‹ Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonneChapitre 38 sur 41 · CHAPITRE m. — PARTIE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — PARTIE m

Tai dit dans mon mémoire que, quelque aggravantes et atroces qu'aient été les cruautés commises de fait par l'Angleterre sur les Irlandais, il y arail^ne autre cruauté plus grande encore : on a voulu flétrir la réputation et la conduite du peuple irlandais par la médisance et la calomnie. Hélas ! cet esprit de calomnie a survécu et s'est perpétué jusqu'à nos jours. A dire vrai, je ne" connais pas un sentiment hostile qui se soit jamais manifesté envers les Irlandais, qui ne soit encore vivant, qui n'ait conservé toute sa force. On diffère quant à la manière de l'exprimer. Sa violence se fraie passage à travers un canal nouveau. Mais son exis- teiice et sa vitalité n'en sont pas inoins marquées en caractères non équivoques.

Il ne suffit pas au parti anglais de commettre les horribles atrocités dont j'ai recueilli un petit nombre d'exemples. Les bourreaux portèrent plus , loin leur malignité ; ils accusèren]; les Irlandais des crimes dont ils s'étaient eux-mêmes rendus coupables envers ce malheureux peuple. H esta peine croyable, — ce ne serait pas croyable s'il s'agissait de tout autre peuple que les Irlandais — que lors-

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qu'ils étaient massacrés par centaines de QiiUiers, ils aient été accusés du crime identiquement le même dont ils étaient les victimes. C'est pourtant littéralement vrai.

Ce que Garendon et Temple ont affirmé dans le principe n'a pas manqué d'être ramassé par ce falsificateur impie de l'histoire, Hume;

Ainsi donc la persécution qui , pendant plus d'un siècle , a écrasé les catholiques d'Irlande, ne s'est pas bornée à les priver de la vie, et de leurs propriétés ; elle les a (chose plus cruelle et plus affligeante!) frappés dans leur honneur. Leur conduite si digne , et qui méritait en réalité les applaudissemens de tous les honnêtes gens, n'est devenue dans la bouche de leurscalomniateurs qu'un tissu de meurtres horribles, détestables !

L'accusation fut intentée contre les Irlandais par Oarendon en ces termes :

u Le 33 octobre 1641, une rébellion éclata dans toutes les parties de l'Irlande excepté à Dublin, où le projet iiit miraculeusement découvert la

nuit avant l'exécution méditée ! Mais dans

toutes les autres parties du royaume, les autres conjura observèrent le temps fixé , n'ayant pas appris le malheur arrivé à leurs amis de Dublin.... L'insurrection générale des Irlandais sa répandit dans tout le pays d'une manière si inhumaine et si barbat;e, qu'il y eut de quarante à cinquante mille proHitans assastim* avant qu'ils n'eussent

OBSERVATIONS, PREUVES, (ce. iii.) »27

squpçouné quelque danger, ou qu'ils pussent songer à leur défense en se retirant dans les villes ou dans les forteresses. » — fftetoire de la Réhellion.

Temple aggrave te crime. Voici que] est son récit :

« Cent cinquante mille protestane furertt massacrés de dessein prémédité, dans* les premiers deux mois de la rébellion. » — Sir John Temple, Histoire de la Réb. irlandaise.

Milton, dans la seconde édition de 6on Jconoclaste, a le passage suivant :

«... la rébellion et l'borrible massacre des protestans anglais en Irlande au nombre de 45,ooo dans la seule province d'Ulsler, ■ suivant leurs propres calculs. Si 'à ce nombre vous ajoutez celui des victimes des trois aufres provinces, vous aurez un total, selon toutes prohabilitjàt quadruple. »'

Il est vrai que l'on a adouci ce passage dans les éditionssubséquentes;maislesennemis de l'Irlande eurent tout l'avantage queleufdonnaitsur les Irlandais le mensonge'de MUton à l'époque préciseoù il était le plus important pour eux de l'avoir.

On peut iaire remarquer ici, sous forme de parenthèse, qu'ila été démontré parsir William Petty et autres qu'il y avait à peine à cette épo'que dans toute l'Irlande plus de 200,000 protestans.

On se rappellera sans doute, que le parti du

parlement avait forcé la rébellion à éclater et en avait fait une guerre purement religieuse. Or, que' le lecteur interroge de nouveau Clarendon, Temple et Milton. Mais qu'il veuille bien jeter ensuite un coup-d'œil sur cet extrait d'un autre historien protestant ; un ecclésiastique de l'église protestanteétablie que j'ai déjà cité plus d'une fois :

K n résulte de témoignages positif recueillis deux ans après qii'eut éclaté l'insurrection que le nombre d'individus tués n« <« mon/e, en tout, qu'à deux mille cent neuf; au dire d'autres protestans , il faut à ce nombre ajouter celui de mille six cent dix-neuf, et au dire de quelques uns des rebelles eux-mêmes un autre nombre de trois cents ; LE TOUT FAISANT QUATRE MILLE "VINGT-HUTT. » — Warner^ page 297.

^Ainsi, sur des témoignages positif, déplus, sur des preuves uniquement basées sur des bruits, et Dieu saitsilesbruitsaccueillentl' exagération ; après toutes les provocations que les Irlandais avaient essuyées; n' est-il pas ■ merveilleux que le chiffre des protestans tués , tant dans la hataille que hors de la bataille , ne s'élève pas (en acceptant comme authentique le témoignage des bruits publics ), tout compris, à plus de quatre mille vingthuit, en deux années de guerre civile ? — Et ce fait est garanti, non pas par un catholique ou un Irlandais , mais par un Anglais, un ecclésiastique pro-

OBSERVATIONS. PREUVES, (fia. m.) S29 testant ; un Boursier, par exemple, de l'Université de Dublin !

Malgré tout cela, pendant beaucoup plus d'un siéde après la restauration, les catholiques d'Irlande furent regardés jcomme des assassins et accusés d'avoir tué 5o,ooo protestans le a3 octobre 164 1- Et cette calomnie atroce et fausse fut répétée jusqu'4 satiété dans les livres, les brochures, les discours, les sermons et dans les actes du parlement!

Cet archi-imposteur. Hume, celui de tous les historiens sans contredit qui mérite le moins de créance, car, dans toute son histoire, c'est à peine s'il se trouve un seul fait raconté exactement, a doùné une grande circulation à cet énorme mensonge ; et^l est en cela d'autant plus criminel, que, peu de temps après la pidjlication du volume de son histoire qui contient le règne de Charles l", on lui fournit des pièces démontrant péremptoirement l'absolue fausseté de son récit du prétendu massacre, mais ce fut en vain. L'immoral faussaire persista dans son mensonge, parce qu'il donnait plus d'intérêt à son histoire feinte.

Aujourd'hui, cependant, aUcun écriyain de réputation n'oserait répéter la calomnie. L'horrible accusation a parfait l'œuvre pour laquelle on l'avait imaginée; et l'odieuse habitude d'imputer de faux crimes aux catholiques a en partie cessé parmi la classe meilleure des Anglais, et çqm-

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