PARTOUT LE BLÉ QUI ^TAIT SUH PIED AVEC LEURS
ÉPÉE8, et avisèrent à tous les moyens possibles pour dépouiller les infortunés habitans de toutes les né* cessités de la vieil! On regardait la famine comme le moyen le plus prompt et le plus efficace pour iee réduire î m: c'est pourquoi le député n' était pas,
Eir secret, FACnÉ des dévastations COSrillSES, DANS les DISTRICTS BIEN PENSAUS, PAR LA FURIE IMPRÉ- VOTAHTE DES REBELLES.
« Le même déplorable expédient fut pratiqué dans les provinces septentrionales. Le gouverneur de Carrickfei^s, sir Arthur Chichester, sortit de
li« LiBLANDEiET LES IKUNDAIS.
ses quartiers et, à une vingtaine de milles à la ronda^ fit de la campagne un désert. Sir Samuel Bagnal, gouverneur de Newry, procéda avec la même ri* gueur, et dévasta toutes les terres circonvoisines. Toutes les garnisons anglaises fui-ent journellement occupées à piller et à ravager, tandis que Tyrone, avec son parti découragé, recula pas à pas et se trouva renfermé daçs des limites plus étroites. Ils
FUREHT EFFICACKHENT EMPÊCHÉS d'ehsEMEMCER OD CITLTIVER LEURS TERRES. » Lelond, Ijv, IV,
chap. 5.
Pour donner quelque variété à ces horreurs, je mentionnerai un incident qui eut lieu durant l'année 1574 ) — pour varier le plaisir, comme diraient les Français.
« Ânno iSy/f. Une paix solennelle fut faite entre le comte d'Essex et Fetim O'Nial ; l'union fut jurée. Toutefois , à la fin d'un festin que le comte avait donné pour régaler ce chef, et comme on achevait défaire bonne chère, O'Nial et sa femme furent saisis, et leurs amis, qui attendaient, furent , en leur présence , passés au fil de Tépée. Félim ainsi que sa/emme et son frire furent conduits à Dublin où ils furent coupés par quartiers. Cette exécution causa un mécontentement et une horreur universels. De même, quelques années plus tard , les chefs irlandais des comtés du roi et de la reine furent invités par les Anglais à conclure un- arrangement; mai»
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OBSERVATIONS, PREUVES, (cha». i.) 117 ioraqtîiU furent arrivéa au rendeZ'VoUs fisé pour la conférence y ils furent immédiatement enveloppés par des tr&upea et massacrés sur place. » — Leland, liv. IV, ch. a {notes).
Comme ces exemples particuliers de cruauté et de perfidie jettent un intérêt plus vif sur l'histoire générale des crimes atroces de tous les genres, je citerai encore un fait de dépravation individuelle , commis par quel personnage ? Rien moins que le lord président de Munster. Ce fait forme une variété, une espèce ! car, il appartient au système général.
« Carew s'abaissa à des pratiques plus ignobles encore. Un certain Nugent, domestique de sir Thomas Norris , était passé aux rebelles , et par l'ardeur qu'il avait déployée à leur service, avait accaparé leur confiance. Dans un moment de repentir, il fit sa soumission au président ( Carew ) , et pour acheter son pardon, promit d'assassiner soit le comte titulaire (c'est-à-dire le* comte de Desmond), soit son frère John. Comme ilexistait déjà une conspiration contre le premier, et comme sa mort n'aurait pu servir qu'à faire surgir de nouveaux compétiteurs pour son titre , le bb&vo EDT LANCÉ CONTRE JoHN. H saisit l'occasîon et tenta de l'expédier; mais au moment qu'il ajustait son pistolet , il fut saisi et condamné à mort ; et lors de son exécution il avoua son dessein : OÉCUaABT QC£ BEATJCOOP d'aDTAES AVÀIOT JUBIÉ
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m L'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.
D'eiFECTUtn CE Qn' IL AV4IT TOULU f AIHE.» — XéoUtn^
liv. I^, ch. 5.
Le tableau que trace ' Carew, de la politique adoptée à son époque, pourrait servir pour une période bien ultérieure.
Oh regardait comme u'dhe habile politique
■DE SUSCITER ENTRE LES Ikl&HUAIS DE SAITCLAIfTES
disputes; leurs querelles particulières pouvaut
ÊTRE d'uK GRAWD ATAHTAGB AU 8EBVICB PUBLIC.
— Paeata Htbemia, 65o.
Je reviens maintenant au plan systématique de la ruine de toute propriété , surtout des moissons. Kous prenons au hasard , parmi les descriptions multipliées d'une destruction plus détaillée , les citations suivantes :
An. D. 1600. «Le la août, Mountjoy, avec 56o fantassins, 60 cavaliers et qudques volontaires, se rendit à Naas et de là à Philipstown, et chemin fiaisant, prit 200 vaches, 700 chevaux , 5oo moutons, et de plUs incendia la eampagne. » — Cox, f^T.'i.
1600. «Sir Arthur Savage , gouverneur de Connagh, se proposait de rencontrer le lord lieutenant, mais n'en put venir à bout , bien qu'il pillât et ravageât le pays , aussi loin qu'il put aller,» ~ Cox. 4a8.
1600. « Mountjoy resta dans ce pây^Jusqo'au 23 août, et déttuiêit pour la valeur de 1 0,000 liv. st. ( i5o, 000 fr.) de bléy et tua, chaque jour, pbts ou moins de rebelles. Un certaia Laiagfa , rebdle eé-
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OBSERVATIONS, PREUVES, (chm. i.) «9
lèbre fut pris et pendu. Dans le pays de Daniel Spany, sir Olivier Lamber fit un butin de i,ooo Taches, i,5oo petits chevaux et beaucoup de moutons, et extermina un grand nombre de rehellea.-» — Cûx , 428.
1600. «Vers le r8 décembre, sir Francis Barckley ayant appris que nombre de rebelles tiraient . des provisions de Clanawley , il y alla et fit un butin de 1,000 vaches, 200 bidets, beaucoup de moutons, etc., et tua beaucoup de trattres.-o — • Cox, 434-
« La matinée suivante, 4 janvier 1602 , sir Charles Wilmot , allant cHercher les ennemis dans leur camp, entra daA leur quartier sans éprouver de résistance, et il n'y trouva que des individus blessés et malades , aux souffrance» et à la vie desquels les soldats eurent bientôt mis un terme. » — Paeata Hibemia^GBg.
«Grands furent les services rendus par ces garnisons, car sir Richard Pearce et le capitaine George Flower, avec leurs troupes , ne laissèrent ni blé, ni bêle d corne , ni maisons , sans être consumés par le Jeu , entre Kinsale et Ross. Le capitaine Roger Harvie , qui avait avec lui son frère, le capitaine Gawen Harvie , le capitaine Fraijcis Slingsby, le capitaine William Stafford , ainsi que les compagnies de lord Barry, etle trésorier, avec la cavalerie du président, firent la même chose entre Ross et Bantry. » — Paeata Hibemia, 645.
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Tant d'historiens anglais ont décrit, en termes d'une si horrible crudité , les résultats de tous ces méfaits , qu'on pourrait remplir plusieurs volumes d'exemples particuliers de froide cruauté et de barbarie. Je donne ces citations :
« Des plaintes réitérées furent faites contre les rigueurs inhumaines exercées par Grey (le député) et ses officiers. La reine reçut la preuve qu'il procédait avec une telle tyrannie et une telle barbarie
QO'iL m'avait guère LAISSÉ EN IKLAWDE POnR éTRE GOUVERNÉS PAR SA MAJESTÉ QUE DES CENDRE^ ET DES
cadavres! d — Leland , liv. IV, ch. a.
a La province méridionalasemblait être totalement dépeuplée, et, à l'exceptioi^es villes, offrait le hideux spectacle de îa famine et de la désolation. » — Leland, liv, IV, ch. 3.
On pourrait supposer qu'alors s'arrêta la marche de la destruction; qu'on avait assez avancé dans le travail diabolique du massacre et de la spoliation ; que le royaume put jouir de quelques instans de répit , et qu'enfin se reposèrent un instant de leurs atrocités les furies , qui sous la forme humaine, se déchaînaient contre l'Irlande. Mais à cela s'opposaitl'esprit anti-irlandais, cet esprit qui ne sommeille jamais, l'antipathie nationale et la jalousie contre cepeuple;cet'espritqui, alors comme aujourd'hui, n'a jamais cessé d'étendre ses pernicieuses et malignes influences sur notre destinée. Nous avons déjà vu qu'après avoir forcé les
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OBSERVATIONS, PREUVES, (chap. i.) 121
t-oyalistes à se renfermer dans leurs villes fortifiées et s'être délivrés d^la persécution anglaise, les Irlandais AVAIENT CULTIVÉ LEURS TERRES ET ÉTABLI UNE
RÉGULARITÉ ET UNE ABONDANCE INACCOU- TUMÉES DANS LEURS DISTRICTS. »— Leland, livre IV, chap. 5. — Mais la paix, l'abondance et la prospérité de l'Irlande ne faisaient pas le compte de ta politique anglaise. Il résulte d'après Leland que l'oppression et le pillage de l'Irlande, le massacre . de ses habitans et la perpétuation 'du désordre social furent réduits à l'état de système régulier , système qui fut discuté , el malgré quelque opposition, fut adopté et établi comme mesure d'ordre politique.
Voici les expressions de Leland :
« D paraît qu'entre Quelques-uns de ses conseillers (d'Elisabeth)s'était élevée une affreuse jalousie, à laquelle ils cherchèrent une distraction dans les misères de l'Irlande.
«Si nous parvenons, disaient-ils, à placer ce pays dans des conditions d'ordre el de civilisation, il pourra acquérir bientôt puîsêance ^ importance et richesse. Les habitans pourront ainsi se détacher de l'Angleterre j ils pourront se jeter entre les bras de quelque puissance étrangère, ou peutêtre s'ériger en État indépendant et séparé. CohmivOHs PLCTÔT A LEURS DISSENSIONS; Car un peuple faible et sans organisation ne pourra jamais se détacher de la couronne d'Angleterre. » Nous re-
Diflitizecbï^CoOglc
marquons que sir Henri Sydney et sir John Perret, qui avaient une parfaite intelligence des affaires d'Irlande et des dispositions de ses babitans, expri mèrent la plus extrême indignation à l'égard de cette horrible politique qui s'est pourtant frayé une route dans le parlement anglais, a — Leland, Uv IV, ch. 3. •
Cette politique fui incessamment et vigoureusement poursuivie. Les dissension^ n furent perpétuées. » — Il n'y eut pas le moindre temps d'arrêt. . — Plusieurs historiens anglais ont vanté l'efficacité de ces mesures, et le mode de destruction pratiqué par l'armée. Que tout homme, quel qu'il soit, lise, de sang-froid,l'extraitsuivant:
« Ils s'acquittèrent de cette mission à la lettre , et réduisirent le& rebelles à une condition si misésérâble , qv^oH vit trois enfana mangeant les «»• trailUê de leur mère morte, après avoir vécu pendant plusieurs jours de sa chair, qu'ils faiisaient cuire à petit feu. » — Cox, 449-
L'entier accomplissement de la conquête, la mort de Desmond et Textinction de toute résistance ne rassasièrent pas les commandans anglais ou leurs soldats : le tableau suivant, tracé par un histori^i contemporain, remplira à lui seul l'objet que nous avons présentement en vue :
a Après la mort de Desmond , et l'entière extinction de sa révolte, les commandans anglais exercèrent des cruautés inouïes sw les provinciaux
OBSERVATIONS, PBEUVES. (chab. i.) 1»
de Munster (que l'on supposait avoir été les adhérens du comte). SOUVENT DES TROUPES NOM- BREUSES DE CES PRO\TNCUUX HOMMES , FEMMES ET ENFATÏS, FURENT TRAÎNÉES DE FORGE DANS DES CHATEAUX OU AUTRES , MAISONS, AUXQUELLES ON MIT ENSUITE LE FEU. Et si quelques-uns d'entre eux tentaient d'échapper aux flammes, ils étaient fusillés ou poignardés par les soldats, qui les gardaient à vue. Citait pour ces hommeê, pour ces monstreê, une diatraeHon d'enlever des en/ans rur la pointe de leurs laneeSf et dt les faire tournoyer au milieu des convulsions de l'agonie. Pour justifier leur barba- ' rie ils disaient, que « si on les laissait pousser et grandir, ils deviendraient un jour des rebelles papistes. » Plusieurs femmes furent trouvées pendues à des arbres, avec leurs enfans sur leur sein et étranglés avec les cheveux de leur mère. » — Lombard, Comment, de Htbem., p. 335, apud Curry, Hist. Review, p. 27 (note).
Tous les Irlandais et tous les individus d'origine anglaise qui avaient résisté à l'autorité de la reine , ayant été détruits par le fer ou par la faim , la conquête et l'assujettissement du pays furent entièrement accomplis. Il y a dans la chonique d'Hollinshed une naïveté d'expression qui donne un intérêt tout particulier aux détails qu'il a conservés; mais ces détails possèdent eux-mêmes un intérétbîen plus profond encore. & c'était le récit
de cruautés exercées contre de pauvres et infidèles sauvages, habitant les parties les plus reculées du globe, ce tableau n'exciterait pas moins la plus grande compassion, et une vive commisération dans le cœur de tout être humain. Mais que serace donc, si l'on veut bien se rappeler que ce sont là des crimes authentiques , qu'on ne saurait révoquer en doute, commis par les Anglais, par des chrétiens, sur les Irlandais, sur des chrétiens! Les historiens qui ont enregistré ces faits avaient tout intérêt à pallier et nullement à exagérer la barbarie et la cruauté anglaises; et cependant l'imagination , dans son plus extravagant essor, pourrait à peine inventer une fiction égalant les horreurs de la réalité. Le passage suivant décrit le spectacle qui clôt la conquête des provinces méridionales de l'Irlande :
a Et pour ce qui concerne les bandes considérables de soldats, de va-nu-pieds, de vagabcHids . et de populaire qui prirent part à cette rébellion, on ne peut calculer te nombre de ceux dont la terre a bu le sang > et dont lee bêtes sauvages et les voraces oiseaux de proie ont consumé et dévoré le» cadavres. Après cela , vint une fanïine extrême , et ceux qu'avait épargnés le fer furent consumés et dévorés par elle. Un très petit nombre, ou plutôt personne ne survécut, à l'exception de ceux qui se réfugièrent en Angleterre. Les habitans des villes tombèrent dans le plus déplorable état d'épuis^
OBSERVATIONS, PREUVES, (chap. ).) 125
ment ; toutefois leur détresse n'était rien en cbm; paraison de la condition de ceux qui vivaient au large; car ils furent non-seulement réduits à mattger des chevaux, des chiens et des charognes nmrtes , ils dévorèrent encore les cadavres des hommes » morts; et à cet égard il y a plusieurs exemples. Ainsi, dans le comté de Cork, un malfaiteur ayant été exécuté, et son corps laissé au gibet , de pauvres gens vinrent en secret, le descendirent et le mangèrent; ainsi, dans la baie de Smeerweeke, ou Sainte-Marieweeke, endroit par où la révolte avait passé, il se trouva qu^un vaisseau ayant fait naufrage,li la suite d'un gros temps, la mer rejeta sur la côte les cadavres de ceux qui avaient péri. Aussitôt que les gens du bas peuple, qui avaient long< temps vécu de coquillages, mais qui jeûnaient maintenant; parce que cette ressource leur manquait,' aperçurent cescorps,ils les emportèrent, les mangèrent et dévorèrent; peu de temps après, la mort et la famine les mangèrent et dévorèrent à leur tour. La- terre elle-même qui, avant ces guerres, était peuplée, et ricbe des dons du Seigneur, PLAN- TUREUSE EN BLÉ, COUVERTE DE BESTIAUX, abondanteen poissons et autresbiens, devint inculte et stérile, ne produisant aucuns fruits ; nuls bestiaux dans les pâturages ; point d'oiseaux dans les airs ; les mers (bien que remplies de poissons) ne leur abandonnent rien. En un mot, partout était si forte la malédiction de Dieu, et la terre si dépourvue
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d'hommes et d'animaux, que d'un bout à l'autre dii Munster, et même du Waterfoord à l'entrée de Smeerweeke, ce qui comprend un espace d'environ six vingt milles, le voyageur n'anrait rencontré ni homme , ni femme, ni enfant, excepté dans les villes et cités ; ni vu d'autres animaux que des loups , des renards et des bétes voraces , dont plusieurs gisaient morts; le reste s'en était allé ail* leurs. » — Hollinehed, VI, 439-
Mais revenons encore à Spenser. Ses descriptions se -reportent à une période plus ancienne de la guerre. Il parle de la province de Munster. Voici comme il s'exprime :
(c Bien que le pays fût des plus riches et des plus fertiles, r^orgeant de blé et de bestiaux, avant que dix-huit mois fussent expirés, il fut réduit à une telle misère, qu'il eût arraché des plaintes à un cœur de pierre. — On les voyait sortir de tous les coins des bois et des vallons, se traînant et s' appuyant sur leurs mains, car ils ne pouvaient plus se soutenir sur les jambes ; ils ressemblaient à des squelettes et à des spectres, leur voix ressemblait à celle d'esprits criant du fond de leur tombe : iU mangeaient des cadavres, heureux quand ils en pouvaient trouver. Rioi n'est plus vrai, et bientôt après ils ^entre-dévorèrent; rien ne leur fut sacré, ils arrachèrent même à leurs fosses les cadavres qui étaient enterrés-; rencontraient-ils un champ couvert de cresson, de trèfles ou herbes des prai-
re byGooglc
OBSERVATIONS, PBÇUV£S. (ciiip. i.) 187
ries, ils s'y rendaient en troupes comme pour tin festin et ne le quittaient pas qu'il fût complètement dépouillé. Toutefois, ce régime ne put les mener bieu loin ; en peu de temps, il ne resta presque plus âme qui vive, ET lA PLUS POPU- , LEUSE, LA PLUS FERTILE œNTRÉE SE TROUVA TOUT-A-COUP VIDE D'HOMMES ET D'ÂMMAUX! » — Spenser, Etat de i'Irlandg, p. i65.
J'appelle l'attention sur ces deux passages : le premier fait partie de l'histoire d'Irlande par Moprisson, folio 372. Curry l'a ainsi extrait dans sa revue :
« Comme j'ai souvent fait précédemment mention, dit Morrisson, de la ruine et destruction que nous faisions du blé des rebelles, et de l'emploi de tous les moyens possibles à l'effet de les faire mourir de faim, qu'U me soit maintenant permis de dé- ' montrer, à l'aide de deux ou trois exemples, l'état misérable où les avait réduits ce mode d'opérer.» Il nous raconte alors comme quoi sir Arthur Chichester, sirBichard Morrisson et d'autres commandons anglais furent témoins de l'horrible spectacle de trois enfans, dont l'aîné n'avait pas plus de dix ans, qui mangeaient la ichair de leur mère morte, avec des circonstances trop affreuses pour être répétées; comme quoi aussi les rebelles lurent réduits à d'inexprimables extrémités, à des extrémités qui laissent bien loin derrière elles le
récit de toutes les histoires qu'il a jamais lues de cette espèce. Il parl,e d'un horrible stratagème mis en usage par quelques-UDs de ces infortunés pour apaiser la rage de leur faim ; voici comment il s'exprime à cet égard : u Dans le voisinage de Newry, dit-il, quelques vieilles femmes avaient accoutumé de faire du feu dans les champs; or, il arriva maintes fois que des petits enfans, poussant devant eux le bétail, pendant de fraîches matinées, et venant pour se chauffer à leur brasier, furent surpris, tués et dévorés par ces vieilles femmes; cela fut enfin découvert par une jeune fille, déjà grande, qui, grâce à sa force et à sa vigueur, leur échappa. Le capitaine Trevor, ayant envoyé de? soldats pour savoir la vérité, ceux-ci trouvèrent les crânes et les os, et saisirent les vieilles femmes qui, pour le fait, furent mises à mort. — Point de spectacle plus fréquent, ajoute Morrisson, que de voir dans les fossés des villes et surtout dans les pays dévastés, des multitudes de ces pauvres gens, morts, ayant la bouche toute verte, d'avoir mangé des orties, espèce d'oseille sauvage; en un mot, tout ce qu'ils pouvaient trouver sur la surface du sol. »
Tels furent les moyens qui amenèrent l'asseWissement final de l'Irlande.' — Tels furent les préparatifs faits pour le règne de Jacques V. Je pourrais terminer les preuves et explications de mon premier chapitre par ces paroles de John Davies :
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OBSERVATIONS, PREUVES, (et. i.) . 1»
(t Ainsi l'armée de la reine, sous les ordres de lord Moun^oy, a ruiné et complètement subjugué, tous les seigneurs et les chefs des Irlandais. En conséquence de quoi, la ' multititde, broyée pour ainsi dire dan* «n mortier, tout â-la-foiaparlépée, la famine et la peste, se soumit au gouvernement anglais, reçut'Ies lois et les magistn(ts, et accueillit de grand cœur le pardon du roi (i) ainsi que la paix dans toute l'étendue du royaume, avec les plus vives démonstrations de joie et de satisfaction. V
Oui, sir John Davies, oui, le peuple irlandais lut broyé comme dans un mortier , et le procédé de a broyer comme dans un mortier » a été conserve et maintenu depuis ce moment jusqu'aujourd'hui. Il a été fait et il est le principe fondamental du gouvernement de l'Irlande. Il n'y a jamais eu, sur la surface du globe, peuple aussi cruellement traité que les Irbndais.
Je n'en finirai pas avec le choix des matériaux que j'ai colligés pour expliquer les actes du règne d'Elisabeth, sans tirer delà nuit obscure du «Livre des statuts [Statute Book) » , pour le faire jouir de la clarté du jour, le titre en vertu duquel Elisabeth réclama la province dlJlster. On le trouva embaumé avec la plus comique solennité dans tm acte du parlement irlandais intitulé : Actepour la pro-
(i) Jacques 1".
lao . L'iRURDI ES LES HtLAUDAH.' aeriptiam de Otam O^Nem, Pah^tiait. au nom d'O'NeiUét latÊtiëttn drvit de eam^jftié iatnnOy aeehériiitré ei .Meeasaeurâ, mt pay* de T^roméat
■ attires mmir^ et territoire» de l' Vleter. * Cet acte fut pMséen 1669, c'est-à'^Jire la oniième année du
. règne d'Elisabeth. — 8esé. 3,' cbap. i".
a Et maintenant , très cbèra dame souverainei, éa peur que tout homme qui n'aime pas à chercher et i apprendre la véKt ne soit amené, soit'par ton imagination fantasque, aelt pas les sinistres suggestions des autres, à penser que la tige ou ligne des O'Ne^les devrait, parpriorité detltre, teniret posséder quelque portion des domaines ou terrltoiree d'Ulster, de préférence à Votre Majesté, voyhéritierB etsuao6B8eaFa,noHS,les fidèles etobélstans sujets de VotreOrâce, pour éviter tous semblables acrupuleq, dpute$ et fausses pensées, avons ici l'intention (que Votre Majesté nous pardonne d'abord notre ennuyeuse hardiesse) de mettre sous les yeux de Votre Altesse voe titre» aneiena et nombreux, puisaans et 0ttthentiqvea, qui laissent bien loin derrière la ligne des O'Neyles ou de tout autre des Irlandais, à la dignité, étal et possession de votre royaume d'Irlande.
« Et, c'est pourquoi, quil plaise k Votre très excellente Hajesté de recevoâr avis que les chroniques anciennes de ee royaume, écrites tant en langue latine qu'en langues anglaise et irlandaise, allèguent divers titres anciens pour les rois d'Angleterre à ce
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OBSERVATIOMS, PHBUTES. (ca. i.) ISl royaume d'Irlande. Et le premier titre est que, dans le commencement, avant leur arrivée dans ledit royaume, les Irlandais demeurèrent dans une province de l'Espagne, laquelle est appelée Biscaye, dont Bayonne bisairpartie et était la ville capitale ; et que, lori de l'arrivée desdits Irlandais en Irlande, un cert^ roi Gurmond, fila du noble roi Belan, roi de la Grande-Bretagna, qui est actuellement appelée Ang^etnre, était seigneur de Bayonne coaime le fitrant ^uaieura de sas successeurs , au tempe du roi Henri U, prouicr conquérant de ce royaume; et c'zar POuaQDOi LBS latAHOAis doi- ▼XNT Atsx 1.11 sniETs DU aoi d'AuglbtBirb El L'Ia>
L&HDS SUR aOTADHI. «
a Un autre titre est : que, dans le même temps que les Irlandais sortirent de Biscaye comme gens enléE, sur soixante vaisseaux. Us rencontrèrent en mer, près des lies Oroades, le même roi Gnrmond, qui s'en revenait de Danemark après avoir remporté une grande victoire. Leurs cheb, mnnmés Hebrus et Hennon, allèrent à ce roi «t lui dirent la cause de leur sortie de Biscaye et le prièrent avec de grandes instances de leur accorder de pouvoir habiter quelque terre dans l'occident. Enfin, le roi, de l'avis de son conseil, îturoeiraya tlrlanit à habiter et leur donna dea guidea pour traverser la mer et le» conduire là» bt c'bbt pauaQuoi ils
MOVEST ET DOIVEMT ÉTas LBS HOHBIBS DU BOI d'AiT- OLErBEBE,
« Un autre titre est (ainsi que l'écrit en détail Clerke Geraldus Cambrensis dans sa grande histoire de la conquête d'Irlande par le roi Henri deuxième, votre illustre aïeul) : comment Dennot Mac Morch, prince de Leinster, qui est la première partie de l'Irlande, étant un tyran ou despote, et ayant été banni, traversa la mer pour aller en Normandie, l'une des parties de la France, auprès dudit roi Henri, et sollicita bassemmt de lui du secours qu'il obtint; etià-dessus il de^t vassal du roi Henri, en raison de quoi il amena à terre un grand nombre d'Anglais, et maria sa fille, appelée Eve, dans Waterford, à sir Richard Fitz- Gilbert, comte de Stranguile en Galles, et lui accorda la i-eversioD du Leinster avec ladite Eve sa fille. Et après cela, ledit comte céda audit roi Henri la cité de Dublin avec certains cantons des terres avoisinant Dublin et toutes les villes de T^^ioster, ayant un port ; pour pouvoir posséder lui-même le reste en repos avec la protection de sa Grâce.
a Un autre titre est : que dans l'année i i6a de notre Seigneur Dieu, le susdit roi Henri débarqua à la cité de Waterford, dans le royaume d'Irlande, et vint à Im Dennot, roi de Corke, qui est la nation des M'Carties, etde son plein gré, lui Dennot, devintson vassal, tributaire pour lui et son royaume, et après prêta serment et donna ses otages au roi. Alors le roi se rendit à cheval à Cashell et là vint à lui Donald, roi de Limerick, qui est
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. i.) 133 de la nation des O'Brien, et devint son vassal, comme avait fait l'aiitre. Ensuite vinrent k lui Donald, roi d'Ossorie, Mac Shaglin, roi d'Ophaly, et tous les princes de rirlande-Méridionate, et ils devinrent ses vàssaui, comme susdit est. Ensuite ledit roi Henri alla à Dublin, et là vinrent à lui O'Kirnill, roi d'Uriel, O'Rourke, roi du Meth, et Rotherick, roi de tous les Irlandais de la terre et de Connaught, avec tous les princes et premiers personnages de la terre, et devinrent liges, sujets et tribu tàirps, avec de grands sermens, pour eux, leurs royaumes et leurs seigneurs, vis-à-vis dudit roi Henri, et cela de leur plein gré à ce qu'il paraîtraitf
CAB, LES CHBOHIQDES^NE PARLENT d' AUCUNE GUERRE OU EXPÉDITION. FAITES PAR LEDIT BOI, TOUT LE TEM^ . "qu'il demeura en IRLANDE. »
..» Voilà, .à coup sûr, une pièce de législation du pïus haut comique ; d'une absurdité tdïe, qu^elle fera tomber les bras de surprise et d'étonnement, à tout homme qui la lira. C'est pourtant le seul titre rationnel, puisque c'est un contrat, qui prouve le droit qu'a le peuple irlandais au bienfait des lois britanniques; droit qui, même aujourd'hui, n'est qu'une lettre morte!
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OBSERVATIONS, PREUVES ET EXPLICATIONS
CBAPTFEE n. — V PABTIË.
{ANNÉB8 1012-1625.)
Les extraits que j'ai donnés de l'histoire dl'Irlande , à l'appui du texte de tnou premier chapitre, auront donné au lecteur quelque idée des mille cruautés, horreurs, trahisons et massacres à l'aide desquels s'est étendue et maintenue en diverses parties, de l'Irlande la domination des Anglais, qui enfin s'est répandue par l'organisation de la. famine et de 1^ peste, siirlepays tout entier. La reine Elisabeth-f ne vécut pas assez pour jouir des résultats de cette infernale politique, et régner au milieu de la paix . des tombeaux. H appartint à son indigne successeur de recueillir les fruits de ses cruautés. Le peuple ayant été broyé «comme dans tmmdrtier.» — J'aime à répéter la, phrase de sir John DavieS : les survivans acquiescèrent promptement à toutes les modifications de loi que l'on voulut , et ils accueillirent avec une vive reconnaissance le changement, qui, en l'année i6ia, reconnut pour la première fois les Irkindais comme sujets et les plaça sous la protection de la couronne.
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OBSERVATIONS, PREUVES, (tu. ii.) iu
Ce n'est pas sans intérêt qu'on k Uvre aux recherches servant à constater quds étAirait le génie et les inc]inattDns,'Je caractère moral et social d'un peuple qui avait souffert tant de cruautés hideuses, et dont; les membres se trouvaient alors constitués en citoyens de l'état Je ne veux pas, pour décrire ce caractère, employer les ^tilanteS couleurs avec lesquelles l'ont peint de» écrivains irlandais ou quelques défraaeurs ou partisans des Irlandais. J'invoquerai le témoignage d'Anglais et de proieetans , le témoignage de perionnages qui participèrent euï-mémes aux orimeA que j'ai rapportés, ouquirestentencore àexposer.
Ce qui suit est d'un écrivain protestant anglais, fort peu disposé à la bl^veillance pour les Irlandais , mais bien au «contraire porté à m^ pat-lei* d'euK, et à lès calomnier eux et leur clergé. Voici tout ce qu'il a pu dire de pin à leur égard :
« Les habttana de ce pays sont, par instinct, Migieux, francs, ainuins, colères, capables de supporter des maux infinis, trètt glorieux, amateurs de la sorcellerie , çxcdiens cavaliers , belliqueux , grands distributeurs d'aumônes, et hospitaliers par excellencç. — Les plus débauchés, olërcs ou laïques, «ont sensuels et de mœurs trop relâchées. . Mais ceux qui ont été élevés dans des principes 4e vertu , ou dont on a corrigé les défauts, sont *dè teJs miroirs de sainteté et d'austérité, qu'en corn'paraison dis ce peuple toutiM les autres nations ne
t.Cioci^^lc
possèdent qu'une ombre de dévotion. — Quant à l'abstinence et au jeune , c'est pour eux une espèce de pénitence, qui leur est familière. » — Stanihurêt, apud Hollûuhedy Yl, 67-.
Mais comme rien ne fait mieux ressortir le caractère d'une nation que des traits individuels, surtout quand ils'sont racontés par un écrivain mal intentionné, je choisis un passage où se trouve décrite la fidélité, que se conservaient les frères de lait entre eux , parmi les Irlandais; et ce n'est pas allertrop loin que de dire qu'un peuple, dont les membres sont capables d'un attachement si noble, si généreux , les ims pour les autres , et d'une fidélité si grande à leur devoir, devrait occuper un haut rang dans l'estime des honnêtes gens. Remarquez bien l'extrait suivant:!
u Vous ne trouverez pas un seul exemple de perfidie , de tromperie ou de trahison chez eux ; non , ils sont prêts à s'exposer à tous tes dangers, pour le aalut de ceux qui ont sucé le lait de leur mère. Vous pouvez les rouer de coups; vous pouvez les rôtir sur un gril , vous pouvez les mettre à la question, vous pouvez tes exposera tous les ral< finemens de torture que pourrait inventer le plus
-.pruel tyran^ vous ne parviendrez néanmoins jamais à fjîire chanceler cette fidélité innée qui est greffée
,ën%ux; vous ne leur persuaderez jamais de trahir leur devoir*. » — fWare,!!, 73.
*' J'ajouterai maintenant le témoignage plus favo-
OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. ii.) 187
rable encore d'autres écrivains protestans anglais. Prenons ce passage d'un enuemi déclaré du nom et de la nation irlandaise :
a Les Irlandais eux-mêmes étaient painbles , tans malice , affables pour ha étrangers et envers tous pieux et bons , tmU le temps fi^ils conservèrent la religion de leurs pères. » — Borlase-, i4-
Le baron Finglas, qui était chef-baron de l'échiquier sous Henri VIII , met le caractère irlandais bien au-dessus de celui des Anglais, en ce qui concerne la soumission aux lois et à la justice. 11 dit :
« C'est un grand abus, c'est un grave sujet de reproche que les lois et les statuts faits- en ce pays ne soient ni observés ni respectés après huit jours d'existence. Entre autres destructions, celle-là encore est du Élit des Anglais habitant cette terre. Les Irlandais , ettx, observent et respectent telles lois et tels statuts qu'Us font dans leurs montaghes, et ils les gardent fermes, stables, sans les