COMTÉ DE DUBLIN
a i64i. Vers Xe^commencement de novembre, cinq pauvres gens (dont deux étaient des protestans) revenant du marché de Dublin, et couchant cette nuit à Santry, à trois milles de là, furent assassinés dans leurs lits par un certain capitaine Smith et un détach^nent de la garnison de Dublin,
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OBSERVATHWS. PREUVES. (tM. lu.) M7 puis leurs têtes furent portées le lândemain en triomphe dans la ville; ce qui donna lieu ï Luke Netterville, k Georges King et à d'autres voisins d'écrire aux lords justiciers pour demander la cause desdits meurtres t sur quoi leurs seigneuries firent publier une proclamation à l'ellet que dans Tespace de cinq jours les gentilshommes dussent venir à Dublin pour recevoir satisfaction, et dans l'intervalle (avant l'expiration des cinq jours) le vieux sir Charles Coote sortit avec une troupe, pilla et brûla la ville de Clontarf, à la distance de deux milles de Dublin, appartenant audit Georges King, nommé dans la proclamation, et tua seize de« bourgeois et boui^;eoises et trois en&ns à la mamelle. Laquelle violation de la proclamatioii (ayant détourné les gentilshommes de se présenter chez les lords justiciers) força plusieurs d'entre eux à se tenir sur la défensive et à abandonner leurs maisons, n
Le caractère de sir Charles Coote n'a pas besoin d 'autres éclaircissemens.Toilà r hommeà qui le gouvernement anglais donna un pouvoir illimité sur les Irlandais, a Cétait, comme leditCarte, tapersonne la plus convenable pour exécuter leurs ordres et connaissant le mieux leurs intentions. » Il n'est donc pas surprenant qu'un ecclésiastique protestant ait présenté de lui le caractère mitigé suivant :
« Il était (sir Charle» Coote) étranger à la miséricorde, et commit de nombreux actes de cruauté
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sans distinction. » — Hùt. de la Réb. irlandaiae,
par Marner, ■ç. i35.
Ce Charles Coote était d'une valeur inappréciable pour ceux qui l'employaient Le but du parti anglais, à la tête duquel étaient les lords justiciers, était, comme nous avons vu, de pousser les catholiques à la rébellion , et ils commencèrent par les accuser de pratiques de trahison. À ces fins, ib n'épargnèrent aucuns moyens, quelque infâmes qu'ils fussent, pour fabriquer des témoignages contre la noblesse et les gentilshommes catholiques. La question et la torture étaient les instrumens familiers de ces scélérats. Ce Ëiit est admis par tous les historiens contemporains ; en parlant des principaux gentilshommes catholiques, Leland dit:
a Ils résolurent (les chefo-gouvemeurs) de suppléer au besoin d'évidence légale par l'apphcation de la question à quelques-uns des prisonniers. Ils commencèrent par Hugb M'Mahon, qui avait été saisi sur la dénonciation d'O'Connoly, et de qui ils attendaient quelques découvertes importantes. Mais la torture ne put le forcer à déclarer quelque chose d'essentiel à leur grand objet. » — ï^eland, livre V, chap. 4-
Dans cette cruauté même, il y a un trait fort caractéristique. Les gentilshommes irlandais, ne voulant pas être forcés à une résistance année, confièrent à sir John Read une requête au roi. Parsons
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OBSERVATIONS, PBEUVES. (ch. m.) 36ft (dont nous avons déjà parlé, l'ancêtre du comte de Bosse actuel) obtint la confiance de sir John Read, et naturellement le trahit. Que Warner raconte l'histoire :
<t Sir John Read , par le même abus de pouvoir arbitraire , fut uis a la question. Ce gentilhomme était de la chambre privée du roi, lieutenant-colonel dans l'armée qui venait d'être licenciée, et chargé par les lords d'un certain district ( Paie ) de porter leurs requêtes au roi et k la reine. D se proposait de ne faire aucun secret de son voyage , et c'est pourquoi il envoya par un de ses domestiques une lettre pour demander im passe-port à Parsons, qui, en réponse, exigea de lui qu'il ee rendit à Dublin , afin que le conseil pût confier avec lui. » — ff^amer, p. 177.
La question lui fiit appliquée , mais on ne put lui extorquer aucun témoignage — parce qu'il n'avait aucun témoignage à donner conti'e les gentilshommes catholiques qu'on voulait convaincre, sauf le fait qu'il avait avoué et qu'il ne regardait pas comme un crime ; savoir, qu'ils avaient fait une pétition au souverain pour demander protection. On lui fit sentir cependant que si le fait d'avoir pétitionné n'était pas un crime , il était du moins punissable comme tel. Que le lecteur anglais juge des conséquences.
u Sir J. Read fut envoyé prisonnier en Angleterre , et en son absence , et dans ces circonstances
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vn L'IRLANDE ET US tKLANDAK.
il /kf aeeuêé «t mia A«r« la lot pour eausê é» haute trahison; êa/hmmt et ses effets /Urent saiêia, et elle et ees enfana mia A la porte , et quand elle supplia ces dignes justiciers de lui faire remettre une faible partie de SM efiets , ils remisèrent de lui en accorder aucun. » — Wam«r, 1 78.
Oui, sa femme et ses enfans mis dehors pour mourir de faim ! Voilà un échantillon d'humanité et de justice anglaises ! Pendant que la femme et les enfans étaient afiamés , le gouvernement poursuivait avec insouciance sa carrière i
« L'application [de la question à M'Mahon et k sir John Bead ne suffît pas à cette administration impitoyable; ainsi M. Baebewai. de KiiBRriv fdt Soumis a la m4mb torture. C'était un des gentilshommes les plus considérables du disirict a( Pale),» vieillard vénérable de Vâge de eoixanie-aix ans , aimant extrêmement ^agriculture ^ attaché à Ut paix j et grandement reapeeté dans «on paya. 11 avait donné avis au gouvernement du mouvement des rebelles d'Ulster dans le mois de novembre, et le seul fait qu'on put articuler contre lui était qu'il avait obéi à la sommation du shériff de se trouver à l'assemblée tenue sur la colline de Crofty lorsque lord Gormanston &t une déclaration d'union avec les habitans de ce pays. H ne paraît pasqu'il eût approuvé l'union , ou qu'il se fôt en aucune occasion joint à eux } et les ministres gagnèrent si peu de le mettre à la torture , ^i^elle ne
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OfiSCBVATIONS, PREUVIS. (M. ui.) 171
nntitfii'à rendre ton innoowct at hurprapfilkhumanité plua 4piieni99.* — iVamer, p. 17g.
Le but a été avoué; c'était de forcer las catholiques riches à se révolter. Oo ne leur accorda aucuns moyens de défendre leurs maiioni contre les insui^ qui avaient été déjà poussés à prendre lei armes. Ils étaient arrivés en foule à Dublin , là iU auraient été sous fa surveillance immédiate du gouvernement , et l'auraient aidé à résister mix insurgés. Mais le but du parti protestant anglais était de forcer ces riches catholiques à se joindra à ceux qu'il appelait les rebelles. Il ne fallut pas moins que trois proclamations pour les chasser de Dublin. Mais je donnerai le texte original :
« Les gentilshommes du district ( Pale) , ban» nis de Dublin par trois proclamations aueoessives y et forcés sous peine de mort de se rendre chez eux, incapables d'opposer la moindre résistance et ne voyant aucune apparence de soulagement ou do secours, ouvrirent leurs habitations sans défense à l'ennemi; ce qui donna occasion aux lords justiciers de se plaindre que les rebelle! avaient été hébei'gés et logés dans les maisons des ' gentilshommes de ce comté, aussi librement que s'ils avaient été de bons sujets. Ces rdations , quelque nécessaires qu'elles fussent d'abord , les entraînèrent dans le crime de rébellion, selon la loi, qu'ils n'avaient aucune raison dç penser devoir ae relâcher de tiji rigueur ea foveur de leur malheureuse
sHiiation ; quelle indulgence, en eSfet , pouvaientils espérer du gouTémement d'alors? il leur témoignait tant de tendresse 1 Ceat ce qui fit que le» gentthkonme» en général et spécialement le hauiahéri/fae joignirent aux rebelles, et firent dépendre du sueeés de la rébellion , le sort de leurs personnée et de leurs fortunes. » — Ormond- , par Cor/e, I,a38. *
Ainsi, ils devaieijt être punis de mort s'ils restaient à Dublin. Chassés , refoulés dans leurs propres maisons, il leur fallut se soumettre aux in- . surgés et encourir ainsi les peines attachées à la trahison. Que pouvaient-ils faire!* Plusieurs de ces malheureux gentilshommes s'échappèrent des rangs des insultés et vinrent s'en remettre à la misériccH^e des justiciers. Voici quel fut le mode de procéder adopté contre eux :
« Tous les gentilshommes qui se rendirent furent conduits , sans être admis en la présence des justiciers, prisonniers au château. On fit les préparatife de leur procès et l'on disait publiquement (^'ils seraient poursuivis avec la plus grande sé- ' vérité; moû comme ils n^avaient' jamais paru en campagne et ne s'étaient engagés dans aucune «s tion de guerre f on manquait ues faits coitveha-
BUES POUR ÉTATER. UlTE ACCUSATIOIf COHTHE EUX.
Pour suppléer à ce défaut, les lords justiciers eurent recours à la QUESTION, bien que ce fut contraire à la loi, afin d'extorquer des aveux tele que
OBSERVATIONS, PREUVES, (chap. ni.) 278
ces mécréana en voulaient arracher de la bouche des malheureux qui devaient la aubir, » — fP'arner, p. 176,
La préméditation que les lords justiciers mirent à arranger leurs plans pour forcer les Irlandais à se révolter est bien démontrée par l'extrait suivant, qui prouve que nuis expédiens ne furent négligés pour pousser les catholiques irlandais au désespoir et pour les contraindre à se défendre avec l'épée :
« Quelque temps avant que la rébellion éclatât, dit Carte, le bruit se répandit et prit crédit que~ sir John Clotwortby, qui connaissait bien les desseins de la faction qui gouvernait la chambre des communes en Angleterre , y avait déclaré dans un discours que la. cosversiom des papistes em Irlande NE pouvait s'effectder qu'ek portaiït la
BIBLE DANS UNE MAIN ET l'^FÉE DANS L* AUTRE, ET
M. Ptm annonça qu'il ne sbrait pas laissjé un PRÊIRE ES Irlande. Sir William Parsons, guidé en cela par une étrange faiblesse ou une politique détestable, attesta positivement et presque dans les mêmes termes devant un certain nombre de témoins, à l'occasion d'un festin public, que, dams
l'espace d'une année, on ne VERSAIT PLUS UN SEUL
catholiqi;e en Irlande. Il avait assez de bon sens pour savoir quelles seraient les conséquences naturelles d'une semblable déclaration, laquelle, bien qu'elle put servir ses vues intéressées, il n'eût guère
tn L'IRUNDB ET LES tRLAlTDltS.
bâurdé de faire si ouvertement et sans déguise^ meot si elle n'avait pas été d'accord avec la politique et les mesures de la faction anglaise dont il avait épousé le parti, et dont les inspirations étaient la règle' générale de sa conduite. » — Ormondy par Carte,, vol. I, ip. a35.
« n est évident, -dit le docteur. Warner (eccléi siastique protestant), d'après -la lettre des lords justiciers au comte de Leicester, alors lord lieutenant(vice-roi),qu'iLSDisiRAiEHXL'EXTIRPATIOTf,
HOW-SEULEMEKT DES PDR8 IhLAMDAIS, MAIS DES VIEIL- LES FAHILLBS AJIGLAISeS ADSSI QUI ÉTAIEITI CATHO- LIQUES ROMAINES. » — Warner, Histoire de la Rébellion irlandaise.
Revenons pour un instant à sir Charles Coote, dont nous avons déjà exposé sommairement les horreurs ; j'en ferai revivre le souvenir par le passage suivant tiré de Clarendon : « Sir Charles, non content d'avoir, à cette époque, pillé et brûlé cette ville (Qontarf), fit massacrer seize des bourgeois, hommes et femmes, sans compter trois enfans à la mamelle ; et, dans la même semaine, cinquante-^ hommes, femmes et enfans du village de Bulloge, étant épouvantés de ce qui s'était passé à Clontarf, prirent des bateaux et se mirent ta mer pour éviter la fureur d'un détachement de soldats arrivés de D,ublin sous les ordres du colonel Crafibrd ; mais les soldats les ayant poursuivis' sur d'autres bateaux, ils furent atteints et jetés dans
OKSÉilVATrom, ttlÉtVBS. CcB. lÉi.) 8Y5
- Id ffîèr. t^Jlppenditt àPHistoîte de /(t RAel^ lion ifiundaise , par Clarendon ; WUford, Xjon» dreê, l'jio.
Coote fut-il donc puni poUr sa conduite sanguinaire , conduite dont les horreurs n'ont pas été surpassées par les atrocités modernes de S.obe3pierre? Vous le saurez.
« Immédiatement après ses inhumaines exécutions, et les massacres de Wicklo.w, il fut nommé gourerneiir de Dublin. » — Omtond , par Carte » I» aSg.
Coote, ce monstre hideux, était en vérité, comme je l'ai déjà dit, d'une valeur inestimable pour ceux qui l'employaient. 11 avait la part du diable» C'était mort et destruction que de se fier à tui pour la moindre chose. Les lords justiciers pro<posèrent de conclure un traité avec les lords du Pale'(i) qui étaient tous disposés à accepter un arrangement quelconque. Mais ils refusèrent de se soumettre au pouvoir de sir Charles Coote, qui les eût infailliblement fait totii assassiner.
(c Les lords justiciers d'eUvent pas plus tôt su que les lords du Pale ne voulaient pas se remettre aux
(i) Nous avons déjà eu ri>ccision d'eœplojer celle eipraision. 11 n'est peut-être pas inatile d'en doDiier l'explication. Le Pale avait été, dan) i'oTiginei 1> portioa de terre enlourée de paliisaifei qne, noBobitant la Tigoureiue défense des Irlandais, l'Angleierre pvaii concédée k dea coloDi anglais, son* ta protection d'un fort. On conçoit que le Pale l'était tlcedu par iatuile,at qu'il Tint à embrasser preaqne loules les coticesùoDs anglaise). On appelait « Lords du Païen Jeiseigneon d'origine an- E;Um, b4s tu Irlande. (Ifou da traduetatr.)
mains de sir Charles Coote, en venant dans la ville, bien qu'ils fussent prêts à traiter avec des commissaires envoyés dans un lieu placé en dehors de sa Juridiction, qu'ils prirbht des mesures podr les
COMVAIHCRE DE HAUTE TRAHISOS, ET CONFISQUER
LEURS TËRBES. » — Ormond, par Carie, I, 376.
Pour l'instant, — c'en est assez de sir Charles. Coote! Continuons nos.estraitfi.
Le passage suivant contient les ordres donnés par les lords justiciers au comte d'Urmond, lesquels lui furent communiqués, sous forme de décret, de la manière suivante :
« Il est résolu qu'il est convenable que sa seigneurie fasse, avec les troupes de Sa Majesté, tous les efforts possibles ^om frapper, tuer, massacrer et détruire tous les rebelles, leurs adhérens et ceux qui les secourent; et brûler, piller, dévaster, ruiner, saccager, et raser toutes les places, villes
ET MAISOMS ou LES REBELLES SOKT OU ONT ÉTÉ SE- COURUS OC LOGÉS, ainsi que tous les [blés et les
foins, ET détruire tous les HARITABS CAPABLES DE
PORTER LES ARMES, — Doimé au Château de Dublin de Sa Majesté, lea3 février 1641-a.
R. DiLLON, F. WiLLOUGHBT,
Tho. Rotherham, J. Temple,
Ab. Loftus, Robert Mereuith.» —
Carte, m, 6î.
Avec quel plaisir diabolique ce tribunal de sang s'ébaudissait de cbaque mot qui pouvait signifier
r,c.i,2.ci!,G00gk}-
OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 277
destruclion ou massacre! Lès révolutionnaires français ne furent que de bien pâles copistes de la cruauté anglaise en Irlande. Les ordres furent exécutés au-delà de la lettre, mais selon l'esprit de rordoDnance. Voici ce qu'en dit Leland :
« Quanta l'exécution de leurs ordres, les justiciers déclarent que les soldats tuèrent indistinctement toutes personnes, h'épaeghamt pas les femmes , ET SODVEKT MÊME LES ENFANS. u — Lelatld ,