‹ Mémoire sur la chromhidrose ou chromocrinie cutanéeChapitre 13 sur 23 · III. DESCRIPTION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

III. DESCRIPTION GÉNÉRALE

Nous n'avons certes pas la prétention de tracer une histoire complète de la maladie que nous éludions; nous espérons seulement l'ébaucher assez pour provoquer de nouveaux travaux et guider les observateurs dans les recherches ultérieures. Depuis plus de cinq ans, nous n'avons, pour ainsi dire, pas

cessé de nous occuper de celle queslion, soit en y réfléchissanl, soit en répétant nos expériences ; nous regardons comme un devoir de faire connaître les notions que nous avons laborieusement acquises. Nous avons, il est vrai, à cœur de prouver que nous avons fait tous nos efforts pour nous mettre à l'abri de mystiflcalions, et que c'est bien à tort qu'on comprendrait dans une même accusation de supercherie, toutes les personnes qui ont offert ou offrent encore la coloration anormale des paupières. On ne doit pas voir dans notre persévérance un désir ardent d'attacher, à tout prix, notre nom à une affection nouvelle, puisque, dès notre premier travail sur celle maladie, nous nous sommes empressé de décliner toute prélenlion de priorité et que nous regardons le faisceau des observations antérieures aux nôtres comme un des plus solides arguments en faveur de la thèse que nous défendons.

La chromhidrose peut se montrer subitement, sans cause déterminante appréciable, au milieu des apparences de la santé. Mais, le plus souvent, chez les femmes, il existe depuis un temps variable un étal de chloro-anémie, de la dysménorrhée ou de l'aménorrhée et les conséquences ordinaires des troubles de la menstruation. (Obs. VII, VIII, IX, X, XI, XII, XIV, XVII, XVIII, XX, XXI.) Dans les trois cas observés jusqu'ici chez l'homme, la santé générale avait été profondément débilitée anlérieuremenl.

Quelle que soit l'étendue, quelles que soient les régions successivement occupées par la sécrétion colorée, les deux paupières en ont été le siège primitif. (Un seul cas sur vingtcinq(Obs. XIX. )a fait exception, et encore celle fois la tache s'est montrée au-dessus du sourcil gauche). Lorsque la maladie tend à disparaître et que les surfaces anormalement colorées se limitent de plus en plus, toujours les paupières inférieures ont, en dernier lieu, repris leur aspect naturel. Tous les observateurs s'accordent à signaler les deux paupières comme envahies en même temps (l'obs. V fait exception).

Les régions atleinles successivement sont par ordre de fréquence : les paupières inférieures, les supérieures, les joues, le front, les ailes du nez, toute la face, la région slernale, la poitrine, le ventre, presque toute la surface antérieure du corps, les mains. Jamais les oreilles n'ont présenté la sécré^ tiou coloréé.

Lorsque les quatre paupières sont le siège de lexsudation accidentelle, les deux inférieures sont, de beaucoup, plus colorées que les deux supérieures.

La couleur de la sécrétion anormale varie suivant les cas, et quelquefois chez un même sujet, du noir profond au bleu indigo. La teinte noire a été, de beaucoup, plus fréquemment observée.

Dans presque tous les cas, il y a à peu près égalité de ton entre les deux côtés, quand les taches occupent des régions symétriques et qu'elles ont été, bien entendu, sécrétées depuis le même temps. Une seule fois (obs. XIX) le phénomène ne s'est montré que vers l'angle externe d'un œil, au-dessus du sourcil, pour reparaître plus tard sur la joue du côté opposé.

Lorsque la sécrétion colorée n'occupe que les paupières, elle imprime à la physionomie un aspect très différent, suivant les cas, suivant les époques, chez un même sujet. Si la teinte est peu foncée, si elle ne couvre qu'une zone étroite près du bord ciliaire des deux paupières inférieures, l'effet produit n'est pas disgracieux, le regard peut en acquérir plus d'éclat. C'est ce qui explique pourquoi au théâtre, les actrices, et même dans la vie privée, certaines femmes emploient un cosmétique coloré en noir pour tracer, à l'exemple des femmes de l'Orient, une ligne étroite qui a surtout pour but de prolonger l'angle externe de l'œil. Aussi nos adversaires ont-ils surtout invoqué la coquetterie féminine comme mobile de la chromhidromanie.

Mais si les quatre paupières sont couvertes d'une couche d'un noir profond ; si le front, les joues, toute la face enfln

prend celte couleur, inutile de dire que l'effet produit est horrible. Moins heureux que les docteurs Billard d'Angers, Bousquet, de Saint-Chinian, Neligan, Giffard, nous n'avons pu observer, à Brest, de dépôt de matière colorante que sur les quatre paupières, le front et la portion supérieure des joues. Déjà il n'est plus possible d'invoquer un artifice de coquetterie; à toute vue, la personne atteinte de chromhidrose à ce degré, paraît avoir d'énormes lunettes noires; elle ne peut circuler hors de son domicile sans élre l'objet de l'attention la plus importune et la plus péniblê, pour une femme surtout.

Si, dans un petit nombre de cas, la santé générale a continué à être normale depuis comme avant l'apparition de la chromocrinie, il est loin d'en être de même pour tous.

Les symptômes morbides concomitants signalés par les différents observateurs sont les suivants :

Une toux sèche, quinleuse, dont aucune lésion appréciable à l'auscultation ne pouvait rendre compte. (Obs. IV, V, VI, XVI.)

Des hémoptysies. (Obs. IV, V, VII, VIII, IX, XVI, XVIII.)

Des déjections contenant une matière colorante? (Obs. IV,

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