‹ Mémoire sur l'innoculation vaccinaleChapitre 5 sur 12 · S II · texte numérisé non relu

S II

Qu'une telle méthode de vaccination préserve ni plus ni moins que la vaccination ordinaire de la variole naturelle, c'est un fait attesté par tant de preuves qu'il n'y a désormais personne qui en puisse douter. Le fléau de la variole humaine, en dépit des épidémies multipliées, des expériences les plus opiniâtres, a épargné également les sujets vaccinés avec l'un comme avec l'autre vaccin. L'auteur même du mémoire en convient, et les faits le proclament tous les jours. L'immortel Jenner ne connut tout d'abord que les vaccinations au moyen du pus de la vache, et ce fut de celles-ci qu'il obtint les preuves les

plus décisives de la préservation des sujets vaccines contre la variole humaine.

Si donc la vaccination animale donne une entière [garantie contre la variole humaine, absolument comme la vaccine recueillie surl'homme, il faudra avouer qu'outre qu'elle est inoffensive, elle est, de plus, utile autant que peut l'être la vaccine en général.

Ces motifs, ces avantages ne seraient néanmoins pas suffisantsà eux seuls pour faire préférer dans beaucoup de cas la vaccination animale. Puisqu'on les rencontre également dans la vaccine recueillie sur l'homme, nous nous serions volontiers épargné les sacrifices pécuniaires, les peines et les embarras que nous a souvent coûtés la méthode en question. Nous confessons de plus volontiers que, sous cet unique rapport, elle ne mériterait aucune préférence sur la vaccine humaine, et pourrait seulement fournir, dans les provinces et dans les petites localités, un moyen de perpétuer le vaccin, quand le nombre des sujets inoculés viendrait à faire défaut. Au sein des grandes villes, dans lesquelles une quantité d'enfants sont mis au monde tous les jours, la vaccination animale,

comme moyen de conserver le virus, serait entièrement inutile.

Les deux grands avantages que nous croyons résulter de la méthode en question sont : l'activité plus grande du virus ramené à sa source première, et qu'on y reprend pour en tirer parti, et Yexemption d'autres maladies qui, en même temps que la vaccine, peuvent se transmettre d'homme à homme par inoculation. L'un et l'autre de ces avantages ont été contredits obstinément par l'auteur du mémoire ; on verra bientôt si c'est à bon droit.

Dans une science de fait, les faits, mais les faits vrais, devant constituer la base de tout raisonnement, nous les mettrons avant tout :

les conséquences qui, nécessairement, en résulteront, détruiront victorieusement les allégations de l'honorable auteur.

Avant de mettre en vue le premier avantage qu'offre la vaccination animale, c'est-à-dire sa plus grande énergie, sa plus grande activité, il est nécessaire de s'arrêter un moment et de considérer par ce côté la vaccination humaine. Il ne nous sera pas difficile de rassembler les preuves qui s'offrent pour ainsi dire spontané-

ment, et qui démontrent que la vaccination obtenue de l'homme est réellement susceptible d'abâtardissement au point que la lymphe vaccinale ou bien devient inerte, incapable de reproduire la vaccine par inoculation, ou bien n'en produit qu'une imparfaite, ne présentant que fort peu des phénomènes de son évolution spécifique, et qui en est une dégénérescence. Nous verrons ensuite s'il en arrive de même dans la vaccination animale ; et en instituant un parallèle entre les deux méthodes, nous pourrons apprécier leurs mérites, calculer leur valeur.

Que le pus vaccinal de l'homme, pour beaucoup de raisons, puisse s'affaiblir, au point qu'employé à de nouvelles inoculations, il le soit sans succès, ou n'amène qu'un résultat imparfait, sans que de ce manque de réussite on puisse inculper les qualités du sujet soumis à la vaccination, les faits suivants le prouvent.

La lymphe vaccinale humaine est susceptible d'affaiblissement :

r Par les qualités individuelles du sujet qui la fournit. Il est assez ordinaire d'observer que le plus souvent la vaccination reste inutile et sans succès, quand un sujet débile et en mauvais état de santé en fournit le virus. Quiconque a vu des vaccinés est pleinement persuadé de cette vérité. L'hospice des Enfants-Trouvés peut en fournir la meilleure preuve.

En i8o2-i8o3, nous inoculâmes à maintes reprises, ainsi que d'autres vaccinateurs, des enfants de la meilleure constitution avec du vaccin pris sur les enfants trouvés. Très souvent la vaccination fut inutile ou bâtarde. Ces mêmes enfants, inoculés avec le pus recueilli, non sur les bambins de l'hospice, mais sur des sujets robustes et sains, eurent la vaccine la plus régulière. Nous nous sommes parfois servi sur le même sujet, et au même moment, du pus des enfants trouvés et de celui d'un enfant robuste :

les inoculations pratiquées avec le second vaccin ont réussi, celui qui avait été pris sur les enfants trouvés est resté inerte ou bien a produit une fausse vaccine (i ).

Ce qui prouve encore mieux l'assertion précédente, c'est que maintes fois à cette époque, dans cette pieuse maison, le feu sacré du pus vaccinal s'est perdu par suite de son inefficacité. Bien souvent on a été dans l'obligation de l'aller chercher ailleurs pour le transmettre aux enfants trouvés, encore bien que tous les jours on eût immanquablement vacciné à l'hospice quatre ou

(i) Il nous souvient d'avoir une fois vacciné la petite fille d'une dame qui habitait au Corpo de Naples, avec le vaccin d'un enfant trouvé, n'ayant pas sous la main un autre sujet vaccinifère. Ne nous fiant nullement à l'activité d'un virus pris à cette source, sous les premières inoculations nous en pratiquâmes d'autres avec du pus sec, recueilli quelques jours auparavant sur un enfant robuste, n'appartenant pas à l'hospice. Les inoculations faites avec le vaccin de l'enfant de l'hospice produisirent de la fausse vaccine; celles qui avaient été pratiquées avec le pus sec amenèrent au bout de huit jours une seule pustule vaccinale, mais une vraie et régulière pustule. Le manque de succès chez cette enfant, avec le pus inerte de l'enfant de l'hospice, et l'effet obtenu par l'inoculation à sec d'un meilleur virus, inoculation pratiquée en même temps, prouvent clairement l'affaiblissement du premier vaccin.

cinq sujets. Et que l'on ne croie pas que l'état de faiblesse et de maladie des enfants soumis à la vaccine fût la cause de la non-réussite de l'inoculation; par une sage disposition de la Direction, direction abolie depuis, on n'administrait la vaccine qu'à ceux qui, récemment entrés à l'hospice, avaient encore toute la santé, toute la vigueur dont ils jouissaient au sortir du sein maternel. Ils n'étaient donc pas encore tombés dans cette langueur dont ces malheureuses créatures, à cette époque, devaient nécessairement être atteintes, après quelques journées de séjour en cet endroit.

2° Le contage vaccinal est amoindri par la température trop chaude de l'atmosphère. C'est là un fait rendu désormais certain par l'expérience journalière, et nos adversaires eux-mêmes en conviennent. Dans la saison chaude, les vaccinations manquent souvent de succès, ou ne suivent pas un cours régulier, spécialement quand on les pratique aux heures caniculaires, dans des locaux brûlants, remplis de monde, etc. (i).

(i) On connaît suffisamment l'expérience pratiquée par le signor Troja pour vérifier l'action de la chaleur sur la

3° L'air, qui peut dissiper les plus puissants contages, altère, affaiblit et dissipe tout particulièrement le vaccin. Il est, pour cela, ordinaire d'observer que le virus vaccinal, quoique recueilli immédiatement d'une pustule en pleine vigueur et conservé entre deux plaques de verre rendues, au moyen de peaux, impénétrables à l'air, souvent devient inerte et ne produit aucun succès.

4° Le l'ints recueilli sur le même sujet et à la même pustule n'est pas également apte à reproduire la vaccine par le moyen de l'inoculation durant tout le temps de l'évolution. Cette même pustule qui fournit une lymphe très apte à transmettre la vaccine avant que la rougeur ne soit apparue, ne fournit après qu'une lymphe inactive, inapte à produire l'effet désiré, quoique, en général, on ne puisse dire qu'elle soit entièrement et toujours inutile, car plusieurs fois le

pus recueilli au plus fort de l'aréole a réussi.

vaccine. Sur dix sujets vaccinés de bon matin, dans la saison chaude, dans un local spacieux et frais, sept prirent la vaccine. Sur un nombre égal de sujets, vaccinés au\ heures caniculaires dans un local étroit et encombré, sept turent réfractaircs.

( 38 ) Le manque d'effet dans ces cas ne démontret-il pas l'affaiblissement auquel est quelquefois sujet le vaccin humain, son peu d'efficacité à reproduire sur d'autres la vaccination qui pourtant, sur ces mêmes individus, dans d'autres circonstances, a lieu avec succès? Je ne sais si cet affaiblissement, que j'appellerai accidentel, du germe de la vaccine, peut devenir durable par la suite des temps. Je n'ose pas pousser mes conclusions si loin. Je me contente pour le moment d'observer les faits tels qu'ils se présentent à moi. Ils m'obligent à dire que la lymphe vaccinale recueillie sur l'homme devient parfois impuissante à la reproduction de vaccinations ultérieures pour une foule de raisons, et non par les seules qualités individuelles des sujets soumis à l'inoculation.

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