G MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE
seule fois, et la lettre H se conserva longtemps dans l'écriture grecque avec son caractère originel d’aspiration, que la langue latine lui a maintenu.
Les Egyptiens ne sentirent jamais le besoin d’un changement analogue; les derniers monuments de leur écriture nationale nous montrent les lettres-voyelles démoliques correspondant aux divers sons de la voix, exactement comme leurs types hiéroglyphiques. C’est ce que l’on peut constater jusque dans le précieux manuscrit de Leydc, h transcriptions grecques, qui appartient aux dernières époques de cette écriture. M. Brugsch note lui-mème ce caractère de vague absolu des voyelles égyptiennes dans le tableau alphabétique de sa grammaire démotique. Ce fait se relie à la valeur mobile des voyelles hiéroglyphiques comparées aux lettres coptes, en sorte qu’il est général partout où nous trouvons des mots provenant d'écritures à voyelles fixes transcrits en égyptien. Nous verrous tout à l'heure si les transcriptions des mots sémitiques nous autorisent à supposer qu'il y ait eu plus anciennement en Egypte un changement de système dans l’écriture des voyelles. Remarquons, avant daller plus loin, que cette profonde habitude des voyelles vagues laissa des traces dans le nouveau système d'écriture qui s’introduisit en Egypte au moment où les chrétiens de ce pays crurent devoir adopter les lettres grecques. M. Schwartze, en notant les nombreuses variantes de voyelles que présentaient les manuscrits copies, même dans l’écriture des mots grecs ou de noms étrangers, met ces erreurs sur le compte des tendances locales, qui invitaient, par exemple, les habitants de certaines contrées à prononcer l’o par l’a, ou réciproquement. L'organisme égyptien lui apparaît comme ayant une extrême variabilité dans la prononciation des voyelles, et il trouve, dans cette disposition, la cause des nombreuses différences dans la notation des voyelles, que l’on remarque également dans l’écriture des mots égyptiens. Ce fait, qu’on ne peut méconnaître, m’apparaît comme la véritable raison de la composition primitive de l'alphabet égyptien avec son
ensemble de voyelles vagues, susceptibles de très-grandes variations dans l’échelle des sons. Je trouve également dans celte disposition, confirmée par un long usage d’une écriture ainsi conçue, l’explication de la remarquable maladresse avec laquelle les premiers Coptes se sont servis des voyelles fixes, qu’ils empruntèrent aux Grecs. M. Schwartze constate qu’ils changent l'o avec l’i.; que le H se prononçait a dans la plupart des cas cl devenait successivement un a, un é, un ». L’tu se confondait parfois avec et le
qui se nommait ou £e, se prononçait en effet •* et e- On voit qu’ils avaient trouvé moyen de refaire des voyelles presque vagues en dépit des valeurs fixes de l’alphabet grec.
Maintenant est-il vrai, comme M. Brugsch propose de l’admettre, qu'il en ait été tout autrement dans l'antiquité, et que l’aspiration faible k n’ait eu pour correspondant que la feuille | , tous les autres signes représentant des sons fixes? Si celle doctrine était exacte, il en résulterait que le I serait partie nécessaire de toute syllabe composée seulement d’une voyelle avec l’aspiration faible. "V , que M. Brugsch suppose uniquement propre à servir de malei • leclionis, ne pourrait jamais se présenter seul; il faudrait nécessairement ^ \ pour écrire la syllabe u, a ou *t, et même tout a initial. Il faut, pour apprécier la force de celle raison, faire abstraction de nos habitudes puisées dans l’usage des voyelles fixes qui ont conservé, avec leur son propre, leur degré d’aspiration, égal eu français à 17» muette; chacune de nos voyelles est une syllabe complète, ha, hé, hi, etc. Si, au contraire, vous réduisez, avec M. Brugscb, la lettre ^ à la simple valeur de mater leclionis, il devient évident qu’elle ne pourra jamais, à elle seule, jouer le rôle d'initiale dans la syllabe.
Le dictionnaire égyptien donne le démenti le plus absolu à cette conséquence du système; il contient, en effet, un grand nombre de mots écrits avec l’initiale J’allongerais inutilement ce mémoire en discutant la liste de ces expressions; qu’il me suffise de dire que la lettre ^ y correspond, comme initiale de syllabe, à
toutes les voyelles de l’alpliabet copte. Ajoutons qu’il est impossible d’apercevoir la moindre différence entre les dérivés coptes de la lettre | et ceux de la lettre qui se classent également sous les diverses voyelles. Ces deux signes jouent donc exactement le rôle de Yalepli k dans les mots égyptiens W.
Il en est de même du bras — >, lettre initiale de beaucoup de mots; ou a seulement remarqué qu'il était assez habituellement en relation avec l’eu, ce qui indiquerait qu’il était de préférence employé pour une voyelle longue ou à prononciation emphatique.
Outre leur rôle d'aspiration douce, ces trois signes figurent encore dans les textes égyptiens pour un autre usage; on les y trouve, en grande abondance , avec les lettres ^ , Ç , u, et ^ , w , i, à titre de voyelles quiescentes. Leur caractère vague se conserve daus ce second rôle; peut-être même s’y dessine-t-il d’une manière encore plus prononcée. Le choix de la voyelle qui doit terminer une syllabe ne parait déterminé, la plupart du temps, que par celui de la consonne qui précède, et les simples convenances graphiques semblent avoir présidé à cet arrangement. C’est ainsi que presque toutes les syllabes simples commençant par un m finissent par le bras — i, lorsqu’il y a une voyelle écrite, ce qui provient uniquement de ce que le bras — • est le complément favori des signes ^ , *=, **, avec lesquels il forme des groupes bien carrés (sic
^ est le complément ordinaire de beaucoup de consonnes. | est plus rare dans ce rôle; il est néanmoins le suivant presque obligé du l de la forme ]. On sait d’ailleurs que celte syllabe ] la, signe du participe, est exactement égale à la syllabe * ou ». \ , tu, ce qui confirme la valeur vague de ces voyelles. Une consonne,
(,) M. Bunsen (Egypl’s Place, p. 556) attribue k l'aigle une aspiration plus forte qu’à la feuille C'est le système opposé h celui de M. Brugsch; il est egalement dénué de toute preuve. M. Bunsen regarde
Je £ copte comme dérivé de celle assertion est inexacte aussi bien au point de vue de la dérivation matérielle du qu'a celui de la correspondance des mois co j > tes.
DE L'ALPHABET PHÉNICIEN, suivie de sa voyelle complémentaire ordinaire, constitue ce que M. Hincks a nommé le nom de la lettre; le son de la syllabe n’est nullement indiqué par là. On ne peut même pas en conclure que la syllabe se terminait par une voyelle, car les Egyptiens écrivaient souvent après la consonne la voyelle qui devait se prononcer avant. On peut citer comme preuve de cette assertion certains composés à radicale redoublée, tels que le copte ouçtyoïtujuj, distendere. Le mot ancien tuausa, n’a jamais
pu se prononcer autrement que nu «uns, puisque, dans la règle de composition qui préside à ce genre de mots, la réduplication est toujours bornée à une seule syllabe.
Je ne voudrais pas nier toutefois que les Egyptiens n'aient jamais voulu déterminer des sons- voyelles, à l'aide de certains groupes de leurs voyelles quiescentes; les voyelles sémitiques ellesmèiues ont revêtu un certain caractère de fixité lorsqu' elles ont été employées comme voyelles quiescentes, et c’est ainsi que les trois sons primitifs «, i, «, se trouvent déterminés dans les syllabes longues. Mais ce qui nous intéresse en ce moment, c’est le caractère originel des trois signes ^ - — ■ , et nous croyons avoir démontré leur emploi comme voyelle vague et aspiration faible dans l’écriture des mots égyptiens. Dans les monuments de l'antiquité, l’échange de ces trois signes entre eux est assez rare; il en existe néanmoins un nombre d’exemples suffisant, et je crois que M. Lepsius a pleinement raison quand il donne pour principal motif à la rareté des variantes le désir d’aider la mémoire par la fixité de l'orthographe.
Voyons maintenant si les transcriptions de la xix' dynastie indiqueraient un autre rèle pour les voyelles à une plus ancienne époque.
Le ^ initial est l’équivalent le plus usité, dans les papyrus, de l’aspiration ». La Bible le transcrit, en elTcl, par » dans I*"** J. Amen = jid», et dans le pronom de la première personne, commune aux deux langues : ’pj» = j j anuk. Les hiérogrammalcs trans-
clivent à leur tour «par | dans : 1 . Astur = nct«, | ^ ^*7"
abar -- T>a«, étalon®.
Le degré d’aspiration est souvent indiqué, pour cette lettre, par le déterminatif 2 de la voix. Les hiérogrammales fixent de celte manière la valeur de l’aspiration | , a, celle de l’interjection a! écrite !â C’est ainsi que commencent les noms de villes o'->n« == Aturma; S:« «= lav-nx. Abaraa®, etc.
L’article arabe J1 parait rendu par le groupe L4 , ar®. Ce groupe 12 n’était qu’une variante de la lettre simple ^ initiale; on trouve l’une et l’autre orthographe pour le môme mot; exemple : j
"7* ^ T, aban = -i'3«, étalon (4) , variante du mol cité plus haut. Il n'enlrainait pas nécessairement la prononciation a; on le rencontre aussi bien avec d'autres voyelles. Ainsi, I2VX..L, Amour, répond à 'ie>t ; 1 if) ? -V 1 , Aluma, à nl«.
La même lettre, dans son caractère de voyelle finale, conserve une valeur de son variable; ainsi, | transcrit 1 dans Mahia = t-ijç; il répond à y dans ) t*"**^. ] T amen <*> = rqpn. Le son e se rencontre dans JL I $■> ntahera, pour inç, promptu* ,,1) , solers.
Dans la finale j^, souvent citée par nous dans ce mémoire et qui répond à rr ou rr, » arabe, ^ devient muet. 11 en est de môme pour les finales des deux noms de villes : • t V > Tadnkau = ■yjvn et îilil j= Sanmaa — = entf.
Il me semble démontré que le caractère de mater leclioni « à valeur variable, résulte de tous ces faits pour le signe ^ , tout aussi bien que sa valeur d’aspiration initiale = «.
L'aigle ^ était en possession des mômes qualités; il est vrai
(,) Campagnes deThoulmès III; Dcnkin.
III, 3 j , q5.
Conquêtes «le Sesonk I , Hnigsch , Giogr. t. II. pl. XIII, et p. 05.
w Même liste, n“ 70, îaG.
l%) Select pop. pi, XC VII I , I. 9.
ll> Pap. Anastasi , I, pl. GG, I. 3.
Denkm. III, i56. Dans le papyrus Anastasi, I, le même mot sc trouve souvent écrit les deux
déterminatifs sont la jeunesse et la forer.
que je ne l’ai pas encore rencontré comme transcrivant chez les hiérogram mates l’x initial 11 ' d’un mot sémitique; mais les Hébreux ont choisi eux-mémes leur « pour rendre l'^y initial dans le mot ina, par lequel l’écrivain de la Genèse rend l’égyptien antique ^|y® "X"X’ l 'herbe des marais, que la version copte transcrit par &.<bs (*'. Mous trouvons également l’aigle employée comme initiale dans le cartouche d e Xerxès ^ o tiM fiiaria, et
dans celui d’Arfaxerxès f ^ Artaxiasci, où la Bible nous
donne également un *t comme initiale, jy continue d’ailleurs à servir de lettre initiale dans les cartouches d’Alexandre, d’Arsinoë, etc. ainsi que M. Lcpsius l’a fait observer en répondant à M. Brugsch.
Comme mater lectionis, il ne serait pas exact de dire que l’aigle représente seulement le son a; nous le trouvons, en elfet, avec cette valeur dans une foule de mots cités dans le cours de ces études, parce que l’aigle, étant la voyelle complémentaire favorite de beaucoup de consonnes, se trouve souvent correspondre avec l’a; mais on le remarque également avec la valeur é dans : w»^y kamalin , farine = nçj>; s— <, mahar ----- -inç, solers; 'ç"' |
nu far = -isj ( custodiens ), proteclor; et dans i tiiii JL , karkamasa coç^n?. La même lettre répond à ou, i, dans bakar = nim,fcus^, et à o, l, dans P O ^"T" 0 '‘i 3 ’ sekar •= iMo.clausura; Aka — t:s, Saint-Jean-d’Acrc;
TJ-- T ar— us. — La liliale ’Jy, na, équivaut ordinairement à p, comme dans les mots déjà cités : Askalana pour p’îljÇK, Ascalon et Anlana pour ]V?n, chêne, etc.
]|y correspond à i dans a ^yj ] | , karta = ronp, ville.
Enfin, Jy est un simple sclieva ( e muet) dans ~~‘3k -1 -»
Kanâna=\si s; É'n/cnic/ n»ij? ; D^y"vT "T©>
Makatir = ‘rtsç.
111 Je pense néanmoins que le mol itgf qui se lit , anua ( Denkin .
III. 3a, ai), et qui désigne un domaine rural est l'hébreu |ÏK, ope ». — l *> Hincks, Ah attempt , etc. p. Ai. — <3) Select pop. pl. LV1I, I. 6.
92 MÉMOIRE Slllt L'ORIGINE ÉGYPTIENNE
Si nous passons au troisième homophone — >, nous lui trouverons d'abord, comme voyelle initiale, un rapport intime avec y , que nous examinerons tout à l’heure; mais ce caractère n’est pas exclusif; ainsi, Aksapu = montre un aleph égal
Comme voyelle, ce signe était aussi variable que les deux autres. Nous l’avons vu avec la valeur» dans . kamahu — nnp,
farine ; ^ fj) , malier = inç , etc.
Le son e apparaît dans [J 2= a J , kerama, que je compare pour l'étymologie à oy;, vinta (li ; , markabula
— hm'id ou rarto, char; ^ Il ] . . Maktu — tijp ; iifoj ^ 'JJ , «arma «= cVet.
Le bras — > sert aussi à transcrire l'i dans yqp et , ou
— 9. Nous avons vu de môme la finale o', rendue par dans
onvm. Enfin, — < est muet à son tour dans Atuma =
Voilà donc trois voyelles parfaitement semblables dans leur rôle de mater lectionis; comme signe d’aspiration, nous avons déjà signalé le rapport du bras — > avec le y; Yaleph phénicien aura donc été tiré de J ou de En jetant un premier coup d’œil sur les formes cursives de ces deux signes, on peut hésiter dans son choix. Si l’on donnait une attention exagérée soit aux formes plus récentes de Yaleph phénicien, soit au tracé réduit à une simple ligne verticale de Véliph I arabe ou syriaque ), on serait tenté de choisir pour type la forme cursive de la feuille. On peut dire, à l’appui de cette manière de voir, que le recourbement très-marqué du pied de la lettre, dans les papyrus les plus anciens, peut avoir donné lieu au double trait oblique, qui coupe la barre verticale dans Yaleph phénicien. Mais si nous nous en tenons fermement au principe d'abréviation, reconnu partout jusqu’ici, nous préférerons l'aigle et sa forme hiératique, qui n’a presque pas varié. Il est aisé de se rendre
tl; Il est possible que dans la transformation en nom propre, la prononciation des voyelles ait changé. ( Cf. 'O - !? , l 7D'0 . )
DE L'ALPHABET PHENICIEN.
compte, à l'examen de sa figure, comment la gravure a pu ramener à trois traits droits cette forme toute composée de courbes. L’A grec et romain n'a fait que régulariser ces trois traits; l’écriture minuscule, en substituant au burin la souplesse de In plume et en donnant de nouveau à ces traits leur rondeur primitive, a reproduit une ligure exactement semblable à celle des papyrus de la xix 1, dynastie. Ce n’est pas cette fois une ressemblance due uniquement au hasard; elle tient à l'essence de l’écriture cursive, qui n’a fait ici que restituer les formes rondes primitivement altérées par la gravure.
Il n’y a absolument rien dans la langue égyptienne qui puisse nous engager à supposer l’existence d’une aspiration gutturale analogue au y des Sémites. Les Coptes, qui ont conservé si scrupuleusement toutes les lettres égyptiennes propres à écrire les nuances de prononciation que l’alphabet grec ne leur fournissait pas, ne possèdent, outre les voyelles fixes, aucune autre aspiration que le £ = n, n et le -= n. 11 est cependant remarquable que la Bible ait employé fréquemment le y dans la transcription des mots égyptiens; c’est toujours au bras — > que correspond alors cet y de la Bible. Ainsi le mot J, lia, soleil (en copte pn) se reconnaît dans oddvi, jnçnptD, yisn.-njyç, qui parait répondre à nn^,, la vie (copte tuujb) amène au même résultat, car ^ est pour ~^~ 1 c Le titre biblique nsnç, <£apa«, que je compare à la qualification royale ^ ~ ou ^[]- — J perâa, donne encore l'égalité y«= car on sait que — a la valeur .— i^, àa, et le sigle démotique de — est transcrit w dans le papyrus de Leyde. Il est donc extrêmement probable que les syllabes écrites ordinairement en égyptien avec le bras — > avaient une prononciation emphatique, que les Hébreux ont indiquée en se servant du y. Je crois qu’on doit surtout admettre l’existence «le celte nuance de la voyelle
égyptienne dans les syllabes où le bras est introduit à la place de la voyelle qui sert de complément ordinaire à la consonne précédente. Ainsi, dans la syllabe nui, ou il est possible que le bi •as —j n'indique pas le choix intentionnel d’une voyelle emphatique. Mais si l’on trouve -p, au lieu de J ou J | au lieu de ou ’ = ç”, etc. il y a lieu de croire à un choix réfléchi. L’orthographe de ces transcriptions bibliques date probablement de l'époque où nous voyons le y assez fréquemment employé comme maler leclionis dans les textes phéniciens.
Cette spécialité de la voyelle — > la rendait plus propre à approcher de la valeur du y; je dis approcher, car nous verrons tout à l’heure que les hiérogrammates ont cherché un autre artifice pour mieux imiter ce son étranger. Ils ont employé le ■ dans leur transcription de rnrtf y = ^ ^ t= ^ , Asiaret; J ^ Bâr—'jn;
^n/«=njy (dans Belanat)-,^\, Aka^'ai-, .JL,
Kanâna — jyjy ; 1 ~7* ; ] , T’arâu = nyys , etc.
11 ne faut pas cependant oublier que le bras ne pouvait pas être un équivalent exact d’une articulation dont la langue égyptienne ne nous montre aucune trace. Nous avons fait remarquer tout à l’heure que ce signe conservait une valeur égale à un simple « dans ^ * 1 Ç Ahnpu = La transcription du y a donc dù donner lieu à des irrégularités, et les mots empruntés ont pu être altérés dans leur prononciation par les Egyptiens. Ceci explique amplement pourquoi nous trouvons le y remplacé par un £ (A), dans ianehemu = oyV= , locusla.
y, vocalisé par », est complètement supprimé dans ( I J V | , itubu = ajy, 'a :y , , «ea (l *. Ces deux exemples sont essentiels ù
noler pour les règles de la recherche du y dans les mots égvptosémiliqucs.
J’ai dit que les hiérogrammates avaient employé un artifice qu’ils ont jugé propre à mieux fixer dans leur écriture la valeur
m Seltct fnp. Anaslasi, IV, pi. XV, 1. 3. Les déterminatifs sant l'nrlirc J et les vases à conserves de toutes sortes :
du y; ils se sont servis, à cet effet, du mot iin (i jrand ) ,
écrit d’une manière plus ou moins complète : " ~«r , T ou - —
seul. C'était apparemment le mot de leur langue qui approchait le plus de ce que leur oreille saisissait dans le y; parmi les méthodes nombreuses de transcription des mots arabes que nous voyons usitées depuis la conquête de l’ Algérie, la combinaison âa a été également employée dans notre langue pour transcrire le ^ . Nous avons dit que le manuscrit de Levde transcrivait par ce même mot fû> grec, et nous avons tout à l'heure montré - — transcrit par nÿ, a«é, dans nine, <t>a.pad. Sous la xix' dynastie, qui paraît avoir été une époque spécialement littéraire et grammaticale, les liiérograinmates commencèrent à faire grand usage du groupe “ pour écrire le » des mots sémitiques 11 '. On reconnaît facilement celte lettre dans les noms de villes : ^ ^ > 3k Taànaka =* 7|;yn ;
^ Bailâremat » nç/jf (n'a); ^ . Va-àmaU
= po»; Aaat'emna «= os? 15 '.
Parmi les mots égypto-sérni tiques, on peut citer comme incontestables : *7~ Mit V i* x . , ai iak — ptfï , oppressit; cl "fT Q H T" >
âkarla = n^y , cumu.
Si nous groupons les renseignements donnés par tous ces mots, nous trouvons que les Egyptiens ont traité le y de plusieurs façons; quelquefois ils l’ont supprimé et n’ont écrit que la voyelle; quelquefois ils l’ont changé en aspiration; souvent ils l’ont écrit par leur voyelle emphatique - — «; enfin, quand on a recherché une approximation plus exacte, on l’a transcrit par le sigle du mot âa. Tout ceci nous amène aux mêmes conclusions que l’étude de la langue copte, à savoir, que les Egyptiens n’avaient rien qui correspondît exactement à celle articulation, qui parait d'ailleurs tout à fait spéciale aux familles sémitiques. Je crois donc que les Phéniciens ont fait ici ce que chaque nation fit plus tard en adoptant un alphabet étranger; ils ont ajouté une articulation qui leur
m Ia> y ( £ arabe) seulement; quant au y ( £ arabe), nous avons vu qu'il était rendu, comme le 3, par Q; voy. p. A 8 . — 1,1 Bnigach. (jmgr. t. II. C 7 . 08.
MÉMOIRE SUR L'ORIGINE ÉGYPTIENNE était nécessaire. Je rappellerai ici la conjecture de M. Lenormant, qui pense que la figure de l’œil, réduite souvent dans les hiéroglyphes à un petit cercle O, peut parfaitement être l'origine du y. 11 est certain que l’alphabet égyptien ne fournit rien de semblable à cette sorte de cercle O. Le nom du y signifie œil. M. Lenormant fait remarquer, fort à propos, qu’il y a même un rapport de son, puisque l’œil complet æ. avait la valeur syllabique an; on trouve également ou Le radical an, signifiant revenir,
retourner (en copte on, rurstts, ùerum), a fourni le nom de l'ovale. On sait les rapports que le y possède avec la nasale (on l’a souvent transcrit ng) ; il est donc fort possible que les Egvpliens eux-mêmes aient indiqué, à leurs élèves dans l’art d’écrire, la syllabe an, représentée par » ou cd, comme propre à écrire le y. Les Sémites peuvent néanmoins l’avoir ajoutée à l'alphabet par leur propre initiative en imitant grossièrement par un cercle la pupille de l’œil, dont le nom fournissait, par son initiale, la lettre nécessaire. Ce qui me paraît certain , c’est que le type de la lettre phénicienne ne se trouve pas plus dans l’alphabet antique des Égyptiens, que l'articulation ne se trouvait dans leur langage.
St MI-VOYELLES.
Nous avons insisté déjà sur un point important de l'orthographe phénicienne des inscriptions antiques : je veux parler de l'absence complète de voyelles quiescentes. Le ■< et le i ne sont, dans cet ancien style, que de véritables articulations; ce sont donc deux semivoyelles que les Égyptiens ont dê fournir pour compléter l’alphabet sémitique. Le », en égyptien, s’écrivait le signe v\ ne me paraît pas autre chose qu’une simple abréviation de la même lettre. M. Brugsch prétend que \\ doit être considéré comme la voyelle », et ü comme la semi-voyelle. Je ne vois aucune différence dans la manière dont ces deux signes sont employés par les hiérogrammates. Si ^ remplit habituellement le rèle d’initiale dans les transcrip-
DK I. U.l’ll A II ET l'HKNIUKY
lions, c’est par un motif graphique ; w ne fonnnil pas un dessin convenable pour remplir l’espace. Ces raisons étaient très-puissantes dans une écriture qui fut, dès l’origine, décorative au plus haut degré ; \\ se plaçant facilement sur une autre lettre, se trouva au contraire très-convenable pour le petit nombre de cas où l’on s'est servi d’un », comme mater lectionis; mais U était parfaitement propre à recevoir la même valeur, et les noms grecs et romains en fournissent plusieurs exemples. Sans attacher une trop grande importance aux monuments de cette époque, nous croyons cependant que, puisque le vague des voyelles était complètement opposé au génie grec, nous pouvons regarder comme conforme aux règles antiques les particularités qui prouvent que ce caractère a été conservé dans les transcriptions des cartouches grecs et romains. \x, tout comme s’y montre voyelle vague, terminant par exemple le nom d'Arsinoê, et commençant le titre autncrator; de même que nous avons vu, dans les papyrus de la xix r ' dynastie, ^ I commençant le mot inebu — ’jjy, uræ. C’est qu'en vertu de
sa valeur de semi-voyelle », 1 | ou \\ portait avec lui sa nuance d'aspiration qui lui permettait de figui’er seul pour une syllabe.
Nous avons rencontré dans nos transcriptions le xx transcrivant e ou n dans — "vT "T ““ * ^"f r ~ * ■>?? 0,1 iri , et « dans j ~ , Kma — ni?. Le vague de l’i égyptien s’étendait donc jusqu’à l e et à l’a; on sait, d’ailleurs, que dans les mots égyptiens il s'échangeait quelquefois avec ^ signe de la voyelle « (o«).
Comme semi-voyelle, 1 1 figure dans iumn o’, mare;
larturn = prp; I I ç ) , laptt *= is; (Jappe); 1 1 Q IafairiM = ville de la tribu de Juda, etc. On voit dans ce dernier nom le » de la forme ||. figurant tout à la fois d'abord comme semi-voyelle, ensuite comme voyelle vague transcrivant ». Cette lettre répondait donc parfaitement au but que les Phéniciens se proposaient. Si l’on considère le ’ dans l’ensemble de ses varié-
Pap. Annslusi. I. pi. LU. 8.
98 MÉMOIRE Slill l/OHICINE ÉGYPTIENNE
tés , il se caractérise , an premier coup d’œil, par la petitesse relative de scs dimensions. Dans l'inscription d'Esrlimun-e;ei‘, où les formes sont complètes, il n’occupe que le quart de la hauteur de plusieurs autres lettres; il est encore plus remarquablement petit dans les types nrnmécns anciens. La variété des poids babyloniens est également très-petite, comparée aux autres caractères, ("est donc du type abrégé w que provient, suivant toute apparence, la lettre sémitique. Les papyrus araméens présentent une forme absolument identique au tracé égyptien et les autres formes araméennes n’en sont que l’abrégé. La forme phénicienne est un peu plus compliquée, et diffère assez notablement du type araméen ainsi que du modèle égyptien. Lorsqu’elle s'abrége, elle revient exactement aux trois lignes formant zigzag du sigle égyptien, et c'est sous celle forme qu’elle a passé dans la Grèce et l'Italie, ou la courbure diminue progressivement jusqu’à ce que la lettre ail atteint la forme d'une ligne droite verticale, où elle se lixa définitivement.
Nous venons d’établir que les Phéniciens avaient emprunté à l’Egypte, non des voyelles, mais des articulations et semi-vovelles. Nous n'avons donc pas à nous occuper du rôle que le 1 joue dans les textes hébreux à titre de voyelle quiescente ou de mater Icrtionis, puisque les textes antiques ne nous le présentent pas dans ce rôle. La voyelle u (ou), en Egypte, représentée par les signes \, Ç se prêtait volontiers à cet usage; ^ initial, portant avec lui une aspiration, paraît répondre à in. La syllabe ua (nvi) avait pour représentant spécial, dans l'alphabet antique des Egyptiens, le signe
Mais la prononciation du ; consonne ne semble pas avoir été, en hébreu, le son ua; du moins les grammairiens nous le donnent comme un r,et les transcriptions grecques liera — mn, etc. indiquent également une prononciation différente de ua et se rapprochant du r, qui néanmoins avait son représentant spécial dans le 2 sans ilu/ruesch. Les Copies possédaient une articulation également intermédiaire entre le r -= 6 (villa) . et le jili = cj;, car ils ont
UE l/ALI'ltABET PHÉNICIEN.
jugé nécessaire de conserver la lettre antique , <|ui n'est que la
lettre démotique dérivée du serpent céraste « des hiéroglyphes,
comme Champollion l’a reconnu immédiatement.
Nous ne pouvons vérifier si les hiérogrammates avaient transcrit le 1 consonne, par le » — ; cette lettre, étant extrêmement rare,
ne se rencontre pas dans nos transcriptions. Le « y est employé,
dans son rôle de consonne, comme transcrivant le son ph du d dans — - V\T T*’ ^ a f r ” "’Çï • H J- ’ T'efta = nr®s , etc. Mais nous avons déjà démontré (|ue l’emploi de la combinaison ■□, ph = s prouve (jue le « — n’était pas regardé comme un correspondant absolu du s sans dafjuach. * — était, d’ailleurs, employé quelquefois comme voyelle: dans les textes de la basse époque il remplace u, régulièrement. Plus anciennement il existe des formes grammaticales où il joue également le rôle de voyelle ; ainsi dans la formule | [ ^ 1 ^ V , on trouve d'-'s variantes où la finale est écrite
’ , et où, par conséquent, « — est supprimé comme une voyelle ordinaire. Son caractère se résume donc ainsi : comme voyelle il égale u vague; comme consonne il se place auprès de J ^ , bu (vu), de ■□. pli, cl de £}, un; il est conservé précieusement par les Coptes dans le cp Il était donc on ne peut plus convenable pour fournir aux Sémites le type du î. Ajoutons qu'au milieu du très-petit nombre de cas où se rencontre le î. un des plus remarquables est son emploi comme représentant le pronom de la troisième personne. La parfaite ressemblance des pronoms personnels dans les deux langues n’a pas pu échapper aux personnages égyptiens et sémites qui se sont occupés d’adapter I alphabet aux idiomes sémitiques. De même que le 3, qui a servi à noter le suffixe de la seconde personne, n’était autre chose que la coupe égyptienne qui avait le même emploi grammatical, de même le * — a dù naturellement servir de type au i, qui devient pronom suffixe à la tin de certains mots. Disons enfin que l’identité de la figure de ces deux lettres ne laisse prise à aucun doute. Dans tous les textes phéniciens d’une grande antiquité, la forme du i, quoique redres-
t OU MÉMO lit K sut I.ORIfilNE ÉliV l’TIENNK
mm* . (tarde encore lu Irace de la forme ondulée qui caractérise le
serpent < —
SIMILITUDES GKSEHALKS ENTRE LES DEUX SYSTÈMES D'ÉCRITl IIE.
On pourrait, en choisissant des variétés plus favorables parmi les monuments des diverses époques, dresser un tableau où les rapprochements seraient encore plus saisissants que dans le tableau général qui résume nos recherches; mais j’ai voulu exclure de ce tableau tout ce qui pourrait paraître factice. Il ne se compose que d'un simple rapprochement, opéré lettre, par lettre, entre l’alphabet tiré du monument d’ Enehmuu-ezer et de celui du papyrus Prisse. Sur le nombre de vingt-deux lettres qui composent l’alphabet sémitique, huit au moins doivent être considérées comme étant à peine altérées, soit par le redressement, soit par un tracé plus anguleux; ce sont : a, 3, q, 4 , p-, q et Y* Quatre autres sont un peu plus modifiées par un tracé qui paraît dû à la gravure ou par le redressement; ce sont: y. 0 et \â. Cinq lettres ont gardé leur aspect général, mais ont été fortement abrégées; ce sont :
9, *y, y et /t. Le /\ et le ■»* ont perdu toute leur partie inférieure. Le et le <*, de la variété phénicienne, paraissent avoir reçu une légère addition. Enfin, excepté le o, pour lequel nous avons exposé nos conjectures, chaque lettre de l’alphabet phénicien a son type, soit intégralement conservé, soit encore reconnaissable malgré les déviations, dans une lettre égyptienne. Or cette lettre égyptienne est, d’après le témoignage des hiérograminates, précisément celle qui convenait le mieux pour rendre l'articulation phénicienne correspondante. Je crois que ce serait aller contre toutes les règles de la probabilité que de voir lû un jeu du hasard.
A ces similitudes, purement matérielles, un esprit judicieux ne manquera pas d’ajouter les rapports intimes que présentent les deux méthodes d écriture. Le système des consonnes sans voyelles et des voyelles vagues est certainement un des caractères les plus
frappants îles premiers éléments littéraires rie res ileu\ peuples. On a pu croire longtemps que cette manière tle concevoir la syllabe était quelque chose d'essentiel au génie sémitique; mais on sait aujourd’hui que les Assyriens écrivaient, au contraire, avec un syllabaire à voyelles fixes, qui fournit aux savants un moyen puissant pour déterminer les formes grammaticales des mots tracés en écriture cunéiforme de la troisième espèce. L'attribution d’un système de voyelles vagues aux langues sémitiques ne peut donc plus être entendue d une manière absolue. Il est à remarquer que les Éthiopiens, par l’insertion de la voyelle dans le tracé même de chaque élément consonne, sont arrivés de leur côté à un syllabaire conçu exactement d’après les mêmes bases que l’alphabet dévanal'ari. Nous-mêmes aujourd’hui, lorsque nous éprouvons quelque difficulté à transcrire les mots arabes, ce ne sont pas les sousvoyelles qui nous causent de l’embarras, ce sont les consonnes gutturales et aspirées, pour lesquelles il nous faut inventer des signes conventionnels que notre écriture ne nous fournil pas.
Nous avons donc le droit de considérer le lait des voyelles vagues et des voyelles omises dans l’ensemble nies écritures sémitiques comme un legs de l’école égyptienne. Le système assyrien disparut, dans l’usage, devant la simplicité d’une écriture que le génie sémitique avait réduite aux éléments rigoureusement nécessaires pour déterminer la charpente des syllabes, en laissant de côté tous les éléments idéographiques, qui, chez les Égyptiens, suppléaient à cette imperfection de l'écriture des sons et prévenaient souvent l’obscurité. Il est peut-être à regretter que les Phéniciens n’aient pas conservé au moins l’usage des déterminatifs. Les savants philologues qui ont consacré leurs efforts à l'interprétation des inscriptions de Sidon et de Marseille comprendront facilement combien leur marche eftt été plus assurée s’ils eussent trouvé, après chaque mot, un signe qui eût déterminé la coupe grammaticale de la phrase et le sens général du radical à traduire.
Le vague des voyelles est encore plus absolu eu Égypte que
lUi MÉMOIRE SUR LOHIÜINE ÉGYPTIENNE
dans l’écriture actuelle des langues sémitiques. Ainsi nous avons vu <[ue IV, \\, était susceptil)le des valeurs a, e, », w, et que lu, ou, ^ , s’échangeait avec IV et l’a. Les fréquentes différences que l’on remarque, dans l’orthographe massorétique, entre le keri et le kétib, quand il s’agit du i voyelle, permettent de penser qu’à l’origine le ’ et le t, quand on commença à les employer à titre de voyelles quiescentes, participaient plus largement au caractère de vague absolu de leurs modèles égyptiens.
Il faut encore noter, parmi ces ressemblances d’idées générales, la fnculté d’omettre la nasale, considérée comme un simple accident de la voyelle; si cette particularité grammaticale est voilée dans les textes sémitiques, elle reparaît sur les monuments occidentaux, en sorte qu'avec ces linéaments de lettres, il devient extrêmement probable que l'Egypte a transmis à ses voisins un ensemble de préceptes et de vues grammaticales dont les traces se divisèrent cl se modifièrent suivant le génie particulier des nations. Nous connaissons déjà les emprunts importants (pie la Phénicie avait faits à l’Egypte dans le domaine des arts, et les progrès de l'archéologie tendent à nous démontrer que les leçons de Tlwtli revendiquent une large part dans la civilisation de la côte phénicienne.