DEUXIÈME OBSERVATION
Une gamine d'une excellente santé, d'environ un an, fille d'une chanteuse, allaitée par la femme d'un cordonnier demeurant à la Concordia, fut vaccinée avec le pus d'un enfant de l'hospice, à l'Annunziata. La sage-femme, une certaine Angelica,qui recueillait alors les enfants à vacciner pour le compte de la Direction aujourd'hui abolie, l'y conduisit il y a environ cinq
ans. La vaccination eut son effet ordinaire et suivit un cours régulier. Mais peu de jours après la malheureuse créature fut attaquée sur tout le corps d'ulcères dégoûtants et profonds, dont les plus horribles et les plus caustiques occupaient les parties où la peau est naturellement plus délicate. L'anus et la bouche furent rapidement envahis, rongés, et peu de jours après elle cessa de vivre. Beaucoup d'hommes de l'art la visitèrent; il me suffira de citer les signors Amantea et Boccanera; tous furent d'avis que le caractère vénérien de ces ulcères était suffisamment manifesté par leur aspect répugnant particulier et leur nature corrosive.
Et plût au ciel que de si tristes faits fussent les seuls qui soient arrivés par suite de la folle sécurité que l'on a prétendu, que l'on prétend encore fonder sur Yimmiscibilitê de la lymphe vaccinale avec d'autres contages (i)!
(i) Un autre fait dont nous avons tout récemment vérifié les circonstances, et qui touche à l'auteur du mémoire que nous réfutons, mérite encore d'être placé ici. Appelé par la signora Chiarizia, demeurant au Vicolo Sei, pour inoculer la vaccine à l'un de ses enfants, il amena avec lui une enfant d'une origine inconnue, vaccinée par les soins de la sage-femme habituée à recueillir des enfants vaccinés pour
Contentons-nous pour le moment des quelques observations que nous venons de transcrire ; elles prouvent la possibilité de communiquer par la vaccination l'affection vénérienne, si commune et d'autant plus difficile à éviter que
le Comité. La débilité, la maladie étaient empreintes, avec leurs caractères les plus tristes, sur le visage et sur le corps de cette fillette. La signora en fut épouvantée,et ne voulait pas permettre que l'on prit sur elle la lymphe nécessaire pour vacciner son enfant, mais le verbiage de notre auteur triompha de sa répugnance. Il lui représenta qu'aucune autre affection ne pouvait s'inoculer avec la vaccine, quand bien même on recueillerait le pus sur des sujets atteints d'autres maladies, et qu'il était même inutile de suivre, après la vaccination, un traitement préservatif, traitement que nous-mêmes avions recommandé autrefois et que nous faisions suivre d'ordinaire par nos vaccinés. La vaccination fut pratiquée et produisit son effet; mais quelques jours à peine s'étaient écoulés, que la santé de l'enfant donna des signes manifestes d'altération, et finalement les convulsions qui le prirent par intervalles le firent cesser de vivre quatre mois après l'inoculation pratiquée. Une autre cause que la combinaison d'un germe infectieux inoculé avec la vaccine a-t-elle amené la mort de cet enfant? C'est possible; mais un autre garçon de la même signora, vacciné antérieurement par nous-même avec le pus d'un enfant de la santé duquel nous pourrions répondre, ainsi que de celle des parents, a joui et ne cesse pas de jouir de la plus parfaite santé. Nos adversaires cherchent des faits, et ceux-là ne leur tombent pas sous les yeux ? Quand on veut obstinément tenir les paupières closes, pourra-t-on jamais voir la lumière ?
les sujets dont on avait recueilli le virus vaccinal, dans ces mêmes observations, n'en semblaient aucunement atteints (i).
Niera-t-on maintenant la possibilité d'inoculer d'autres maladies avec la vaccine? Prêchera-t-on encore la prétendue immiscibilitê de son virus avec d'autres contages? Quelle interprétation
(i) Nous espérions ne pas être forcé de démontrer que le germe de la maladie vénérienne peut se conserver dans l'organisme un temps indéterminé sans que le système général en soulïre ou en manifeste le moindre signe ; néanmoins, durant cette période de silence, il pourra se communiquer à des sujets sains. S'il fallait le démontrer, nous rappellerions aux médecins combien de fois il leur est arrivé d'observer par eux-mêmes l'affection vénérienne confirmée chez les femmes les plus chastes, dont les maris pendant tout le cours de leur vie conjugale jamais ne furent infectés et ne montrèrent aucun symptôme de contagion, mais qui avant leur mariage avaient été atteints de la syphilis. Nous leur rappellerions encore combien de fois il est arrivé qu'en transplantant une dent on a communiqué la maladie vénérienne la plus terrible, encore bien que la dent eût été extraite à une personne vigoureuse et bien portante en apparence. (Hunter, Mal vénérien.)
Les lois de la vie, dans la race humaine, ont beau être les mêmes pour tous les individus qui la composent, elles n'en subissent pas moins chez chacun d'eux des modifications notables, du plus au moins, de sorte que telle quantité, telle qualité de poison, inoffensive pour l'un, soit par une sorte d'insensibilité de son organisme, soit par l'effet de l'habitude, est fatale pour un autre.
(7°) donnera-t-on aux faits qui précèdent, au moyen de n'importe quel effort d'argumentation ?
Dira-t-on par hasard que les maladies qui se sont développées quelques jours après la vaccination ne doivent pas être attribuées à l'inoculation, mais bien aux sujets sur lesquels on l'a pratiquée et qui en avaient antérieurement les germes ? Quels puérils subterfuges seraient ceux-là ! Les sujets en question, avant d'être vaccinés, ne jouissaient-ils pas de la meilleure santé? Leurs père et mère étant eux-mêmes sains, quels germes de maladies avaient ils pu leur communiquer?
Quand bien même on voudrait assujettir les faits ci-dessus mentionnés à toute la rigueur de l'analyse, nous devrions sans aucun doute en conclure que les maladies survenues à ces infortunés peu de temps après la vaccination, étaient l'effet immédiat de celle-ci, ou bien l'effet de quelque autre poison qui leur avait été communiqué avec elle. La première opinion est démentie par les faits constants, par les observations pratiquées en tous pays, qui démontrent le caractère clément et inoffensif de la vaccine. II ne restera donc pour résultat que
l'inoculation avérée d'un poison associé à la vaccine.
On objectera enfin que si un poison inoculé avec la vaccine avait été la cause des maladies en question, ces maladies auraient dû se manifester en même temps que la vaccine ; que tout au moins on aurait observé qu'elles en compliquaient l'évolution, qu'au lieu de la vaccine franche, développée au début, il aurait dû se développer ensuite une maladie vaccino-vénérienne.
Si un médecin exprimait une opinion semblable, il devrait sans aucun doute être confondu dans la foule des profanes de l'art. Mais pour ne laisser aucune place aux doutes et aux contradictions des adversaires de notre méthode vaccinale, nous voulons aussi répondre amplement à cette objection.
Encore bien que les faits allégués par nous semblent avoir clairement démontré la possibilité de l'inoculation d'autres maladies avec la vaccine, nous voulons de plus mettre à contribution la raison médicale. Elle enlèvera toute espèce de doute et donnera à notre opinion tout le degré possible d'évidence.