POSITION, ASPECT, CLIMAT DE THASOS, NATDRE DO SOL
L'île de Thasos porte encore parmi les Grecs son ancien nom, qui devient Tasso dans la bouche des Italiens, Taschous dans celle des Turcs. Elle est située à environ neuf lieues à l'est de la côte de Chalcidique, à douze lieues au nord ouest de Lemnos, à onze lieues vers l'ouest de Samothrace, et à trois ou quatre lieues seulement de la côte de Thrace, entre les embouchures du Strymon et du Nestus. "Le détroit qui la sépare du continent n'a même, là où il est le plus resserré, entre la pointe de Kalamouti, formée par les alluvions du Nestus, et le continent, qu'environ 8,000 mètres de largeur. Dans ce canal, qu'un banc de sable rend assez dangereux aux gros bâtiments quand le mauvais temps les empêche de gouverner, se trouve un îlot désert nommé Thasopoulo, ou la Petite -Thasos; une source thermale y jaillit sur la plage pour se perdre aussitôt dans la mer.
L'île est de forme à peu près ronde. Sa largeur, d'orient en occident, est de sept lieues, et son circuit de dix-huit à dixneuf lieues. Toute montagneuse, elle a peu de plaines; çà et là quelques terrains formés par les eaux à l'embouchure de ses vallées, et, sur la côte nord, entre Volgaro et Kakyrachi, une lande fertile, mais étroite, partout serrée entre la mer et des penlcs plus ou moins abruptes. L'île 11c manque d'ailleurs pas
*de collines, dont les larges versants sont très-propres à la culture de la vigne, de l'olivier et des arbres fruitiers, et peuvent même, en certains endroits, recevoir des céréales. L'eau y est fort abondante; partout l'on y rencontre des eaux courantes, même en été. L'hiver, d'ailleurs, y est plus froU, les chaleurs moins fortes, la pluie plus fréquente qu'en face, à Cavaia, sur la côte de Thrace 1 .
Le système des montagnes défile est assez confus, et très-difficile à établir sur une carte. Le seul trait remarquable et qui frappe tout d'abord, c'est une chaîne principale, très-étroite au sommet et souvent taillée en lame de rasoir, qui traverse l'île à peu près de l'est à l'ouest, en jetant vers le sud et le nord d'épais contreforts et des vallées sinueuses. Les points les plus élevés de cette longue crête, qui serre toujours de près la côte nord, sont le Saint- Elie (960 mètres) et l'Ipsario (io3o mètres); rien n'est beau comme leur cime aiguë et dénudée, dominant de vastes forêts, comme leurs flancs sillonnés de profonds ravins, creusés dans le marbre par les eaux. Tout le pays au sud de cette chaîne, environ les deux tiers de file, est formé de hauteurs qui se mêlent et couren t en tout sens , et ne dépassent guère cinq ou six cents mètres
Des roches primitives se mêlent partout, dans l'île de Thasos, aux roches de formation postérieure. Ainsi, sur toutes les pentes des hautes montagnes de la chaîne centrale, le Saint-Elie et l'Ipsario , le mica-schiste et le gneiss apparaissent sans cesse par larges bancs au milieu du marbre et des calcaires compactes qui forment comme la charpente même de l'île 2 . C'est ce qui donne à ces sommets, sans cesse lavés et polis par les pluies, un éclat extraordinaire; quand le soleil les frappe, les paillettes du mica et les gros cristaux du marbre blanc de Thasos rivalisent de splendeur et d'éclairs; de là, chez le versificateur Avienus, ce trait d'une exactitude pittoresque, qui rend bien l'effet de Thasos, aperçue de la mer, quand on vient de doubler la pointe de l'Athos 3 :
1 C'est ainsi que la constitution atmosphérique de Thasos est déjà décrite dans la collection des Œuvres d'Hippocratc, au premier et au troisième livre des Épidémies. (Voyez Œuvres complètes d'Hippocrate,ithd. Littré. tome II, page 498; tome III, p. 45 etsuiv.)
' C'est le memè marbre qui fait aussi le corps du mont Athos.
3 Descriptio orbis terrœ :
• . . . juxta Vulcania Lemnos fciigitur, Cercrujue Thasos dilc.cta profonde Proscrit albciitS se vcrl'ue. »
« A côté se dresse Letnnos, l'île de Vulcain, et Thasos, cbère à* Cérès, élève au-dessus des flots sa cime blanchissante. »
Le quartz, dont ou trouve daus toute l'île des fragments, ne s'y rencontre pas, que je sache, en grandes niasses; mais tout l'ouest de l'île, qui a un aspect à part, est formé d'un poudingue où le quartz, très-divisé, joue le principal rôle, et qui contient, en certains endroits, des serpentines assez grossières. Les traces de fer ne sont pas rares dans tout ce terrain, et ce métal même se trouve en assez grande abondance, sous forme de pyrite ou sulfure de fer, sur le rivage, entre Pothos et Hagioslannis. Près de Kakyrachi, parmi des collines argileuses, où apparaissent çà et là quelques filons de mica-schiste, se rencontre une vallée toute remplie de scories qui contiennent encore de 6 à 10 o/o de fer. Ces débris indiquent, sans aucun doute, l'emplacement d'une ancienne exploitation minière qui paraît, aux traces qu'elle a laissées, avoir eu assez d'étendue et d'importance. Ce sont là, selon toute probabilité, «les grands morceaux de scories» dont parle Pierre Belon, soit qu'il les ait-vus lui-même pendant les trois jours qu'il a passés dans cette île, soit qu'il n'en ait eu connaissance que par ouï-dire. En tout cas, c'est bien dans cette partie de l'île que P. Belon a dû aborder en allant de Lemnos au mont Athos. Il ne dit d'ailleurs rien de l'apparence ni de la nature de ces scories 1 .
Quant aux mines d'or, les principales, d'après un passage bien formel d'Hérodote 2 , se trouvaient vers le sud-est de l'île, auprès de Kynira, en face de Samothrace. J'ai parcouru ce district, complètement abandonné, depuis plusieurs siècles déjà, par la population, et tout couvert de forêts presque impénétrables; je n'y ai pas trouvé la moindre trace d'or. La tradition de l'île n'a conservé aucun souvenir de ces richesses ni de ces travaux; aucun voyageur moderne n'en a découvert les vestiges.
La couche de terre végétale n'a quelque épaisseur que dans le peu de terrain plat que renferme l'île; partout ailleurs elle est assez mince. Sur les collines, la terre est légère, sablonneuse, et en plusieurs endroits contient un peu de fer; la vigne perce souvent jusqu'aux couches supérieures du rocher et enfonce sa racine dans le schiste tendre et friable 3 . Les essences qui dominent, et
1 Observations, etc. de P. Belon, liv. I, ch. xxxm. Cf. Conze, p. 3a , 35. a VI, xlvii. — 1 tf. Virgile, Géory. 11.
qui ont dû toujours dominer dans les forêts de Tbasos, appartiennent presque toutes aux conifères; le pin surtout y réussit merveilleusement; il y est représenté par plusieurs espèces, plus ou moins communes en Orient. J'ai été étonné de n'y pas trouver de sapins; il en croît peut-être quelques-uns dans les parties les plus élevées du Saint-Elie et de l'Ipsario; mais dans tout le reste de l'île je n'en ai pas vu un seul. 11 semble, à lire Belon, que de son temps ce bel arbre fût plus commun à Thasos.