‹ Mémoire sur l'origine égyptienne de l'alphabet phénicienChapitre 15 sur 18 · ASIMIUTIOXS ET VOYELLES VAGUES · texte numérisé non relu

ASIMIUTIOXS ET VOYELLES VAGUES

Les Égyptiens paraissent avoir possédé trois aspirations; c’est du moins ce que nous montre la langue copte, et rien n'autorisait à penser jusqu’ici que l’alphabet hiéroglyphique eût possédé un plus grand nombre de types de cette classe. En effet, les trois signes antiques , — «, qui servent à écrire l’aspiration la plus faible, ainsi que lcui-s dérivés démotiques, correspondent aux diverses voyelles fixes de l’alphabet copte. Elles remplissent toutes trois également le rôle de voyelles vagues propres à rendre le son des diverses voyelles, soit comme initiales d'une syllabe, soit comme Gliales, dans la transcription des noms propres grecs et romains.

Lorsque la voyelle initiale portait un esprit rude, les Coptes ajoutaient le hori, £, qu'ils avaient emprunté à l’alphabet démotique. En effet, l'aspiration h antique, étant devenue, dans l’écriture grecque, la voyelle y, à l’époque où l’écriture copte s’introduisit en Egypte, les Egyptiens jugèrent nécessaire de conserver la

(l) Ixî Z grec n pris le nom du tx/ule, tout en conservant la place el la valeur du tain. Les sifflantes ont été l’objet d’une confusion , que l’on a déjà remarquée. Le 3 occupe In place du samrch ; quelque récent que soit son emploi, celle circonstance ine fait croire à son origine phénicienne; sa lijfure ancienne ï semble l'i-

dentifier ûvcc le h amech vertical V. D’un autre coté, le sigma et le tan ont eu trois formes qui me |>nrnissent avoir toutes leur origine phénicienne. La liste suivante donnerait peut-être une idée exacte de tous ces emprunts :

Phénicien : Af ^ f mi w,

Grec : I H ï Z Z.

lettre qui servait à nolcr une forte aspiration. L'alplmbel antique donne comme correspondants du les lettres (7), |, et les syllabiques ^Jj\ lia , v— , hu, etc.

Une troisième aspiration, directement liée avec les gutturales, a été aussi conservée par les Coptes, dans leur alphabet, par la lettre On sait qu’elle reproduit identiquement la lettre démotique b>, de même valeur ( ch ou kh), laquelle n’est que l’abrégé de la lettre hiéroglyphique J. Celle-ci avait pour homophone le signe Q.

Les Phéniciens possédaient, au contraire, quatre aspirations k, n, nets; cette dernière appartenait tout spécialement à l’organisme des familles sémitiques. 11 est encore à remarquer que le n contenait deux nuances distinctes M et kh, que les alphabets arabe et éthiopien ont écrits par deux signes différents : c , i; *. Suivant l’opinion de Gésénius, que nos transcriptions égyptiennes vont mettre hors de doute, celte double puissance du' n était extrêmement ancienne; quoique l'alphabet sémitique primitif n’ait possédé qu’un seul signe pour le n , la différence des deux valeurs était aussi réelle que celle de nos deux h, muette et aspirée.

C’est, en totalité, cinq articulations sous quatre lettres, que l'alphabet phénicien met en regard des trois degrés d’aspiralion de l’ancienne Egypte. Le tableau suivant résume le dépouillement des transcriptions, et montre comment s’établit la concordance :

La distinction entre les deux nuances du J et égales à n et n paraît avoir été observée avec constance; c’esl à M. Brugsch.

Il = £ A vogue — T. . O ■ E , c(c.

ira — 1

DE L'ALPHABET PHENICIEN.

Kl

que nous devons celle remarque importante. Je n’en confluerai pas néanmois avec lui que ces deux signes correspondaient à deux articulations dans le système égyptien. Les Coptes n'auraient pas hésité à garder une lettre démolique de plus dans leur alphabet s’ils avaient eu l’habitude d écrire par une lettre différente une aspiration plus faible ou plus forte que le Mais il est impossible que l’aspiration revête le même degré de force dans chaque mot; le ^ lui-même a été employé, dans les transcriptions des mots grecs, pour écrire l'esprit doux aussi bien que l’esprit rude, suivant la remarque de SchwarUe. Les Phéniciens ont donc pu facilement trouver des correspondants suffisamment exacts pour le n et le n (^) dans les homophones du antique. En n’étendant pas au delà de ces bornes les conclusions de M. Brugscb, on devra reconnaître avec lui que le signe □ a été de préférence employé par les hiérogrammates pour transcrire le n. Le n (^) est rendu par les autres homophones du £ : |, , etc. Le n (^) répond,

au contraire, à J ou Q = cA dur (x), le copte

Nous commencerons l’étude des transcriptions par l’articulation la plus forte. Le J ou 0 = est transcrit par n, par la Bible, dans les mots égyptiens : r * s >

nX«X> roseau, îna (s! . Les deux peuples rendent également par n et O le kh persan, dans les noms de Xerxès et d'Artnxerxès; les nombreux cartouches de ces deux rois forment une base inattaquable pour la valeur x (cA) appliquée aux deux signes O <-t J w . Parmi les noms de nations, les plus connues sont les x e ta—o'rin

el &TJ V XP-bu ” !’=>"• La vi ! le nommée ÏXç'fcï, X«luma^\ tirait certainement son nom du radical onn, obsignavil. Le O égal au n apparaît encore dans le mot ^ re%-tu, bloc de

Je transcrit le © par le x grec pour lï * Pap. Anastosi, 75, I. 3 , cii«* par me confonner à la dernière méthode de M. Hincks.

transcription que mon père avait adoptée Voyez les variantes réunies par

dans sa Grammaire. (J. de Rougé.) M. Lepaius, Livre des rois, pl. XLIX.

l,) Dan» le titre du patriarche Joseph. Pap. Annstasi, n fe t.

MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE pierre ■— nm , lapis molaris'’, el dans le radiral naç, maelare, que nous avons reconnu dans le nom de la ville ç ^ Tabcxi

= nnao.

Le n moins dur (-) a servi à transcrire l'articulation | dans l’orthographe phénicienne des noms divins, " | J. plah =* nno et A M >* , l‘«l »='DnW. La Bible le transcrit de même dans le nom du roi Ouaphrès, en égyptien unli-nb-ra^, en hébreu sncrs.

La même correspondance se montre dans les noms bibliques, écrits par les hiérogrammales; on a déjà rencontré, dans ce Mémoire : Hapurtnaa = D'i.çn ; -V ZZ

Mahnnama = c’jnç; titit *7* ÜT ^ • ^ er ^ uxn =■ tnntf; I V 1 Hut’ar ijn. Ajoutons encore Ilamala = nçn ;

celte ville, aux frontières de la Syrie, est le terme du voyage détaillé dans le papyrus Anastasi, n° i (,! ; 4 ] 1 ^ . Belhua-

ren = p-itnvg , reconnu par Champollion , dans les conquêtes de Seionk /.

Les mots empruntés à l'hébreu donnent la même égalité; ainsi " | , * patah, ouvrir — nnç ,5) . Je trouve parmi les denrées et provisions de bouche citées dans le papyrus Anastasi, trois cents mesures de kamahu |0) = nçp , farine ( ^ù). | \

merehu, copte »s o ’<?><£ ■ saler = ré?D, cité par M. Brugsch, est également fidèle à la règle : c’est toujours n transcrit par | ou ses homophones ^ etc.

Nous donnerons maintenant les transcriptions du n, pour que la différence frappe immédiatement l’esprit du lecteur. Celte lettre

Pop. Anastasi , I , 58.

f> Inscription du Sérnpéum.

w Ce nom, en écriture cursive, est souvent tracé dans un autre ordre ][^o.

I.a voleur nh pour le cœur ^ a été indiquée depuis ce Mémoire. T “fil ( v °y- Sliarpc, pl. CX), c'est-à-dire m et non ni, comme le pensait M. Hineks.(J.deR.)

Vov. Pnp. Anastasi. I, 55. 7.

%l J*ni expliqué ce mol depuis longtemps dans le Mémoire sur l'inscription d’Ahmès ; je ne comprends pas qu'on cherche ailleurs qu'en Égypte l'étymologie du nom du dieu Ptah , sous prétexte que la langue égyptienne ne fournissait pas In racine paiah.

Select pnp. I, 5t. C’est une des exceptions à la règle habituelle : =- r.

transcrit le □ égyptien dans le nom royal de n;vnp — Ç~ Tahraka, et dans le mot o'Jïn, ébène . en hiéroglyphes fD J , lichen.

Les Egyptiens, à leur tour, ont transcrit le n par □ dans

Naharina — oyinj; dans ( 1 V"n". Iulak =- rnire , et dans ' J \ J , rahabu = an 1 ?, flamme. La littérature des papyrus emploie, très-fréquemment, un mot sémitique fii.mafuiru,

qui me ]>arait se traduire toujours exactement par l'hébreu -inç, promplu », ml ers.

Le n grammatical, formant la voix hiphil, est également transcrit par 1X3; le papyrus Anastasi 1 1,1 m’en oITre un exemple dans le mot ravr&%,-. harl’al’a, que je compare à l’hébreu srin, faire courir, envoyer.

Le n lilial disparaît habituellement dans la transcription; c'est ce que l’on constate dans le nom de n^nnn *= J Tahrak, et

et dans le nom du ruisseau n:p, situé près de Mageddo; le récit de l’expédition de Tlioutmès III le nomme * V = ** c , Kinn. Le n disparaît également dans la syllabe in de n-piv = 1 1 “j^", Iulak.

Souvent, comme le à arabe, le n final se change en t final. Exemples : markabula , char ** 03370 , ‘nasip,

et Knt’alu =» ni» (comparez l'ethnique 'çty et l’arabe

iji).

Les rôles étant ainsi définis entre les trois aspirées, n (j) “On (c) “= J» et n — fi], nous avons à chercher leurs types égyptiens. Le modèle de la lettre phénicienne égale au n doit être naturellement demandé à l’un des deux signes 0, J = car sa valeur la plus faible n-= £, doit être la plus récente, suivant les règles que la philologie constate d’une manière très-générale. La figure hiératique du 0 n’a presque pas varié, elle se compose d’un cercle, traversé par un trait. Le chct de tous les alphabets anciens, phéniciens ou grecs, se compose d’une figure carrée, également traver-

/’n/>. Annstnsi. I, 60, h.

MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE séc par un Irait. Je pense qu’on peut admettre que la gravure a rendu carré ce qui était primitivement rond; cette considération suffirait à elle seule pour rendre raison de la formation du chel, fl. L'ancienne aspiration grecque B, devenue plus lard le v, est également carrée; il est cependant à remarquer que les Etrusques, à cité de la forme carrée B. montrent également pour celte lettre la forme ronde 0, identique en tous points à la lettre égyptienne. Ce passage d’une forme à l’autre est de nature à justifier encore notre conjecture.

Parmi les représentants homophones du £ copie, les Sémites ont choisi, pour en faire leur n, précisément le même signe que les hiérogrammates ont consacré plus tard, à celte lettre, dans leurs transcriptions, ce qui nous engage fortement à penser que la lettre □, ha, avait réellement une prononciation moins dure, dans le langage usuel, que les autres lettres | hc, ^ ha, <— A», dont nous avons constaté le rapport avec le n (j;). La lettre phénicienne n'a fait subir aucune altération au □ des anciens papyrus; on s’est borné à changer sa position, qui fut d’abord oblique, même dans l'alphabet grec, Redressé complètement et régularisé dans les alphabets grecs et romains, il n’en a pas moins fidèlement conservé, jusque dans notre écriture capitale, le type égyptien des vieux papyrus.

11 est essentiel de remarquer que c’est encore avec la plus ancienne forme que la lettre phénicienne présente les analogies les plus convaincantes. L’hiératique de la xix' dynastie et, bien plus encore, le démotique s’en éloignent sensiblement.

A l.KPH HT VOYELLES VAGUES.

Depuis que la science possède un certain nombre de textes phéniciens d’une certaine antiquité, on a pu constater un fait grammatical d un haut intérêt pour l’histoire de l’alphabet, à savoir, que les anciens Phéniciens n’employaient aucunement les voyelles. Le

’ et le i lie figurent dans ces textes qu’eu leur qualité de semivoyellcs, et tous les sons se classent, soit avec les consonnes, soit avec les aspirations, sans que l’écriture se charge d'indiquer aucune règle au lecteur. Valeph ne figure, dans ces monuments épigraphiques, que pour son degré d’aspiration, et les voyelles quiescentes, que comporte l’orthographe des mots dans la Bible telle que nous la trouvons écrite aujourd'hui, sont toujours omises dans l'ancien style phénicien. Nous concluons directement de ces faits que les Sémites n'ont, à l’origine, emprunté aux Egyptiens, dans le i et le ’, que deux semi-voyelles, et dans le k, qu'une aspiration faible. Chatnpollion paraît avoir bien nettement attribué le même caractère d’aspiration faible ou de voyelle vague, ce qui revient à peu près au même, aux voyelles de l'alphabet hiéroglyphique, car il fait bien remarquer que le môme signe correspond aux divers sous-voyelles de la langue copte. M. Lepsius, sans s’expliquer clairement sur le caractère vague originel des voyelles hiéroglyphiques, reconnaît, comme Champollion, l'homophonic absolue des trois lettres antiques ^ ^ , . — ■ , qu’il transcrit paru. M. Brugsch prétend, au contraire, introduire encore ici une distinction radicale entre les trois lettres égyptiennes, à l aide des transcriptions sémitiques. D’après lui, | répondrait seul à l’aspiration x ; ^ serait la voyelle fixe a, c’est-à-dire nu simple son dépourvu d'aspiration et propre seulement à compléter la consonne pour former la syllabe. Enfin — >, dans ce système, serait le représentant exact de l’articulation gutturale y, que M. Brugsch parait ainsi transporter dans la langue égyptienne elle-même. Nous croyons qu’il y a là plusieurs inexactitudes dont il faut d'abord dégager la question.

On sait que les aspirations de l'alphabet phénicien subirent, en passant dans la Grèce, un changement essentiel, conforme au génie linguistique des populations d’origine arienne; elles perdirent leurs nuances variées d'aspiration, et chacune d’elles fut affectée à l'un des sons de la langue. Le changement ne se fil pas en une

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