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PLANTATION DES OEILLETTES

L'expérience a démontré qu'en plantant les pavots en lignes (i) on y gagnerait sous plusieurs rapports. D'abord

(!) Il existe des machines à planter le colza, le chanvre, le blé, etc.

tau*.

cette disposition permet de pénétrer facilement dans lechamp et de le sarcler sans endommager les tiges. En espaçant convenablement les pieds d'oeillettes, on obtient des capsules d'une grosseur remarquable ; l'opium est plus promptement recueilli; les produits sont plus abondants, la graine plus belle et l'huile de meilleure qualité. Répétons encore, pour calmer les craintes, que les incisions, plusieurs fois répétées, sur la même capsule, ne nuisent pas à la graine qu'elle porte , c'est ce qu'à soigneusement constaté M. Aubergier.

Les plantations se font ordinairement en quinconce. Ici, cette disposition exigerait qu'il existât entre chaque pied et les voisins un espace constant de 40 à 50 centimètres ou plus. Il nous semble préférable d'adopter la suivante (fig. 10). On plante deux rangs d'œillettes, de manière que les tiges soient à la distance de 20 centimètres les unes des autres ; puis de part et d'autre de ces deux rangs , on laisse un intervalle de 60 centimètres dans le sens de la longueur du champ, afin qu'on puisse aisément circuler dans la plantation et inciser à droite et à gauche les capsules des tiges qui bordent une môme allée de passage.

Dans ce mode de plantation:

i mètre carré contient 15 pieds d'œillettes.

lare id. 1,500 id.

1 hectare id. 150,000 id.

En supposant que chaque pied porle :

6 têtes, on arrive à 900,000 capsules par hectare ; ou 7 id. 1,050,000 id.

— Depuis une douzaine d'années des essais de culture du pavot somnifère, dans le but d'en extraire l'opium, ont été faits en Algérie sous le patronage du gouvernement. Un rapport à ce sujet a été présenté il y a quelques mois à l'académie de médecine de Paris. Il résulte du travail de la comrais-

sion, dont M. Bouchardat était le rapporteur, que les échantillons soumis à l'analyse par M. Payen d'une part et M'. Chevallier de l'autre, offraient des variations considérables relativement à la proportion de morphine. On a trouvé, en effet, dans les uns 5 à 7, dans les autres 10 à il, 53 pour cent, de morphine. Ces grandes différences entre des opiums de même provenance viennent , sans contredit , de la différence de culture. Malgré les encouragements offerts aux colons par le gouvernement dès 1841,1a culture du pavot a fait très-peu de progrés en Algérie ; on en attribue la cause « aux » soins minutieux que nécessite l'extraction de l'opium » par incision. » Enfin, d'autres tentatives ont été faites dans le même but en Sicile, dans le royaume de Naples; à Turin, par M. Bonafons ; en Auvergne , par M. Aubergier ; dans les Landes, par le général Lamarque;à Rouen, par M. Dubuc ; et en divers points de la France par MM. Pelletier, Petit, Dublanc, Tilloy, Loiseleur des Longchamps; en Angleterre par M. Hennel et John Young. Il résulte de tous ces travaux que, si le climat exerce une influence sensible sur la quantité d'opium pour un pavot d'espèce donnée, cette influence devient inappréciable relativement à la proportion de morphine renfermée dans cet opium desséché.

L'opium indigène a tous les caractères physiques de l'opium exotique : il est brun noirâtre à l'intérieur, compacte , un peu moins dur que l'opium étranger; si l'on n'y distingue pas comme dans ce dernier des granules diversement nuancés , en forme de larmes quelquefois blondes, transparentes et fortement agglutinées les unes aux autres, cela vient de ce qu'en Orient on laisse, durant vingt-quatre heures, ou plus, le

-iBsuc laiteux s'épaissir sur la capsule et se former en grosses gouttes.

L'opium indigène, comme celui des provenances du Levant, a une odeur vive toute particulière et caractéristique (odeur vireuse) , qui est due à une huile essentielle dont la composition n'est pas bien connue. Il a une saveur amère très-prononcée, chaude, âcre et nauséabonde. Son poids spécifique équivaut à celui des bois les plus denses , tels que l'ébène, le buis, le gaïac et à celui de la houille compacte c'est-à-dire à 1 , 336 (le poids de l'eau pure étant pris pour unité). Il se ramollit à une douce chaleur ; celle de la main est suffisante pour obtenir cet effet. Malaxé entre les doigts il devient tenace et poisseux ; chauffé à l'air, il s'enflamme promptement; exposé à la flamme d'une bougie, il brûle avec peu de fumée; si on le soumet à la distillation, il donne, lieu à des produits ammoniacaux. Il n'est pas sensiblement hygrométrique, quoiqu'il se ramollisse suivant les variations de l'atmosphère ; mais il ne change pas de poids. Il est en partie soluble dans l'eau , l'alcool , l'éther , le vinaigre et le jus de citron.

« L'opium de bonne nature , dit M. Chevallier , mélangé » avec l'eau froide , doit complètement se diviser , son prin- » cipe extractif se dissoudre et la partie résineuse se séparer. » La liqueur , trouble d'abord, doit s'éclaircir promptement » par le repos , en prenant une couleur plus ou moins foncée, » suivant la quantité de matière extractive que contient l'o- » pium , en tenant compte toutefois de la quantité d'eau em- » ployée.

» La solution filtrée, acide au papier de tournesol, doit » donner avec les sels de peroxide de fer , une coloration très- » prononcée en rouge vineux (méconate de fer) ; avec le chlo- » rure de calcium, un abondant précipité blanc sale (méco- » nate de chaux). »

Comparons maintenant entre eux les divers opiums relativement à leur richesse en morphine. Le tableau suivant fera voir combien est variable , dans les sucs d'une même provenance, mais pris dans des conditions différentes, le principe immédiat qui fait la valeur du produit dont nous nous occupons.

Opiums de Smyrne

Opiums de Coustantinople .

Opiums d'Egypte

Opiums de PInde

Opiums d'Algérie

Chevallier.

id.

id.

id.

id.

Bussy.

id.

Guibourt.

Vry.

Chevallier.

Guibourt.

Quelques auteurs.

Chevallier.

Guibourt.

Quelques auteurs.

Mouchead.

Chevallier.

Payen.

Opiums d'Auvergne.

1" récolte. 8,7 l> id. 1,55

1" id. 6,83

id.

id.

Pavot I 18 "pouppre. 1816

1" récolte. 10,37 !• id. 11,18

\ Aubergier.

Pavot l 1fii . ( 1" récolte. 17,83 ICEillette.} 1846 '!^ id . 14,78

Opiums

Pavot \ lm w » 75 Béoard.

i Favot — "

Il résulte de là que la quantité de morphine varie avec l'espèce de pavot, les années et le numéro d'ordre des récoltes d'une même année.

Après avoir parlé de l'opium en général , il convient de tracer les principaux caractères de la morphine qui en fart un agent thérapeutique si important.

La morphine n'a été trouvée jusqu'ici que dans l'opium ; encore n'y est-elle pas à l'état libre ; elle se trouve en combinaison avec l'acide méconique; sous cet état salin elle est très-soluble dans l'eau.

Losqu'au contraire on est parvenu à l'isoler , elle est trèspeu soluble dans ce liquide froid, mais soluble quand il est porté à une température de 80 à !00 degrés. Malgré son peu de solubilité dans l'eau et par suite dans les liquides qui humectent la langue et les parois de la bouche , elle est amère au goût et cette saveur est persistante. Quand la morphine

a été dissoute dans l'alcool bouillant, son amertume est encore plus prononcée.

Lorsqu'elle est pure elle se présente en petits cristaux prismatiques à quatre pans terminés obliquement. Ces cristaux sont blancs ou jaunâtres , selon le degré de pureté , très-légers , fusibles au feu.

Les effets de la morphine sur les réactifs colorés, accusent une alcalinité franche, c'est-à-dire qu'elle verdit nettement le sirop de viollettes et ramène au bleu la teinture de tournesol préalablement rougie par un acide.

La morphine s'unit facilement aux acides et forme avec eux des sels neutres cristal lisables, solubles dans l'eau et très-amères. Les plus usités sont : l'acétate , le chlorhydrate et le sulfate ; les deux premiers remplacent avantageusement la morphine à cause de leur grande solubilité.

Nous avons dit que c'est à la morphine que l'opium doit ses propriétés narcotiques ; on en a la preuve quand on administre cet alcaloïde à petite dose. On obtient alors les mêmes effets qu'avec l'extrait aqueux d'opium ; ces effets sont encore plus marqués avec les sels de morphine qui agissent comme calmants du système nerveux.

A forte dose la morphine et ses sels donnent la mort. Parmi les caractères auxquels on peut reconnaître la morphine dans une dissolution, nous citerons les suivants :

i.° L'acide azotique concentré la décompose en-la dissol- » vant, et la transforme en une matière rouge de sang qui » devient ensuite jaune orangé (Lassaigne).

» 2.* Les sels de peroxide de fer mis en contact avec la » morphine lui communiquent sur-le-champ une couleur bleu- » foncé (Robiquet).

» 3.* La dissolution d'acide iodique est décomposée par I»

» morphine , effet que Ton peut constater directement en ver- » gant de l'acide lodique sur nu mélange de morphine et dV « midonqui devient aussitôt bleu-foncé.

Pour doser la morphine des divers opiums, il convient d'employer le même procédé dans toutes les expériences d'essai : celui de H. Guilliermond , généralement adopté aujourd'hui , est d'une exécution facile et peut être appliqué sur une faible quantité d'opium ; il donne la morphine à l'état coloré jaunâtre et c'est ainsi qu'on la pèse.

» On prend quinze grammes de l'opium qu'on veut exai» miner; après l'avoir coupé sur différents points, on le dé- » laie dans un mortier avec 60 grammes d'alcool à 71 degrés » et od le reçoit sur un linge pour en séparer la teinture ; on » exprime le marc et on le reprend avec 40 grammes de ncu- » vel alcool au même degré et l'on réunit les teintures dans y» un flacon à large ouverture dans lequel on a eu soin de mettre 4 grammes d'ammoniaque (1).

» Douze heures après, le résultat est obtenu; la morphine » s'est éliminée elle-même (2) accompagnée d'une quantité plus » ou moins grande de narcotine : la morphine tapissant les » parois intérieures du récipient de cristaux colorés assez » gros et d'un toucher graveleux. On réunit ces cristaux sur » un linge et on les lave avec de l'eau à plusieurs reprises » pour les débarrasser du méconate d'ammoniaque dont ils

(1) M. Chevallier recommande de ne verser l'ammoniaque qu'arec précaution et de ne pas ajouter les 4 grammes si moins suffisent pour obtenir la saturai on.

(}) Suivant M. Soubeiran, 11 faudrait attendre Si heures pour que 1» cristallisation fût complète.

p peuvent être souillés. On reprend ces cristaux pour les » plonger dans une petite cantine pleine d'eau. La narcotine, » dont les cristaux (ou petites aiguilles blanches et nacrées) » sont très-légers, reste suspendue dans le liquide, et l'on » peut , par décantation , la séparer suffisamment de la raor- » phine qui, restant au fond, peut être receuillieet pesée « presqu'aussitôt (1). »

C'est par ce procédé que M. Payen a dosé les opiums de l'Algérie. Il en existe plusieurs autres encore , mais plus de détails à ce sujet nous éloigneraient de notre but; nous renvoyons , sur ce point , aux traités de chimie.

On pourrait objecter, comme l'ont fait récemment MM. Boullay et Gautier de Claubry , à propos de l'opium récolté en Algérie, que la valeur d'un opium ne doit pas être appréciée uniquement par la proportion de morphine qu'il contient, puisqu'on y trouve aussi quatre autres principes actifs: la Narcotine, la Codéine, la Méconine et la Thébatne dont il faut tenir compte.

Nous répondrons d'abord, avec MM. Bouchard, Guibourd, Robinet et Chevallier , que ces substances ne se rencontrent dans l'opium qu'en proportion infiniment moindre que la morphine, et que d'ailleurs les épreuves cliniques ont constaté Jes bons effets thérapeutiques de l'opium riche en morphine, c'est-à-dire de l'opium indigène.

Ensuite , l'appréciation d'un opium par sa teneur en morphine est suffisante, et a de plus, l'avantage de fournir un moyen simple et pratique de mettre ce produit à l'abri de la fraude.

(i) Si l'on voulait avoir la morphine pure, on emploierait la magnésie an lien de l'ammoniaque. Dans ce cas, il faudrait ajouter de l'éther pour dissondre la narcotine.

Enfin, ce procédé garantit l'identité des effets des opiums de diverses provenances lorsqu'ils s'approchent du type normal , ( 10 pour cent de morphine ).

Quel degré de confiance peut-on accorder à des opiums qui contiennent tantôt 5 ou 4, tantôt 9 ou 10 pour cent de morphine? D'ailleurs rien ne prouve jusqu'ici que l'opium indigène soit dépourvu complètement des principes actifs secondaires qu'on trouve dans les opiums du Levant, puisqu'une analyse quantitative de ces alcaloïdes n'a pas encore été faîte sur ce produit.

Nous avons, M. Bénard et moi, constaté la présence de la codéine dans l'opium récollé à Amiens ; et l'on sait qu'après la morphine c'est le principe le plus important de l'opium. Nous rappellerons que Vauquelin a reconnu l'existence de la Narcotine dans l'opium indigène; que MM. Petit et Iticard-Duprat et plus tard Orfila sont arrivés au même résultat. Nous devons dire aussi que M. Pelletier dans son analyse de l'opium extrait par incisions du pavot cultivé dans les Landes n'a pas trouvé de Narcotine. L'absence de ce principe , si toutefois elle est constatée dans le cas qui nous occupe, ne doit inspirer aucune crainte sur l'efficacité de l'opium indigène en thérapeutique, car les effets de la narcotine sont contestés et niés par bon nombre de praticiens. Les expériences de MM. Soubeiran etBally la font considérer comme une substance inerte ; M. Magendie pense néanmoins qu'elle est active quand elle est dissoute dans l'un des acides acétique, sulfurique ou chlorhydrique ; du reste, elle n'a aucun usage en médecine.

Enfin, les principes narcotiques dont nous venons de parler se trouvant en plus ou moins grande quantité dans les autres espèces de papavéracées (CoquelicotChélidoïneetc.) tout porte à croire qu'ils ne doivent pas faire défaut dans l'opium indigène.

Les antres bases telles que : L'Opionine , la Naroéine , la Méconine et la Thébaïne, sont sans intérêt an point de vue médical. Nous en pouvons dire autant des autres principes de l'opium que nous nous abstenons de passer en revue. 11 importe donc peu que leur présence soit constatée dans l'opium indigène. D'ailleurs il n'est pas certain que les nombreux produits immédiats, tant acides que bases, qu'on a tirés de l'opium, y existent nécessairement tout formés ; il est au contraire très-probable que plusieurs d'entre eux ne prennent naissance que dans les circonstances déterminées par le mode même d'extraction de ces substances.

Ainsi, en résumé, nous avons trouvé dans l'opium récolté à Amiens en 1853 : H, 75 pour cent et en 1854 : 16, 00 pour cent, de morphine; nous avons constaté la présence de la codéine; ce dernier point était essentiel à vérifier. Il resterait à doser cet alcaloïde ; mais comme il faut pour cela opérer sur des quantités très-grandes d'opium, nous nous sommes contentés d'une analyse qualitative , notre but est atteint. Si nous n'avons pas fait de recherches relativement à la narcotine, c'est que nous la considérons comme un principe dont l'action est négligeable devant celles de la morphine et de la codéine. II n'en est pas de même de cette dernière; car, quoique ses effets sur l'économie animale diffèrent de ceux de la morphine, elle agit cependant sur le cerveau comme cette dernière base ; toutefois en provoquant le sommeil elle ne produit, d'après M.Barbier d'Amiens, ni engourdissement, ni vertiges, ni accablement , chez les personnes qui sont sous son influence ; c'est un calmant très-estimé. Malheureusement son prix est excessivement élevé (7 fr. , 50 le gramme) et pour produire les mêmes effets que l'opium et les sels de morphine, il en fant une bien plus grande proportion. Toutefois administrée à haute dose elle devient, comme la précédente, un violent poison.

L'extraction de la codéine de l'opium est fondée sur la grande solubilité de cet alcaloïde dans l'eau et dans l'éther. Nous avons dit que pour isoler la morphine on traite l'opium successivement par l'alcool et par l'ammoniaque. Dans cette opération la codéioe reste en dissolution dans le liquide; si alors on ajoute de la potasse caustique, qu'on évapore à siccité et qu'on traite le résidu par l'éther, la codéine se dissous dans ce dernier. 11 suffit pour l'en séparer d'abandonner la dissolution à l'évaporation spontanée. La codéine se dépose en gros cristaux d'une grande netteté.

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