‹ Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonneChapitre 36 sur 41 · SANG-FROID : ET, A VRAI DIRE, TOUS LES OFFICIERS · texte numérisé non relu

SANG-FROID : ET, A VRAI DIRE, TOUS LES OFFICIERS

sauf quelques-uns de moindre rang, qui échappèrent comme par miracle. Le marquis d'Ormond , dans ses lettres au roi et à lord Byron, dit : qu'ch -

CETTE OCCASION CROHWELL SE SURPASSA LUI-MÊME, qu'il SUBPASSA TOUT Cfe QU'iL AVAIT ENTENDU DIRE, EN FAIT DE VIOLATION DE PAROI£, ET EN INHUMA- NITE sanguinaire; et qge les cruautés que l'on

EXERÇA A DROGHEDA, PENDANT I,ES CINQ JOURS QUI. SUIVIRENT LA PRISE DE LA VILLE, FOURNISSAIENT AU- TANT DE TABLEAUX DE BARRARIE QUE LE LIVRE DES

MAATTRS oa LA RELATION d'ahbotne. » — Carte,

Leland ajoute :

« Plusieurs ecclésiastiques se trouvaient dans l'intérieur des murs; et Cromwell, comme s'il avait reçu du ciel la mission d'exécuter la vengeance divine sur ces ministres de l'idolâtrie , ordonna à ses soldats de plonger leurs armes dans le corps de ces malheureux sans défense. » — Leland, livre VI, chap. 4- -

. Je donnerai ensuite la relation de lord Clarendon. La voici :

« Avant que lé marquis d'Ormond pût assembler son année , Cromwell avait assiégé Tredah (Drogheda) : la garnison était si forte, sous le rapport du nombre , et ce nombre se composait d'hom-

'OBSERVATIONS, PREUVES; (ch. m.) 813 taes si bieA choisis qu'elle ne*pôuvait rien désirer de' mieux que>d.e voir rennemi tenter-des'emparer d'elle par, assaut. Le jour .qui suivit son arrivée devant la ville, Cromwell ût donner un assaut général, mais il fut repoussé aveb une perte' considé^ rable, Le. lendemain il borna l'assaut à- deux endroits, et il le conduisit avec tant de courage qu'il pénétra par les deux brèches à la fois , et quoique le gouverneur et quelques-ims des officiers supérieurs se fussent retirés en désordre daiis le fort où ils espérfâent faire leurs conditions, une terreur panique 'saisit les" soldats^ qui mirent bas les,armçs sur l'pfïre de quartier qu'on leur fit : de sorte que l'ennemi eiitra dans les fortifications sans résistance,, et passa au fil de l'épée tous lesbommes» gouverneur, officier et soldat : et l'année entière étant entrée dans la ville , y exerça toute sbrte de cruauté , passa au fil de l'épée tous ceux qui ap- ' partenaient à la garnison, et tous les tntoyens îr- ' landais, homme ^ femme et enfant; il y eut trois ou quatre officiers de nom et de bonne famille qui trouvèrent moyen de se cacher, grâce à l'humanité de quelques soldats ennemis , pendant, trois où quatre jours, mais ayant. été découverts, ils furent massacrés de-sang-froid. » — Hiétotre de lord CiO' rendon^ vol. VI, 3^5.

Que le lecteur parcoure encore le. récit précédent. Il mérite d'être lu deux fois par tout Anglais. Pour .un Irlandais une fois sufi&ra.

t\lt L'IRLANDE ET LES IRLANDAIS.

Je donnerai maintenant la relatif) de Lîngard : ^ a Sachant t^ue les royalistes ne pouvaient pas mettre une année en campagne , il vint assiéger Drogheda. ï^s défenses de la ville n'étaient pas fortes; mais la garnison se composait de deux mille cinq cents hommes d'élite; et le gouverneur sir Arthur Aston avait acquis dans la guerre civile la réputation d'un offi,çier brave, et expérimenté. £n deux jours, une brèche-fut ouverte; mais Aston fit creuser des tranchées dans l'intérieur des murs, et les assailtans, à leur première attaque, furent'vivement repoussés. Dans un second assaut, plus de mille hommes entrèrent par la brèche; mais leur témérité fut rudement pimie, et ils fureùt repoussés avec une perte considérable. Alors Cromwell se plaça lui-même à la tête de la réserve , et la mena 'à l'assaut, l'animant par sa vois et par son exem-

., pie. Il arriva que dans la chaleur du combat l'officier qui défendait une des tranchées fut tué; ses soldats s'ébranlèrent; on leur ofFrit quartier et ils l'acceptèrent. L'ennemi passant par-dëssus le parapèt , prit possession du pont , entra dans la ville, et triompha successivement de toute opposition. X,a /in donnée fut alors vùtlées aussitôt qu'eut cessé toute résistance , Cromwell ordonna ou per-

* mit un massacré général. Pendant cinq jtMrt le sang inonda lea ruée de Drogheda , la vengeance et le fanatisme stimulèrent les passions des soldats ; ayant achevé la garnison ILS TOUMÉIŒMT LEURS

5cbïGoogIe

OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. m.) 818 GLAIVES CONTRE LES HABITANS, ET UN MIL- UER DE VICTIMES SANS DÉFENSE FURENT IMMOLÉES A LA FOIS DANS L'INTÉRIEUR DB LA CATHÉDRALE, OU ELISES AVAIENT CHER- CHÉ UN ASILE. — IJ Angleterre, par Lingardi A. D. 1649.

Je ne crois pas qu'il existe dans l'histoire de la chrétienté un exemple si horrible de cruauté, calme, préméditée, systématique .et de sang-froid. PremièFement, la garnison à laquelle on avait promis quartier, et qui, sur la foi de cette promesse, avait cessé toute résistance, fut massacrée de propos délibéré et en détail.: — Et ensuite, les innocens faabitans furent, pendant cinq jours, triés froidement et mis à mort, — hommes, femmes et enfans. — Et ceci fut exécuté , non pas par les sauvages de la Nouvelle-Zélande, mais par des Anglais, des chrétiens, — ■ par les beaus esprits de l'époque, — par des hommes d'une piété excessive, et en odeUr de sainteté protestante, — tenant la Bible d'une main, et l'épée de l'autre! Par des hommes ayant sans cesse à la bouche des citations des Saintes-Ecritures, — des hommes qui raffolaient de faire ou d'entendre de longs sermons, — qui fai-. saient. de longues prières, — qui réunissaient en eux tout ce qu'il y a d'ascétisme dans leur christianisme anglais !

Ces «chrétiens» anglais ne pouvaient-ils donc pas épargner des citoyens sans armes ? Assurément

5cbïGoogIc

ilti L'IBLÂNDE ET LES IRLANDAIS,

ils n'avaient aucun danger à redouter de malheureuses femmes? I7e pouvaient-ils au moins épargiier les enfans, — les enfans au berceau ?

■ O Angleterre ! Aijgleterre ! en quelles lettres de sang n'avez-vous pas ioscrit votre cruelle domination en Irlande ! I) est vrai que la garnison méritait son sort. £He avait eu confiance dans une pro- . messe anglaise faite à des Iplfindais. — Sir Arthur Aston, sir Edouard Vemey, le colonel Byrne et les autres. — Honte à eux, — oh! honte! lisons bien mérité leur sort !

Quelle retentissante leçon pour les Irlandais ! mais de pareils temps sont pour jamais passés.

Une couleur manque encore à cette in&male atrocité pour rendre les monstres qui l'ont com? mise plus hideux que les démons del'enfer, — c'est la couleur, de l'hypocrisie. — Que le lecteur, s'il le peut, parcoure avec calme la dépêche de Cromwell lui-même ; et alors qu'il tombe d'accord avec moi, que le langage humain n'a pas d'expressions pour décrire l'horreur ineffable du crime anglais. Voici des extraits de la dépêche de Cromwell au président de la chambre des communes :

a Monsieur, « Il a PLU X DIEU de bénir nos efforts à Dro-

gheda »

On frissonne à un pareil emploi du nom de l'adorable Créateur, — le Dieu de miséricorde et de charité ! Je recommence :

OBSERVATIONS, PREUVES, (ch. in.) 317 a Monsieur, '

« UapluàDieudebéairnosefifortsàDrogheda.

Après avoir canonné la ville nous l'avons prise d'assaut. — L'ennemi était fort d'environ B,ooo hommes dans la ville. »

Alors Cromwell continue à décrire brièvement les circonstances de l'attaque et du massacre; puis il dit Iroidement :

« iecxois que noue avons passé au ^l de l'épéétouê' ses défenseurs... Je ne pense pas qu'il y en ait trente qui se soient échappés la vie sauve, et ceux-là sont en lieu sûr, -pour être transportés aux Barbades. »

B poursuit de la manière suivante :

« ÇA ÉTÉUNACTEMERVEILLEUXDEMISÉ- RICORDE. L'ennemi, ne voulant pas se hasarder sur le champ de bataille, avait mis dans cette garnison presque tous ses meilleurs soldats, au nombre d'environ trois mille hommes d'infanterie et de cavalerie, soua le commandement de sir Arthur Aston , nommé gouverneur. Il y avait sept ou huit régimens, y compris celui d'Ormond, sous les ordres de sir Edouard Veme^^ Je ne crois pas, et je n'ai pas entendu dire qt^aueun officier se soit échappé la vie sauve, si ce n'est un seul lieutenant, n

S'imaginerait-on que la nature humaine ptïisse être ainsi assez dépourvue de tout ce qui appartient à l'humanité ou à la religion, pour appeler une pareille cruauté « un acte merveilleux de miséricorde? » Oh! c'était véritablement la miséricorde

5obïGoogIc

Mi L'IRIiANDE ET LES IRLANDAIS.

anglaise! mais ce n'est pas tout} car voici la conclusion de la dépêche de Cromwetl :

« JE DÉSIRE QUE TOUS LES CXEUBS HON- NÊTES PUISSENT EN ATTRIBUER LA GLOIRE A DIEU SEUL, A QUI REVIENT EN VÉRITÉ LA LOUANGE DE CETTE MISÉRICORDE, car nous n'étions que de bien misérables instrumens pour l'accomplissement d'une telle œuvre.

Page 1