A. HOMME
Sur un embryon humain long de 5 à 6 millimètres, qui m'a été remis le i5 juin 1869 par xM. le docteur Manceau, j'ai pu étudier la notocorde dans son entier. Le cœur de l'embryon faisait librement saillie en dehors ; le cordon ombilical avait 3 millimètres de long à peine et la cavité abdominale communiquait largement avec lui; la vésicule ombilicale était écrasée. La bouche et la cavité nasale formaient une cavité unique de forme losangique. Au niveau de l'angle supérieur de celle-ci, de chaque côté, se voyaient deux petits points nettement arrondis, légèrement noirâtres, qui représentaient les yeux. Un certain degré de pression des lames de verre a rendu assez transparent le tissu du corps de l'embryon pour apercevoir la notocorde (j)]. I, hg. 1) dans toute sa longueur. Son extrémité antérieure se voyait sur la ligne médiane au niveau des deux yeux qu'elle dépassait un peu. Son extrémité postérieure s'étendait dans le prolongement caudal jusqu'à i demi-millimètre de son bord terminal même. On pouvait, d'après cela, calculer approximativement qu'elle mesurait une longueur totale de 4 millimètres \ ou un peu plus.
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Son extrémité antérieure était légèrement renflée en massue (pl. I, fig. I, «) et large de 9 centièmes de millimètre; dans le reste de son étendue, sa largeur était de 6 centièmes de millimètre, en mesurant l'écartement des bords de sa gaîiie propre. Son extrémité postérieure se terminait assez brusfjuement en pointe mousse {b).
A un grossissement de 60 diamètres, elle représentait un mince filament cylindrique, à bords très-nets, grisâtre et comme finement grenu. Sur la moitié postérieure du corps de l'embryon, séparée de l'autre portion, elle put être isolée des tissus ambiants par des mouvements de pression et de relâchement alternatifs des James de verre, qui la rendaient flexueuse et rectiligne alternativement, sans la briser ni en changer l'aspect.
La notocorde était entourée de cellules embryonnaires, sphériques, finement granuleuses, transparentes, mélangées de noyaux embryo-plastiques ; à ces éléments se trouvait interposée une certaine quantité de matière amorphe finement granuleuse. On y trouvait aussi une petite quantité de granulations graisseuses assez grosses, qui étaient plus abondantes dans le tissu des autres parties du corps de l'embryon, lequel était composé surtout de noyaux embryo-plastiques et d'urie petite quantité de matière amorphe.
Sur des coupes de la partie antérieure de l'embryon durcie dans l'acide chromique, il m'a été possible de distinguer déjà la substance de la partie antérieure de l'axe cérébrospinal, limitant une cavité, ou mieux un sillon ventriculaire médian, et reposant directement sur la gaine de la notocorde, sans interposition encore de cartilage ni d'autre tissu. Cette substance cérébrale était formée de matière amorphe
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dans laquelle étaient des cellules nerveuses, bien distinctes des cellules embryonnaires ci-dessus par leur forme allongée, presque prismatique, avec un noyau central spliérique, clair, assez volumineux. Des angles ou des côtés de plusieurs des cellules nerveuses se détachaient de très-fins cylindraxes; entre elles existaient des myoélocytes en assez grand nombre, surtout dans le voisinage de la cavité ou gouttière centrale.
La constitution de la notocorde était ici la même que sur l'embryon dont je vais actuellement parler.
Sur un embryon humain long de 8 millimètres 7, qui m'avait été remis par M. Moreau en 1 854, j'ai étudier dans son ensemble la chorde dorsale ou notocorde entièrement formée.
Redressée et étendue, elle représentait un petit cordon transparent, à peu près cylindrique, long de 6 millimètres, et s'avançait dans le prolongement caudal du corps, plus près de son extrémité que de celle de la partie antérieure du renflement céphalique de l'embryon. Dans la plus grande partie de son étendue, elle avait une largeur de 7 centièmes de millimètre. Elle était un peu renflée en massue à son extrémité céphalique (comme l'indique la fig. 4? b), et cette dernière s'avançait à peu près jusqu'au niveau des yeux. Son extrémité coccygienne se terminait assez brusquement en pointe mousse sans s'amincir notablement. Ici le corps des vertèbres tlioraciques et lombaires se distinguait déjà ; de chaque côté de la chorde dorsale il était plus opaque qu'au niveau de celle-ci et il l'entourait d'une mince couche de sa substance cartilagineuse, passant en avant et en arrière; à ce niveau, cette substance se brisait aisément sous l'in-
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fluence d'une pression modérée, avec écartement des deux moitiés latérales du corps des vertèbres.
Chez ces deux embryons, la notocorde était constituée par une enveloppe mince, mais tenace, transparente, tout à fait homogène, sans granulations. La cavité de celle-ci était à peu près remplie par le cordon grisâtre, large de 5 centièmes de millimètre, que composent les cellules propres de la notocorde. Ce cordon était renflé vers la tête comme la gaîne elle-même et atteignait là une largeur de 7 à 8 centièmes de millimètre. La surface du cordon et les lignes qui indiquent les limites de sa surface lorsqu'il est vu par transparence étaient comme à l'ordinaire lisses, régulières, parce que les cellules qui le composent ne font point saillie extérieurement. Il ne remplissait pas tout à fait sa gaîne, et l'intervalle compris entre la face interne de cette dernière et la surface du cordon celluleux était plein d'un liquide tout à fait hyalin, mais assez visqueux. Quant aux cellules, elles étaient comme toujours polyédriques, adhérentes les unes aux autres , de manière que les lignes de leur juxtaposition étaient d'abord difficiles à distinguer. Elles étaient finement granuleuses, grisâtres, ainsi que leur noyau sur l'embryon le plus long, dont l'expulsion avait duré deux jours; bien qu'il ne fût nullement déformé, tous les tissus étaient parsemés de granulations graisseuses assez grosses. Les cellules de la notocorde en étaient parsemées presque uniformément et en quantité suffisante pour masquer par place leur noyau et leurs lignes de juxtaposition presque partout. Quelques cellules présentaient de petites vacuoles à contenu hyalin, mais en petit nombre. Ce n'est qu'après le contact de l'eau que les cellules prirent la forme sphé-
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rique et la transparence hyaline qui leur est attribuée comme normale.
B. — LAPIN, COCHON d'inde ET RAT { Miis ducumaiius.
Pallas).
Sur plusieurs embryons de cochon d'Inde, longs de lo millimètres, la notocorde était semblable à celle de l'embryon humain. Son extrémité renflée s'étendait jusqu'au niveau de l'œil, représenté par une petite masse sphérique incolore (pl. VI, fig. i3, y), elle empiétait audessus de lui sans le dépasser (/). Ces embryons n'offraient encore que trois arcs viscéraux (î); la vésicule auditive, très-petite (Â:), était située au niveau du sillon de séparation des deuxième et troisième arcs; la notocorde passait immédiatement au-dessous du niveau de cette vésicule et prenait à partir de là le. diamètre qu'elle conservait jusqu'à son extrémité [n). Chez ces animaux, sa largeur est de 45 millièmes de millimètre seulement, et le cordon celluleux a 3 centièmes de millimètre. Il est constitué par des cellules disposées comme dans le premier embryon humain dont il a été question plus haut.
La partie renflée de la notocorde acquiert 9 centièmes de millimètre dans sa partie la plus large. Elle traversait de part en part les corps des vertèbres sous forme d'un mince cordon ou filament clair, terminé par une extrémité arrondie à peine rétrécie à l'extrémité de la dernière pièce rachidienne. On ne pouvait distinguer dans les tissus de l'extrémité céphalique embryonnaire si la partie antérieure de la notocorde traversait l'occipital ou non, et si ce dernier
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organe était déjà formé. Elle n'offrait aucun renflement ; du reste, les cartilages des corps vertébraux étaient presque contigus, séparés seulement par un mince espace clair, occupé par un tissu composé de matière amorphe et de noyaux embryoplastiques plus étroits, plus allongés que les noyaux qui se trouvent dans les chondroplastes du corps des vertèbres. Le tissu cartilagineux de ces corps vertébraux est composé à cette époque de noyaux embryo-plastiqnes, larges, clairs, assez rapprochés les uns des autres, tenus agglutinés par une substance homogène, transparente, semblable à celle du cartilage; il est, en un mot, formé par du tissu cartilagineux naissant. Ces corps vertébraux cartilagineux sont^ à cette époque, profondément échancrés à leur partie dorsale; ils étaient distincts les uns des autres au nombre de trente et un chez cet embryon. Aucune vertèbre n'avait encore d'apophyse transverse apparente.
J'ai constaté à diverses reprises que la notocorde offrait une disposition semblable chez les embryons de lapins longs de 12 à 1 4 millimètres après leur redressement. Elle n'offre alors aucun renflement intervertébral. Elle s'isole facilement par écrasement méthodique des corps vertébraux dont le tissu cartilagineux, encore mou, est formé de noyaux embryo-plastiques réunis par une substance hyaline, transparente et de peu de consistance.
On voit alors facilement que son épaisseur, mesurée à la surface extérieure de sa gaîne, est de 45 à 5o millièmes de millimètre, comme chez les cochons d'Inde ; toutefois, elle descend à 4o millièmes vers les vertèbres caudales, encore mal délimitée, et atteint le double de ce diamètre à peu près vers son extrémité antérieure ou basilaire.
Elle est traversée dans toute son étendue par un cordon cylindrique grisâtre, finement granuleux, épais de 3 centièmes de millimètre. Celui-ci montre des noyaux ovoïdes, courts ou sphériques, larges de 6 à 7 millièmes de millimètre, finement grenus et sans nucléoles. Ils sont rapprochés sans être contigus et semblent être tenus à la fois écartés les uns des autres et réunis par une substance finement granuleuse, sans qu'on puisse apercevoir entre eux des lignes indiquant la juxtaposition réciproque des cellules. Toutefois, lorsqu'on brise l'enveloppe, ces dernières se gonflent au contact de l'eau, deviennent distinctes, et on peut reconnaître que le cordon cylindrique grisâtre placé au centre de la cavité de la gaîne dans toute son étendue, est formé par ces cellules, tellement cohérentes, que les lignes indiquant les plans de leur juxtaposition ne sont pas visibles. Entre la surface du cordon celluleux et la face interne de la gaîne existe un espace clair, large de i centième de millimètre, plein d'un liquide limpide, sans traces de granulations.
Lorsque les embryons commencent à subir une altération cadavérique, ou lorsque la notocorde se trouve au contact de l'eau depuis quelques instants, les cellules du cordon central, celles de la surface, particulièrement, se gonflent sous forme de saillies vésiculiformes, hyalines, qui remplissent l'espace plein de liquide limpide placé entre ce cordon et l'enveloppe. La face interne de cette dernière devient alors plus nettement distincte qu'auparavant. L'épaisseur de cette gaîne peut ainsi être mesurée facilement, bien que çà et là quelques noyaux embryo-plastiques des espaces intervertébraux et un peu de substance des cartilages soient entraînés
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par sa surface externe à laquelle ils adhèrent faiblement. Cette épaisseur est de 3 millièmes de millimètre.
Sur des rats surmulots {Mus deciimanus , Pallas) longs de 18 millimètres, du ventre au bout de la queue (celle-ci ayant à elle seule une longueur de 8 millimètres), et sur d'autres, longs de i4 à i5 millimètres, j'ai facilement observé les dispositions suivantes sur la notocorde : elle se présentait sous forme d'un mince filament hyalin très-régulièrement cylindrique, d'égal volume dans toute sa longueur, étendu depuis le niveau du quart postérieur du globe oculaire jusqu'au bout de la queue (pl. I, fig. 2, d, f). Elle n'était pas renflée à son extrémité antérieure, qui était arrondie, large seulement de o'"™,025, comme le reste de la longueur de l'organe, et elle se terminait brusquement par une extrémité mousse, large de o™'",024. Sa gaîne, complètement hyaline, sans stries ni granulations, était épaisse de o™™,oo3 et néanmoins très-résistante. Le cordon celluleux, légèrement grisâtre, remplissait complètement la cavité de la gaîne, sans qu'il y eût encore de liquide interposé entre lui et la face interne de celle-ci. Les cellules polyédriques, par pression réciproque, étaient petites et pourvues d'un noyau clair, sans nucléole, assez gros par rapport au corps même des cellules. Les cartilages de chaque corps vertébral et de l'apojjhyse basilaire étaient déjà distincts les uns des autres, séparés par des bandes étroites d'un tissu un peu moins transparent qu'eux-mêmes, au niveau de chacune desquelles passait un capillaire plein de sang, à hématies volumineuses pourvues d'un noyau. La notocorde ne présentait pas encore de dilatation au niveau de ces bandes intervertébrales visibles entre les pièces de la queue comme entre celles
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du dos; mais un petit amas de fines granulations foncées l'entourait là au centre de toutes les bandes intervertébrales du tronc.
Ces bandes étaient formées de corps fîbro-plastiques fusiformes encore très- courts, à noyau un peu grenu.
Les pièces cartilagineuses, plus transparentes, étaient composées de noyaux clairs à contour net, presque contigus, ovoides, hyalins, sans granulations, contenant presque tous un petit nucléole brillant. Un fort grossissement montrait une très-petite quantité de substance hyaline, non segmentée en cellules, interposée entre ces noyaux.
La notocorde s'avançait jusqu'au bord postérieur même de la dernière pièce cartilagineuse coccygienne sans la dépasser.
La gaine de la notocorde n'était pas extensible, de sorte que, lorsqu'on venait à comprimer l'embryon entre deux lames de verre sous le microscope, on voyait les pièces cartilagineuses de ces corps vertébraux glisser sur la corde dorsale ; celle-ci abandonnait l'apophyse basilaire d'une part et laissait échapper les derniers corps vertébraux coccygiens qui devenaient libres. Ceux-ci étaient déjà au nombre de trente comme chez l'adulte.