ANNÉES
J'ai maintenant à expliquer le règne de Charles I*^ et la domination du sanguinaire Cromwell. Les paroles manquent pour décrire les crim^ de cette époque.
Les Irlandais respirèrent après la mort de Jac-' quesl". On avait espéré que la commission des titres défectueux ne serait pas "renouvelée- C'était, hélas! uift vaine espérance! .une attente futile!... Je n'ai pas l'intention d'accuser les dispositions personnelles de Charles X^'; mais il fut contraint par les circonstances à jouer un rôle qui différait, il est probable ou du moins il est possible, de celui qu'il eût été disposé à jouer. Je ne veux cependant pas le justifier. Il prend trop profondément part dans les^ crimes de ses agens et de ses ministres pour offrir quelque excuse substantielle des forfaits . de son coupable règne.
Il est très essentiel de bien se rappeler que, tandis que Tesprit de mécontentement envers le monarque régnant devenait journellement plus dominant en Angleterre et qu'on prenait tous les moyens
OBSERVATIONS, PREUVES. («. m.) )9> pour contrecaiTa< ses plans et le réduire à un état de sujétion, les catholiques d'Irlande firent
preuve de la loyauté la plus zélée et la plus généreuse. La connaissance de ce fait ajoutera beaucoup de piquant à la basse cruauté avec laquelle la spoliation de leurs propriétés par les ennemis de Charles, les Cromwelliens , lut plus tard sanctionnée et confirmée par les fils de Charles, Charles II et Jacques II. Je laisse , pour servir de Mémoires authentiques, les deux extraits suivans :
« Laconditiondesafifairesduroi (en 1626) était très embrouillée en Angleterre; il était en guerre avec les deux plus puissans rois de l'Europe, et ses sujets d^s le parlement anglais ne voulaient lui donner que peu ou point de secours , ef cela sou* des conditions dures et déshcAio^antes, quoiqu'ils l'eussent engagé dans la première guerre et qu'ils parussent satJsÊtits de la dernière, attendu qu'elle avait pour but la défense de la religion. » — Sir Edouard Pfalker. — DUcourë historiqttes, folio 337.
Fendant quelesaffaires de Sa Majesté étaientainsi embarrassées en Angleterre, « les catholiques romains d'Irlande otfiirent constamment de solder une armée de cinq mille fantassins et cinq cents chevaux pour le service de Sa Majesté , pourvu qu'on leur tolérât l'exercice de leur religion. » — ld.,ib.
Cependant comme on vint à savoir que les Iiv
landais allaient ainsi obtenir la tolérance pour l'exercice de leur religion , la bigoterie du célèbre archevêque Usher prit l'alarme. Il convoqua une assemblée des évéques, qui convinrent avec lui d'une déclaration où ils proclamaient la tolérance péché de première force. Il est bon que nous conservions, pourla livrerai' exécration de tout homme juste et sage, la déclaration de ces évêques protes>tans, déclaration qui renferme les raisons sur lesquelles s'appuyaient alors les protestans pour refuser de tolérer les membres de l'ancienne Église. — lia voici :
* « Novembre 1616.
a Premièrement. La religion des papistes est superstitieuse et idolâtre; leur foi et leur doctrine erronées et hérétiques ; leur Église par rapport à l'une et à l'autre apostate. Leur accorder, donc, la tolérance , ou consentir à ce qu'ils exercent librement leur religion et professent leur foi et doctrine , est un péché énorme , et cela pour deux causes; car,, premièrement, c'est nous rendre complices non-seulement de leurs superstitions, leurs ^ idolâtries , et leurs hérésies , en un mot , de toutes les abominations du papisme ; mais aussi . ( ce qui est une condition de la première ) de la perdition du peuple séduit qui se noie dans le déluge de l'apostasie catholique.
a Secondement. Leur accorder la tolérance en considération de sommes quelconques qu'ils paie-
OBSERVATIONS, PREUVES, (en. m.) 295
raient, ou de toute contribution -qu'ils acquitte- raient, c'est mettre la religion en vente et avec elle les âmes du peuple que le Christ a rachetées avec son sang. Et comme c'est un grapd péché , c'est aussi une affaire de la plus dangereuse conséquence , dont nous commettons l'examen aux hommes sages et judicieux , suppliant le Dieu de la vérité de rendre ceux qui ont l'autorité , zélés pour la gloire de Dieu , et l'avancement de la vraie religion ; zélés , résolus et courageux contre tout papisme , toute superstition et idolâtrie. »
Cependant les catholiques Irlandais persévérèrent. Ils résolurent de contribuer autant qu'il était en eux aux besoins royaux , et ils convinrent d'avancer la somme' énorme (dans ces temps) de 120,000 liv. st., sous les faciles conditions que certaines concessions de la justice la plus simple et la plus évidente seraient faites par la couronn*. Ces a actef de grâces » furent accordés sous la signature du roi. Ce qui suit est l'abrégé de ces « grâces » , spécifiées exactement par Lingard :
«Par ces grâces, sans parler du redressement'de beaucoup d'abus, il fut stipulé que les non-conformistes pourraient exercer dans les cours de justice et réclamer la délivrance de leurs terres de la Cour des pupilles ( Court of wards ), en prêtant le serment d'allégeance civile au lieu du serment de suprématie; qu'il serait accordé du temps aux entrepreneurs dans les diverses plantations pour rem-
226 L'IRLANDE ET LPS ÏBUMIUIS.
pUr les conditions de leurs baux ; que les réclamations de la couronne seraient limitées aux dernières soixante années; que Içs habitans de Connaught pourraient faire un nouvel enrôlement de leurs terres ; et qu'un parlement serait tenu pour confirmer ces grâces et établir tous les ayant-droit dans la prosséssion tranquille de leurs terres. » — HUt. à'jingl.^ par Lingard, règne de Charles I^ chap. I.
Il sera important de bien garder le souvenir de cet arrangement y surtout par rapport à la marche suivie sous la commission pour les titres défectueux. En effet , s'il y avait réellement eu quelque irrégularité substantielle dans les titres des habilans, surtout de Connaught, il dépendait de la prérogative de la couronne et , en toute justice, la couronne était; dans l'obligation de donner gratuitepîent décharge de ces irrégularités, qu'elles fussent le fait de la négligence de ses olHciers publics , ou qu'elles tussent simplement l'effet du hasard. Mais le cas fut bien autrement fort qu.ind la couroûnese trouva avoir fait convention de donner dé* charge de ces irrégidarités et de confirmer les titres, en retour du paiement d'une telle somme d'argent. Cétait chose injuste de chercher à attaquer ces titres de quelque manière que ce fut. Mais comme il est dans la nature du gouvernement anglais de redoubler sans cesse d'injustice envers l'Irlande , il fut doublement et très iniquement injuste de
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OBSERYATIOWS, PREUVES, (cp. m.) 7
cberdier à attaquer ces titres après patf ment fait d'une si grosse somme d'argent pour obtenir une décharge perpétuelle.
Qn dit qu'un tiers de l'argent fut payé par des. protestans, et que les catholiques ne payèrent que deux tiers. Quand même le fait serait ainsi, cela n'établirait aucune différence : par l'excellente raison que les terres des protestans qu^ contribuèrent étaient entachées de la même irrégularité nominale que celles des catholiques.
La basse iniquité qu'il y eut à recevoir cet argent pour les « grâces, a et à violer ensuite la promesse de concéder ces grâces , se trouve augmentée encore par la duperie de Strafford ; voici le fait : Peu de temps après cette composition, un parlement irlandais fut convoqué; StrafforcT ouvrit ce parlement par un discours du trône, dans lequel il énonça de propos délibéré le mensonge si sou- . vent mis en avant dans sa correspondance : que si une concession libre et sans conditions était faite de subsides pour le roi, les «grâces» (y compris la garantie de titre pour leurs teyres) seraient certainement concédées. Il traita de dégradant toute espèce de doute à' ce sujet. U unit par cette phrase:
e Assurément tant de bassesse ne saurait entrer dans vos cœurs, que de soupçonner un seul instant les gracieux sentimens de Sa Majesté à votre égard, et l'exécution vie rengagement pour lequel vous
TOUS fiez à sa grâce. » — Lettres d'état de Straffordf vol. I, p. aaS.
La proposition des subsides fut faite le lendemain, et sjx subsides entiers furent votés unanimement à Sa Majesté, payables dans le délai de quatre années ; ces subsides .dépassaient de beaucoup son attente. Strafford lui-même dit :
« Chacun de ces subsides s'éleva à 5o,ooo liv. st; (i,25ojOOO fr.); je n'avais jamais, moi, proposé au roi plus de 3o,ooo liv. st. (750,000 fr.). Si bien que dans la première session, les subsides accordés dépassèrent ce que j'avais proposé de lever dans les deux sessions; et ils furent concédés librement, sans aucune contradiction. » — Ibid., 273.
Ainsi, les Irlandais — et principalement les Irlandais catboliques, — dans le bu£ d'obtenir une confirmation de leurs titres, desdroits qu'ils avaient àleurs propriétés, contre une objection en elle-même frivole et injuste, — consentirent en 1628 àpayer et payèrent iao,ooo liv. st. (3,ooo,ooo fr.); et,en i634,leparlement, dont j'ai déjà parlé, accorda (sur la foi de la promesse la plus solennelle du lord député que les grâces seraient immédiatement octroyées) des subsides s' élevant presqu'au double du montant des espérances les plus hardies du lord député.
Croirait-on que, durant tout ce temps, ce lord député lui-même avait la volonté bien arrêtée que ces grâces ne seraient point octroyées? Que cet
DiqjtizeobïGoOgIC
OBSERVATIONS, PREUVES, (ce. nij 229 acte de justice qui aurait dû être concédé gratuitement ne le serait de façon aucune? Que l'aident serait soutiré au peuple sous un faux prétexte, et qu'aucune valeur ne serait donnée en échange? Que l'honneur, — l'honneur de l'Angleterre protestante, — engagé envers l'Irlande calhohque, — ne serait engagé que pour fournir un nouvel exemple de honteuse friponnerie ? une violation nouvelle , la plus dégoûtante, de la foi puhlique?
Le fait est, de sa nature, incroyable. — Cependant il est littéralement vrai. — Il est prouvé, jusqu'à l'évidence, par le témoignage de la lettre de ce lord député lui-même. Cette lettre est datée du i6août i634, elle est adressée au secrétaire d'état Coke, à Londres.
La chambre des communes avait, en raison du pacte, voté les subsides; en conséquence elle réclama les grâces; elle insista surtout pour obtenir un statut qui limiterait les réclamations de la couronne à une période de soixante ans.
Voici le passage extrait de la lettre ci -dessus , mentionnée sur laquelle j'appelle l'attention de tous les lecteurs :
a Les deux chambres ont, durant cette session, réclamé instamment les grâces; elles ont surtout insisté sur l'obtention de la loi anglaise, qui limite les droits de la couronne à une possession de soixante ans; dans la chambre basse , aucun mem~ bre n'a mis plus d'empressement que Fingal et
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Battelâgh A presser l'exécution des promesses de Sa Majesté.
« La chambre des communes a nommé une commission pour assister le chancelier : le juge-président des ^/aïrfacoff»»(w«*, le chief Baron, lemaître ' des rôles, et sir Georges Kadcliff ont été désignés par mol pour préparer de bonnes et convenables lois, qui puissent être mises en éta^ avant notre session prochaine , qui, si Dieu le permet, devra s'ouvrir le 4 novembre. Ils se sont incontinent acquittés de la besogne, réclamant les grâces et surtxmt la loi des soixante années.
« De. telle sorte que, considérant que beaucoup de ces grâces ne pouvaient en aucune façon passer en loi, et ne pouvant prévoir quels embarras il en pourrait résulter pour Sa Majesté si l'on avait permis à ces réclamations d'aller trop loin, j'ai réuni ces juges et sir Radcliffe pour nous concerter sur la manière dont le conseil devait s'y prendre afin de donner une réponse négative , et retirer le roi de ce mauvais pas. C'est ce que j'ai effectué jeudi dernier, étant en cela, je l'avoue, admirablement secondé par les trois susdits; en sorte que nous sommes maintenant résolus, non-seulement à transmettre en secret nos humbles avis sur chaque article des grâces, mais à appeler, mardi prochain, devàntnous, ce comité des communes, et de lui déclarer que notre fidélité à notre souverain ne nous permet pas de laisser passer cette loi des soixante
OBSERVÀTIOîfS, PREUVES, (ch. in.) 231
ans, on aucunes grâces préjudiciables à la couronne. Nous devons même très humblement prier Sa Majesté de ne les point admettre au préjudice de ses droits royaux et clairement représenter à Sa Majesté, qu'elle h'eST UÈE HI par JDSTICEj HoimEua OD coirsciFHCE A LES ACCORDER. Et àinsî nous interposant entre eux et les engagemens putatifs de Sa Majesté, nous délivrons Sa Majesté du fardeau et en prenons la charge autant qu'il est en nous. » - — Straffbrdj I, a79-8o.
On pourrait penser que Charles n'eut aucune part à cette basse duplicité. Hélas ! hélas ! à la honte de la misérable naturç humaine ! Et hélas ! aussi , à la honte de la Royauté ! Pesez et lisez sa réponse. D répond en ces termes à Strafford :
o Wehtworth, « Avant de répondre à aucune de vos lettres « qui me sont particulièrement adressées» je dois « vous dire que rien ne m'a plus satisf^iit que vos « demière3dépèchespubliques,surtoutpojirni'a- « voir sauvé de l'odieux d'un refusnecessaire.de tf ces grâces déraisonnables que le peuple atten- « daitdemoi. »
(Lettres d'état de Strafford, vol. I» 33i.)
Ces deux hommes ont perdu leurs têtes sur l'échafaud. Strafford était un scélérat politique des plus consommés. Charles fiit gâté par son éducation et ses conseillers ; mais l'Irlande souf&it indis-
tinctement, et de ]a scélératesse' préméditée de l'un et de la royale perfidie de l'autre.
Wentworth ayant par cette perfidie, cette scél^ ratesse,volé plus d'argent au peuple irlandais qu'il ne l'espérait, commença immédiatement l'exécution de son plan de confiscation. Ce fut une magnifique conception, une magnifique entreprise que celle de confisquer en masse tous les biens des habitans de trois autres provinces. Nous avons vu comment Jacques effectua le pillage de l'Ulster. Wentworth attaqua ainsi le Connaught. I^eland décrit en ces termes son projet.
« SON PROJET NE CONSISTAIT EN RIEN MOINS QU'A ANÉANTIR TOUT DROIT AUX PROPRIÉTÉS DANS TOUTES IJES PARTIES DU CONNAUGHT , et d'établir dans cette province une nouvelle plantation; projet qui, proposé sous le dernier règne, ne fut d'abord reçu qu'avec étonnement , avec horreur ; mais qui s'accordait merveilleusement avec le génie entreprenant et intrépide de lord Wentivorth. C'était pour cela qu'il s'était opposé à la confirmation des grâces royales; qu'il avait pris sur lui tout l'odieux d'une violation si notoire de la promesse royale. Le parlement fut clos, et le député eut tout le loisir nécessaire pour mettre à exécution son projet, qui, fait pour ameuter tous les esprits par son caractère alarmant et agressif, exigeait une grande prudence et une grande réflexion. Le lord' député
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 233
fit retourner sens dessus dessous les ■vieux registres d'État, les mémorials des anciens monastères pour s'assurer du trtrede Connaught originairement octroyé par le roi. On découvrit bientôt que, dans la concession de Henri m à Richard de Burgo, cinq districts de cent villages (cantreds) avaient étéréservésàla couronne, ad jacens au comté d'Athlone; QUE CETTE CONCESSION COMPBENAIT TOUT LE RESTE DE LA PROVINCE, que l'on prélendit alors avoir été confisqué par Aedh O'Connor, le chef irlandais de la province; que les terres et seigneuries de sir Burgo étaientdévolues en droite ligne àÉdouard rv,et avaient été cçnfirmées à la couronne par unstatutd'HenriVlI.Lesavocats delà couronne durent employer toute leur habileté à invalider les patentesaccordéesauxpossesseursdecesterres,sous le règne d'Elisabeth. » — Leland, livre IV, chap. I.
StraHbrd débuta par le comté de Roscommon.
On doit se rappeler l'usage' qui s'était établi en Irlande de mettre à l'amende les jurés qui osaient rendre un verdict contraire aux prétentions de la couronne. Cela rendra parfaitement intelligible l'extrait suivant. Cest l'extrait d'ime dépèche adressée par Strafford au secrétaire d'état anglais, relativement au comté de Roscommon où StraiTord avait commencé ses opérations.
« Avant de quitter Dublin, j'avais donné des ordres pour que l'on dressât un état des noms des gentilshommes les plus distingués et possesseurs des
S3& L'IALANDË tt lES iBlANÛAIS.
m eilletires propriétés ; ce qui fut fait comme tous en pourrez jugervous-toême. J'avais pour but d'en faire un exemple pour la province entière, qui ne manquerait pas de priser haut la valeur des litres du
roi. Ainsi RECOinSTJS PAR DES PERSbSNAGES DE LE0R
QUALITÉ, et tous aussi intéressés à la conservation, de leurs droits qu'aucun autre. De plus, l'évidence étant si forte qu'il faudrait bon gré mal gré se ranger du côté du roi, je résolue de mander dans fa chafhbre du château tout individu dont les moyens pécuniaires pourraient répojtdre ad roi D*0iTE BOHKE AMENDE, daiis le cas OÙ il se mettrait en opposition avec lui, et qui, selon toute probabilité, en dehors même de cette raison, craindrait plus de fouler hautement et imprudemment aux pieds la vérité que ceux qui auraient moins ou rien à perdre. » — Strafford, I, 442-
Je donne l'extrait des passages suivans comme exposant d'une manière toute spéciale la façon d'agir subséquente de Strafford envers les avocats employés dans cette circonstance.
« Toute cho4^ étant ainsi préparée , j'envoyai chercher une demi-douzaine des principaux gentilshommes d'entre eux , et en la présence des commissaires je les priai d'avertir les autres habitans du pays que le but de mon arrivée était de faire exécuter le jour suivant la commission de Sa Majesté consistant àprouver l'excellencenon douteuse (lu droit de 1^ couronne à la province de
OBSERVATIONS, PBEUVES. (ch- *"■) S3S Goiinaught. Je leur dis que je me proposais dé Cotnmencer par le comté de Roscommon. En quoi toutefois, pour sauvegarder la justice et l'honneutde Sa Majesté , je croyais à propos de leur faire savoir que le roi avait la bontédepermettreà chacun de défendre ses droits respectifs pleinement et en toute liberté par la voix de son avocat, tAVEuït
QUE l'oB IT'aCCORDAIT JAMAIS DAKS CES SORTES
d'enqdêtes. » Ibid.
Le procès se continua , et pour que le dernier sceau fût mis à cette comédie judiciaire, il se termina par un discours de Strafford ^ dont je donne* rai le commencement et la fin.
a Ainsi, dit Strafford , nous nous rendîmes immédiatement à l'endroit indiqué , nous lûmes la commission , nous appelâmes les jurés et leur fîmes prêter serment , puis nous poursuivîmes la besogne. Les avocats ayant dit de part et d'autre tout ce qu'ils voulaient, je déclarai au jury qUe les motife principaux de Sa Majesté pour faire valoir ses incontestables droits, étaient son royal désir de faire des habitans de celte contrée un peuple civilisé et riche ; ce qui ne pourrait s'effectuer d'une manière si sûre ni si prompte que par une plantation; (5e qu'il avait, cotiséquemment^ résolu dans sa grande sagesse. »
Strafford nous donne en ces termes la conclusion de son discours ; il déclare aux jurés que « S'ils teulent obéir à la Vérité , et avancer leurs
propres intérêts, ils doivent incontestablement rendre un verdict en faveur du roi , que s'ils veu- ' lent obstinément donner libre essor à leur propre volonté, sans consulter leur propre avantage , au lieu de ne rien faire de ce qui peut être agréable à Sa Majesté , je leur conseillais alors très fort de nier toute espèce de droit, et là-dessus , je les laissai chanter ( comme on dit ) pour s'accorder sur le témoignage qu'ils devaient porter.
« Le lendemain ils trouvèrent sans bésitation et sans scrupule, le titre du roi fondé. » — Strafford.l, 44a-443.
Et les jurés firent bien d'agir ainsi, car Strafford surpassait son prédécesseur .Chichester en cruauté vis-à-vis des jurés récalcitrans. Ses us et coutumes à cet égard, sont attestés par les procès -verbaux de la chambre des communes. On y voit :
« Que les jurés quf rendaient leur verdict selon leur conscience étaient censurés dans la chambre du château et mis à l'amende ; TAITODT EXPOSÉS AU PILORI AVEC PERTE DES OREILLES ET LA LANGUE PERCÉE; TANTOT MARQUÉS SUR LE FRONT AVEC UN FER ROUGE sans parler D'AUTRES PUNinONS INFAMES. » — Commona jourrials, vol.I,pag. Soy.
De la même dépêche do i4 juillet i635, je prends l'extrait suivant.
« Dans toute cette affaire j'ai été parfaitement secondé par sir Gérard Lowtber, chief-juge des
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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 287 plaids communs , si bien que je demande la permission de le recommander à Sa Majesté et à Mylords, comnie un des serviteurs de la couronne les plus habiles et les mieux intentionnés ; le sergent Catelin a aussi admirablement bien rempli son devoir. Je ne dois pas non plus oublier sir Lucas Dillon , chef du jury qui a agi avec tant de dis* crétion, et a montré , pendant tout le temps de si excellentes dispositions, que je ne puis me dispen- . ser d'en faire mention et de prier Sa Majesté de ne le pas oublier, à l'époque de la division des terres , puisque sa fortune et lui-même étaient en cause. Il a en vérité , mérité d'être bien traité , «t il le sera , s'il plaît à Sa Majesté de m'en donner le pouvoir. J'avoue que je me plais à récompenser bien ceux qui de bonne volonté font tout ce qui peut être agréable et utile à Sa Majesté , mais que je ne puis montrer trop de sévérité envers ceux qui agissent autrement. » — Rid. I , i44-
Quelle grossière et effrontée demande que celle de récompenser richement lechief-juge qui prési- ' dait le tribunal , et le chef du jury ! c'esl>-à-dire d'acquitter largement le prix convenu de la subornation. C'est peut-être l'aveu le plus franc de cor* ruptioD, dont nous ayons conservé souvenir.
Quelle a pu être la valeur de la récompense du chief-juge? Cest ce qui est demeuré ignoré. Les juges sont une classe discrète, qui sait traiter en secret les affaires particuUères. Mais on a dit que
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3^ VIRUNIffi ET LES IHiANDilS.
Dillon ( h chef du jury) obtipt pour (^ p«rt dffs terres <le la valeur de 10,000 livres sterling par an ( a5o,ooo fr. ) Il est positif qu'il eut une magnifique et riche propriété.
Yoilà les moyens qu'employa Strafford pour obtenir un verdict de confiscation dç tout le comté de Roscommon. 11 réussit de la même manière pour Mayo et Sligo. Et pourtant il avoue lui-même que la cause de la couronne n'a pas pour elle l'ombre d'un droit réel, que tout est dépure fabrication. Pour preuve de ceci , je citerai trois passages de ses lettres , desquels il résultera évidemment que toute l'afïaire ne fut que fraude et duperie.
« Comment faire voir le droit de Sa Majesté à ces .plantations de Connaught et Onnond ( quand les tentatives déjà faites ont échoué, ce qui rend l'entreprise énormément plus difficile)? Je n'ai pas reçu jusqu'à présent la moindre instruction de votre seigneurie ou d'aucun autre ministre, à cet égard. » — Stra//ord , I, pag. SSg.
Ensuite :
a Mais ( avec l'approbation de Votre Majesté pour me soutenir) j'espère m' ouvrir, tout seul, une route à travers ces difficultés. » — Jbid. 342.
Encore:
« Je rattraperai autant que possible le temps perdu*, je traiterai avec ceux qui pourront nous aider k découvrir un titre^ ce quf e^t, commç je l'ai
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OBSERVATIONS, PREUVES, (jm. m) ii9 (l^^dit, la chose priocipale, ET m SfENQUEBRAI D'HOMMES QUI POURBONT NOUS SERVIR AUPRÈS DES JURÉS. » —Sirufford, I, SSg,
Ce scandaleux aveu est peut-être plus dUtiiictement encore énoncé dans lui autre passage que j'emprunterai à une dépêche subséquente de Strftf- • ford, Il prouve non-seulement la connaissance eotière qu'il avait de l'impossibilité d'établir un titre devant un tribunal, mais il confirme ce fait important dans l'histoire du mauvais gouvernement des Irlandais, savoir : que le protestantisme a toujours été le prétexte et l'instrument de la tyrannie et de l'oppression de toute espèce sous lesquelles ont gémi les indigènes irlandais. Voici le passage :
a Cette chambre est très bien composée, les protestans en forment la majorité ; elle est donc entièrement dévouée au roi...^. Et comme la vérité est que le seul parti papiste s'est montré l'ennemi de l'ordre et de toute réforme, dans le gouvernement, ce sara une excellente poignée de verges pour le tenir en échec, quand U verra que Sa Majesté a le pouvoir de lui imposer, grâce à la . pluralité des voix, les lois de l'Angleterre concer-» nant la religion; cependant l'existence du pouvoir entre les mains du roi , n'est pas mal et pourrait être employée autrement, au grand avantage du service de Sa Majesté. On pourrait très tnen en pror fiter pour confirmer et établir les droits de Sa Majesté aux plantations de Conniuight et Or-
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3&0 L'IBIANDE £T LES IRLANDAIS,
mond. Car voua pouves vous tenir as «uréa d'une chose f e*est que tous les protestais goitt pour LES PL&NTATiOHS. Totts les auttes sont contre ; de telle sorte qiie les premiers étant les plus nombreux, vous pouvez compter sur leur concours à cet égard. VOIRE MÊME QUE L'ON NE POURRAIT TROUVER UN BON TITRE pour la couronne a ' LA PROPRIÉTÉ DE CES PATS, JE NE DÉSESPÉRERAIS EH IMVO(jDANT LA BAISOK d'ÉTAT, ET POUR MOTIFS DE FORCE ET (DE SÛRETÉ DU ROYAUME, DE LES FAIRE