‹ Mémoire sur l'organisation et le développement de la comatule de la MéditerranéeChapitre 17 sur 37 · L'APPAREIL GÉNITAL · texte numérisé non relu

L'APPAREIL GÉNITAL

Stolon génital. — La figure 112 de la planche XIT donne l'aspect général du stolon génital d'une Comatule adulte. Dans sa partie inférieure, contenue dans la chambre centrale de l'organe cloisonné, il est formé de cordons cellulaires qui s'élèvent d’abord accolés les uns aux autres, mais peuvent aussi se séparer plus ou moins pour se réunir de nouveau comme on le voit au bas de la figure à laquelle nous venons de renvoyer(1). Formé de cellules granuleuses, cylindriques, allongées perpendiculairement à l’axe du cordon, identiques à celle que représente la figure 159 de Ja planche XX, chaque cordon est d’abord plein; mais déjà dans la partie inférieure du stolon où les cordons s’isolent momentanément les uns des autres, une cavité apparait dans leur intérieur, en même temps que leurs parois se bossellent et se contournent de toutes façons. Une coupe qui intéresse la totalité du stolon semble dès lors formée dans la plus grande partie de sa longueur d'une double file de diverticules oblongs, à axe transversal, irrégulièrement disposés de chaque côté d’un axe médian.

Ce sont quelques coupes de ces diverticules pris dans la partie supérieure du stolon qui ont été représentées planche XX, figure 159. On voit que partout le stolon et ses diverticules sont extérieurement revètus d’une fine membrane nucléée. En raison du mode de constitution dont nous venons de parler, le stolon peut être considéré comme divisé longitudinalement en un certain nombre de stolons secondaires. Arrivés à une certaine hauteur, ces stolons secondaires peuvent s’isoler et former autant de lobes dont les uns finissent brusquement tandis que d’autres se prolongent en cordons formés de cellules plus petites et qui tendent à s’arrondir. Ces cordons deviennent creux, et se raccordent certainement avec les rachis

génitaux, comme le montre l'étude des jeunes individus. Certaines

(1) Dans cette figure la partie inférieure du stolon semble se confondre avec le revêtement nerveux de l'organe cloisonné; mais c’est là une apparence due simplement à lobliquilé de la coupe. Dans le schéma de la pl. XX et dans la figure 39 de la pl. 4 du t. IX de ce Recueil, les rapports réels sont représentés, la coupe étant iei axiale.

préparations semblent indiquer, nous l'avons vu, qu'il se continuent aussi avec quelques-uns des canaux du plexus génital (t. IX, pl. 19, fig. 154, gk).

Quoi qu'il en soit, on remarquera les différences profondes qui séparent au point de vue de la structure le stolon génital proprement dit, du plexus qui l'entoure au moins dans sa partie supérieure. L'axe même du stolon ne présente qu'une cavité à peine visible; les cavités de ses diverticules sont manifestement de simples écartements destinés à permettre aux éléments anatomiques de se grouper en grand nombre sous un faible volume. Ces éléments sont de grandes cellules cylindriques granuleuses à noyau peu apparent. Il n’y a dans cet organe que nous avons suivi à toutes les époques de son développement, rien qui rappelle la disposilion générale d’un plexus de canaux; les parois à grandes cellules de ses diverticules n'ont absolument rien de la structure des nombreux canaux qui ont été désignés chez les Échinodermes ou même chez les Comatules sous le nom de vaisseaux, et cette structure histologique bien que modifiée dans la partie supérieure du stolon, tranche singulièrement avec celle du plexus génito-labial formé, lui, de véritables canaux courant dans le même sens, à paroïs minces formées de deux membranes délicates dont les seuls éléments distincts sont les petits noyaux saillants disséminés à leur surface. Alors même que certains canaux du plexus ne seraient que les prolongements de quelques lobes du stolon, plexus et stolon n’en resteraient pas moins deux organes parfaitement distinets par leur structure, par leurs fonctions et dans une certaine mesure par leur origine, puisque leur union ne peut guère être qu'un phénomène tardif de soudure.

Il est d'ailleurs essentiel de ne pas oublier que le stolon génital et les canaux constituant les divers plexus que nous avons décrits, ne sont les uns et les autres que des produits de différenciation de la membrane péritonéale, dont les éléments sont, au moins sur certains points, doués d’une grande activité de prolifération et constituent par leur groupement, soit des trabécules membraneux, soit des canaux, soit des corps plastidogènes, soit enfin des glandes génitales. Le stolon génital est, en somme, le foyer

le plus précocement différencié, le plus actif, de cette prolifération; et c'est

en ce sens seulement que l’on peut considérer comme d’une origine différente les organes qui en proviennent et les autres produits de différenciation de la membrane péritonéale. Le stolon génital ne perd jamais complètement ses rapports génétiques avec celte membrane: il est continu dans la région péribuecale avec la partie de la membrane qui produit le plexus labial; il n’est pas étonnant que quelques-uns de ses diverticules puissent se transformer en canaux continus avec ceux du plexus. Ces considérations doivent ètre appliquées à ce qu'on appelle l'appareil cireulatoire des Oursins et montrent combien on était loin de vérité quand on cherchait dans le corps plastidogène ou glande ovoïde de ces animaux, des réseaux cireulatoires analogues à ceux des animaux supérieurs.

La figure 112 de la planche XX donne une idée suffisante de la disposion des membranes conjonctives autour du stolon génital, pour nous dispenser de les décrire plus en détail. Il est cependant nécessaire d'ajouter que ces membranes se relient en partie au sac viscéral, en partie à la face supérieure du plancher supérieur de l'anneau basilaire, et que l'enveloppe la plus externe du stolon est en continuité elle-même avec les parois des chambres de l'organe eloisonné et la cloison médiane de la cavité interne de chaque cirrhe; que d'autre part ces membranes viennent se rattacher finalement à l’épaisse formation de tissu conjonctif qui entoure l’æsophage enveloppe le plexus labial, aux canaux desquels il fournit des gaines, et que nous avons appelé le sac périæsophagien (pl. 15, fig. 12%, s/). Les parois de ce sac se relient elles-mêmes sur tout son pourtour à la partie externe du sac viscéral. Ces rapports ont une importance qui apparaitra un peu plus tard.

Une partie de la plaque centro-dorsale, et les premières radiales forment autour du stolon génital un entonnoir assez profond occupé par des trabéeules de tissu conjonctif. Cet entonnoir est particulièrement remarquable chez l’Antedon phalangium où il constitue plutôt un long tube aux parois duquel le stolon génital est relié par d'innombrables trabécules membraneuses formant un tissu aréolé à mailles lâches. Ces aréoles communiquent{, bien entendu, avec la cavité générale et les trabécules nombreuses qui les limitent se continuent elles-mêmes en partie avec les enveloppes du stolon génital, en partie avec le sac viscéral. On sait que chez les jeunes

Antedon, le stolon génital est continué à travers la pièce centro-dorsale

NOUVELLES ARCHIVES DU MUSÉUM, 30 série. — I]. ô

par un pinceau de fibres qui s'étend jusqu’à la surface externe de la plaque. Cette disposition n'est pas toujours persistante. Dans leur Traité d'anatomie comparée pratique, MM. Carl Vogt et Eug. Yung représentent dans l'épaisseur de la plaque centro-dorsale une vaste lacune (1), qui en occupe presque toute la région centrale et qui résulte de la résorption des tissus constituant d'abord cette région. Cette résorption est fréquente, etquand elle a eu lieu ou qu'elle se prépare, on ne peut suivre la continuation du stolon sénital au delà de l’organe cloisonné. Le stolon génital parait dès lors s'arrêter au niveau des planchers horizontaux de l'organe cloisonné qui correspondent à la naissance des cirrhes, ainsi que je l'ai indiqué dans l’une des communications préliminaires que j'ai faites à l’Académie des sciences au cours de mes recherches (2). Cette modification dans le mode de terminaison du stolon génital se produit à un âge plus ou moins avancé, par simple rétrogradation. M. Herbert Carpenter à eru à tort me mettre en contradiction avee moi-même en citant (3) à la suite l’une de l’autre les descriptions que j'ai données de deux modes de terminaison du stolon qui sont relatives à des âges différents de l’animal, :

Chez de jeunes Comatules telles que celles dont l'organe cloisonné est représenté dans la figure 39 de la planche IV de ce mémoire, le stolon génital se termine « bien en un tube conique qui pénètre en s’amincissant toujours dans l’axe de l'organe cloisonné » et se continue par un faisceau fibreuxàtravers la plaque centro-dorsale jusqu'à la surface externe de celle-ci; mais il est bien clair que lorsque dans toute la partie centrale de la plaque centro-dorsale le tissu calcifère et les tissus qui le traversent sont remplacés par une lacune, le stolon génital ne peut plus parcourir dans toute son épaisseur la plaque centro-dorsale; son mode de terminaison est changé parce que sa partie inférieure est supprimée, et comme la résorption de cette partie peut s'étendre plus ou moins haut, le stolon génital parait dès lors s'arrêter au niveau des planchers des cirrhes ; il est possible d’ail-

leurs qu'il y ait à cet égard d’assez nombreuses différences individuelles.

(1) Voir dans cet ouvrage les figures 267, p. 526 et 276, p. 550. La lacune est marquée /, dans la première de ces figures, €, dans la seconde.

(2) Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. XCVIT, p. 188.

(3) Zoology of the voyage of CaazzenGer. Report on the Crinoiïds, p. 104.

Des différences peuvent aussi se présenter quant aux dimensions de la lacune centro-dorsale, chez l'Antedon rosacea: mais nous l'avons toujours constatée chez les exemplaires d'Axtedon phalangium au travers desquels nous avons fait des coupes. Là les contours de la lacune se régularisent : elle est presque exactement sphérique sauf dans sa partie supérieure, avoisinant la face interne de la plaque centro-dorsale, où elle s'aplatit un peu. Elle oceupe la plus grande partie de la plaque centro-dorsale qui chez l’Antedon phalangrum présente, comme on sait, une hauteur et une forme conique si exceptionnelles, qu’on à considéré quelquefois la singulière éminence que forme cette plaque comme un rudiment de tige.

MM. Carl Vogt et Eug. Yung considèrent la lacune de la plaque centrodorsale comme appartenant au même système de cavités que les cinq chambres de l'organe cloisonné (1). Mais cette lacune résultant d'une simple résorption de tissus âgés, comme il s’en produit assez souvent même dans les articles des bras, n’est pas constante chez l’Axfedon rosacea : elle a un tout autre mode de formation que les chambres de l'organe cloisonné; nous ne l'avons jamais vue entrer en rapport avec ces chambres; nous la croyons done dépourvue de toute importance morphologique et elle ne nous semble pas, en particulier, pouvoir être rapportée au même système de formations que les chambres si remarquables et si constantes de l’organe cloisonné.

Dans un article publié en janvier 1887 par les Aznals and magazine of natural history (2), M. Herbert Carpenter à vivement critiqué le sens donné à ces mots « organe cloisonné » par MM. Vosgt et Yung, et il joint à cette critique d’autres critiques dans lesquelles nous sommes quelquefois associé aux savants génevois, nous y répondrons en peu de mots. M. H. Carpenter reproche à M. Vogt d’avoir figuré les Comatules la bouche en bas comme les Étoiles de mer; c'était cependant le seul moyen de rendre possible leur comparaison avec ces Échinodermes, de même tous les malacologistes représentent les Lamellibranches, les siphons tournés vers le bas, de même M. de Lacaze-Duthiers a adopté ce mode de représentation pour les Ascidies.

(4) G. Vocr et E. Yuxc, Traité d'anatomie comparée pratique, p. 526, explication de la figure 267 et page 550, explication de la figure 276.

(2)H. Canrenter, Morphology of Antedon rosacea. Annals and magazine of natural history. January, 4887, p. 37.

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