‹ Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonneChapitre 35 sur 41 · livre V · texte numérisé non relu

livre V

On voudra bien remarquer que les ordres tiri- ■ ginaux étaient de la plus cruelle injustice : car, ' ils ne sanctionnaient pas seulement le massacre de ceux qu'on appelait les rebelles, de leurs adhérena et de ceux qui les secouraient' , mais aussi de tout mâle adulte qui par hasard demeurait dans le quartier où les rebelles étaient reçus; et bien que cet individu fût parfaitement innocent du crime de les avoir aidés. Mais quelque infâmes et sanguinaires que fussent les instructions, la cruauté de l'exécution les laissa bien loin derrière.

Ce ne peut être du reste un sujet d'étonnement quand on se rappelle quel sanguinaire esprit prévalait contre les Irlandais.

Que ces massacres ne fussent pas commis grâce au zèle outré d'une soldatesque vulgaire , mais qu'ils aient été protégés et commandés par des personnages haut placés en autorité, cela ne peut formerrombre d'un doute; les preuves abondent ,

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878 t'IRUNDE ET LES IBLAKDAIS.

00119 avoDK déjà vu quels ordres diaboliques fu- . rent publiés par les lords justiciers. Lisez piaintepant l'extrait suivant de lord Orwond :

a Sir William Parsons a dernièrement conseillé par lettres au gouverneur, de brûler le blé et de PASSER AU FIL DE L'ÉPÉE HOMMES, FEMMES ET ENFÂWS, et sir Adam Loftus a éjirit PANS LE MÊME ESPRIT. — £e«re* d'Ormond, II, 35o,

Voici l'exemple d'un massacre de prisonniers dans les rues de Dublin , prisonniers qui avaient été faits à la bataille de Rathmines; c'est lord Ormond qui parle :

« L'année, j'en suis certain, dit Sa Seigneurie , ne comportait pas im effectif de huit mille homvt««r , il est positif que sur pe nombre il n'y en eut pas plus de tix cents de tuée , et la plupart de ceux qui furent tués /wren^ maeeacrée après avoir mis bas les armes , et environ une heure après avoir été faits prisonniers ; plusieurs du reste ^rent égorgés t^rés leitr arrivée dans les fortifications dt Dublin.^) — Ormondyll, 396.

Ceux qui ( comme cela se pratiquait ajors) fu- ' rent massacrés ,- comme prisonniers, .n'étaient pas tous Irlandais.

a Quelques Wallons que les soldats prirent pour des Irlandais furent passés au fil de l'épée. » — Mémoire sur les qffaires d'Angleterre, par Whiteloc&.

Malbewrçu? Wallops!

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OBSERVATIONS, PBEUVES. (fia. m.) 370

Puisque j'ai tant lait que de citer Whitelock, je donnerai encore deux courts extraits de cet écrivain y qui peignent bien le caractère de l'époque :

« Leurs prêtres et leurs religieux furent assommés , péle-méle , avec les autres gens armés. » — pf^iteiockf pag. 4i3* ■ Encore :

a Sir Théophile Jones, s'étant emparé d'un château, passa au fil de l'épée quelques hommes «^ treize prétrea. » — FFhiteioekf p. a56,

Je donnerai les exemples suivans de la conduite tenue par le général Monroe , qui hit employé par le gouvernement dans l'expédition occidentale :

« Monroe fit mettre à Newry soixante hoounes ^ dix-hiHt femmes et deux prêtres à mort. — Le' imtd, in,3o3.

En voici un autre :

«c Âla sollicitation de lord Conway qui l'accompagnait, il (Monroe) s'avança avec 3,6oo fantassins* trois corps de cavalerie, et quatre pièces de canon. Son expédition se borna à une simple reconnaissance delà place; le 16 jtiillet i643> il vit quelques compagnies ennemies qui manquaient complètement de poudre, il ne les attaqua pas; mais tombant sur le bétail qu'il rencontra il en fit un butin considérable, et ayant tué sept cents paysans, hommes, femmes et enfians qni chassaient devant eux ce bétail , il s'en revint à Newry. » — Carte , vol.I, pag..3ii.

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« D'autres forces s'étant réunies à Monroe, ce dernier se trouva à la tète de la plus puissante année qu'on eût vue en Irlande depuis la guerre. Elle s'élevait à 10,000 hommes de pied.au moins, et 1 ,000 cavaliers. Elle était cependant dans l'impossibilité de tenter aucune grande entreprise, n'ayant de vivres que pour trois semaines. Monroe marcha sur le comté deCavan, d'où il envoya des corps de troupes en W^tmeath etLongford, lesquels mirent là campagne à feu et à sang et passèrent au fil de l'épée tous les payaan» ^ils rencontrèrent. » — Omiond, par Carie, I, 495.

, Le massacre suivant eut lieu sur la colline qui domine Rathcoole. Ce fiit un de ces rares exemples « produits par l'esprit de représailles; mais il fut si horrible, que je ne puis m'empêcher d'en donner les particularités telles qu'elles ont été racontées par le colonel Mervyn Touchet à son fj-ère lord . Castlehaven. Sir Arthur Loftus, gouverneur de Naas, sortit avec un corps de cavalerie qui fut rejoint par un autre corps envoyé de Dublin parle marquis d'Ormond, et il tua tous les Irlandais qu'il rencontra :

u Mais le massacre le plus considérable eut lieu dans une grande bruyère, située sur une colline, où s'étaient réfugiées les populations alarmées de plusieurs villages. Sir Arthur ayant alors investi la colline > fit mettre le feu aux quatre coins de la bruyère, où se tenait'iit en grand nombre les

OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 281 ftigitifs qui furent tous ou brûlés ou tués, hommes, femmes et enfans. Je vois brûler encore les corps de ces hialheureux et la bruyèi-e. « — Mémoires de Caathhaven.

Il est manifeste que ce n'est pas là un exemple' isolé de semblable cruauté. Clarendon en fait mention comme d'une chose assez ordinaire : '

o Durant l'année 1641-2, plusieurs milliers de pauvres et innocens faabitans du comté de Dublin, pour éviter la rage des soldats anglais, se réfugièrent dans les buissons et les bruyères, auxquels les soldats, dans ces sortes de circonstances, mettaient habituellement le feu, tuant tous ceux qui cherchaient à s'échapper ou les repoussant dans les flammes. I^e reste delà population fut en grande partie moissonné par la famine. . » — appendice à F Histoire de la Rébellion irlandaise, par ClarendoHf Wilford, Londres, 1720.

Cet acte hon-ible de faire rôtir tout vivans les habitans de plusieurs villages ne rompt-îl pas admirablement la monotonie de tous ces meurtres sanglans commis avec le fer ?

Passons maintenant à une autre scène. Deux citations nouvelles de Carte serviront à démontrer comment on s'y prit pour a faire éclater, » selon la phrase technique, le soulèvement de Munster, c'est-à-dire comment on força, le peuple à prendre les armes pour sa propre défense. Elles mettront en même temps dans tout son jour l'active huma»

t83 L'IRUNDË ET LES ISLANDAIS.

nité du clergé et du plus grand oombre des laïques catholiques durant cette funeste période, quand, je le dis avec un amer regret, il ne se rencontre aucun exemple de la sorte de la part du clergé et des laïques pratestans.

a On était à la mi-décembre que pas un seul graitilhomme de la province de Munster ne s'était montré eu Êiveur de la rébellion. Un grand nombre des principaux d'entre ettx avaient témoigné leur zèle pour t'y opposer, et avaient même fait o£&e de leurs services k cet effet. Lord Muskerry, qui avait épousé une sœur du comte d'Onnond, proposa de lever i,ooo hommes à ses frais; et dans le cas où l'état ne les pourrait fournir d'armes, U était prêt à emprunter éur ses biens f argent nécessaire pour les acheter... .. Aueun signe d'inquiétudeou de déloyauté ne se manifesta parmi les gentilshommes avant l'arrivée de sir W. Saint-Léger à Clonmell, qui eut lieu le premier de ce mois, trois jours avant l'action que je viens de vous raconter (c'est-à-dire à l'endroit appelé Mohill). « Peu de jours auparavant avaient eu lieu quelques scènes de pillage (de troupeaux) dans le comté de Tipperary . . . Sir W. Saint-Léger en ayant eu connaissance entra dans une grande colère, et furieux se rendit deux ou troià jours après, avec deux corps de cavalerie, à Ballyowen, et ayant appris que le bétail avait été conduit à Ëliogarty, il marcha sur cette ville. Che- QÛU (mSat, U. TQA A »iJ,LfOV/BS IBOIS IIIDITIDU8

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OBSERVATIONS, PREUVES, (cur. m) 3S3

que Von disait avoir pris quelques cavales appartenant à M. KJQgsmill; et non loin de là, à Grange,

IL TVA ou FIT PENDRE QUATAE PACVItES LABOUREURS IHMOCEMS ]ïE TOUT CRIME J A BaLLT-O'MdEEIN, SIXJ ETA BALLTOARfiUT, HUIT; IL BRULA AUSSI PLUSI EU BS

VAisoNs. Ce ne fut pas sans peine qu'on parvint, à force de prières, à obtenir qu'il épargnât la vie de M. Morris IVIagrath (petit-fils de Milerus, archevêque de Cashel du temps d'Elisabeth, et gentilhomme de belles manières). Bien qu'il £ùt prouvé évidemment qu'il n'avait en aucune façon participé au pillage, il n'en fut pas moins incarcéré. De là le capitaine Peisley se rendit à Ârmaile, ou il tua

SEPT ou HUIT PAUVRES GEHS, HOMMES ET fEMHES ' qu'il TROUVA SE TENANT TORT IHOFIENSIFS DANS LA RUE, PRÈS SE LA PORTE DE LEURS MAISONS. PuiS TSA- VERSAKT DE GRAND MATIN LA RIVIÈRE EWTER , IL MARCHA SDR ClONOULTA . OU , ATANT RENCONTRÉ

Philippe Btab, le principal fermier de l'endboitj

HOMME d'ailleurs DE GRANDE PHORITÉ ET TRÈS CA- PABLE, ET QUI n'avait PARTICIPÉ A AUCUN DES VOLS SUS-MENTIONNiéS, IL ORDONNA, TANDIS QUE CE PAUVRE DIABLE SE RPHDAIT PAISIBLEMENT A LA |ORGE, OU II PORTAIT LE SOC DE SA CHARRUE, DE LE METTRE A MORT SANS AUCUN EXAMEN PRÉALABLE, OU TOUT DU MOINS IL CONNIV& A CE MEURTRE, CAR IL PROTÉGEA

l'assassin. Delà ilse PORTA VERS le PONT de Gobl-

I.SS, OU IL TUA ET FIT PENDRE SIX OU HUIT TBRBAS- SiEKSDU DOGCBUaGÉiUItD I'«NlfKL|.£i BOSKÂZES BA-

BITANS no LIEU, ET IL BRULA PLTISIKUBS MAISONS

DAMS LA VILLE. » — Ortnond, par Carie, I, 265.

La noblesse catholique et les gentilshommes de Munster adressèrent une remontrance à Saint-Léger. Telle fut sa réponse :

« II leur répondit avec emportement et fureur qu'ils n'étaient tous que des rebelles, et qu'il ne voudrait pas se fier à un seul d'entre eux; bien plus, qu'il considérerait comme mesure sage et prudente de faire pendre le meilleur de leurbande.» — Carte, I, 266.

Les massacres des Irlandais se succédèrent; quelques-uns, quoique de ta plus basse classe, périrent à.r occasion : c'était inévitable. On n'est pas surpris d'apprendre que quelques-uns des parens de Philippe Ryan , en représailles de l'assassinat dont il avait été victime, ainsi que de plusieurs autres, tuèrent treize Anglais. Mais ce crime ne servit qu'à faire éclater les vertus des catholiques irlandais. Voici comment ils agirent en ces circonstances ;

a Tous LES AUTBEs Anglais furent recueillis par

LES. HABITANS de CET ENDROIT DANS LEURS DEUEU- BES, ET LES BIENS Qu'iLS LEUR CONFIÈRENT XEUR FU- RENT INTÉGRALEMENT RENDUS. Le DOCTEUR SamDEL PCLLEN (protestant) , CHANCELIER DE CaSHEL ET DOYEN DE ClONFERT, AINSI QUE SA FEMME ET SES ENFANS FURENT SAUVlÉS PAR LE PÈRE JaMES SaUL,

JESUITE. Plusieurs autres prêtres romains se distinguèrent EN CFTTE circonstance PAR LES EFFORTS

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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 285

qu'ils FIRESTPOtlH SAUVER LES ANGLAIS; PARTICU-

liërement Joseph Ëverard et Redhohd ëetglish, tods les deirx frahciscains, qui en cacher est quelques-uns dans leur chapelle et même sous leur AtiTEL... Les Anglais qui, forent ainsi préservés

DU DANGER FURENT, SELON LEUR DÉSIR, ENVOIES DANS LE COHTi DE COKK, AVEC UNE ESCORTE DES flABlTANS

IRLANDAIS DE CâSHËL. » — Ormoni , par Carie, I,

Je reviendrai maiDtenant aux preuves fournies par le parlement anglais de sa haine eh vers les malheureux indigènes d'Irlande. Ce qui suit est extrait par Kushworth des journaux de la chambre des communes anglaise :

a 24 oclobrs t644-

CI Ordonnance des lords et des communes, assemblés eu parlement, commandant qu'aucun officier ou soldat, soit déterre oude.mer, n'accorderont quartier à aucun Irlandais ou papiste né en Irlande qui sera pris portant les armes contre le parlement anglais.

« Les lords et les communes, assemblés en parl^ement d'Angleterre , déclarent qu'»7 ne sera fait quartier à aucun Irlandais ou a aucun papisle ne en Irlande , pris en état d'hostilité contre le parment, soit sur mer, soit dans ce royaume, soit dans l'état de Galles; et là-dessus décrètent et ordonnent que le lord général, le lord amiral et tous autres officiers et commandans, soit par terre, soit par

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886 URLXNDË ET LES IRtANDAÎS.

mer, excepteront hê Irlanâaii et papUteé né» »n Irlande dans toutes tea capitulations, tous les traitas et compositions désormais faits avec l'ennemi, et que si capture est faite de tout Irlandais ou papiste né en Irlande comme susdit est, ils FKRont

tnCOlTTinEnT MOURIR TODS 6EHS DE CETtE SORTE.

n Et il est dé plus ordonné et décrété que le lord général, le lord amiral et les comités des divers comtés donneront prompt avis décela à tous les officiers subordonnés et commandanspar terre ' et par mer respectivement qui, par ces présentes, sont obligés de veiller avec le plus grand soin et la plus grande circonspection à ce qut cette ordonnance soit dûment mise à exécution; et finale-ment les lords et communes déclarent que tous officiers et commandans de terre ou de mer qui apporteront de l'insouciance ou de la négligence à remplir l'objet de ladite ordonnance seront considérés comme partisans de la rébellion sanguin noire ^Irlande et seront sujets à une punition méritée telle que les deu^ chambres du parlement jugerontà propos de leur infliger. » ■— Rushworth, vol.V, p. 783.

L'exemple suivant de la promptitude avec la< quelle l'antipathie nationale anticipa sur la cruauté de cette ordonnance et lui fit sortir son effet contre les Irlandais est vraiment horrible :

« Le comte de Warwici et les officiers ses subordonnés sur mer ayant rencontré des frégates

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OBSEBYATIONS, PBÈtVfô. (c*. m.) i»7 irlandaises ou des flibustiers qui naviguaient sous leur pavillon, Us s'emparèrent de tous les marins de nation irlandaise, iet lièrent dos à dos et ies jetèrent â la mer, «ans distinction de condition^ pourvu qu'ils fiissent Irlandais. Beaucoup de pauvres gens périssaient journellement de cette cruelle manière ; Ce dont le roi ne disait rien parce que. . . Sa Majesté ne pouvait s'en plaindre sans paraître défendre ou feivoriser les rebelles d'Irlande. » — Clarendon, II, p. 47S.

Oarendon désire naturellement excuser ou pallier la conduite de Charles; mais combien son excuse elle-même rend-elle plus diaboliques encore les dispositions de l'aristocratie et dés gentilshommes anglais aussi bien que du peuple en général envers les Irlandais! Que toute personne raisonnable réfléchisse un instant sur ces cruautés préméditées, cruautés commises, non pas dans la fureur du coinbat, mais par soif du sang.

Voilà ■ des . chrétiens protestans , des chrétieiJs protestans anglais qui, froidement et avec calme, accomplissent la tente formalité d'attacher dos à dos et de noyer ensuite, de propos délibéré , un certain nombre de leurs semblables, seulement parce que ces malheureux sont en leur pouvoir et qu'ilssont Irlandais!

Il n'y a rien de nouveau sous le soleil! Les Noyades des royalistes, en France, par ce monstre révolutioimaire Carrier et ses collègues, eureift

leur précédent dans la conduite des Anglais envers les Irlandais. — Mais quelie différoice dans les (feux cas ! —Carrier était un monstre vulgaire de basse origine, — un athée déclaré. — 11 n'afieclait aucun scrupule de conscience: — c'était un misérable impie. — Mais les Anglais qui se livrèrent à ces atrocités étaient « nobles » et « gentilshommes. » C'étaient (à leur manière) des hommes d'une piété fervente! — Ils agissaient, la Bible, — cette parole de Dieu, — à la main; la prière sur les lèvres , se proclamant les disciples du Dieu de miséricorde et de chanté. — Oui, c'étaient «des chrétiens, des protestans anglais 1 » — ceux-là qui, au nom même de ce Dieu, exercèrent ces barbares cruautés! »

L'indignation et l'exécration sont vaines. Quel pays a jamais infligé à un autre pays des cruautés aussi épouvantables que l'Angleterre en a infligé à l'Irlande? Donnons encore un exemple de la manière dont fui-ent prévenus les ordres sanguinaires des communes anglaises. Ceci se passa au mois de maij A.D. i644-

a Le marquis d'Ormond avait envoyé le capitaine Anthony Willoughby, avec i5o hommes, qui avaient d'abord servi dans le fort de Galway, puis, de là, à Bristol. Le navire qui les portait fut pris- par Swanley, qui sot assez bahbahk podr

FAIBE JETE» A LA MER SOIltASTE-niX SOLHATS, SOUS

prétexte qu'ils étaient Irlandais; bieh qu'ils eus- S5MT Fip*;iEMEj!iT SERVI SA MAJESTjJ contre les re-

OBSERVATIONS, PREUVES. t^H. m.) ÏB9 belles, pendant tout le temps de ta guerre, a — Carte, 1,48?.

Il pourrait se rencootrer des gens assez absurdes pour supposer que le capitaioe Swanley fut puni de ces brutalités. H avait inhumainement assassiné de £dèles soldats qui servaient leur roi et leur patrie ; — il les avait assassinés pour la seule raison qu'ils étaient Irlandais. ■ — Comment les représentans du peuple anglais te traitèrent-ils? Souvenezvous que ces représentans étaient les beaux esprits du siècle, — les esprits supérieurs de t'Angleten;e , — les avocats de la lil>erté — et les promoteurs zélés de (ce qu'ils appelaient) la religioh. Écoutez bien, Anglais 1 protestans, prêtez une oreille attentive : l'autorité que j'invoque n'est rien moins que les journaux de votre cbambre des communes. Voici le fait :

« Juin 1644 (le mois qui suivit l'infâme assassinat) , le capitaine Swanley a été appelé dans la chambre des communes (anglaise)]et DES REMER- CIEMENS un ONT ÉTÉ VOTÉS POUR SES BONS SERVICES, AINSI QU'UNE CHAINE D'OR DE LA VALEUR DE DEUX CENTS LIVRES STER- LING (5,000 fr.); et le capitaine Smith, son viceamiral, eut une autre chaîne de la valeur de 100 liv. st. (2,5oo fr.).» — Journaux, III, 517.

On se rappellera que je choisis, que je ne donne pas tous les exemples de cruautés; probablement pas ta millième partie. C'est pour cette raison

MO L'IRLANDE Et LES IRLANDAIS.

seule quft je laisse li la marine pour donner un échantiiton des procédés des troupes anglaise à terre. Remarquez, je vous prie, k manière dont on gagnait r««#*in« du parlement.

« SirRichardGrenville.... était en grande««#tm« auprès du comte deLeicester et encore plus auprès dupsxlementfpourlesaeteaaùfnalésdteruautdqu'il

commetlait journellement envers les Irlandais

faisant pendre des vieillards alités, parce qu'ils refiisaient de découvrir où était caché l'argent qu'on leur supposait, ainsi que des vieille» Jimmes, dont que!ques*unes de'qualité, après les avoir pillées et dépouillées de tout, et avoir trouvé moins qu'il ne ^attendait.*— Clarendon, II, 4)4-

Nous devons toujours avoir soin de nous rappeler que la plupart des incroyables horreurs et diaboliques atrocités qui furent commises par les Anglais contre les Irlandais, le liireat dans le but avoué de soutenir et Ëtvoriser « la religion protestante. »

En 1643 avait été proclamé^n Irlande un armis- . tice qui était également désirable pour le malheureux roi et le peuple irlandais. Le lecteur n'aura pas oublié xjue, sous le règne d'Elisabeth, Spenser avait recommandé la destruction des vivres, afin que les Irlandais fussent contraints par la femine «à s'entre-dévorer.» — La politique infernale de Spenser (qui alors avait été suivie) fut remise en vigueur et reçut la sanction du parlement protes-

OBSCfiVAÏIftNS, PREUVK. (en. m.) Mf

tant (^'Ângleteive: Ce pantpmeHt jugeait utUe aux

. intérêts de la religion protestante, que les catholÎT

ques fussent contraints par la famine « à «WffWr

manyor.» En conséquence la suspension d'armes — .

« Ne fut pas plits tôt connue en ^Angleterre que les deux chambres se déclarèrent contre die, la «ûmmeotant de la manière la plus injurieuse pour fia ISajeAté, qu'on puisse ima^ner, persuadant au peuple que les rebelles étaient, au moment de la suspension > aux abois et réduits à une famine ^ horrible , que eomme des cannibales ils se mangeaient les uns les autres, affirmant qu'on aurait pu les détruira immédiatement et les extirper entièremenf, si le roi, grâce aux conseils papistes de la CQuri n'avait pas été amené à consentir cette eefrsatioB d'hostilités. » ^r- Clarêndon, II, 3a3.

Que la persécutrice bigotene du protestantisme se proposât délibér^mest de prolonger l'horrible , fiimine ^insi décrite, comme moyen de fortifier et étendre k religion protest^te, c'est là un fait dont le souvenir est consigné sur les registres du parlement anglais.

ao septembre IÔ43. Sur la question, il a été oér solu que cette chambre prétend et soutient cpie la présente stupmsi&n d'armes avec ha reheiles , m Iriande , e«t 4^«tructiv& 4* h religiau protestante.:» ' — Journaux, III, 248.

I« témoignage de B.ushworth vient &i pleine coofirmation (s'il en était besoin) du Ëiit ipie cas

horreurs convenaient parfaitement à la bigoterie protestante de la législature anglaise. Voici ses expressions :

« ïje& lords et les communes ont raison de se déclarer contre ce complot, et ce projet de cessation d'armes, comme étant une afii^ire traitée et conduite sans leur avis ; et aussi à cause de fimmenee pr^ttdice qui en résultera pour la religion protestante, et de l'encouragement qu'en recevra le papisme, lorsque ces rebelles papistes, grâce à cet armistice , pourront, avec [^us de liberté qtie jamais, selivrer aux pratiques de leur culte idolâtre, à leurs superstitions papistes, et abominations romaine?, dans tous les lieux où ils commftident, et cela au désbonneur de Dieu, à la grande affUctwn de tous les cœurs véritablement protestons, au dé^ triment des droits de la couronne d'Angleterre , et kla provocation desvengemtices d'un Dieu jaloux! Comme si les deux royaumes n'avaient pas déjà assez souffert pour ce péché de trop grande tolérance envers une idolâtrie anti-chrétienne, sous le vain prétexte de contrats civils et de' convenances politiques! » — Rushworth, V, 557.

Oh! protestantisme, quelles inexprimables horreurs et calamités, — quelles infernales persécutions ont été, en votre nom, infligées au peuple catholique d'Irlande !

Faisons un pas en arrière et revenons-en au vieux sir Charles Coote. Cest une nouvelle accu-

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OBSERVATIONS, PBEUVES. (ch. m.) 29»

sation que je lui intente. Il n'y a pas de place au doute, quant au fait de cette monstrueuse cruauté ; la seule question gît dans le mode de t'ex^imer. Qu'il n'ait rien fait pour^r^entr la cruauté, cela ne fait pas l'ombre du doute. L'a-t-il commandée ? 11 est difficile de ne le pas dire. En tous casj le pauvre enfant, dont il s'agit, fut brutalement massacré. Cet acte de nos bons amis les Anglais eut ainsi lieu :

« Le mardi, 7 décembre, un corps d'infanterie, ayant été envoyé dans le voisinage de Dublin, à la ' recherche de quelques voleurs qui avaient pillé une maison à Buskln, arriva au village de Santry

et HASSACaA QUELQUES ■HNOCKITS LABOUSEUBS (dont

les tètes furent portées dans la ville en triomphe , bien que parmi elles se trouvassent celles d'un ou deux protestans), sous prétexte qu'ils avaient hébergé et secouru les rebelles qui avaient fait en cet endroit des incursions et commis des déprédations. •Dure était la situation des paysans à cette époque : ils n'avaient pas le pouvoir d'empêcher des bandes de brigands et de rebelles de s'introduire de force dans leurs maisons, d'y prendre des rafraîcbissemens , et cet acte pouvait être jugé acte de trahison et SUFFISAIT POUR AUTORISER UN MAS- SACRE. Au milieu desexéculJops qu'avait ordonnées sir Charles Coote, dans !e comté de Wjclilow, UN SOLDAT PORTA UN ÏTAUVRE EWANT AU BOUT DE SA PIQUE, et on .lui reprocha (à lui

jïM L'IKUIfDË ET LES IltLAmUTS.

Obotè) d'avoiï- dit QflL AIMAIT DE TKU*S GAILLARDISES. On b'itnagina pùAïc lors que U ré* sïAutiéM état prise de pnx:iéder indlMiwctenient aveË lit ttiêtnè t:¥Uauté coAtre toutes 1^ penonnes sus-^ pcctesj et Héa fouiiMt occasion ou prétexte à queU (]ues gentitshotumei catfaoliqueB 'romains du comté de Dublitt (parmi lesquels étaient Luke îïettervile , Georges Wackney el Georges Ring), de S'aMfembler à Swords, à six milles de Dublin, et de se mettre, avec lès gerts de leut> suite, eu posture de défense. » '^Onirond, par Curfe, l, a44-â> *

le donnerai un autre échantillon des m^teft de l'un des acolytes de Gôoté ; Ses efforlB tendirent coMsi^mmênt à prtnluire cette aflreuse fatnine que le parlemfent jugea d'uwe utilité si gr^todfe à la rdigioâ protestante.

■* Parmi le* actes divers dfe Senrifee public accomplie par un régitatent dé ait- Williaitt Coote, ctJtiiposé de 5oo hommes d'inÊUitet-ië et d'un coq>S dé ttàvalfei-ie, nous th>Uvons le hideUx article sui»-' Vant, enregistré par ThistorieH Bot-l^ tlMt; um sàiîsfaction et un tHompke toiii particulier». AF- FAMÉS ET DÉTRUITS DE Là CLASSE COM- MUNE, DONT LES BIENS ONT ÉTÉ SAISIS PAR CE RÉGIMENT, SEPT MILLE. » ~ leland, livre V, cbap. 5 {Note).

Revenons pour la dernière fois à Coote lui-même. J'emprunte l'extrait suivant à une brochure intitulée ^' Mècveil de p(blqUei-uM àesinaMtereé et

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OBSERTATIOnSt PREUVES. (eB< Au) Ml ~ Mgufirea commit sUr les Irlandaia en Irkmdêy depuis le a3 octobre i64 1 • »

COMTÉ DE MEATH. — i64a.

a M. Bamewall , de Tohertinian , et M. ]c^q Hussey, bien qu'innocens de tous crimes, furent pendus, à Trim,, par un parti du -vieux sir Charles Coote. Gérard Lynch de Donower, âgé de quatrevingts ans, fut tué par des cavaliers de Trim, bien qu'il eût un sauf-conduit. M. Thomas Talbot, de la v^Ue de Crawley, âgé de quatre-vingts ans environ, ayant un sauf-conduit, et l'un des serviteurs bien connu de la couronne, fut assassiné sur sa porte par quelques soldats du capitaine Morroe. Vers le mois d'avril, les soldats sous le commandement dudit Grenville , tuèrent, aux environs de Navan, 80 individus, hommes» femmes et «lïians^ qui vivaient sous protection. Le capitaine "Went-. irorth et sa compagnie, en garnison à Dubo; ne tuèrent pas moins de aoo personnes, qui avaient obtenu protection, dans la paroisse de Donamora Slane, la baronie de Margellion et Ovemorein, la ville dé Ârdmulchan, Ringstown et HarristOvm. »

Ma citation suivante sera phis longiie. Elle donne tant de particularités sur les meurtres commis par les soldats, en garnison dans le Meaih, que jesuis tenté de la donner en entiei;. On la trouve dans le même ouvrage. J'avoue que je ne saurais

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résister au désir de l'insérer , n'y aurait-il que cette seule circonstance, que ce fut dans ce comté de Meath que le maudit mécréant, sir Charles Coote, a trouvé la mort de la main, du moins on l'a supposé, d'un individu de son propre parti.

u En avril i64a, Mis. Ëllinor Taaife, deTullaghanoge, âgée de soixante ans, et six femmes en plus furent massacrées par les soldats de la garnison de Trim; une vieille femme aveugle , âffée de quatrevingts ans fut par eux environnée de paille à laquelle ils mirent le Jeu et la brûlèrent. Le même jour ils pendirent deux femmes à Kilbride, et deux vieillards décrépits qui leur demandaient l'aumône. Durant la même année, M. Walter Dulin, vieillard k qui ses infirmités interdisaient toute sortie bien des années avant la guerre, fut tué dans sa maison par des cavaliers du lieutenant-colonel Broughton, nonobstant le sauf-conduit dudit Broughton « <pi' exhiba le vieillard. M. Walter- Evers, juge de paix et quorum, homme d'un grand âge et forcé de garder le lit, comme paralytique, bien longtemps avant la rébellion, fut porté dans une charrette à Trim et y fut pendu par ordre du gouver- ' neur. Plusieurs laboureurs furent tués à Philberstowne. Quarante hommes, femmes et enfans, vivant sous protection, tandis qu'ils recueillaient leucs moissons à Bonestown, furent tués par une troupe de ladite garnison qui , le même jour , tua , à Dunsaughlin , Mis. Âlison Bead, qui était âgée de

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OBSERVATIONS, PREUVES, (cb. m.) 297 quatre-vingts ans ; et de plus quarante personnes, dont la plupart étaient femmes et enfans, fuyant la fureur de ladite troupe, furent rattrapées etmascrées. Environ soixantfrdix hommes, femmes et enfans, tenanciers de M.' Francis M'Ovoy,,et sous protection, furent tués par les soldats de Grenville, et cent soixante en plus dans la paroisse de Rathcoare , parmi lesquels se trouvait un couple fort âgé et aveugle , dont la cécité remontait à quinze années antérieurement. Le capitaine Sandford et sa troupe massacrèrent, aux environs de Mulhussey, plus de cent hommes, femmes et enfans sous protection. Ils assassinèrent un certain Connor Breslan en lui enfonçant un couteau dans la goi^e et lui firent ainsi perdre tout son sang. TJne femme nommée Eléonor Cusack, centenaire , fut liée et placée au milieu d'allumettes enflammées et fut de cette manière torturée jusqu^à ce que mort û' ensuivit z Clonmoghon. James Dowlan, âgé d'environ cent ans , Donagh Comyn , Darliy Denis, Roger Bolan et plusieurs autres laboureurs et femmes, au nombre Ae cent soixante , furent massacrés par la garnison de Trim, tandis qu'ils faisaient leur moisson, d

Encore im exemple du Meath : c'est une atrocité commise par les hommes sous le commandement de sir Richard Grenville , dont j'ai déjà fait mention :

« La troupe de sir Richard Grenville tua quarante-deux hommes, femmes et enfans et dix'huit

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étions À Ui mameUe, à Dotamatitn. Une femme 9eus prt^eefion fui mise, par les siddats du cmpit«me Morroti dans la Hge A'nn motdin et ainsi mis€ » mort, » — {Extrait d'une brochure puèUét À Ijondrva, en i66a, intitulée Becueil des massacre* et meurtres commis sur les Irlandais.)

Qu'on me permette maintenant de placer sous les yeux du lecteur le détail de la mort et des funérailles de sir Charles Coote, C'est excessivement caractéristique. Voici :

tt En avril 1642 , tandis qu'il poursuivait les rebelles à Trim , il fut malheureusement tué d'un coup de iîisil qui lui traversa le corps, et tiré, selon la croyance générale, par un de ses propres cavaliers. Fut-ce à dessein ou par accident? ^est ce que l'on n'a famaissu. Voilà quelle fiit la fin dece brave gHitllhomme» qui était devenu si redoutable à l'ennemi que son nom seul était pour eux un objet d'épouvante. Son corps fiit apporté à Dublin et fpterré en grande sol^inité; destorrensde lànhea mm^aieee l'accompagnèrent à son tomheau. SA mort fut Un rude échec pour la puissance anglaise «1 Irlande, qui sembla s'éclipser, sinon disparaître entièrement. » — Histoire de la Rébellion irlaHdaisCf ipar Boerlasé, p. ïo4.

Destorrensde larmes anglaises! Des torriSHS de larmes anglaises!

Ce qu'il y a de bien certain , au reste, c'e^ qn'd n'a lais existé un scélérat plus hideux, [4us horrible.

OBWRTATIWS, PREUVES^ (M. kii.) «M Dl révolution frânçuse , fertile en monstres saH-' guinaires, ne produisit rien de semblable à cet étra infâmCj qui n'épai^ait ni homme, ni f«nme, ai eniant, ni prêtre» ni séculier; et pourtant ce me fine uttra des âkècréâns vomis par l'enfer fat embautaié tivec « dès tatmes anglaises ! ^0» iarme$ an'- , glaites I » Ils pleurèrent de bon cceur sur l'homme qui -avait wn/a/enf dans la perfection, le talent dô vet-ser le sang irlandais! Un ceil sec à ses funérailles «AI: été, eu vérité, selon la phraae moderne, anti- Anglais.

Nous approchons maintenant de plus en plus de l'époque où eut lieti l'at-rivée de Cromwell en Irlande. Nous ferons donc bien de nous préparer pour les estraits qui exposeront ses atrocités, ^ démbntrant quelles étaient les intuitions des gouvemans des Irlandais. Ri«i ne lem- pouvait être i^us désagréable que la soumission des Ir'' landais, leur objet ét^it la con&scation des propriétés et l'extermination des indigènes. Ils étaient g^éralement en celé fidèlement secondés par leurs subordonnés.

a Les gouverneurs en chef..... condamnèrent sévèrement la protection accordée à Galway.

Leurs ordres furent exprès et péremptoires pour ■ que le comte d'Onnond ne dût pas recevoir davantage de soumissions. Tous les commandans de toutes les garnisons reçurmt l'ordre formel de ne pas se hasarder à entretenir aucune r^ati<m avec

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les Iriandais ou papistes, de it'a.ccobder adcdh sauf-coitddit , biais de poursuivre tous les rebeli£set ceux qui les becélaieht, avec le feu et l'ép^. Ijes justiciers déclabjënt que, eit exécution DE CES ORDRES, LÉS SOLDATS TUÈRENT TOUT LE MONDE SANS DISTINCTION, N'ÉPARGNANT PAS LES FEMMES ET QUELQUEFOIS MÊME LES ENFANS. » r- Leland, livre V, chapitre v.

De Galway transportoDs-nous ntainteiiaDt à Donegall , tes passages suivans nous fournissent des échantillons de l'humanité anglaise dans ce comté:

œMTÉ DE DONEGALL.

« Vers la même époque (c'est-à-dire novembre i6^i), le capitaine Fleming et d'autres o£Bciers dudit régiment commandant un détachement, étouffèrent deux cent vingt femmes et enfans dans deux caves. Et vers le même temps aussi le capitaine Cunîngham assassina soixante - trois femmes et enfans dans les îles de Ross.

a. Le gouverneur de Letterkenny fit rassembler un dimanche matin cinquante-trois pauvres gens, la plupart femmes et enfans, et les fit jeter du pont dans la rivière où ils furent tous noyés.

« En novembre, le nommé Reading assassina la femme et trois enfans de Shane - O'Morghy , dans un endroit appelé Letterkenny de Ramaltan ; et après la mort de celte femme il lui coupa les smns avec son épée.

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OBSERVATIONS^ PREUVES, (ea. m.) 301 « 1641 — a. Environ deux mille pauvres labou* reurs femmes et enEuis, de la Baronie de Tirbue, furent massacrés par les garnisons de Ballyshany et de Donegall ; et le lieutenant Thomas Poe, un de leurs officiers, :étant allé, sous l'apparence de Famitié, visiter un voisin quf était malade dans , son lit et à qui il devait de l'aiyeni, emporta un poignard sous son manteau , et tandis qu'il faisait semblant de se pencher en saluant le pauvre malade d'une manière amicale , lui demandant comment il se portait, il lui enfonça ledit poignard dans le corps, et dit é sajemme que stm marine aérait flua malade. »

J'introduirai bientôt sur la scène le chef de la famille O'Brien, lord Inchiquin, l'ancêtre direct, je crois, du présent marquis de Thomond. Il était renommé pour ses actes de cruautés. Il avait cherchéàétre fait président de Munster sous l'autorité du roi, mais n'ayant pas obtenu cette place, à laquelle un autre fut nommé, il se réunit, par un méprisable motif de ressentiment intéressé , aux rebelles Anglais et commit les plus horribles atrocités sur les Irlandais. Il est demeuré célèbre dans les traditions populaires pour ses massacres dans la cathédrale de Cashel. Les traits suivans de sa cruauté ont quelque chose de trèf caractérisque.

a. Inchiquin conunet un grand dé^t, aussi loin qu'il ose s'avanturer, dans lesenvirons deDublin et Tredah (Dn^heda)* mettant à feu et à sang le

Mt L1BUNDE BT US. IBLANDAIL

bétaft. Ji ptatà tous «mlt pi^ peu* rmM»trer

iMant verê iê hrà HtuienoMt. a — fVUttiack.

tt Le loTd Incbiquin prit d'assaut le ohiteau de SHlhome «i y passa hmt h monde , sàtff kuit petft sonnet, aufii de l'épé^. s — fVhiUheh .

Le fait suivant lui a valu une renommée éternelle et mauclite.

^ ÏDchiquin entra dans le comté de Tipperar^s, et ayant appris que plusieurs prêtres et- gentilshommes des alentours de Oshel s'étaient réAigié^ avec leurs effets dans l'^lis^, il l'assiégea, et l'ayant emportée d'assaut,'il passa trois mille de ces malheureux au fil de l'épée, arrachant Us frétfss même de dssêauslea atOals. » — Ménotres d» Ludhw, vol. I, p. loâ.

Leia traditiona de nos paysans sont même aujour? d'hui pleines du souvenir des massacres commis par l'armée oromwelllenne, non-seulement sur les hommes et les femmes, mais encore sur les tout petits entfiQS. La formule consacrée dont se sevvaient ces assassina pour justifier le massacre des eufans innocens, est originale dans sa phraséologie dégoûtante. Ce Eût odieux est certifié par le Hév. Dr. Nalson , et lui aussi , était un ecclésiastique protestant. Voici ses expressions :

<c J'ai entendu raconter par un de mes parens , qui était capitaine dans ce service , qu'on était sans pitié, qu'on ne Élisait aucune distinctioin ni d'âge, ni de sexe, mais que les petits enfiuw

OBSERVATIONS, PREUTtg. (m. m.) , MS étaient confondus avec les coupaMes, et que si tm infHTÙlu ayant quelque peu de compassion qu cœur reprenait les soldats pour cette mhumaaité peu chrétienne, ils avaient eontume deréptiqiier d'un ton railleur : POURQUOI PAS ? Ï^ES LEN- TES DEVIENDRAIENT DES POUS ! ET AINSI LJEUR DONNAIENT-ILS LE COUP DE GRACIE.

— JUalson , vol. II ( Introduction) , p. 7.

Revenons au comté de Dublin ; l'auteur du R*- «tMt/ parlant de la première semaine de novembre, i64i, dit: ■ Dans la même semaine, 56 hommes, femmes et enfans du village de Bulloge ( effrayés de ce qui s'était passé à Clontarf ), prirent des bateaux et gagnerait le large en mer, pour éviter la fureur d'un détachement de soldats qui était sorti de Dublin sous le commandement du colonel Crafford ; mais des soldats les poursuivirent «ur d'autres bateaux, les rattrapèrent et les jetèrent à la mer. Un nommé Russell , boulanger à DubHu, traversait la campagne en compagnie de M. Archbold de Clogram ( qui allait prendre connaissance de la proclamation des lords justiciers ) ; ils furent tous les deux pendus et écartelés. En mars , un corps ^e cavalerie de la garnison de Donshaghlin massacra sept ou huit pauvres gens vivant sous protection, tenanciers de M. Dillon de Huntstowne. Ces cavaliers avaient été reçus la nuit d' auparavant dans les maisons de ces pauvres gen»<.qui les avaient hébei^és du mieux qu'ils avaient pu.

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Vers le même temps , un parti d'Anglais, ayant ses quartiers à Malahyde, pendit un domestique de M. Robert Boyne comme il était à la charrue et contraignit tm pauvre laboureur à pendre son propre frère: bientôt après ces misérables pendi» rent, dans le veiner de Malahyde j i5 babitansde Swordsqui n'avaient jamais porté les armes; ils pendirent aussi une femme qui pleurait son mari pendu par eux.

Le même auteur raconte un incident de quelque intérêt et qui vient immédiatement à la suite de mon dernier extrait. Il se rapporte à la cause qui poussa un certain colonel Washington à résigner son commandement et à quitter le service , sa date est de la même année 1641 '•

« Durant la même année, le lieutenant-colonel Gibson avait donné quartier à ceux qui se trouvaient dans le château de Cârrigmaia ; ils furent néanmoins tous passés au ûl de l'épée, au nombre d'environ 35o, la plupart étant femmes et enfans , et le colonel Washington désirant sauver un joli petit enÊint âgé de sept ans, l'emporta sous son manteau, mais P enfant , bien malgré lut, fut tué entre ses bras } ce fut le principal motif qui l'engagea à quitter le service. »

Plusieurs des extraits déjà cités se reportent à des époques postérieures à l'arrivée de Cromwell en Irlande. L'extrait suivant se reporte à une époque de beaucoup antérieiu« :

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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 305

« Sir Heni^ Tlchboume , qui^ avait le principal commandement de l'expédition destinée à chasser O'^Nial de Dundalk, s'acquitta de cette mission, et ensuite la poursuivit avec un si étonnant massacre des Irlandais habitant ces parages, qu'il déclare, lui-même, et s'en vante, qu'au bout de quelques semaines on n'aurait pu trouver ni homme ni béte à seize milles , à la ronde , entre les deux villes de Drogbeda et de Dundalk , non plus quede l'autre côté de Dundalk dans le comté de Monaghan , en deçà de Carrickmacross , chàteau-fort , à douze milles de distance. » — Ormond, par Carte.

Au catalogue de mes extraits, j'ajouterai les suivans que j'emprunte de Borlase, le plus hostile témoin qui puisse être cité. Je ne ferai mention que d'un seul exemple dans Connaught et de deux ou trois dans Munster :

« Sir Frederick Hamilton, dit Borlase, faisanf son entrée dans Sligo vers le i'^ juillet i64a , incendia la ville et massacra dans les rues trois cents Irlandais. » — Borlase, pug. 113.

Voici les exemples qui se rapportent à Munster : —

« Lord Dungarvan et lord Broghill ayant sommé le château d'Ardmore, dans le comté de Waterford, de se rendre, 21 août 1643, il fut rendu à merci; néanmoins cent garante hommefi furent postés au fil de ^épée. a — Borlase, p. 1 1 1 .

|4« l^'inUIVDE ET LES IRLANDAIS.

Qn fiapept ^ftnc pas s'étonner si' dans une autre circonstance }ord Broghill déclara — ' a Qu'il np savait pas ce que voulait dire faire quartier, s — Borlase, p. iio.

Avant d'aller plus loin, je veux donner unextrait tiré d'un récit l'ait des nombreux massacres commis dans Munster. Le comté de Cork me réclame, il me Ëiut multiplier mes exemples par la citation suiv;inte :

œMTÉ DE CORK.

a 1643- — A Clo^hnekilty , on assassina environ a38 houunes, femmes et enfaûs ; sur ce nombre lêa soldats prirent 17 enfans parles jambeset leur frappèrent la tête contre les murailles, si lien que la cervelle en jaillit. Ceci fut fcit par le^ hommes de Phorbis, et la garnison de Bandon- Bridge. n

<c Lepartianglaîsdececomté brûla lesmaîsons de O'Sullivan Beare à -Bantry, et dans le reste de ce comté tuahommes, femmes et enfans, les repoussant souvent dans leurs maisons enflammées, afin qu'ils fussent brûlés tout vivans. Je nouunerai, entre autres Thomas de Bucke, tonnelier, âgé d'environ 80 ans, et sa femme un peu moins âgée que lui. Tout ceci iutfait sans provocation, ledit O'Sulhvaoi^lant un partisan bien connu des Anglais dans ce comté. Remarquez que dans le dernier Extrait (abstract), ce comté n'est accusé d'aucun t

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OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 8«

nat. » J'insère, «n rhonneur de Bandon» le court extrait suivant :

a i64i. — A Bandon-Bridge, la garnison- lia 88 Irlandais de ladite ville dos à dos, et les jeta du pout dans la rivière, où ils furent tous noyés. » — Recueil., p. 5. '

lùlaintenant nous rétrograderons un peu. Le premier grand massacre qui eut lieu dans le cours de la guerre civile, après qu'on eut forcé les Irlandais à se révolter — (jamais prit-on, pour exciter un peuple às'insurger malgré lui contre legouverne» ment, peines semblables à celles.que pritl'administration en Irlande pour /or^er les Irlaudaisà résister à sa tyrannie!), est l'incident que je vais décrire..Il se trouve dans ce Recueil, et n'a pas besoin de préface pour exciter l'attention. Ce fut la source fertile de bien des crimes. Ce qui suit est le ré:cit Irlandais :

« 1641. — Verslecommeocementde novembre^ les troupes anglaises' et écossaises à Knockfergus assassinèrent dans une seule nuit tous les babitans du territoire de t'ilë Magee, au nombre d'environ 3ooobaa;imes, femmes et enfans, toutes personnes innocentes, à une époque où il n'y avait pas unseul catholique de ce pays en armes ou en révolte. Remarquez bien que ce fut le premier massajcre commis en Irlande par l'un ou l'autre parti. »

Je mettrai maintenant en parallèle avec le récit qui précède, le récitprotestantanglais du même fût;

a. 'Par iine nuit, huit fatale! ils sortirent (la garnison de Carriclifergus) de Carrickfei^us et firent irruption daiis le districtcon Hgu appelé ile Magee, oùdemeûraientbeaucoupde pauvres Irlandais, innocensetpurs de toute rébellion.... Si nous devons en croire l'un des commandàns de ce parti, il assaillirent trente familles dans leurslits, elles assassinèrent avec une cruauté calme et réfléchie. » — Leïand, livre V,-chap. 3.

Il n'y a pas de différence substantielle entre les deux récits. La différence, quant au nombre des victimes, s'explique facilement, si l'on veutbiehse rappeler que sur ce point les Irlandais devaient naturellement être mieux , informés. Tous les deux sont d'accord sur les circonstances de ce meurtre sans provocation, et digne de l'enfer. Leshabitans dudistrict de l'île Magee, înnocens, sans délit, sans armes, sans une ombre de crime, ou le moindre soupçon de culpabilité, furept attaqués pendant la nuit, dansleurs lits, par des soldats anglais et écossais, commandés et conduits par leurs officiers , et misa mort avec «ne cruauté calme et réfléchie!.. Parlerez-vous de la barbarie des sauvages sans éducation de quelque partie du monde que ce soit! Vous ne saurez pas trouver un exemple qui surpasse ce massacre prémédité, commis par des soldats anglais et écossais sur des créatures inoffensives, qui, on l'avoue, n'étaient coupables d'aucun orime autre que celui d'être catholiques iriaiidais!

OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 30»

Encore un ou deux faits, sur ta manière dont les soldats anglais et écossais se conduisirent dans ce pays. Je l'emprunte au même Recueil déjà cité :

« M . M' Naghten avait construit un petit fort dans ledit comté (Antrim) pour mettre à l'abri lui et ses compagnons de tout outrage, jusqu'à ce qu'il comprit la cause de la rébellion ; aussitôt que le colonel 'Campbell approcha avec une partie de >'ar- . mée, illui envoya dire qu'ilviendrait vers luiavec son parti ; ce' qu'il fit ; et le jour suivant ils furent tous assassinés au nombre de 80 par les soldats de sir John Clotworthy,actuellementlordMifêsareen.i>

« Vers la même époque , on assassina dans la nuit cent pauvres femmes et enfans, à un endroit nommé BalUaghuin^ par ordre des officiers anglais et écossais, en commandement dans ce pays. »

J'arrive maintenant au maître-démon , à celui qui trempa' ses mains dans le sang de son souverain , et vint en Irlande , tout fumant encore de ce crime, afin d'acquérir de la popularité en Angleterre, par des. cruautés borribles commises sur les Irlandais. Et il l'acquit en effet assez forte «t assez puissante pour lui conférer un pouvoir royal, et lui donner l'audace de mettre la main sur ce trône, que, faute de courage moral, il n'osa occuper. ~ Je commencerai par un extrait descriptif de la prise de Wexford ; bien que, eu fait de temps, ce iiesoit que la seconde ville dans laquelle il déploya

sa barbarie. Ce qui suit est le court et énei^que récit de cette expédition 'par l'ecclésiastique protestant, le docteur Warner :

« Aussitôt que Cromvell eut. donné l'ordre à ses batteries de jouer sur un quartier éloigné du centre de la ville , après que ses sommations eussent été rejetées, Stafford (le commandant delà gai^ nison) fit entrer ses hgmmes dans le château , d'où sortant sidïitement, et attaquant le mur et la porte adjacente, ils furent introduits dans la ville, grâce à la perfidie des bourgeois, ou à la poltronnerie des soldats, peut-être grâce à toutes les deux ; et le Carnage /Ut presque auaei grand qu'à Drogheda. » — Warner, 476-

Un historien plus moderne, le docteur Lingard, a ajouté, d'après des autorités dont il possédait les originaux, la circonstance frappante et triste qui suit :

« On ne fit point de distinction entre l'habitant sans défense et le soldat armé. I^es cria perçang et les prières de troia cents femmes, qui s'étaient pressées autour de la grande croix, ne purent les pré' server du glaive de ces barbares impitoyables. Cromwell réduit le nombre des égoi^és à deux , mille , mais quelques écrivains le portent jusqu'à cinq mille. » — Lingard, A. D. 1649.

Trois cents femmes implorant à grands cris la pitié, autour de l'emblème du salut, — la croix! — Trois cents femmes massacrées en masse par des

OBSERVATIONS, PREUVES, (at. m.) m protestans anglais , des « chrétiens » — ■ par deft hommes d'un zèle fervent et d'une piété profonde !

je reviens à Drogfaeda. Comme le massacre qui fut exécuté est un sujet à méditer, j'en donrierai trois versions différentes ; je le fais, parce que chacune contient des circonstances non particularisées dans les autres. Voici les relations de Carte et Leiand t «L'assaut fut tenté, et deux fois ses soldats (deCromwell) furent, repoussés; mais dans cette .troisième attaque , le colonel Wall, ayant été malheureusement tué à la tète de son régimoit, ses hommes en' furent tellement découragés» qu'ils acceptèrent , quand cela n'était pas nécessaire encore, le quartier que leur ofirit l'ennemi; et, à ces conditions, ouvrirent le passage à l'année de Crdmwell, livrant par cela-même eux et leurs camarades au massacre. Tous les &fp.eiers et soldait dei'artnée de Cromwell promirent quartier à ivut ceux qui mettraient bas les armes ^ ils le firent aussi longtemps qu'il y eut de la résistance en quelque endroit, ce qui aicouragea les autres à céder; mais quand ime fois ils furent maître de tout, et n'eurent plus rien à craindre de leur part, Cromwell , averti par Jones que la fleur de l'année irlandaise était maintenant entre ses mains, donna ordre de n'accorder aucun quartier I si bien qixé les soldats furent forcés^ plusieurs contre leur volonté, de tuer leurs prisonniers 1 Le brave gouver^

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SIS t'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.

neur^ sir A. Aston, sir Edouard Yemey, les colo- . nebWarren, Fleming, et Byme.FDREHT^GosGisD^

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