‹ Mémoire sur la chromhidrose ou chromocrinie cutanéeChapitre 14 sur 23 · V, VII, VIII · texte numérisé non relu

V, VII, VIII

Une céphalalgie intense. (Obs. V, VI, XXIV.)

Sensation de froid aux extrémités inférieures. (Obs. XVII, XVIII, la plupart des observations recueillies à Brest.)

Les taches formées par l'exsudation colorée sont généralement noires lorsque la sécrétion est abondante, ou qu'elle est restée un certain temps exposée à l'air, sans avoir été essuyée. Quand elle est peu abondante, récemment produite, elle donne souvent aux surfaces qu'elle recouvre, surtout sur leurs limites, une teinte bleue plus ou moins foncée. Dans le seul cas où il ait été donné à l'observateur, M. le docteur Bousquet, de voir reparaître la sécrétion accidentelle à mesure qu'il l'enlevait, l'exsudation était d'abord bleu-indigo,

puis elle passait au noir, soit par le fait de raccumulation, soit par rinfluence de l'air. Dans quelques cas, les surfaces envahies ont élé franchement bleues. (Obs. IV, XVI, XIX.)

En examinant avec soin et de près les portions de la peau anormalement colDrées, on voit qu'elles sont recouvertes comme d'une légère efflorescence qui rappelle celle qui se trouve sur certains fruits. Si la transpiration est assez abondante pour les humidifier sensiblement, elles peuvent alors avoir un aspect luisant. Celle apparence était très caractérisée dans l'observation VI ; mais dans ce cas la sécrétion était tellement active qu'elle formait un véritable suintement, la peau semblait enduite d'une couche de cambouis.

Autrement, chez les sujets que nous avons pu examiner, jamais les taches n'ont rappelé l'idée de l'application d'une substance colorante artificielle ayant un corps gras pour excipient. En examinant les taches à la loupe, on voit que les corpuscules colorés sont surtout accumulés dans les plis de flexion de la peau. Nous avons pu constater, surtout en suivant la réapparition de la substance colorante sur les paupières supérieures qui habituellement en sont beaucoup moins chargées, que celte disposition est due aux mouvements de clignement de ces voiles membraneux. Les plis de flexion sont alors dessinés en noir bleuâtre par des lignes d'une délicatesse extrême, surtout si on vient à tendre légèrement les téguments. Ce sont aussi les mouvements des paupières qui font que des amas de matière colorée se rassemblent vers l'angle interne de l'œil, près du bord ciliaire.

Dans aucun cas, nous Vaffirmons, nous n'avons vu les cils agglutinés par une substance colorante. Jamais, chez les sujets que nous avons soumis à des épreuves réitérées, il n'eùl élé possible d'expliquer le retour des taches par une réserve de matière noire placée entre les cils, appelés ainsi à jouer ultérieurement le rôle de pinceau. Cette assertion a pu être vérifiée par M. le baron Larrey, par MM. X. Lefèvre, directeur du service de santé à Brest, Fonssagrives et Jules

Rochard. Depuis l'ingénieuse explication présentée à la Société médicale des hôpitaux par M. le docteur Dechambre, je nie suis attaché à constater et à faire constater qu'il n'existait pas de réserve de matière colorante, réserve qui eu tout cas eût été enlevée facilement à l'aide d'un linge huilé.

A la loupe, on reconnaît également, comme il est dit dans le rapport de M. le docteur Béhier, que les poils légers qui composent le duvet de la peau ont leur couleur blonde ou blanche, ne sont nullement colorés ; ce qui serait tout simplement impossible si la substance colorante venait de l'extérieur et non par des orifices cutanés!

En promenant la pulpe d'un doigt, à nu ou enveloppée d'un linge blanc et fin, on enlève une très légère quantité de matière colorante. Un linge mouillé d'eau ne parvient pas, même à l'aide d'un frottement assez énergique, à rendre à la peau son aspect ordinaire. La glycérine permet de charger plus fortement de substance colorante le linge fin qui en est imprégné, mais la tache ne disparaît pas encore entièrement; il reste une nuance d'un noir-bleuâtre due à une innombrable quantité de petits points noirs, qui donnent à la surface l'aspect qu'offre la peau du menton fraîchement rasée chez les hommes à barbe noire et bien fournie.

Jusqu'à présent, je ne connais que l'huile qui permette de nettoyer rapidement et parfaitement la peau (1). Après un lavage bien fait avec cette substance grasse, il est impossible de retrouver, en examinant à l'aide d'une forte loupe, le moindre corpuscule noir.

Souvent les surfaces qui sont le siège de la chromocrlnie sont d'une sensibilité exagérée. Celte circonstance a été signalée (obs. V, VII, XXIV, etc.) par plusieurs observateurs, et j'ai eu occasion d'en faire également la remarque. Je m'empresse de dire que cette sensibilité, accusée spontanément par les jeunes femmes que j'observais, n'a jamais servi de

(1) La personne qui est le sujet de l'observation XXI ne parvenait pas ù se débarrasser complètement, môme à l'aide de l'huile ; elle fait exception sous ce rapport.

prélexte, comme dans l'observation VII, à un refus de l'épreuve proposée. J'ai remarqué également que la surface essuyée est plus facilement congestionnée que ne le seraient les paupières d'autres personnes, par suite d'un frottement aussi léger. Sous l'influence de ces deux phénomènes, sensibilité et hypérémie, les yeux se remplissent de larmes et le clignement devient très énergique et très fréquent.

J'appelle l'attention sur le développementexagéré du réseau veineux cutané superficiel, que j'ai rencontré dans presque tous les cas soumis à mon observation.

Les paupières inférieures surtout sbnt parcourues par des veines bleues très-apparentes.

Au bout d'un temps très variable (depuis quelques minutes jusqu'à douze et vingt-quatre heures, plusieurs jours même), la matière colorante reparait, en quantité égale ou moindre, suivant que la maladie est récente ou ancienne, que les règles sont sur le point de paraître ou ont paru ; toutes les causes susceptibles de congestionner momentanément le visage, paraissent avoir une influence accélératrice sur la rapidité de la sécrétion, du moins dans la plupart des cas. Chez plusieurs sujets, la matière colorante se manifestait d'abord sur un point très limité, pour s'étendre de là peu à peu et occuper, au bout d'une ou plusieurs heures, les portions de téguments habituellement envahies.

Cette réapparition spontanée est le symptôme caractéristique; c'est là le point capital que nos adversaires scientifiques ne veulent point accepter. Aussi, toutes les fois qu'il sera possible de le faire, faudra-t-il s'en assurer par l'examen direct ou par le procédé du collodion, ou encore par les deux méthodes à la fois. Si des obstacles s'opposent à cette constatation, on aura recours alors à l'examen microscopique et chimique de la substance colorante recueillie avec les précautions que nous indiquerons.

Un linge huilé, promené quelques instants sur les paupières anormalement colorées, offre des marques semblables,

pour peu que la sécrélion soit abondante, à celles qui résulteraient tlu nettoyage d'une cheminée de lampe qui a fumé.

La matière exsudée a une grande puissance colorante.

Une goutte exprimée d'un pinceau imprégné de glycérine et promené quelques instants sur les régions noircies, offre une coloration d'un gris-bleuàtre, quand on place sur un papier blanc la lamelle de verre sur laquelle on l'a déposée. Et cependant cette même goutte examinée au microscope ne présente que des corpuscules colorés disséminés au milieu du liquide. Si le pinceau a été trempé dans l'huile, la goutte qu'on en exprime est d'un noir profond. Si on réunit dans un godet de porcelaine le résultat de plusieurs lavages des paupières, on peut obtenir ainsi une assez grande quantité de matière qui, par le repos, se sépare en partie du corps gras.

Sans entrer dans les détails de l'examen microscopique qui se trouvent consignés dans la seconde partie de ce travail, nous dirons que la matière colorante recueillie récemment et nouvellement sécrétée, suffisamment étendue dans la glycérine, se présente sous l'aspect suivant :

Ce sont des corpuscules de dimensions très variables, ayn toujours l'apparence lamelleusc, ressemblant à des fragmci

brisés d'une couche très mince de vernis desséché. Les formes de ces corpuscules sont on ne peut plus variées; mais d'une manière générale, ou ce sont de petits bâtonnets, ou ce sont des fragments, très sinueux sur leurs bords, rappelant les contours géographiques des îles sur les caries.

Un léger mouvement imprimé à une des plaques de verre fait reconnaître que ces points colorés ne sont pas le résultat d'agrégats fortuits de granulations ; les courants qui s'établissent dans le liquide entraînent les lamelles et les bâtonnets qui nagent en présentant leurs faces. Si la substance colorante n'est pas restée trop longtemps au contact de l'air, la coloration de la très grande majorité des corpuscules est d'un bleu-indigo très foncé, presque noire sur presque toute leur étendue, tandis que les bords, mieux éclairés ou plus minces, ayant une certaine transparence, sont d'un bleu plus clair.

En parcourant avec attention la gouttelette de glycérine colorée placée sous le microscope, on rencontre, en nombre variable, suivant les personnes qui ont fourni la substance, et suivant les jours, chez une même personne, des corpuscules ordinairement très petits, ayant les formes décrites déjà, mais d'une coloration bleu-azur. On ne pourra pas objecter la présence de particules colorées voltigeant dans l'atmosphère et venant se déposer sur la peau, car on trouverait également des corpuscules rouges, jaunes ou de toute autre nuance. D'ailleurs, on rencontre aussi des fibrilles colorées de différents tissus, parfaitement reconnaissables et ne pouvant être, en aucun cas, cause d'erreur. Si les corpuscules sont déposés et retenus agrégés sur des lambeaux d'épiderme, ce qui arrive assez souvent, leur coloration est noire ou presque noire. Si l'on n'a pas eu le soin d'étendre assez la matière colorante, ou si l'on dépose sur la plaque de verre un de ces amasdont nous avons parlé, ou si l'on a recueilli la substance en raclant la paupière à l'aide d'un corps dur, on ne voit alors qu'une masse amorphe complètement opaque et

d'un noir profond, qui a tous les caractères j)hysiques d'un amas de noir de fumée ou de charbon.

Nous avons plusieurs fois, à l'aide d'échantillons pris sur des personnes différentes, fait constater la coloration bleuindigo et les formes lamelleuses, à MM. A.Lefèvre et Fonssagrives, ainsi qu'à plusieurs confrères de la ville.

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