elles comme sur celles de l'homme; une fois gonflées, beaucoup t'clatent , se plissent, deviennent alors irrégulières, finenient granuleuses, et sans noyau, ni granulations graisseuses, parce (jue ceux-ci se sont échappés lors de la rupture ; en même temps elles s'aplatissent, et, vues de côté, elles ressemblent alors à des cellules é!)ithéliales plissées vues de la même manière.

Chez le chien, les cellules sont immédiatement contiguës les unes aux auti'es, mais peu adhérentes ensemble , sphériques ou ovoïdes, à peine déformées par pression l éciproque, rarement au poijit de devenir polyédriques (pl. XII, lig. ir2). Elles sont grandes, ont en moyenne 3o à 35 millièmes de millimètre, niais il en est quin'ont que millièmes et d'autres qui atteignent 4o millièmes. La séparation des cellules les unes des autres en déchire un assez gi and nonibi'e sur un ou deux des points par lesquels elles sont contigr.ës de manière à les percer sur le côté ou de part en part; d'autres fois elles sont déchirées par le milieu; elle en j)lisse un assez grand nosubre (^'■), et souvent les rend alors irrégulière», comme chiffonnées, et alors elles sont beaucoup plus petites que les autres.

Ces cellules sont gonflées lentement par l'action de l'eau, qui les rend plus transparentes et un peu plus grosses. Dans l'acide acétique toutes deviennent finement et uniformément granuleuses et grisâtres; elles doublent presque de volume en conservant leur forme, mais en devenaiit toutefois un peu plus j)olyédrifjues, ce qui leur donne l'aspect général qu'elles ont dans les poissons, sajis être cependant aussi grandes.

iSa MÉMOIRE

La glycérine les pâlit beaucoup et les rend très-transparerUes, sans en changer notablement le volume. Presque toutes ces cellules ont une paroi épaisse de i à 2 millièmes de millimètre et quelquefois plus; la face interne de cette paroi est indiquée par une ligne pâle parallèle au contour extérieur. L'écartement de ces deux lignes laisse mesurer facilement l'épaisseur de la paroi (pl. XTÎ, fig. 62, a, b, c, d). Celle-ci est homogène, transparente, souvent marquée de fines stries circulaires surtout sur les plus grosses et parfois elle est très-finement grenue. On trouve cependant quelques cellules dont la paroi est si mince que la ligne qui marque sa face interne n'est pas visible. Ce sont surtout celles-là qui se plissent facilement, et elles sont généralement dépourvues de noyau.

Les autres ont, à quelques exceptions près (fig. 62), un ou deux noyaux [abcdefk) petits, ovoïdes ou un peu polyédriques, homogènes et sans nucléole. Le noyau de ces cellules, tant qu'il n'est pas gonflé par l'eau, n'a pas plus de 5 à 7 millièmes de millimètre. L'eau le gonfle et le rend sphérique (/).

La plupart des cellules renferment un liquide dense et de fines granulations disposées en amas irréguliers, près du noyau ou contre la paroi de la cellule [ahcdé) et quelques autres très-fines, éparses. Quelques-unes contiennent de rares granulations graisseuses, jaunâtres, éparses dans la cavité de la cellule (A7); celles-ci sont douées du mouvement brovi^nien après que les cellules ont été gonflées [)ar l'eau.

Il n'y a qu'un petit nombre de cellules de la notocorde du chien dans lesquelles se produisent des gouttes sarcodiques,

siiu l'Évolution de la noïocorde. i83 soit au nombre de une ou deux séparées l'une de l'autre, soit en nombre plus eonsidérable. Elles remplissent alors la cellule, la distendent et rendent le noyau invisible (m).

Le mode de naissance des cellules de la notocorde a été indi(|uée au commencement de ce travail; elles ajjparaissent dans l'axe de la tache germiiiative au milieu des cellules (|ui forment cette portioîi du blastoderme. Elles ne sont point une transforniatioii directe de cellules du blastoderme qui auraient été séparées des autres sous forme de cordou cylindrique, par la jjroduction de la paroi propre (jui entoure ce cordon. Elles naissent par genèse en même temps que la gaîfie propre de la notocorde.

Sur les cellules déjà nées on peut^ à l'extrémité de la notocorde, pendant qu'elle s'allonge, suivre les phases de leur segmentation par scission ou division en deux. On l'observe plus facilement encore dans les fœtus de trois ou (piatre mois environ sur les cellules réunies en groupes arrondis, ovoïdes, intestiniformes, etc., flottant dans les cavités intervertébrales et qui augmentent graduellement de volume. Ou suit également parfois les phénoîiièties de cette segmentation sur les cellules isolées qui flottent avec les groupes ci-dessus.

Là on peut voir certaines de ces cellules isolées ou quelqu'une de celles des groupes, qui deveinies plus grandes que les autres, présentent un sillon grisâtre, pfde qui les traverse dans luie direction telle qu'il est impossible d'admettre qu'il s'agit là d'une juxtaposition de deux cellules distinctes. En outre ce sillon est bien pins pâle que celui qui résulte de l'accolement de deux cellules différentes. Prescîue toujours une des deux cellules qui résulte de cette divisioi^ est

1(S4 BIÉMOIRE SUR l'ÉvOLUTION DE LA NOTOCORDE.

j)liis petite que l'autre; tantôt elle manque de noyau, celui-ci n'existant pas encore et devant naître plus tard, tantôt ce sillon s'est produit dans une cellule à deux noyaux entre ceux-ci.

Les conditions particulières de nutrition qui déterminent la production des gouttes sarcodiques incolores ou rosées dans la substance des cellules ne sont pas encore assez connues pour qu'on puisse les préciser. Toute cette partie de la physiologie de ces éléments reste encore à faire comme pour un grand nombre d'entre eux.

Le rôle particulier qu'elles remplissent, est également indéterminé en dehors des faits signalés plus haut touchant les usages de la notocorde elle-même.

EXPLICATION DES PLANCHES ^'

Page 1