‹ Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonneChapitre 12 sur 41 · CHAPITRE VI. (1778-1800.) JS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. (1778-1800.) JS

pation. Les 'catholiques, toutefois, participèrent à la prospérité universelle de l'Idande.

§ 10. L'année 1793 trouva les affaires en cet élat. La prospéfité dont jouissaient les catholiques de concert ttvec leurs autres compatriotes; les propriétés qu'ils acquéraient journellement, éveillèrent leur impatience relativement à Ja jouissance de droits politiques. Us firent donc présenter à la chambre des communes d'Irlande une pétition, afin que la profession du barreau leur fut ouverte, et pour jouir de la franchise élective. Ce ne fut qu'avec des difficultés inouïes qu'on parvint à trouver un Membre pour proposer de déposer la pétition sur le bureau et un second pour l'appuyer. — La motion fut combattue par le député de Kildare, M. Latouche ; il demanda le rejet de la pétition ; et comme ce rèftis n'entraînait aucun danger, il hit prononcé ; tous les membres du gouvernement voterait pour le rejet.

§11. Mais avant la fin de 1 79a s'ouvrit une nouvelle scène. — I^es armées françaises battirent leurs ennemis sur tous les points. — Les Pays-Bas ' furent conquis, et le torrent du républicanisme, poussé en avant par le pouvoir militaire, menaça tous les états d'Europe. Les canons de la bataille de Jemmapes furent entendus du cabinet de Saint- James ; on sentit et comprit qu'il y avait sagesse à se concilier les catholiques; et sur la fin de .cette même année 179a , au commencement de laquelle

le gouverDement avait ignominieusement rejeté avec mépris la pétition catholique, ce même gouvernement rendit un bill qui modifiait plus encore le a Code pénal » ; et au début de Cannée suivante il introduisit un autre bill qui accordait, ou plutôt, qui restituait aux catholiques des. privilèges plus étendus.

§ 12. Grâce à ces deux bitts, le barreau fut ouvert aux catholiques ; ils purent devenir avocats plaidans, mais non pas avocats du roi ; — ils purent être Attorneys et Solliciteurs; — ils purent être citoyens Ubres des corporations laïques — Les portes du grand jury et de la magistrature leur furent ouvertes ; — il leur fut permis de parvenir au rang de colonel dans Tannée; et, ce qui était plus que tout cela, il leur fut permis d'acquérir la franchise élective et de voter pour les membres du Parlement. — Ce fut le troisième grand à -compte obtenu de la justice publique par les catholiques d'Irlande.

§ i3. Mais il est bon de rappeler que ces concessions furent plutôt l'œuvre de la crainte que de l'amitié. — Ia guerre révolutionnaire était sur le point de commencer. — Les flammes du républicanisme s'étendaient et de loin et de près. — Les protestans et surtout la population presbytérienne du nord de l'Irlande l'accueillaient avec enthousiasme. — Belfast fut son plus ardent foyer. — Le gouvernement britannique avait un intérêt pro-

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fond à séparer les richesses et l'intelligence des catholiques d'Irlande du par^ républicain. Cette politique fut adoptée. — On se concilia les catholiques. — La noblesse catholique , les gentilshommes, les négocians et les autres classes instruites, jusqu'au dernier homme presque, se séparèrent du parti républicain. Ce qui autrement eût été une révolution, devint seulement une révolte sans succès. — On s'était concilié la partie intelligente et influente des catholiques, et grâce à cette politique sage de concession et de conciliation, l'Irlande fut encore une fois conservée à la couronne britannique.

§ i/j. Illustre Dame — LaRébeUionde 1798 ellemême iiit presque ouvertement , et sans aucun doute probable , fomentée pour donner au gouvernement britannique l'occasion d'anéantir l'indépendance législative de l'Irlande, et d'effectuer l'Union. Mais l'arme était dangereuse, c'était un instrument trop puissant entre les mains inhabiles qui l'usèrent , et nul doute que si les richesses des catholiques, si leur instruction,- si leur intelligence, se fussent unies à la rébellion , elle n'eût réussi.

§ i5. Un mot, un seul, sur l'indépendance législative deVirlande, sur ce qu'on appelle aujourd'hui « Rappel de l'Union. » On prétend que c'est une séparation du royaume — une séparation des deux pays. Illustre Dame, ces interprétations sont donfiéespar des hodunes qui lâssaveut sans fondement.

L'indépendance législative irlandaise serait au contraire la plus fortç et la plus durable soudure entre les deux empires irlandais et britannique de votre majesté. Cette indépendance, en vous conciliant vos sujets irlandais et en donnant satisfaction à leurs besoins et à leurs vœux , rendrait absolument impossible la séparation de l'Irlande de l'empire légitime de votre couronne.

§ i6. Jamais pays n'a été le théâtre d'un accroissement aussi rapide du négoce , des manufectures , du commerce, des richesses agricoles et de la prospérité générale que celui qui s'est produit en Irlande de l'année 178a àl' année 1798, époque où « la rébellion fomentée » éclata et gâta, pendant un moment (passager et transitoire moment), les flatteuses espérances de l'Irlande.

GHAPnBE 8EPTIEIIE.

{mo.)

§ I'. Cette année à ■elle seule justifierait un volume.'Cest l'année qui a couronné les crimes, que durant presque sept siècles, le gouvernement britannique n commis contre llrlande. G'estl'année de la destruction de la législature irlandaise. C'est l'année fatale et à jamais maudite où l'Union a été décrétée.

$ a. L'Union a été infligée à llrlande par Topé*

CHAPiniETlI. (1800.) a»

ration combinée de la terreur , de la torture^ de la force, de la fraude et de la corruption.

$ 3. Les fauteurs de l'Union entretinrent et ranimèrent le feu d'une rébellion languissante. — Us excitèrent le protestant contre le catboJique et le catholique contre le protestant. — Ils soufïïèrent avec soin sur les dissensions intestines, touj ours dans le but d'arriver à la réalisation de leur projet d'asservissement.

$ 4- Tandis que l'Union était en voie de progrès, l'acte d^habea» corpus fut suspendu. Toute liberté constitutionnelle fut anéantie en Irlande. —

LA*LOI MARTIALE FUT PROCLAMÉE; l'cmploi de

la torture fut fréquent ; la liberté, la vie ou la propriété"furent sans protection; — l'opinion publique étouffée ; — les procès devant les tribunaux militaires k J'ordre du jour; — les meetings légalement convoqués par les sbérifife et les magistrats furent dispersés par la force des armes î -:- la voie de llrlande fut comprimée; le peuple irlandais était sans protection. Encore une fois, je le répète : la loi martiai^ fut proclama. Ainsi l'Union fut consommée malgré la nation irlandaise.

§ 5. Mais ce ne fiit pas tout. On eut recours à la plus monstrueuse, à la plus basse 'corruption. On rapporte que lord Bussell a déclaré, il y a quelque temps, dans un banquet, que l'Union a coûté jfSoOjOOO (ao,ooo,ooo de francs). Il a commis une

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grave «reur; car il n'a parlé que d'après un vague souvenir. LesdocumensparlemËDtaîreslui fourniront la preuve que le seul achat des Bourgs-pourris et à nomination n'a pas eatraÎQé une dépense moindre de £. 1,245,000 (3i, 1^5,000 francs). La corruption pécuniaire fournit en tout un chifîre d'environ trois millions de livres sterling.

§ 6. Mais ce ne fut pas tout. — Le patronage tint bourse ouverte publiquement et à tout venant. — La pairie fut une marchandise commune du trafic ; le commandement des vaisseaux de ligne et des régimens ; les offices de juges président et ordinaires , les postes d'archevêques et évêqufes, les-emplois de commissaires du revenu; toutes les variétés de fonctions de collecteurs ; en un mot^ tous les di£Ëérens genres de placés \ le sanctuaire de la loi et les temples de la religion furent faiU objets de trafic, comme moyens de corruption , et donnés en échange de votes au Parlement en faveur de l'ninoiï.

§ 7. Mais ce ne fiit pas tout. — Nonobstant toutes les ressources d'intimidation et de terreur^ — de la loi martiale et de la torture militaire, — de la plus gigantesque corruption qui se soit jamais monti^, — l'Union ne put être emportée qu'après que l'on eut acheté pliisieurs bourgs à nomination, pour qu'ils eussent à envoyer au Parlement un certain nombre d'Ecossais et Anglais, ayant tous rang dans rarmée et dans la marine,

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OHAPITRE Vil. (IWO U

ou ocmipant d'autres [Jac«e amovibles et estoitidlement révocables à volonté par le gouvernement. Le iioqibre de ces étrangers égalait presque celui de la màjoribé par qui l'Union fut emportée.

§ 8. L'Union, Illustre Daine, ne fut ni untraité ni an pacte. — Ce ne fut pas un marché ou un ao« cord. — Elle a son origine dans, et elle a été emportée par la violence, la fraude, la terreur, la torture et la corruption. A cette heure elle n'a aucun pouvoir obligatoire, parce qu'elle est tui &it de force majeure. Elle n'est plus qu'un mot. Les pays ne sont pas uniq. Les Irlandais sont en* core traités comme des « étrangers de race et de religion. »

§ 9. Ainsi fut éteinte l'indépendance législative de l'Irlande ; ainsi fut consommé le |^us grand crime qu'ait jamais commis contre l'Irlande le gouvernement britannique.

§ 10. L'atrocité des mesures adoptées pont- emporter l'Union n'a été égalée que par l'injustice des obligations impavées à l'Irlande.

§11. J'éprouve un sentiment de répulsion k m' arrêter sur ce détestable objet. J'avancerai seu* lement deux des traits d'injustice que llrlande a subis. L'im concerne les finances, — l'autre la re* présentation.

§ 1 3. Voici^en abrégé, l'exposé exact delà fraude financière dont l'Irlande a été victime : A 1'^k>que de l'Union, l'Irlande avùt une dette pvbliqu^

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tS L'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.

de vingt millions de livres st. (5oo, 000,000 de fr.).

La dette de l'Angleterre était de quatre -cent quarante-six millions (1 1 ^i 5o,ooo,ooo). Si l'Union était un traité juste et raisonnable, les dettes des deux pays continueraient à exister dans les mêmes proportions. — Peut-être même cet arrangement, toutes circonstances considérées, serait-il onéreux à llrlande. Mais quelle est, à l'égard de llrlande, la conséquence de l'Union? La voici : tout le territoire, les maisons, les autres propriétés réelles et mobilières de l'Irlande, sont actuellement hypothéqués au remboursement, de concert avec l'Angle- ^eterre et cela sur le même pied qu'elle , de huit cent quarante millions de livres sterling (a 1 ,000,000,000). À toute extrémité, les Irlandais ne peuvent devoir qu'une somme de quarante millions. Par l'Union, nous nous trouvons engagés pour une dette de huit cent quarante millions! mais sans l'Union, la dette totale de l'Irlande aurait été, ily a long-temps, acquittée, et l'Irlande, comme la Norwège, n'aurait aucune dette nationale. Jamais il n'y a eu peuple aussi injustement traité que les Irlandais !

$ i3. L'injustice infime faite à l'Irlande dans Taâiaire de la représentation au Parlement uni, con* siste en ceci : Les ingrédiens qui constituaient le droit à la représentation pour les d^ux pays, dirent les manipulateurs de TUnion , étaient : la popuktirai et la propriété. Les seules preuves de

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