C'EST LE RAPPEL
OBSERVATIONS, PREUVES. EXPLICATIONS
GDArantE PBEMIEB. (Il?2-iei3).
ïl y a bien longtemps que j'ai ressenti l'inconvénient qui résultede l'ignorancedu peuple anglais en général de l'histoire d'Irlande. Pourquoi, en effet, n'ignorerait-il pas cette histoire ?
L'histoire par elle-même n'offre pas d'autre intérêt qu'un intérêt qui fait mal à l'âme, en ne présentant que le dégoûtant tableau de traitemens barbares, d'une part, et d'une' résistance partielle et conséquemment sans but de l'autre.
Il suffit aux Anglais de savoir que, de manière ou d'autre, l'Irlande est devenue sujette de l'Angleterre. -On a facilement, et sans examen, cru que son assujettissement avait eu lieu par guerre ouverte et honorable conquête, et en définitive, que rUuiou n'était autre chose que l'élévation d'un
peuple vassal à la participation dçs droits populaires et à la condition politique des conquérans par l'identification des deux nations : nous sommes arrivés à une époque, où il est d'une importance majeure de faire bien connaître et comprendre ces matières. Pourprovoquer l'examen et faciliter l'intelligence des faits de l'histoire irlandaise, j'ai dressé le précédent Mémoire.
J'ai suivi l'ordre chronologique, de manière à faire ressortir, en masse, les iniquités commises par le gouvernement anglais contre les Irlandais, avec l'approbation unanime ou tout du moins avec l'acquiescement unanime du peuple britannique. Je désire extraordinairement qu'il soit bien compris, et cela srais équivoque, que j'ai eu principalement en vue d'envelopper le peuple anglais, dans une grande partie, dans une très grande partie de la scélératesse de son gouvernement.
Si le peuple anglais n'était pas influencé par une bigoterie aussi violente qu'injuste contre la religion catholique d'une part, et par une forte antipathie nationale contre le peuple irlandais, de l'autre, le gouvernement n'aurait pas si longtemps persévéré dans sa carrière d'injustice et d'oppression. Les mauvaises passionsdupeuple anglais, qui donnaient une force si mauvaise de sa nature au gouvernement anglais pour l'oppression des Irlandais, subsistent encore presque dans toute leur int^p^té et dans toute leur violence.
OBSERVAHONS, PREUVES, (on. i.) k
Monbutd'appelerrattentiondelanationbritanmque sur l'histoire lameptaUe de l'Irlande, n'est que faiblement et partiellement atteint par le mémoire précédent. Il sera plus amplement rempli si je confirme les assertions générales de ce mémoire, au moyen de détails particuliers; détails presque exclusivement puisés dans les historiens anglais et protestans, et rendus dans les termes mêmes de ces écrivains. — Celui qui lira les extraits que j'aurai empruntésà des auteurs hostiles, dans toute l'étendue du mot, à l'Irlande, ne pourra élever aucun doute sur l'exactitude de m« détails, puisqu'ils sont soutenus par un tel témoignage. — Le premier auteur que je cite, sir John Davies, fut pendantplusieursannée3.<^//arn£^6^Wra/en Irlande pour cet ergoteur controversiste et méprisable tyran Jacques I". J'ai l'idée qu'il comprendra mieux la nature de l'acquisition que l'Angleterre a faite de l'Irlande, et la manière dont les prétendus conquérans di^osaient dupays.
Le premier exemple du sans-géne avec lequel les Anglais disposaient de l'Irlande après le séjour de quelques semaines seulement qu'Henri II avait &it en Iriande, est ainsi rapporté ( Daviea, Réla- Uont htitoriques) :
a Toute l'Irlande fut divisée par Henri n en cantons et partagée entre dix Anglais de nation, savoir : (le comte Strongbow, Robert Filz-Stephens, Miles de Cogan, Philippe Bruce, sir Hug^ de
Lacy, sir John Courcey, William Burke Fitz-Andelm, sir Thomas de Clare, Otho de Grandisson et Robert le Poer,) et bien qu'il n'eussent pas été mis en possession de la tierce partie du royaume, ils furent néanmoins, en titre , propriétaires et seigneurs du tout.
Si BIS» qu'il ite fdt rien laissé pocr étrk oc-
TROTÉ AUX IITDTGiNÊS ! ! !
Et à cause de cela, nous ne trouvons sur aucun registre ni dans aucune histoire , pendant l'espace de trois cents ans après l'arrivée de" ces aventuriers en Irlande, qu'aucun seigneur irlandais ait obtenu de ia Couronne une concession quelconque d'une portion de son pays; sauf le roi de Thomond pourtant, qui obtint une concession, mais seulement pendant la minorité du roi Henri III; etRoderick O'Gonnor, roi de Connaught, à qui le roi Henri II, avant que cette distribution fut faite, accorda qu'il serait roi sous lui et tiendrait son royaume de Connaught dans le même boh et paisible éiat qu'il lé tenait avant son invasion d'Irlande. »
Ce premier acte de la domination anglaise est tout-à-&it caractéristique ; c'est un sommaire de toute l'histoire subséquente. Ils n'ont qu'une possession précaire, possession résultant de la concession, que leur fait un chef irlandais, M'Morrough, d'un tiers à peine de l'Irlande, et les voilà qui tout d'un coup « ne laissent tien pour les indigènes/ If.
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OBSERVATIONS, PBEUVES. (ch. i.) 57
Il est vrai qu'ensuite Henri accorda une charte spéciale par laquelle il concédait le bienfait des lois anglaises, et par conséquent le droit de propriété, à cinq familles irlandaises. On les appelait dans les plaidoiries personnes « des cinq »anga, n — « de quinque sanguinibus. »
a Celaient les O'Nial, d'tflster; lesO'Melachlin, de Meath; les O'Connor, de Connaught; les O'Brien, de Thomond, et .les Sfec Murrougli, de Leinster » {Davies, Hist. rel., AS).
Henri II accorda aussi une charte « aux Ostmen ou Esterlings », c'est-à-dire aux Danois de Waterford qui habitaient cette ville longtemps avant son arrivée en Irlande; cette charte portait qu'ils pourraient avoir et posséder en Irlande les lois d'Angleterre, a être jugés et hériter selon cette loi. »
Cela ressort du passage suivant de Davies, p. 80 :
a Parmi les plaidoyers de la Couronne, sous Edouard II, nous trouvons une confirmation faite par Edouard V d'une charte de naturalisation octroyée par Henri II à certains Ostmen ou Esterlings qui habitaient Waterford, longtemps avant que Henri II tentât la conquête de l'Irlande.
« Edwardus, Dei gratiâetc, Justitiario suo Hibemiœ salutem : quia per inspectionemChartsedom. Hen. reg. filii imperatricis quondam dom. Hiberniae proavi nostfi nobis constat, quod Oslmanni de Waterford l^em Anglicorum in Hibemia babere et
secunduro ipsam ]egem judicari et deduci debent. »
Ce ne fut pas un privilège stérile ; ces Danois obtinrent par cette Charte pour leurs vies et leurs propriétés, une protection que n'obtenait pas un seul Irlandais, à l'exception des cinq familles cidessus nommées. Les Irlandais ne pouvaient pas ester $n juttice comme demandeurs devant aucun tribunal ; ils n'étaient pas traités en ennemis vaincus, forcés d'accepter la loi du vainqueur, mais placés sous la protection de ces lois; ils étaient traités en ennemis perpétuels, qiie l'on pouvait légalement voler outuerselonlebon plaisir ou le caprice d'un sujet anglais. Laissons parler rAttomey- Général, sir John Davies(.ffM*. traité, p. 78).
« Que les Irlandais, fussent réputés étrangers, c'est ce qui ressort de différens records (i), où la question est posée de savoir s'il est nécessaire de répondre à des procès intentés par eux.
« Dans les Rôles des Plaids Communs de la 28* année du règne d'Edouard III, que l'on conserve encore dans la tour de Birmingham, ce cas fut ainsi jugé. Simon Neale intenta une action contre William Newlagh pour bris de son enclos, à Clondalkin, dans le comté de Dublin :
(i) Od appelle records l'enregistreniCDt de la causa su greffe. En Irlande osmme en Ecosse, il est probaUeque i* rmord estlepiods-ieïial dw pièces dont se compose la procédure, lequel procèa-Terbalcaotuwot ' 'rede t'aOâire, est signé par leb avocats et alors arrêté.
(ffola du iraïkicuiir.)
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OBSEHVÀTIONS, PREUVES, (ch. i.) 3S
« Le défendeur allègue que le demandeur eitHibemien et non « de quinque sanguinibua » ( Irlandais, mais non « des cinq sangs»), et sollicite un jugement pour savoir s'il lui sera r^ondu.
n Le demandeur répond qu'il est « des cinq sangs, » — savoir : des O'Weiles, d'Ulster, qui, par la concession des aïeux de notre seigneur et roi, devaient jouir et faire usage des libertés anglaises, et être réputés hommes libres (i).
(t Le défendeur réplique que le demandeur n'est pas des O'Neiles d'Ulster(necde quinque sanguinibus, ni des cinq sangs) , et là-dessus s'établit une controverse qui gm termina à l'avantage du demandeur. £n conséquence, il obtint ug jugement qui lui accordait des dommages et intérêts contre le défendeur.
o Un autre fait : La ag' année du règne d'Edouard I", par devant les j uges en Oyer à Drogheda, Thomas le Botteler intenta une action contre Robert de Âlmain, pour détenticm de certains objets; le défendeur plaida qu'il n'était pas tenu de répondre au demandeur, par la raison que le de- HANDEUR EST IsLiitfDAis et HO» d'un sottg litre.
« Et le susdit Thomas déclare qu'il est Anglais, et il demande qu'on prenne, à cet égard, des infor-
(i) Le' record s'explique ainsi dans l'oii^oal : a jjuod ipsa est di • qniuijue uaguioibue^ Tiz> dcO'Neilea de lIll(iii,quiperGOiicessianaD « proguiitoium domini nfjia, libertaUbiM inglicw gaudeie datent ei a atnntiir, et pro liberii hominibiu lepulAUtoi. »
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mations dans le pays, qu*en conséquence il soit formé un jury, etc.
CI Et les jurés, sous la foi du serment , déclarent que le susdit Thomas est Anglais ; en corséqdesce, il est jugé qa'il a droit à des dommage* et intérêtê\i). a
Ainsi, ces archives frecurrf*) démontrent que l'Irlandais n'avait pas de protection pour sa propriété; — car dans l'une ou l'autre des deux causes, si le demandeur eût été déclaré Irlandais par le jury, l'action aurait été nulle, bien que le tort fait ne fût pas nié sur le record. La validité de la procédure, quant au point de droit, fut aussi admise si bien que, n'importe quel dommage aurait été commis sur la propriété réelle ou mobilière d'un Irlandais, les tribunaux ne lui accordaient aucune espèce de réparation.
Mais cette absence de protection n'était pas limitée à la propriété ; l'Irlandais était également sans protection pour sa personne et pour sa vie. La citation suivante de sir John Davîes met ce fait hors de doute (Histoire. Trait, page 8«) :
« Les Irlandais pur-sang n'étaient pas seulement estimés étrangers mais ennemis, et tout-à-fait en de-
(i) Le record «st ainii conçu ; « Quod non tuietur ei ioda reipoou dere, eo quod eic biberoïcus, et non de libero sanguînA. — Etprxu dÏGlui Thomaa dicil, quod Anglicua est, et hoc petit quod inquiralar a par patriam. — ideo dit inde junt, etc. — Juiatï lupet Mcramenu lumiuum dicunt, quod pr^dictus ThomaïADglicnt e>t ; idso coniiié* • iHtuin.etl,qiiodrecuperel,a(c>
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OBSERVATIONS, PREUVES, (oh. i.) 61
hors de la protection de la loi. — ■ Si bien que ce n'était pas un crime capital de les tua>, et ceci résulte évidemment d'une infinité de records (preuves écrites). A une session des assises, à Waterford, par devant John Wogan, lord justicier d^Irlande, la quatrième année du règne d'Edouard Second, nous trouvons enregistré parmi les plaidoiries de la Oiuronne de cette année : (i)
« Que Robert Wallace étant accusé de la mort « de John, fils de Juor Mac GiUemory, traitreu- « sèment assassiné par lui, il avait comparu et re- « connu qu'il avait tué le susdit John : Toutefois, u il prétendit qu'en le tuant il n'avait pu como mettre ime félonie, parce que, disait-il, John n'é- « tait,qu'un-simple Irlandais et non pas des cinq a SANGS, etc.; il dit encore, que comme le seigneur « et maître du susdit John (dontle même John était o l'Irlandais) avait, le jour même où ce dernier
(i) Le record orii^nal porte ce qui Buk:
■ Quod Robertua le Wayleyi, recutus de morte Johaonis filii Juor c Hac GiUemory f'tlolike per iptum inlerfecli, etc., Tenit et bene co^< CI DDTÎt (juod prasdlctum Jobannem iiïterfïcU : ilicit tamen qiiod per a ejas interfecioDem felonUin committere non potult, quia d'cic quod a praedictus Johanoes fuit ptirus Uibernïcue, et uaa de libero aanguic ne, etc. Et cuiu dominui dicli Johinnii (cujui Hibemiciia idem a Johaanes fuit) die quo iut^rfectns fuit, solutionem pro ipso Johanne a Hibemicoiuoalcioterfectapelereïoluerit, ipteRoberiusparatuseritad d mpoodeDdum île solutioue pr^dict, prout justifia auadebit. Et super u hoc Tenîl quidam Johannes Le Poer, et dicit pro Domioo Rege, quod o praedict. Johannes filiu* Juor Mac Gilleniory, et aoteceisoreaiuide a cogDomIne priedict. a tempore quo Dominiia Henricus filiui Imperaa Iricif, quondam Dominua Hibernix, Iritavua Domini Regia nuoc, a fuit in Hiliernla, legem Anglicorurn in Hiberniâ usque ad liunc diem a tuberej et secuDdum ipaam legem judicari et dedaci debent. s
6a L'IBLANDE ET LES IRLANDAIS.
<ic avait été tué, demandé une indemnité pour la « mort violente du susdit John son Irlandais, lui ce Robert était prêt k répondre pour cette indem* « nité, comme cela était juste. Et là-dessus, un cer- « tain John le Poeb se présenta, et déclara au nom « de notre seigneur le Roi, que le susdit John , fils R de Juor Mac Gillemory, ainsi que ses ancêtres de a ce nom, ont depiiis l'époque où notre seigneur « Henri Fitz-Ëmpress, jadis seigneur d'Irlande et / « tris-aïeul denotre seigneur le Roi actuel, résida en a Irlande, jùsqu'àcejour,|droitàlaloi d'Angleterre a en Irlande et doivent être jugés et hériter selon « cette loi. » Telles étaient les dispositions de la Charte de naturalisation accordée aux Ostmen, que nous avons déjà mentionnés. Elles sont toutes relatées'dahs ledit record. En quoi nous pouvons remarquer que le meurtre d'un Irlandais n'était pas puni par la loi comme homicide inopiné, lequel est félonie et crime capital (car notre loi ne protégeait pas sa vie et ne vengeait pas sa mort) , mais n'entraînait qu'une amende ou punition pécuniaire, appelée a^nert/Èe » selon le Srehon ou loi Irlandaise, u Le record suivant explique plus distinctement encore le droit parfait que réclamaient et dont jouissaient les Anglais en Irlande, de massacrer impunément « les simples Irlandais ». Il feit mention d'une cause jugée a Limerick , pardevant le même' lord, chef de justice, Wogan, dans la 4* année du règne d'Edouard II :
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ob. i.) 63 (i) R Ouillaume FitzKoger étant accusé de la « mort de Roger de Cantelon, par lui criminellea ment tué, comparut et dit : Qu'il ne pouvait pas « avoir commis une félonie par un tel assassinat, « parce que le susdit Roger était im simple Irlana dais et non pas de sang libre. Il prétendit de « plus que le même Roger s'appelait du nom « de O'Hédériscal, et non pas du nom deCante- « Ion; et là-dessus il se mit à disserter sur le « pays, etc., etc., etc.»
« Et les jurés déclarèrent, sous la foi du serment, « que le susdit Roger était Irlandais, du nom de « O'Hédériscal, et qu'il avait été toute sa vie réputé « Irlandais: et là-dessus ledit Guillaume^ en ce qui 0- concernait ladite félonie , fut acquitté , mais a comme le susdit Roger O'Hédériscal était un Iro landais de notre Seigneur le Roi, le même Guil- « laume fut renvoyé en prison jusqu'à ce qu'il o trouvât caution pour payer cinq marcs à notre
{■) u Le recoid original est GODçu en ces Icrmea :
s Willielmus, filius Rogert, reclatua de morle Rogeri de Cantelon s felonice per ipsum interfecli, venit et dicit.tjuod feloniam pcr inter- • feclioDem prxdictain committers Don poiuii, quia dicit quod pncdict. a Rogerus fuit pnrui Hibernicus et non de libero sanguine, etc.; et utiea riiu dicit quod prxdict. Rogetus fuit de cognoaine de Ohedcriacal o et non de ct^nouiine de Cantelon, et de boc ponil se super pa- > triain, etc.' Et jurali dicunt auper sacrum suum quod prasdiclus Roge* a niB Hibernicus iuit et de cognomine de Cbederiscil et pro Hibemico a habcbatnc tota vîla sua. Ideo prxdici. Willielmua quoad feloniam a pnedict. quietus. S^ quia prxdictus Rogetus Ohederiscal fuit HIbe» c nicusDomini Régis, prœdict, Willielmua lecommittatur gaolx, quouia que plegios inienerit de quinque maicis aolTeudig Domino Régis pro « wlationBpntdiGii Uibetutci. n
« Seigneur le Roi , en échange de la valeur du susa dit Irlandais.»
Une âtation nouvelle de sir John Davies mettra en évidence l'esprit avec lequel le parti anglais gouvernait l'Irlande et les résultats d'un pareil gouvernement; elle servira en outre à démontrer qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, comment la prétention qu'a la faction moderne de pouvoir extirper les Irlandais , n'est que la répétition du en de la faction des temps passés ! La seule différence qui existe est que jadis elle aurait pu être réalisée, tandis qu'aujourd'hui il est complètement impossible de l'accomplir.
La citation suivante est de la page 85 des Trai-' tés de Davies.
« Danstous les râlesduParlementqui existent, de la quarantième année du règne d'Edouard III, lorsque furent portés les statuts de Kilkenny jusqu'au règne du roi Henri VIII, nous trouvons les Anglais dégénérés et désobéissans, appelés rebelles; mais les Irlandais qui n'étaient pas en paix avec le roi sont appelés ennemis. — Statuts de Killtenny, c. i , loet ii; a'annéedu règne de Henri IV, c. 24j io* année du règne de Henri VI, c. i, 1 8; i8* année du règ. de Henri VI, c. 4* 5; Edouard IV, c. 6; 10* année du règne de Henri VII, c. 17.
a Tous ces statuts parlent des rebelles anglais et des ennemis irlandais, comme si les Irlandais n'avaient jamais eu la condition de sujets; mais
OBSERVATIONS, FBEUTESi (tm. i.) 6»
avaient toujours été en dehors de la protection de la loi ; et ils étaient, en vérité, en pire position que dés sujets d'un royaume étranger quelc^ique qui aurait entretenu des relations de bonne amitié avec la couronne d'Angleterre. Car, par diverses lois sévères et- pénales , il était défendu aux Anglais de se marier, de manger ou boire avec les Irlandais, ou de se livrer dans leurs foires ou marchés A aucun trafic ou commerce. 11 existait, même une loi, qui ne remonte pa^ plus haut qu'à la vingt-huitième année du règne de Henri VIII, aux termes de'laquellë un Anglais ne devait pas se marier avec une pe]*sonne de sang irlandais, bien que cette dernière eût obtenu une cbartedenaturalisation,àmoins qu'elle n'eût prêté hommage de fidélité au roi dans la chancellerie et qu'elle n'eût pris l'engagement, en donnant des sûretés, de rester toujours un loyal sujet. Il est donc manifeste que ceux qui gouvernaient l'Irlande sous la couronne d'Angleterre^ avaient l'intention d'établirune séparation et une hostilité perpétuelle entre les Anglais et les Irlandais; ils avaient sans aucun doute la prétention que les Anglais finiraient par extirper les Irlandais. Ce . que les Anglais trayant pu accomplir, il en résulta une guerre perpétuelle entre les nations qui continua pendant plus de 4oD ans. Elle aurait duré jusqu'à la consommation des siècles, si à la fin du règne de la reane Elisabeth, les Irlandais n'avaient pas été
D,;,l,2.cbXiOOg[c
M L'fHiANÉÈ Éf tES IftLWfDAlS.
6eKl*é*eltî*Jï»qtÛ3 par le fei», et si depuis fe cotriittienbémeut du t-ègne de SaMajesté ils n'araient pas élépiof^ésètgouvemés parlaloi. t
LeeompUmênt, quecontient la dernière phrasé au monarque régnant, Jacques I", devait assez Aatureltemoit s!attendre de âir James Davies qui était soti Attorney-Général ; mais on verra bientôt qtt«! la loi étitit à peine moins destructive que le fer, fet que les Irlandais eurent fort peu sujet de se réjouû' de cette transition. On aurait tort cependant de supposer que ce fut de l'épée seule qu'on se swvit contre les Irlandais sous les règnes pré- Cédfens. Les Texàtions de la loi s'ajoutèrent à la barbarie d'une violence ouverte, et Jes statuts portés dans le sein du parlement, anglais nous fournissent des exemples de la sotte, je dirai même cafnique malice du parti anglais contre les Irlandais.
Jô crois devoir ajouter les exemples suivans :
<» lo' année du règne de HebtrtVI. — Ce fut un acte intitulé ^cfc parlant qte'aucune personne lige oH étrangère neprenira de marchandises ou choses à vendre dans fitires ni marchés, ni autres placée quelconques parmi lesennemis irlandais, n
Par cet acte, il est décrété qu'aucun marchand ni autre personne quelconque, lige ou étrangère, ne s'approvisionnera, soit en temps de paix, soit en tenaps de guerfe, à aucune espèce de foires, marchés OU autres places quelconques, parmi les ennemis Irlandais^ de marchandises ou choses à vendre ;
OBSEBVATrONS; PRÊtIVtS. (tu. i.) -e^
qtt'ils tieleur en eipédieront pas non plus.dl ben'eàl pouP racheter quelques prisonniers d'entre eux qui seraittnt hommes liges du roi ; et si un hommii lige faisait le contraire, il serait tenu pbur criminel et jugé comme tel ; et il serait légal pour tout homme lige d'arrêter et appréhender tel marchand et telle personne arec leurs marchandise^ et denrées, et de les eftvoyer à la prison voisine, pour y resteP jusqu'à Ce qu'ils fussent remis entre les mains de la justice comme la loi l'exige ; et le roi aura une inoitîédesdits biens, et celui au Celix qui les auront appréhendés l'autre moitié.
« C'est ce qu'explique plus au long cedit acte. » U est de toute Impossibilité de trouver, dans les annales de l'histoire anglaise, un autre"exempledé législation semblable à celle qui déclïtre un marchand anglais criminel, pour le seitlfait d'avoif' vendu ses, marchandises avec le plus de profit iju'il pourra.
Il existe cependant uii Antte statut passé dans la même lo' année du règne de Henry VI, qui montre qu'il ne devait y avoif ni paix ni trêve arec les Irlandais , mais qu'ils devaient en temps de trêve, • et même en temps de paix, être tués comme ennemis. Cet acte était ainsi intitulé :
^tiê portant que tout homme lige apprékfindeta tout Irlandais conversant comme espion parut* ha Anglais et te traitera comme etmemi du roi. Par cet acte, il fut décfété qu'il serait légal pour
«s. t'IRLÂNDE ET LES IRLANDAIS.
tout homme lige d'appréhender toute espèce d'en> Demis irlandais qui , en temps de paix ou de trêve, viendraientetconverseraientparmiles Anglais hommes liges 4 pour espionner leurs secrets , leurs forces, leurs routes et leurs stratagèmes, et deles traiter comme ennemis du roi. v
Je ferai observer que ces actes du Parlement furent passés en l'année i43a, c'est-à-dire deux cent soixante ans après l'invasion de l'Irlande par Henry II.
■ Il paraît que l'on regarda le dernier de ces actes comme n'étant pas assez sanguinaire , car le même parti anglais porta une autre loi, en Tannée i465 , la cinquième année du règne d'Edouard IV, intitulée :
jdcte portant qu'il sera légal de tuer tout individu trouvé volant, soit de jour^ soit de nuit, ou râdant pour voler ou piller, s'il n'a pas dans sa compagnie un hvmme loyal, de bonne renommée ou réputation, revêtu du costume anglais.
« Par cette loi , il fut décrété — : qu'il sera légal à tout individu qui rencontrera des vagabonds volant, soit de jour, soit de nuit, ou rôdant pour voler ou piller, dedans ou dehors, allant ou venant . vers des sujets loyaux du roi , sans avoir en leur société un homme fidèle , de bonne renommée et revêtu du costume anglais;
« Qu'il sera légal de les prendre , de les tuer et de leur couper la tête, sans qu'il y soit mis em-
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 69
pêchemeiit par notre seigneur souverain le roi', ses héritiers, officiers, ou ministres , ou tous autres. » Ainsi la vérité est que le seul &it dont il était nécessaire de s'assurer, pour qu'un Anglais fût autorisé à couper la tète d'un autre homme, était que cet autre homme fut liiï Irlandais. Car si l'Irlandais n'était pas en train de voler ou ne venait pas de • voler, qui aimiit pu dire qu'il n'allait pas voler « dedans ou dehors? A comme dit le statut. Et l'Anglais, ce coupeur de tète, était constitué seul juge de l'endroit où l'Irlandais allait et de ce qu'il avait intention de faire.
* Les sectateurs de Mahomet, ^us le rapport des traitemens qu'ils faisaient subir à leurs sujets grecs, étaient des anges de miséricorde comparés aux anglais en Irlande. On eut soin aus^ de pourvoir à ce que la, loi ne restât pas sans ^^t par suite de rhumanité mal entendue d'un individu anglais, car on y ajouta un stimulant énergique, par le pa- * ragraphe suivant de l'acte :
a Et qu'il sera légal , en vertu de l'autorité dudit parlement audit porteur de ladite tête, et à . ceux qui l'auront aidé, de lever un impôt (dont ils se paieront par leurs mains) de deux. pences sur tout homme ayant une terre labourable dans la baronnie où se trouvait ledit voleur, et d'un ptHUf sur tout homme ayant la moitié d'une terre labourable dans ladite baronnie , et d'un denû-penny ' sur tout autre homnié ayant une maison et des
biens de la valeur de quarante shillings , et d'un demi-penny sur tout aub^ paysan ayant maison et fumée {smofk).
Après de tels statuts , qu ne pourra pas s'étonner ^i| k une époque ausai récente que ia vingthuitième année du règne de Henri vm, c'està-dire w l'année i537, un acte fut porté, intitulé t ^cte conir» h mariage ou l'ateooiation attec ou à de4 Irlandais.
Par cet acte il fut défendu, sous les peines les plus sévères, de se marier à un Irlandais; mais la législature ne fut pas assez peu galante pour prohiber le mariage avec des femmes irlandaises^ c'eAt été s'infliger à soi-même la plus sévère punition. £t si l'on considère l'antipathie naturelle que les Anglais de cie temps nourrissaient contre tout ce était irlandais ^cela nous fournit la plus forte preuve que les femmes irlandaises d'alors offraient * les mêmes modèles de beauté et de bonté qui les rendent célèbres de nos jours. -
Sous le règne, même de la reine Elisabeth , la législature fut animée de l'esprit de haine et de mépris contre les Irlandais. Croirait-on qu'en l'année 1569 un acte fiit passé, dans la onzième année de son règne, intitulé; actb défeicdaht a tout
U>BD ISLANDAIS OU CAPITAIME -DE CE ROTAUHE SE HDUBSIB ADCUV DES LORDS DU l^M* ROTAUHE. Par
(ïstaotc il hit décrété : >
ro Que déiiornuifi aucun lèitl ou capitaine des Ip-
OBSERVATIONS, PREUVES. Ok. O W
lapidais d'Irlande ne deyra iiourrïr un comte , vit comte, baron ou lord du même royauma} et que tout lord ou capitaine irlanda^ quiconque, qi4 désormais receyrait ou prendrait pour le nourri*" J'enfant mulier ou b&taiw d'aucun dfifulit» con^r tes, vicomtes, barons ou lordft, ^firpit r^ut^ et jugé coupable de haute trabisoa4 qu'il y aurait tout aussi bien félonie de la part 4? c^ni qui )^ vrerait que dp celui qui recevrait, le tout « l'ap* préciation et à la discrétion du lord député, gour verneur, ou gouverneur^ et ponseilji 4e ce royaut ' pie, toui^liB temps durant, » •
Telles furent les lois faites par Le fax\emmt en colonitters anglais en Irlande j tout«a dictées dam un esprit de mépris et de haine du peuple irlarndais. — Toutefois t'étenduedu territoire, a{^>art8<nant aux Anglais, fut, pendant tout ce temps, étiré* mement limitée . Ah! cotnbienla gén^ation prés^te est loin de se douter dafâft , que pendant des siè>cles l'Angleterre n'exerçaladomination qu'elle poosède aujourd'hui que sur douze de nos oopitést et que même dans ceux-ci les lois anglaises n'eureat force <]ue dans les parties en ce|ni>nient occupées par des hommes d'extraction an^aise. Sur ce point, le témoigna|p dé Davies «fit positif et décisif. — Bût., trad., pagegS,
« Il est vrai que le roi Jean créa douze comtés m tfinster et en Munster, savoir : I>ubUn, tUldare» Metb, Urielr Catherlo^, KjAkemy, We«£iml, Wa-
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terford, Cork,Liiiierick, Kerry etTipperary. - Néanmoins ces comtés ne s'étendaient pas plus loin que le territoire des colonies anglaises. Là seulement fîirent'publiéesetreçurent exécution les lois anglaises. Là seulement les juges inspecteur^ 6rent leurs tournées et leur vérification, et non pas dans les pays possédés par les Irlandais, lesquels composaient les deux tiers aij moins du royaume. Et voilà pourquoi le roi Edouard I", avant l'établissement de la cour du parlement en Irlande, fil transcrire les statuts d'Angleterre en cette fcyme. »
• Daviesreproduitalorsle décretpourla promulgation des statuts en Irlande ; c'est toujours en latiii , et il est dit être établi pour l'utilité générale de notre peuple; mais cette promulgation est limitée « aux divers lieux nous appartenant dans notre terre d'Iriande. ]> Alors Davies poursuit ainsi : « Par le décret, etpar toiïs les « Pipe-Rolls » de cette époque, il est évident que les lois d'Angleterre ne fiirent publiées et mises à exécution que dans les comtés qui fiirent alors constitués et circonscrits, et nullement dans les pays irlandais, qui fiirent négligés et laissés à leur état de barbarie et d' incivilisation, d II parait néanmoins que bien qu'il y eût ainsi nominalement douze comtés sous ta domination anglaise, ces comtés, avant le règne de Henri Vni, avaient été réduits à quatre, oa tout du moins que dans quatre seulement les lois anglaises étaient observées et mises à exécution. Car Davies, «i parlant
OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 78 des actes appelés « lois de Poyning, » après avoir allégué qu'elles furent faites pour toute l'Irlande, est contraint d'avouer qu'elles ne furent exécutées que dans une très faible partie de ce pays. Voici ses expressions, page 177:
a Et que l'exécution de toutes ces lois ne s' étendit pas plus loin que le Pale; » c'est ce quirésulte évidemment du statut de la treizième année du règne de Henri VIII , c. 3, qui relate « qu'à cette époque les lois du roi n'étaient observées, exécutées que dans les quatre comtés seulement » Et cependant était alors lieutenant d'Irlande le comte de Sturey, gouverneur très redouté des ennemis du roi, excessivement honoré et aimé des sujets du roi. Les instructions données par l'état de l'Irlande à John Allen, maître des rôles, em* ployé en Angleterre vers la même époque, en font
, également foi; entre autres choses, on exige de lui qu'il avertisse le roi que sa terre d'Irlande était tellement déchue, que les lois du roi n'étaient pas observées dans Une enceinte déplus de vingt milles ; c'est ce qui avait donné lieu à ce dicton, souvent dansla bouche des Irlandais: « Qu'ils demeuraient
' au nord de la loi, quidemeuraitau-delàdelarlvière de Barrow » , — laquelle rivière n'est pas au-delà de trente milles de Dublin. La même chose est attestée par le baron Finglas, dans son discours sur la décadence de l'Irlande , discours écrit vers la vingtième année.du règnç de Henri VIII. »
7/» l'IBLANDE ET US IRLANPAIS.
Que la tlûmination anglaise ait été réiluite aux limites pi étroites de qua^e comtés , cela nç peut être, en aucune façon, un sujet d'étopnepient pour qui sait tout le système hideux de ojauvais trair ' temens et de tyrannie qui chaque jour prévalait et était pratiqué tant contre les Irlandais que .contre la partie la plus faible des colons anglais par les plus puissans d'entrç les lords et proprié- ' taires angrais, Ces propriétaires adoptèrent et exagérèrent les dispositions les plus oppressivesdu systèqie féodal anglais, et ils y ajoutèrent toutes les injustices qui, parmi les indigènes, étaient commises par le fort sur le faible.
Le passage suivant de Davies, page 1 3 1 , démontrera quels devaient être les effets d'une telle complication d'oppression, surtout pratiquée comme elle le fut sans intermission pendant plus de quatre siècles.
CI L'usage le' plus odieux et en' même temp? le plus pernicieux était celui qu'on désignait sous le nom de coin and Ivoery (argent et livrée); lequel usage consistait à prendrechez tous les habitans du pays de la nourriture, soit pour homme, soit pour cheval, ainsi que de l'argent, à la discrétion etàla guise du solSat, qui, comme le disent très bien les Saintes-Écritures, mangeait le peuple comme s'il était dupainf il n'avait point d'autre solde. Cette extorsion ^t d'cnlgitie irlaudaiM; car c'éuut
OBSERVATIONS, PREUVES (jw. i.) 7Ç
l'habitude d'imposer Bo?taght^) aur le peuple, Lee soldats n'avaient pas d'autre paie. Mais quaD4 cette coutume fut venue à la connaissance des An- ' glais, ils en usèrent avec pln$ d'insolence, et se rendirent pins insupportables; car cette oppression n'était pae paasagère , ni circonscrite aux temps et aux lieux; coina^ç il existait partout une guerre continuelle, soit oÉFensive, soit défensive; que d'ailleurs tout seigneur d'une contrée et tout commanAit des frontières faisaient la guerre, la paix, selon leur bon plaisir : elle devint universelle et perpétuelle; c'était en vérité l'oppression la plus accablaate ,qui se soit jamais introduite dans aucun royaume chrétien ou païen. C'est pourquoi , «eo» oppretsorum, » cette énorme iniquité a attiré des fléaux aussi grands ou plus grands mèrae sur l'Irlande que l'oppression des Israélites n'en a attiré sur la terre d'Egypte. Car, bien qu'ils fussent affli- . geans , les fléaux de l'Egypte ne furent que d'une ' courte durée; mais les fléaux de l'Irlande durèrent quatre cents ans vnceêsammênt.
Les conséquences naturelles en découlèrent; nous ferons bien (nous ne pouvons mieux faire) de les décrire dans le langage de Davies :
<c Cette concussion de a coin and livery » produisit deux effets notoires : d'abord elle rendit les
(i) aSanaghtn était 1% terme irUndaia , indiqttant le drcît pour ]« MMkUd'Ali«logb«t pourrit. *
terres iacultes, ensuite ellç l'endit le peuple paresseux; car le laboureur avait-il travaillé toute l'année, le soldat cou'sumait dans une seule nuit tout le fruit de ses labeurs , ïongique périt labor irritus anni. — Aurait-il donc eu raison d'engraisser la terre pour la prochaine année? Ne pouvaitil pas plutôt se plaindre comme le berger de Vir-
gi}!-
ImpiuibiECUia culUnoTRliamîlu habcbil. * Barbarus hit icKete*? En quo diuordU dre* Perduxit miien? En (jueii conicvimus agnM?
<c II en dut résulter une diminution de popula* tioa considérable; tout ce qu'il y -avait de bons sujets dut s'expatrier et disparaître : c'est, en effet, ce qui arriva. Ceux qui restèrent devinrent paresseux et flâneurs, attendant ce qu'il adviendrait de ces misères et de ces mauvais jours. L'exces- , sive oppression jointe aux concussions dont ils étaient l'objet, a été la cause de la paresse de cette nation irlandaise, et les gens de la basse classe ont préféré aller mendier dans un pays étranger que de' cultiver chez ettx leurs* terres si fertiles (p. i32,.33).
L'oppression de nos jours produit les mêmes effets. Pendant quatre siècles, les Irlandais ont souHert des misères de « coin and livery » comme ils souffrent aujourd'hui de la dîme et des rentes quemangent les absens.llssont^core poussés hors de leurs foyers et se rendent, non pas en mendians,
OBSERVATIONS, PREUVES, (cb. i.) 77 mais comme laboureurs, sur la tore étrangère i ils s'en vont cultiver tous les sols excepté le leur.
Ainsi, durant quatre siècles, la propriété irlandaise n'eut point de protection. Un Irlandais ne pouvait soutenir une action devant les tribunaux anglais, quel que fût le tort fait à sa propriété.
Un Irlandais n'avait point de protecli5n pour sa personne ou pour sa vie. Ce n'était point aux yeux de laloi un délit ou un fait punissable comme tel, dans toute action ou procès civil, que de battre, blesser on emprisonner; tuer un Iriandaispar la . plus lâche espèce d'assassinat n'était ni félonie ni crime devantla loi. Nous fkvons vu avec quelle parfaite impunité il pouvait être et était pillé au nom de a coin and livery, »
Quelques personnes pourraiept supposer que les Irlandais ne voulurent pas accepter les lois anglaises oula condition desujets.L'Attomey-GénéralDavies nous dit cependant le contraire. A la page 87 , ilpose ainsi la question : «Mais peut-être les Irlandais d'autrefois ont obstinément refusé de se soumettre aux lois d'Angleterre et n'ont point voulu participer à leur bienfait, bien que la couronned' Angleterre l'eût . désiré; et c'est peut-être là le motif qui les faisait considérer comme étrangers, proscrits et ennemis.
« Lb cowtraibe est certaiw. »
Etala page loi, il déclare expressément: a Que pendant l'espace de deux cents ans- au moins, après la première arrivée d'Henri H en Irlande, les
ii L'IBtAKDE Et LES IRLANDAIS.
Iflandais auraient Volontierâ ettibrassé les lois d'Angleterre, qu'ils en aUt^ient accepté Je grand cœur les bienfaits et la protection ; ce qui leur ayant été refusé causa, de toute nécessité, une, guerre continuelle sur les frontières entre les Anglais et les Irlandais, a
11 paraîtrait que la raison pour laquelle le roi Edouard III, ce sage monarque, n'étendit pas le bienfait de la protection de la loi anglaise au peuple irlandais, fut que les grands seigneurs d'Irlande , les Wicklow, les Stanley, les Roden du temps certifièrent au roi « que ce serait porter dommage ou préjudice à eux, lesdits seigneurs, ou à la couronne, de naturaliser les Irlandais. »
C'est ce qui résulte d'un décret ou ordonnance adressée par ce ntonarque au lord justicier d'Irlande, où il lui commande de consulter les grands seigneurs d'Irlande et de prendre leur opinion ; lequel décret avec ta réponse se trouve parmi les 1-ôles conservés dans la tour de Londres et est cité tout entier par Davies, page 88.
Je ne renverrai pluf, pour le moment, qu'à Un seul passage de cet auteur, Attomey-Général, pour l'explication dû texte de mon premier chapitre; il se trouve à,la page 90, Hist. deê Trait,
a Je signale donc ceci comme une grande faute de la politique civile de ce royaume que, pendant Tespace de trois cent cinquante ans au moins, depuis la première tentative de conquête, les lois anglaise .
OBSÊfitATIONâ, hEÙVrfl (ch. I.) 1^
ti'dvaient [tas été Communiquées aUx trlandais; que leurs bienfaits et leur protection n'aient pas été accordés aux Irlandais,* bien qu'ils les désirassent et recbercbasgent eux-mêmes de grand cœur, car ils étaient tellement en debors de la protection de la loi, quetoutApglaispouvaitlesopprimer, les piller et les tuer sans contrôle ; comment était-il possible qu'ik fussent autres que des gens sans foi, ni lois, ennemfs de la cDUttinne d'Angleterre ? Si le roi ne voulait pas les admettre à la condition de sujets, comment ancaient-ils pu apprendre à le reconnaître et à lui obéir comme à leur souverain ? Quand il leur était défendu de parler ou faire trafic avec un citoyen, d'entrer dans une ville ou cité sans danger pour leftr vie, où se seraient-ils donc réfugiés ailleurs que dans les bois et les montagnes? et comAent auraient-ils vécu là autrement que d'une manière sauvage et barbare?» (page 90.}
Les passages que j'ai déjà cités démontrent que les Irlandais n'ont pu, malgré tous leurs efforts, obtenir aucune espèce de protection légale. Il serait fastidieux d'entrer dans le détail de toutes les horreurs inïligées par le pouvoir traîtreusement illégal des colonistes anglais. Rien n'était plus commun que le spectacle de massacres prémédités, -^ massacres commis sous le prétexte de relations amicales, et dans lesquelles les indigènes se laissèrent ^ trahir; sans cesse la foi était faussée avec les Irlandais. I^es accords et les traités, on les t'espectnt}
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80 iLIHLAlfSE ET LES IHLANDAB.
tant qu'il était de l'intérêt des colQnistes anglais de les observer, ou tant qu'ils n'étaient pas assez forts pour les violer sans Ranger ; autrement, on les foulait aux pieds.
n serait également fastidieux de relater tous les actes bien certifiés de cruauté et de perfidie, commis envers le peuple Irlandais, d'après les ordres du gouvernement anglais ou de connivence avec lui. 11 existedans le collégede Dublin un papier d'Etat d'une grande importance. C'estun mémoire présenté par un certain capitaine Thomas Lee, rédige avec grand Soin et avec une rare habileté. Il a été écrit versl'année 1594 et est adressé à la Reine Elisabeth. Il contient un rapport détaillé sur l'état réel de l'Irlande. C'était un document confidentiel, destiné à éclairer la religion personnelle de la Reine. J'aurai occasion d'en extraire plusieurs passages. En attendant, j'emprunterai à d'autres auteurs deux ou trois exemples seulement des cruautés horribles exercées contre les Irlandais parle gouvernement anglais.
Ma première citation est tirée de VSistoire d'Ir* lande de I^eland, livre XV. Il nous dit, chap. a, qu'en l'année 1679 la garnison de Smerwick en Rerry s' étant rendue à merci au lord député Gray, celui-ci ordonna d'égorçer ou pendre plus de sept cents d'entre eux.
V Cette miséricorde qu'ils imploraient, leur fut rigoureusement refusée; Wingfiel reçut l'ordre
OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 81
de les désarmer, et quand cet ordre eut été exécuté, on envoya dans le fort une compagnie anglaise, et la garnison fut égorgée de sang-froid ; ce n'est pas sans éprouver quelque peine que nous trouvons une commission si horrible, si détestable ^ confiée à sir ff^àher Baleigh. »
Il paraît, du reste, qu'en raison de cet exploit et de plusieurs autres semblables, sir Waker Raleigh reçut 4ojOoo arpens de terre, qui lui furent concédés dans le comté d'York, et qu'il vendit ensuite à Richard, premier comte de Cork. Voici un autre exemple. Il est presque contemporain et met en lumière un autre nom historique. Cela se passa peu avant la même année 1 57g.
« Walter, comte d'Essex, pour célébrer une conclusion de paix, invita Brian O'Nial de Claneboy, avec un grand nombre de ses parens, à un festin où ils passèrent ensemble, dans la plus parfaite harmonie et faisant bonne chère, trois jours et trois nuits, quand tout-à-coup O'Nial fut arrêté à l'iraproviste avec son frère et sa femme, par ordre du comte. Ses amis FnitEnr passés au filbel'épée
EK SA PRÉSENCE^ ON h'ÉPAIIGNA NI LES HOHUES NI
LES ENFANS. Quant à lui, il fut envoyé avep son frère et sa femme, à Dublin, où ils fusent coupés PAR QUARTIERS. Ce fait accrut la désaffection, et fit naître la haine chez les Irlandais; car ce chef de Claneboy était le chef de sa fa^iille , et comme il était uiniversellement estimé , il fut aussi luiiver-
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§2 L'I^^AMpE ?T \.LS IRLANDAIS.
selleinept regretté- » Ms. Ti;i7^ity çplf^ç, Dublin.
L'exemple que je vais citer se passa en l'année 1577. Il est ainsi mentionné par l'historien Morrisr sqn (éd(t. in-fol., p. 3) :
a La dix-neuvième année du règne d'Elisabeth, videlieet anno iB']'], les seigneurs de Connaught et O'Booke, dit MnrrisSQit, firent un arrangement relatiyïnjent à leurs terres avec sirWicholasMalby, gouverneur de cette province , par lequel ils consentirent à payer une si forte rente à la reine^ à rendre de si grands services , à fournir tant de paysans pour travailler aux fortifications , tant de cavaliers et de fantassins pour servir en temps de guerre, qu'ils, ne paraissaient nullement encore être dans l'intention de s'écarter de leur respect et de leur vénération accoutumés pour la couronne d'Angleterre. Toutefois, durant la même année, DH U4SSÂCRE HOHRIBLE FDT COMMIS PAR LES
Anglais A MuLLOGH^ASTOH sua plusieurs cEirrAi-
QES DE PAISIBLES GEIfÇtLSHOMMES IRLANDAIS QUI s't ÉTAIENT RENDUS SOUS LA FOI PUBLIQUE ET SOUS LA yaOXECTlON DU GpDVERHEMEHT. »
Ce massacre semble avoir été ainsi exécuté (le lieu &it maintenant partie du comté du Roi) :
a Les Anglais firent une proclamation invitant ^ùs les Irlandais bien pensans à une entrevue sur le Bathmore, à Mulloghmaston, leur offrant toute sécurité çt prenant Dieu à témoin qu'il n'y avait pas d'çnabùches. £n conséquence de ces promesses,
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OBSERVATIONS, PBEWES. (q«. i.) ||
l€« Irlandais bien pensaps vinrent audit RaUnuorei un in&tant après iju'ils furent tous rassemblés, trois ou quatre lignes de cavaliers et de fantassins ar^ mes de pied en cap les enveloppèrent, 1^ attaquèrent lâchement et les taillèrent en pièces. Pas un l^onune n'échappa. »
Ceci paraît être un des massacres particulièrement mentionnés par le capitaine Lee dans son Mémoirç. ^ parlant de la perfidie et de la cruf^uté du geuvernenient anglais en Irlande, il dit ;
« Ils attirèrent au milieu d'«u¥, leur promette! protection, trois ou quatre cenift habitans de la campa^e, sous prétexte de Êûre le service de Votre ÏSajesté , çt les antenèrent à un lieu de rassenibloloent m les soldats de la gamispn reeurent l'ordre 4e se rendre et de les passer tQU4 par les «rm^- Cela fut tait pu cohsentïweitt et avec s>a pajitioifATioif un Lo&D-piPUTi, A CErrc épOQDE... n ' Les actes (le cruauté commis «ontre les individus çt les familles isolées sont peut-être plus déchirons encore que les massacres en masse auxquels j'ai Eût allusion- La citation suivante est tirée de VBistoire d'Irlande j de Morrissou, fol. lo :
« Vera l'année i Sgo , M'Mahoa, chef de Mo* aagban, qui, sa vie durant) jivait remis le pays qu'il possédait entre les mains de Sa Majesté et en avait obtenu la ré-concession »ou& le large sceav d'At^leterre pour lui et ses héritiers mâles et, à leur défaut, pour son frère Hugh Koe M'Uabou,
.:L,UOO^^lC
avec d'autres réserves. Or, cet individu étant niort sans enians mâles, son frère se présenta pour recueillir sa propriété et être établi dans son héritage, espérant être protégé et favorisé en sa qualité d'impétrant de Sa Majesté; mais il se trouva, au dire des Irlandais, qu'on ne voulut point admettre ses prétentions, s'il ne promettait six cents vaches; car tels étaient les présens forcés, jamais d'autres, qu'on exigeait des Irlandais; il fut ensuite mis en prison pour ne s'être pas acquitté en totalité du paiement. Cependant il fut relâché au bout de quelques jours, avec la promesse que le lord-député lui-même irait Rétablir dans son comté de Monaghan, où Sa Seigneurie se rendit en effet quelque temps après, en société de M'Mahon. A leur arrivée, le gentUbomme fut chargé de chaînes; et deux jouris après il fut accusé, jugé et mis à mort devant sa porte ; et le ' tout fut, au dire des Irlandais, exécuté par des officiers que le lord-député avait amenés avec lui et à cet effet de'Dublin. il fut condamné pour crime de trahison ; or, cette trahisonconsistait encela, que, deux ans auparavant, prétendant qu'une rente lui était due au-delà de Fearney, il leva des troupes et opéra une saisie, chose qui, d'après la loi anglaise, ajoute mon auteur, peut bien être une trahison, jnais qui, dans ce pays , que ne régissait auparavant aucune loi, n' était pas considérée comme un fait rare ni comme un grand délit. Le maréchal, sir Henry Baguai, eut
/ i..-.-.iA,ooglc
OBSERVATIONS, PREUVES, (ce. i.) 85
une partie de ce pays ; le capitaine Hensflower en fut nommé sénéchal et eut la principale maison de RTMahon et une portion des terres; à divers autres furent assignées des parts moindres. Les Irlandais n'hésitèrent pas à dire que ces hommes avaient tous tramé la mort de M'Mahon , et que chacun d'eux avait reçu un' lambeau de sa dépouille pour son salaire, a
Je choisirai un autre exemple parmi la foule d'affaires semblables rapportées par Lee dans sou Mémoire.
<f Les Irlandais, qui ont une fois commis un délit, dit Lee dans son Mémoire, ^'ivraient-Us ensuite le plus honnêtement du monde, sont sûrs, s'ils deviennent riches , d'être tués de manière ou d'autre. »
£t de ce, qu'il avance , il donne le lamentable exemple que voici :
« Dans un des comtés de Sa Majesté demeurait un Irlandais, vivant en bon, paisible et tranquille sujet , pendant bien des années, il devint par cela même très riche ; sa prospérité ayant excité la cupidité de son propriétaire, ce dernier désira l'éloigner de ses terres, et il entama avec le shériff du comté un arrangement à seule fin de dépécher cet homme simple et partager entre eux sa fortune. Ils l'envoyèrent en conséquence chercher par un de ses propres domestiques , et celui-ci étant venu avec
lui, ILS LE SAISiaEITT IMH^IAIEHEin ET LE FEITBI-
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M L'IRLANËË Ef LES IRLANDAIS.
REirt ; louant ttu mAttte, Us le gardèrent en prison , et 8é rendant iulmédiateiuent à sa demeure , ils partagèrent entre euï ses biehs qui étaient d'une grande valeur, chassant sa femme et ses nombreux enfans, réduits à mendier pourVivre. Après l'aVoir ainsi gardé en prison, durant Une saison entière^ chez le shétiff, on l'amena au chàteail de DubliQ, où il resta au secret pendant dmix ou ttoii mois; et comme il b'y arait contre lui aucotie chaîne qui le fit Justiciable de la loi, les spoliateur^, qui jouissaient d'un grand crédit et d'une grande inâuehcç^ étant tous les deux gentilshommes anglais , et de plus, beliii qui était le propriétaire, le principal persoiiHage du comté, racontèrent au Ibrd-député de telles choses Ap lui, que sans accusation ou procès formel, on l'exécuta, au grand scandale des états de Sa Majesté, et à la honte de ses lois. Voilà pourtant , ajoute-t-il , des exemples de la justice que l'on administre atix pauvres sujets de Votre Majesté; »
Bes actes individuels de ce genre rendent l'oppr^sion plus sensible à l'esprit humain et se gravent plus profondément dans la mémoire , précisément en raison de leur caractère d' individualité; Bs expliquent en même temps le/oiW du système. En eSet, ib le mettent plus sévèrement et plus distinctement en lumière aux yeux de la raison et du boii sens. Mais il ne faut pds perdre de vue le tableau pftts g^îérâî de» crimes commis par le gorttferBé-
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OBSERVATIONS, tREUVES! (ch. i.) M taent, et avec la sanction des persoîirlages qui de temps à autre agissaient cotDtne députés dii souverain et étaient à la tête de ce gbtiverhement.
Voici un passage de fcette espèce, emprunté àù même Mémoire :
a II y en a aussi plusieurs autrfes que' Votre Majesté avait amnistiés. Ils étaient, avant ce pardon, considérés comme des hommes dangereux, mais depuis ils avaient vécu avec la plus patfdite loyauté, et avaient mêoie rendti dé grands services à Votre Majesté. Qu' est-il arrivé cependant? Sur de simples Soupçons inspirés au lord-député, que, nonobstant leur pardon, ils pilleraient les sujets de Votre Majesté, ON LEDR DEMANDA CÀUTIOK POTJR PARAÎTRE
Apk proChaihes assises. Forts dé leur coiiscience, et se sachant sans faute , ils prirent Volontiers cet engagement et comparurent; iine fois là , (aucune charge n'existant contre ÊUx) ils furent accusés seulement d'avoir assisté en compagnie de quelques-uns des serviteurs de "Votre Majesté, à l'exécution de traîtres notoirement connus, et POtjR CELA SEULEMENT ils ôut été proclsmés coupables de trahison et condamnés à perdre la vie ! Et cette iniquité a été commise dû consentement de vos députés. »
Mais Ce n'était pas la perfidie seule, quelque hideuse et Sangiynaire qu'elle fût, qui formait, comme on peut dire, la base priiicipale du gouvernement anglais en Irlande. L'assassinat di-
RECT, — l'assassinat EN GROS — était un arme de ce gouvernement ! En un mot, il n'est point de crimes commis par l'homme sur son semblable, ou inventés, dans leur satanique méchanceté, par les furies de l'enfer, qui n'aient fait partie de^ moyens ordinaires employés par les Anglais, dans le gouvernement de l'Irlande , durant la période mentionnée dans le premier chapitre, et à laquelle se reportent ces explications.
Donnons encore un exemple , emprunté à ce Mémoire, d'une scélératesse fi» ^rod;
« Il y avait des traîtres insignes , des traîtres en rébellion ouverte contre Votre Majesté, et dont la tête avait été mise à prix ; ces individus ne purent néanmoins jamais être saisis- A la fin cependant, et cela de leur propre mouvement, ils se soumirent et trouvèrent moyen d'obtenir leur pardon, en offrant de rendre de grands services , chose qu'ils exécutèrent à la grande satisfaction de l'état. Ils reçurent donc leur pardon et donnèrent des sûretés pour leur bonne conduite, avec l'engagement de comparaître aux assises et sessions, quand ils en seraient requis; toutefois il t a eu , honob-
STAMT , DES COMMISSIOITS SECRÈTES DOHHÉES POCR
l'assassinat db ces hobihes! I ! n
On a peine à croire que ces atrocités aient été commises par un gouvernement qui s'intitule chrétien, et par un peuple qui s'intitule aussi chrétien.
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 89
Cependant, ce sont des faits, — faits d'uD gouvernement et d'un peuple, protestans et anglais, enregistrés non pas par des écrivains catholiques, ou hostiles , mais par des historiens protestans et des officiers protestans, revêtus de hauts commandemens , et de haute autorité sous la couronne protçstante d'Angleterre : ces pièces sont en général adressées au souverain, et sont, quant aux détails des faits, d'ime authenticité qu'il est impossible de révoquer en doute.
En voici un échantillon :
« Un puissant seigneur d'un pays étant mort , il lui lut nommé, choisi et créé un successeur, qui fut amusé par de beaux discours et conduit dans son pays ; puis ont été formulés contre lui desactes d'accusation , pour des délits commis par d'autres individus, sur quoi il a été trouvé coupable et a ainsi perdu la vie; ce qui a fait naître chez d'autres grands seigneurs une telle frayeur de semblables mesures , qu'il ne faut pas chercher ailleurs la cause de ce qu'ils insistent sur les termes, comme ils le font aujourd'hui, a
Voici un autre échantillon :
« Une grande partie de l'inquiétude qui se répandit dans le pays d'O'Donnell, vint de ce que sir William Filzwilliams y plaça, en qualité de shériif, un nommé Willis, lequel avait avec lui trois cents de ces bélîtres eux-mêmes , l^^cdme
SE CE ROTAUHÏ 1 QVl VOLÈRBIIT ET* DÈPOÇILI^^BSTS
iV L'IRLANDE £T LES tRLANMtS.
CÉ PÈBPLS , TÏOLÈREHT tES FEMMES ET LES FILLES ,,
ET FihfeHT MAiH-BàSsE SUR TotT; CB qtiî 6t tiaîtrc tant de tiiéconteutëhient que tout le pays prit les armëé Cbntt* eux, de manière que, si le comte de Tytofie ne les avait pas délivrés , en les faisant évader du paya , lui tomprls, ils euâsent été tous passés ail fil dé l'épée. »
Les sauvages de la Nouvelle-Zélande n'ont jamais été et n'ont jamais pu être coupables de barbaries semblables à celles commises pat- les monstres qui administrèrent le gouvernement anglais en Irlande.
Vdic* on autre tableau de l'état de l'Irlande, sous le règne d'Edouard 11. Je le transcris afin de mcmtrer que l'intervalle des siècles n'y fait rien, et que la politique anglaise a toujours été la même. Cette description est tirée de l'histoire d'Irlande, écrite par un membre distingué du clergé protestant, nomipé Leland.
Voici ses propres expressions :
« L'oppression exercée avec impunité dans chaque district parliculièr, leà déprédations partout commises parmi les classes inférieures du peuple , ntn pas seulement par des ennemis déclarés, mais . pat" ceui qui prenaient le titre d'amis et de protecteurs, et qui coloraient leurs outrages du nom spéfcieux d'autorité légale; feur avarice et leur cruauté; iétit-è piUtt^es et MASsiCREs , étaient plus désas- If^Ué MfcM^ ^tte Ai dé/hite d 'une armée <m la perie
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OBgiRVÀÏlMrSi PMtJVES. 0«. i.) 9»
d'«H6 vUle^ Les malheureuses victitaes n'avEliArtt ni le pouvoir de repotisGer la force par la foreé, ni la protection d'aucune loi pour répriiUei' du Tenger leurs offenses. Dans des temps de commotkm générale) les lois fussent-elles faites arec 'la plus grande sagesse, et administrées avec la plus stricte équité^ lie serrent qu'à peu de chose; Mjus aiobs la sochce m£me de la jdstioe publique ÉTAIT EHPOlSOHIf^ ET CDKKOHtDB.' Lelahd,
lÏTrelI, cfaapt 3.
Dans un prècéclent passage, Leland nous avait indiqué la cause réelle de la prolongation et du maintien de cet horrible système de mauvais gou- Tcmement, et nous retrouvons le même principe, la même influence corruptrice, au fond de la conduite des grands che& orangistes d'aujourd'hui.
K La véritable cause qui j pendant longtemps, s'est opposée étalement à la réunion graduelle âes races irlandaise et anglaise sous une même forme de gouvernement, fut que les grands colons anglais trouvaient un intérêt immédiat à ce qu'il fut laissé un libre cours à leurs oppressions; à ce pie plusieurs de ceux dont ils convoiTAiEifT les TEBBEs fussent considérée comme ÉTRANGERS (« Aliens y>); à ce qu'eux-mêmes trouvassent dam des exactions arbitraires les moyens de aubrenir i kMrépétite» gi^etfre», et enJSft à ce que dans lenrs ^pmé et iDmft mSBtaenmUsfiUMitâ-di/kfnA
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deâ terreurs d'un tribunal rigidement impartial et sévère. » — Leland, livre II, chap. i.
Je citerai un autre passage du même ecclésiastique protestant, Leland; ' — parce qu'il décrit le madus agendï adopté pour Toppression des Irlandais. Ce modua ajwnt^t consistait à remettre le pouvoir et l'autorité entre les mains de personnes qui, tout en ayant leur résidence en Irlande, aiïectaient d'être les amis du seul intérêt anglais. C'est tout justement l'histoire des Orangistes du temps présent. Le pouvoir fut donné, et l'administration des affaires conférée, à des individus dont Vunique attachement à la coniïtexion anglaise était qu'il leur donnait les moyens de commettre le crime avec impunité. Ces individus fabriquèrent des outrages , ou exagérèrent tous les crimes qui avaient pu être réellement commis.
Ils furent en conséquence revêtus de l'autorité pour réprimer les troubles et maintenir la paix. De ce pouvoir ils firent naturellement et , a vrai dire, nécessairement, abus. Mais je ferai mieux de me servir des expressions de Leland lui-même :
« Excès, rapines, MASSACRES, et tous les terribles effets de l'anarchie, en furent les conséquences naturelles. Toutes les petites factions qui, tous prétexte de loyauté, reçurent commission du roi pour repousser les Irlandais hostiles dans quelque district particulier, devirrent dks ek^temis
PESTJEilUIS POUB LES QABITANS. LeUrs propriétés,
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 9»
leurs f »M, LA CHASTETÉ DE LEURS FAMILLES furent eiftièrement livrées aux barbares qui ne cherchèrent qu'à fissouvirleurs passions brutales; et par leurs horribles excès, dit Tannalyste, ils s'attirèrent la malédiction de Dieu et des hommes. » — Leland, livre II, ch. 3.
Que l'oç encourageât ces désordres et ces crimes, ou dumonis qu'ils nefussent défendus ni par les paroles, ni par l'exempte des vice-rois anglais, c'est un triste fait qui apparaît sur chaque page de l'histoire d'Irlande. Ils ne pouvaient pas, sans insigne hypocrisie, désapprouver chez d'autres ce qu'ils pratiquaient eux-mêmes sur une plus grande échelle. Ce qui suit est le récit général que fait à l'égard des vice-rois irlandais le même historien protestant que j'ai si souvent cité :
« Éloignés du siège suprême de la puissance, et ayant l'avantage de pouvoir faire tels rapports qu'il leur plaisait de l'état d'Irlande, les vice-rois anglais agissaient <avec moins de réserve. Ce qui les tentait en général, ce qui leur taisait convoiter là direction d'un État en désordre, c'était l'amour du gain particulier, et ils poursuivaient leur objet
SAMS DÉIICÀTESSE HI INTÉGRITÉ ; QUELQUEFOIS AVEC
CITE vioLEMCE iiTHUMAiHE. » — Leland, livre ill, chap. I.
En parlant du départ d'un d'entre eux sous le règne d'Henri VI, Leland a un passage assez court qui, avec une petite variante dans la phrase, pour-
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U L'IHI^NBfi ET hm IBUNOAIS.
vaxt servir à décrire le caractère général des gou-
verDeurs anglais d'Irlande.
a Furaivàl (le gouverneur en chef) partit, emportant avec lui l'exécration de tous ceux (clergé et laïques également) dont il avait ravagé U$ terre»; capturé les châteaux, altéré ha /ortunea par sm •xtormon» tt tea exacfitma, ou qui avaj^nt partagé la misère provenant des dettes qu'il laissa derrière lui. » — Lêland, livre lïl, chapitre i .
*On observera que les go^verneu^s anglais se conduisirent avec la même perfidie et avec la même cruauté tout au^ bien envers les descendans des Anglais qu'envers les Irlandais indigènes eux-mêmes, et cela sans distinction aucune. Rien ne saurait surpasser la bassesse des moyens auxquels le gouvernement tuoauire de l'Irlande eut recours sans rougir. J'emprunterai aux chroniques de Hollinshed un exemple du système adopté sous le règne de Henri VIU pour mettre fin à la révolte de lord Thomas Fitz-Gerald.'Les parjures, tes meurtres et ks blasphèmes concoqrent si richement à couronner le fetîte de l'atrocité et de la bassesse, qu'ils peuvent servir k démontrer dans quel esprit l'Irlande était gouvernée. Le passage de Uolhnshed est ceci :
« La lutte s'engagea si furieuse entre Fit2-Gerald et sir William Brereton, que les deux partis se trouvèrent bien plutôt réciproquement endommagés par )e carnage, qu'avancés l'un ou l'autre par une
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OB^EBVATIpNS, PHEPVE^. (m- i) 8*
grande victoire- C'est pourquoi maître Brereton s' étant aperçu que les grps filets n'étaient pas les ipeilleurs pour attraper des oiseaux qui avaient la vie si dure, \\ conseilla au lord député d'amener, par de belles paroles, FîTz-Gerald à entrer en raisonnable composition. I^ conseil pUit au Ion) député, qui sollicita une conférence et envoya plusieurs Anglais en otages au camp de Thomas, avec un sauf-conduit à li^L adressé, pour aller- et venir à sa volonté et selon sonbon plaisir. , i
a Àyantsurcettegarantie,engagéunQconférence avec lord Greie, il fut amenéàs' en remettreàla clémence du roi, avec lapromesse éolemneUe et i^duHtabledu gouverneur qu'il obtiendrait stm pardon quand il se rendrait en Angleterre. Et afin que nulle perfidie ne pût être soupçonnée ni de Vun ni de l'autre côté, its reçurent tocs les deux oo-
VEBTEMENT AU CAMF LE SACREMENT, COmme SCeau
infaillible de l'accord et des conventions faites de part et d'autre. Là-dessus Tho,maa Fitz-Gerald, bien contre le gré de ses conseillers, renvoya son armée, et partit avec le député pour Dublin, où il ne resta que peu de temps. Il fit voile pour l' Angleterre avec des lettres favorables du gouverneur et de son conseil. Ët> comme il se disposait à pousser jusqu'à Windsor où la cour se trouvait, il fut arrêté dans les rues de Londres, contrairement à son attente, et conduit immédiatement à la Tour i £t avant que le bruin de son emprisonnement ne
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se fût répandu, des lettres furent expédiées en toute Mte en Irlande , contenant, pour le député, l'ordre impératif de faire, aussitôt leur ouverture, arrêter les oncles de Thomas Fitz-Gerald et de les embarquer sur-le-champ, pour l'Angleterre, ce que le lord député ne manqua pas d'effectuer tôt et vite : car après avQÏr/eetoyé trois de ces gentilshommes à Kilmainan, immédiatement après le festin (ainsi l'on voit quelque/bis la viande douce avoir une sauce aigre), il leur fit hettre des menottes ET LES Frr COKDtflRE COStHE PRISOKniERS AD
CHATEAU DE DuBLm4 et les deux autres furent si promptement happés dans des villages tout près voisins,qu'ilssentirent plus tôt leur captivité qu'ils n'eurent avis du malheur ^e leurs frères ! Au premier vent qui souffla vers l'Angleterre ces cinq frères furent embarqués , à savoir ; James Fitz-Gerald, WalterFilz-Gerald , Olivier Fitz-Gerald, John Fitz-Gerald etEiehardFilz-Gerald. Trot s de ces gentilshommes , James , Waller et Richard , étaient connus pour avoir traversé leurneveu, Thomas, le plus qu'ils avaient pu, dans sa rébellion , et ne devaient donc craindre aucun danger ! Mais ceux qui , à cette époque étaient les ennemis de leur maison, irritèrent tellement le roi contre elle, lui persuadant qu'il ne ferait jamais la conquête de l'Irlande tant qu'aucun Géraldine respirerait dans cette contrée, que, pour en aplanir la route, il résolut d'artacher en même temps les grappes de
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 97
raitm bon et/raU et lea grains gauvaget et aatu utilité; d'où i)ous est appert combien il est dangereux d'être un embarras lorsqu'un roi est disposé à balayer rallée!» — Sollinahed, VI, 3oa.
o Le trois de février, Thomas Fitz-Gerald et ces cinq irères, ses oncles, furent pendus, tirés et écartelés k Tybume, et le bruit en courut sur-lechaoïp tant en Angleterre et en Irlande que dans les pays étrangers! » — Idem , 303.
Un incident qui eut lieu durant la giierre avec lord Thomas Fitz-Gerald vaut la peined'étre rap porté :
« Cent quarante de ses soldats (c'est-à-dire de lord Thomas Fitz-Gerald), eurent ]e malheur d'être surpris et &its prisonniers; et comme la nouvelle fut reçue que les rebelles avançaient et se préparaient à donner bataille, ^effîngton (le gouverneur), avec une barbare précaution, ordonna de faire main basée sur ces malheureux; ordre qui fut exécuté si efficacement qu'il n'y en eut qu'un seul qui échappa au carnage.)) — Leland, livre III , chap. 6.
Il ne faut pas oublier que, pendant l'espace de plus de quatre cents ans, le régime ordinaire auquel étaient soumis tant les Anglais que les Irlandais placés sous la juridiction du gouvernement anglican, était la loi martiale dont on se servait comme si elle disait partie du droit commun de l'Irlande. HoUinshed rapporte l'extrait d'ime commission
n LIBUNDE rr les tBLjVNDilS.
pmtr tester la 1<m iaBrtnk, qui mtit la ^îie d'être oilé et conaevé :
o Le lord-juge de Watorford, sur l'avisdeB trou» blés tous les jours croissans, envoya une commission, en date du ii février, à sir Warham Sentleger pour être prévôt martial (Frovost marshall), ^autorisant à procéder , d'après la coutume du droit des armes, contre tous les dalinquans , selon que la nature de leurs délits l'aura mérité, pourvu que la partie délinquante ne fut pas en état de dépenser 4o shillings par an en terres ou annuité , ou ne possédât pas lo livres en effets mobiliers { à cette En aussi qu'il puisse à bon escient parlementer ou entrer en pourparlers avec tout rebelle si lui accorder un sauf-cotiduit pour dis jours ; qu'il barmissa tous les paresseux et raendians valides; qu'il arrête les proscrits et les voleurs, et
FASSE PASSER PAS LES ARilES TOUTES LES PBRSOITITBS
pAiMiAHTEs PRISES DE hoitI qu'il donuo Ic nom OU les noms de ceuK qui lui refuseront aideetsecours; qu'en faisant son service, il prenne ta nottrriture des chevaux et des hommes partout où il lui plaira pour une nuit dans la maimn de tftii fue ee saitj que tous gentilshommes et seigneurs lui remettent un livre avec les noms de tous leurs domestiquas et gens de l«ir suite ; qu'il fasse exécuter tous les* statuts contre les négocians et les autres lois pénales, et voie à ce que ces mêmes statuts et lois pén«le8 soi«it lus et proclamés dans toutes les égli-
se byGooglc
OBMRVATIQIfS, PREUVES. (oEAt. ,.) 0»
sM par le prêtre et le curé des susditQs ; qu'il certifie chaque mois au lord-juge combien de personne* il ^ra fait exécuter et mettre à mort avec un état joint de leurs crimes et de l^irs qualités. Suivent divers autres articles qui se retrouvent habituelle' mont dans toute commission délivrée pour l'exéoution de la loi martiale. » — HoU»n*hedy\ï, ^ng.
Nous ne donnons cela que comme un spécimen.
Il en e^t fait mention comme d'une pratique ordinaire, et l'un des chefs gouvemeurs s'exprime ainsi à cet égard : l'on verra qu'il parle de donner ce pouvoir à divers individus; ainsi il n'avait pas de scrupules, quant aux p»«onnes à qui il le confierait : « J'aceordai aussi à divers indieidus le pouvoir d'exécuter la loi martiale y et je Imsai à sir Edmond Butler et à Patricjt Sherlock la faculté de lever et d'entretenir des hommes pour poursuivre les proscri]:s et les gens pour qui personne ne voudrait répondre. J'ai appris que d^uis lors quelques-uns ont été exécutés. » — Sydney, l, ai.
Que des po^cmnes aient éké exécutées par application de la loi martiale en teoips de profonde paix, cela ne peut être l'objet d'une controverse. « Le lord Dillmi affirma que la loi martiale avait été pratiquée, et que des hommes avaient été pendus en vertu de cette loi en temps de paix . » — Nalson,
Je ferai encore une oitation pour établir qu!en Irlande, il était Hea ent^idu que ^s officiers de
fOÛ L'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.
!a couronne pouvaient si^pendre la loi coin mune quand bon leui- semblait, pour y substituer les cours militaires. « La loi martiale est si fréquente et ai ordinaire en Irlande qu'on ne saurait le nier; et elle y est si peu oiîfensive que la loi commune n'y faitaucune exception!!! » — Rusworth, VIII, 198.
Nous pouvons nous faire une idée de la manière dont procédait la loi martiale par l'exemple suivant que je trouve dans l'Histoire d'Irlande, par Cox. a Les officiers du comte d'Ormond firent une plainte contre Lovell , shériff du comté de Kilkenny, parce qu'il avait exécuté la loi martiale sur plusieurs criminels ayant des terres et des biens qui auraient été confiscables par le comte en vertu de leur mise hors la loi, et parce que le ehéri/f s'était emparé desdites terres et biens pour son propre compte. » Cox, 395.
Le résultat de tous ces abus et de toutes ces oppressions fut l'abolition presque totale de la puissance anglaise, même dans ces parties de l'Irlande qui avaient été envahies par les Anglais et soumises à l'autorité anglaise.
On a publié dernièrement im document, dont quelques extraits donneront une parfaite' connaissance du véritable état de l'Irlande, pas plus tard que sous le règne d'Henri VIII. On trouve le document auquel je fais allusion dans le second volume des Papiers d'État publiés depuis peu,
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OBSERVATIONS, PREUVES, (chu-, i.) lOt sous l'autorité d'une commission de la Couronne et contenant les Papiers d'État du règne de Henri VIII. Ce document parait être un rapport fait à ce monarque, touchant l'état de l'Irlande, avecunpiande réforme. Il démontre qu'il n'y avait pas moins de huit comtés qui , bien que terre de comté, ne reconnaissaient cependant pas l'autorité de l'Angleterre : et cinq autres comtés, dont la moitié désavouait l'autorité anglaise; dans ces comtés était compris le comté même de Dublin.
Il n'y avait, en outre, pas moins de soisante districts, appelés «Régions,» entièrement sous le gouvernement et l'autorité des chefs Irlandais; et ce qui paraîtra plus surprenant encore à ceux qui n'ont aucune connaissance de l'histoire d'Irlande, il n'y avait pas moins de trente autres «Régions» ou Districts, sous la domination des chels d'extraction anglaise pure, qui ne reconnaissaient cependant pas l'autorité anglaise et ne voulaient pas ■s'y soumettre. Il vaut mieux donner les termes précis du document ; et d'abord, par rapport aux a Régions » Irlandaises, nous trouvons le passage suivant :
a Et avant tout, que sa Grâce comprenne bien qu'il y a plus de soijcante contrées appelées Régions, en Irlande, habitées par les ennemis du roi : telle région aussi grande qu'un comté, telle autre plus, telle autre moins, à peu de chose près ; telle, aussi grande que la moitié d'un comté
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lOJ LiHLANDE £î tfiS IlttANDAtS.
et telle, un peu plus petite; là règiiraf plus de stiixatlte capitaines en chef, dont quelques-uns s'appellent dans leur labgue Rois , d'autres Pairs du Roi) d'autres Princes, d'autres Ducs, d'autres Archiducs, qui ne Vivent que par l'épéeet n'obéissent à aucune autre personne temporelle, mais uniquement à eux-mêmes qui sont forts i et chacun desdits capitaines fait la guerre et la paix pour luimême , et il tient son territoire par l'épée, et il a juridiction impériale dans se% limites, et il n'obéit à personne autre, soit anglaise, soit irlandaise, sauf seilletuetit à tels individus qui puissent le vaincre parfépée. »
Ensuite, par rapport alix che& anglais, il y a ce
a Qu'il y aussi plus de trente grands capitaines de nobles familles anglaises, qui suivent le même ordre irlandais et observent les mêmes règles , et chacun d'eux fait la guerre et la paix pour luimême, sans aucune permission du roi, ou de toute* autre personne temporelle , sauf de celui qui est le plus fort, et de tels qui soient en état de les Subjuguer par l'épée, »
Ensuite, quant aux comtés qui avaient désavoué l'âuloritéanglaise, nous trouvons le passage suivant:
« Suivent ici les noms des comtés qui n'obéissent point aux lois du roi, et qui n'oht ni juges, ni shériffe, sous le roi :
4 Le Comté de Waterfbrd,
OBSERVATIONS, PREUVES. («aAr. i.) ItS
d Le comté de Corhe,
« Le comté de Rilkenny,
a Le comté de Lymeryk,
« Le comté de Kerry,
a Le comté de Connaught,
a Le comtédeWolster(i);
« Le comté de Carlagh (ï) ;
« Le comté d'Uryell (3) j
« Le comté deMeath(4);
« Moitié du comté de Dublin ;
« Moitié du comté de Kildare ;
« Moitié du comté de Wexford.
Toutela race anglaise desdits comtés a les coutumes irlandaises , la langue irlandaise et les coil* ditiotis irlandaises, excepté les cités et villes fortifiées. »
Il faut remarquer qu^ Gonnaught entier était regardé à cette époque comme ne foritaanl qu'un comté, quoiqu'il en contienne à présent plusieurs; et qu'Ulster en entier n'était nommé que comme un seul comté, quoiqu'il en ait à présent plusieurs. Du passage qui suit, il appert quelle misérable portion de l'Irlande reconnaissait l'autorité du monarque anglais.
c Ici suivent les noms des comtés soumis aux lois du roi :
(0 C'cat-à-dire Ubttr.
(a) Carlow.
(3) Uonagbao.
(4) WetUnealh.
K Moitié du comté d'Uryell (i) par estimation;
<t Moitié du comté de Meath (i) ; ~
« Moitié du comté de Dublin;
« Moitié du comté deKildare ;
a Moitié du comté de Wexford.
a Tous les gens du commun desdites' moitiés de comtés qui obéissent aux lois du roi, sont pour ' la plupart Irlandais de naissance , d'habitudes irlandaises et de langue irlandaise. >
On verra par un autre extrait combien était complètement reconnue l'indépendance des chefs irlandais par les autorités constituées anglaises » . quelles qu'elles fussent.
« Ici suivent les noms des comtés anglais qui sont tributaires des barbares Irlandais :
a La baronnie'de Lecchafaill, dans le comté de Wolster, au capitaine de Clanhuboy, paie annuellement 4o liv. st.; ou autrement à Oneyll, selon que l'un des deux est le plus fort.
Le comté d'Uryell paie annuellement au grand Oneyll, Ao liv. st.
« Le comté de Meath paie annuellement à O'Conor, 3oo liv. st.
a Ijc comté de Kyldare paie annuellement audit O'Conor, 20 Hv. st.
(i', Loulh.
(3) Le conté dillMtliacluel.
OBSEBTÂTIONS, PREUTES. (cup. i.) 1«»
« L'échiquier du roi paie annuellement à SFMo: rough, 80 marcs.
« he comté de Wexford paie annuellement à ATMorough et à Ârte Oboy, 4o liv. st.
«I Le comté de KiUtenny et le comté de Tipperary paient annuellement à O'Carroll, 4» liv. st.
« Le comté de Limerick paie annuellement à O'Brien Arraghe, en monnaie anglaise, 4oliv. st.
«c Le même comté de Limerick paie annuellement au grand O'Brien, en monnaie anglaise, 4oliv. st.
a Le comté de Cork, à Cormac AfTeyge, paie annuellement, en monnaie anglaise, 40 liv. st.
a Somme totale : 740 liv. st. »■
Le passage suivant est très caractéristique. ,
a De plus, il n'y a de soumises constamment au^ lois du roi, que la moitié du comté d'Uryell, la moitié du comté de Meath, la moitié du comté de Dublin, la moitié du comté de Kildare; et il y a autant dejuges'dubancduroi, et deplaids communs, autant debarons de l'échiquier, d'offîciers, de ministres, de clercs, dans chacun de ces comtés, qu'il yen eut jamais, quand toute la plus grande partie de ce territoire était soumise à la loi. » (P. 9.)
On voit ainsi que l'esprit d'agiotage était aussi vivace en Irlande sous le règne de Henri VIII, qu'il •l'est de nos jours.
Le document qui m'a fourni ces extraits contient un plan pour la réformation des abus du système gouvememenlal en Irl^iulç, qui parait avoir
été dicté par un Mprit trèi impfulial. C'est un document réellement fort curieux. Le lecteur sourira peUt^étra au passage que voici :
n Aussi est-ce un bien vieiix pravetbe que « l'orgueil de la France, la perfidie de l'Angleterre et la guerre d'Irlande n'auront jamais de fin.» — Ce pro* verbej en ce qui concerne l'Irlande, ne mentira jamais, à moins que Dieu n'inspire aux hommes quelque nouveau remède, jusqu'à présent introu-, vable. »
Itnposer à l'Irlande une constitution civile, tel ' était le but que se proposait l'auteur du document en question. Voici de quelle drolatique manière il termine son argumentation en faveur de l'adoption de ses plans pour la conciliation de l'Irlande :
« La prophétie est que le roi d'Angleterre mettra cette terre dans un tel ordre que toutes les guerres de ce pays, d'où découlent tous les vices qui le souillent, cesseront pow jamais, et après CïLA, Dieu accordera une telle feveur et fortune au même roi, qu'il soumettra, avec l'armée d'Angleterre et d'Irlande, le royaume de France pour jamais à son obéissance, et délivrera les Grecs, et recouvrera la grande ville de Constantinopïe, et vaincra les Turcs, et conquerra la Sainte Croix et la Terre-Sainte, et mourra empereiu* de Rome, et une * félicité éternelle sera sa fin.» (P. 3i.)
Ah! cotnrae le dernier paragraphe de la pièce en question d^ontre d'une manière expressive
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OBSERVATIONS, PHEUTES. (cba». i.) 107
qu'il ett d'une mtuvaise poUtûpia de mal gouvorner l'Irlandel Ecoutons l'écrirain :
« Que si cette terre était une Ibis en ordrâj comme je l'ai déjà dit, ce serait tin véritable paradisr un délicieux séjour de toute plaisance, à eati* mer et priser au-deaau* de toute autre terre dans M monde, vu qu'il n'y eut jamais nul étranger ou Âubaint grand ou petit, qui de son plein gré l'aurait quittée, nonobstant lesdits désordres, s'il 7 avait eu pour lui moyen d'y demeurer, en conservant son honnêteté saine et sauve; encore pluB grand serait son désir, si l'ordre était une fols établi dans le pays. » (P. 3i.}
Je me suis arrêté longtemps sur ce papier d'état, où j'ai puisé les extraits qui précèdent, parce qu'il sert à mettre en lumière la v^itable cause pour* quoi le gouvernement anglais a toujours pu conserver en sa possession une partie de l'Irlande. On a souvent dranandé pour quelle raison les Irlandais qui privèrent le gouvernement anglais d'une si grande partie de ceUe île et le renfermèrent dans des bornes si étroites, n'ont point entièrement expulsé ce gouvernement et n'en ont pas établi un qui leur fiît propre? Ce document expose aussi trèsttlaiic> ment les causes qui ont empêché un résultat si dési" rable. Il démontre que les Irlandais n'ainent jamais un point d'union ou dé centralisatitm, qu'ils furent complètement divisés entne eux, ennemis les uns
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adoucie, empêche aujourd*hu*VMande d'être une nation, proscrivit à cette époque, d'une manière plus âpre et plus barbare, l'établissement d'une nationalité. Les chefs irlandais eurent toujours le pouvoir de se faire la guerre les uns les autres; et rarement, à cet égard, leur manquèrent, soit la volonté propre et personnelle, soit des suggestions étrangères. Des injures mutuelles, des dévasl^itions réciproques créèrent et perpétuèrent la discorde et la haine entre eux, I^es plus mauvais élémens d'étemelle dissension couvaient sans cesse. — Quand, dans des conjonctures particulières, quelque oppression générale et universelle les fit se coaliser, leur contédération ne fut que de courte durée. I>orsque le parti anglais se voyait fort> il s'efforçait de rompre violemment cette confédération ; mais presque toujours les Irlandais repous^ rent avec succès de semblables tentatives ; ils obtinrent la gloire futile de bien des victoires sur quelques-uns des chefs les plus célèbres des troupes anglaises; mais ces défaites enseignèrent aux Anglais cette finesse que l'on a décorée du nom de sagesse politique. Ib s'attaquèrent à l'avarice, où fomentèrent les ressentimens de certains chefs, et réussirent ainsi à les détacher de la cause générale. Ces che& trahirent leurs eompagnons d'armes, joignirent leurs forces à celles des Anglais, partiapèrent à leurs conseils, et s'unirent à la puissance qui peu-à-peu écrasa le pouvoir des antres chefe. Tour
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ou*, i.) 109 tefois, les traîtres ne retirèrent point de leur félonie des avantages permanens; et quelle que fut du reste leur fidélité aux chefs anglais, cette fidélité ne leur gagna pas d'une manière stable la cunfiance ni les bonnes grâces de leurs pervers séducteurs.
De ce fait, on en raconte un exemple bien remarquable , qui aurait eu lieu après la bataille de 'Knocktow, en Connaught, sous le règne de Henri VIIÏ; bataille où* les Irlandais furent entier rement mis en dérouté par l'armée combinée des Anglais et des Irlandais royalistes, qui les secondèrent sous le commandement de lord Gormanstovm. Je prends la citation suivante dans Leland (vol. a, page lao).
a Immédiatement après la victoire de Knocktow, lord GormanstOAvn se tourna vers le comte de KiU dare, et dans le paroxysme de l'insolence delà victoire, il lui dit : « Noue avons massacré nos ennemiê, mais pour compléter la bonne œuvre , il faut faire plut, il faut égotger les Irlandais de notre parti. »
Je continuerai à donner des extraits, d'une égale autorité, et aussi d'une égale authenticité, lesquels me serviront à démontrer de quelle manière devint prédominante l'autorité anglaise , sous le règne d'Elisabeth. Ce qui ne put être effectué par les armes fut amené à bonne fin par les plus horribles et les plus persévérantes cruautés. Les Irlandais, que l'on ne put subjuguer par laforcei furent
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AiO t'IALANBE ET LES IltUMDAIS.
o)>lig^ d^se rendre à hjhminê. On ravagea châ' que apnée les récoltes ; on enleva et tua le bétail ; on détruisit toutes les denrées; la campttgne fat dévastée. lia population périt faute de nourriture { la famine et la peste furent les armes irrésistibles dont se servit l'Angleterre pour conquérir la domination.
Il est horrible de penser que ce mdde d'assujettissement fut suggéré dans tous ses> détails par le poète Spenser ; par un homme qui , bien qu'entaché des singularités de son époque, fut doué d'un grand génie poétique. Mais son imagination, qui s'enflammait au tableau de malheurs factices, s'ingénia et s'épuisa à tramer des horreurs réelles pour l'Irlande. U avait tracé ton plan pour la paciûcalion de l'Irlande; et ce plan n'était autre que de erétr Ut famine et établir la pest» f et il encouragea l'emploi de ces moyens diaboliques, en démontrant révidenc« de leur efâcacité. Il recommanda, il est vrai, d'accords aux Irlandais vingt jours pour se rendre et se soumettre; passé ce délai, &>* ne devait plus moatrer de pitié. Mais «tons ses propres paroles :
a La fin de tous ces troubles , quelque grands qu'ils soient, sera (je m'en liens pour assuré) beaucoup plus tôt airivée qu'il ne le parût, qu'on ne peut l'espérer ; car bien que nul) d'entre eux ne tombera par fépée ou eoos les coups du soldat; tDuCe£oi«, «1 les empêchant ainsi d'engraisser f$.
OBSBKVATMWS, PBEUVja. («M. i.) I«i cultiver les terres , et de nourrir le bétail, gtkcç à cette dure gène, ils kb consuMeBOH'r TaAliqDti,i,E-
HEirr EDX-UÊHB6 ET SE HAUGEROHT LBB V^^ LES AU-
TRBs! » {Irlaniede Spûjiaer, p, i65.)
Ces conseils de Spenser furent suivis. — La guerre avec Desmond, qui fut en ellet forcé de sa révolter — c'est-à-dire de prendre les armes — contre la reine, fournit l'occasion et le prétexte pour exercer ces cruautés.
Prenons ceB exemples dans Hollinsbed , qui décrit ainsi la marche de l'armée anglaise, à travers la campagne :
a Chemin faisant, ils chassaient tous les habîtans devant eux dans la Ventrie, et de cette façon ils pillèraat et enlevèrent tout le bétail dans la cam- . pagne, au nombre de 8,000 bêtes à cornes, sans compter les chevajux, les poulains, moutons et chèvres: quant aux individus, — Uma ceux qu'Us rencontrèrent ilê les paaeèrent au fil de l'épée. Par ce moyen, tout le pays, n'ayant plus ni bétail, ni bêtes à cornes , fut réduit à une telle extrémité , qu'il ne restait plus k ces malheureux d'autres ressources que de mourir de faim ou d* férir par * Npée. » — HolUnshed, V^, 417.
a Les Koldats , égal^nent dans le camp , s'échau£E»ent à la poursuite de ces vils rebellts, et coururent sus avec tant d'ardeur, que ce jour-lji ils fit épargnèrent ni hommes, ni femmes, ni enfané, T&a6 furent paseée au fil de ^épdt.» — 'iSW- Imahedt VI, 43o.
Je donne la citation suivante pour signaler seulement combien c'était regardé comme chose triviale de tuer quatre cents hommes sans armes, dans une seule journée. Cétait considéré comme une expédition insufBsan.te pour un jour :
a Le jour suivant, i a mars , le lord justicier et le comte divisèrent leur armée en deux compagnies, le lord justicier prenant par un côté et le comte par celui deSleughlogher; cela fait, ilêfouUlèrent les bois, brûlèrent la ville et tuèrent ce jtmr'là environ quatre cents hommes , puis Us s'en revinrent à la nuit avec tout le bétail qu'ils avaient ramassé durant le jour. Et lesdits seigneurs, n'étant pas contens du service de cette journée, ils se divisèrent encore le jour suivant, pillèrent et consumèrent tout le pays jusqu'à ce que vint la nuit. » — HoUinshed, VI, 43o.
Ce n'est qu'un échantillon de la manière dont la guerre était conduite. Je citerai quelques exemples encore; je pourrais d'ailleurs les multiplier par centaines.
«c Ils poussèrent jusqu'à Conils, où le lord jus- ' ticier et le comte d'Ormond divisèrent leurs compagnies, et, chemin fai^nt, ils brûlèrent, et détruisirent le pays. » — HoUinshed, VI, 43o.
« Il divisa ses compagnies en quatre bandes, qui pénétrèrent au même instant dans le bois par quatre endroits dilTérens. Par ce moyen, ib parcoururent le bois en tous sens, tuant autant qt^Us
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OBSERVATIONS, PREUVES. (ch*p. i.) U»
prenaient i mais le reste se réfugia dans les montagnes. » — HoUinahed, VI, ^S-x.
1 Quelques Irlandais furent faits prisonniers ; ils offrirent de fortes rançons; mais aussitôt leur arrivée au camp, ils furent pendue. t> — Paeata Hi~ bernia, 4a i.
On verra que si l'on mettait ainsi les troupes sur pied, ce n'était pas pour attaquer un ennemi armé et opposant de la résistance, car il n'y en avait pas ; mais bien pour égorger des hommes désarmés et détruire les provisions. L'armée de la reine était dans Munster ; voici quelques exemples de la manière dont on exécutait le plan de Spenser.
« Persécutés sans relâche, n'obtenant ni repos ni trêve, maltraités et poursuivis sans cesse par une garnison ou par l'autre, privés de leurs moissons, dépouillés en grande partie de leur bétail, errans au milieu d'un pays saccagé et dévasté, les malheureux rebelles, qui, avant cela , ne vivaient que du produit de leur travail, et se nourrissaient du lait de leurs vaches , se trouvèrent dans une telle détresse qu'ils suivirent les biens qu'on leur volait, faisant offre, d'eux-mêmes, de leurs femmes et de leurs enfans, aimant mieux être massacrés par les soldats que de supporter la famine dont iîsressentaient maintenant les étreintes, v — Hollinahed, VI, /i33. Voyez aussi Leland, liv. IV, chap. ii.
Poursuivons. Ce qui suit, est de sir Georges Carrew.
m L'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.
n Le président ayant reçu avis que les fugitift de Munster étaient caché» dans ces endroits, comme il avait déjà incendié toutes les hahitatioH» et tout le blé, et fait un grand butin dans Owny Onubrian etKilquig, contrée rude et puissante; le président, dis-je,dirigea ses forces versClamvilliametMuakeryquirke, à l'est, où PiwceLacy avait tout récemment reçu des renforts ; et y harcelant le paye, il tua toct CE qu'il aENCONTHA d'êtres BVJ&Aiss pour enrayer ceux qui pourraient venir en aide aux traîtres fu^ gitife. De là, nous nous rendîmes dans les bois d'Arteaghe, où nous opérâmes de même, ne laiesont derrière noue ni hommes, ni bêtes, ni blé , ni bétail, à l'exception de ce que l'on avait transporté dans les châteaux. » — Pacata Hibemia, 189.
d Ils dévastèrent et saccagèrent si bien le payt qu'en très peu de temps il ne put fournir aucun secours aux rebelles; tout le blé nouvellement moissonné ayant été pillé ou apporté dans leurs garnisons, » — Pacata Hibemia, 584-
B Là-dessus, sir Charles inonda, avec ses régimens anglais, tout le Beare et le Bantry, détruisant tout ce qui pouvait être de quelque secouiê aux Irlandais, si bien que ce pays fui totalement dévasté, n — Pacata Hibemia, 65g.
Mais ce n'était pas seulement dans le Munsto* qu'étaient pratiquées ces horreurs. Je ferai observer que ce fut sous le règne d'Elisabeth que commença à s'introduire l'usage général d'appeler
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OBSEBVATIONS, PREUVES, (oba». i.) I1|
les Irlandais rebellas au lieu et ennemie, La raison en est assez évidente; car ce fut à titré de rebelles que les habitons, qui, pour la plupart, vivaient dans une paisible soumission à l'autorité anglaise^ furent privés du produit de leurs récoltes et exterminés par la famine, I^es extraits suivans suffiront pour montrer combien fidèlement ce système fut suivi dans le Leinster et une partie d'Ulater. Je cite Leland :
. « Les rebelles de Leinster, en refoulant les royalistes dans leurs villes fortifiées et em vivant lohgteups a l'abri des vetatiohs, avaient cultivé
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mais Us eurent alors à supporter le plus triste dégât de lapart des troupe de la reina Les soldats, encouragés par l'exemple de leurs officiers, coopèreht