‹ Mémoire ... sur la classification des médicamensChapitre 2 sur 11 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Classifications en général*

L’histoire naturelle comprend une mullifado de corps, dont chacun a sa patrie, son nom, sa forme, ses propriétés et ses usages. L’homme qui sait trouver, dans toutes ces connaissances, quelque chose d’utile, doit aussi chercher les moyens de diminuer les difEcuhés de cette étude immense. En effet, comment pourra-t-il savoir à volonté ce que les autres hommes ont appris de chacun de ces corps , vérifier si ce qu’il remarque, l’a déjà été par quelque autre, comparer ce qu’il voit avec ce qu’on a observé , pour parvenir à être suflSsamment instruit sur leur histoire individuelle? Nous ne devons attendre cet important service que d’une méthode telle , qu’après avoir divisé successivement ces corps en plusieurs groupes, nous arrivions à connaître ce qui dans chacun nous intéresse véritablement. Cette méthode sera donc susceptible de nous fournir des classifications.

Tant qu’on n’avait jeté les yeux que sur. im petit nombre d’êtres de chaque règne, les divi-

sioiis nVfiiient pas très-nécessaires. Aussi la plupart des anciens naturalistes décrivent- ils sans ordre les objets dont ils parlent, tels sont Hésiode, Pline, etc. Si quelques uns d’entre eux ont établi des classifications,ielIes sont tellement vagues, qu’elles méritent à peine ce nom, comme on le voit dans les livres de Théophraste et de Dioscoride.

Le nombre des objets observés par les naturalistes ayant augmenté, on s’aperçut, principalement à l’époque de la renaissance des lettres, qu’il était nécessaire de distribuer leurs descriptions de manière à les retrouver facilement au besoin. On vit, d’ailleurs, que la plupart des conséquences pratiques qu’on peut tirer de l’étude des sciences naturelles, repose sur la distinction des êtres, et on ne tarda pas à s’assurer que leurs progrès tenaient beaucoup a l’ordre qu’on mettait dans les connaissances acquises, aussi bien qu’au procédé qu’on employait pour les répandre. Mais si on a généralement senti futilité d’un ordre quelconque, on s’est bien peu accordé sur le choix du meilleur moyen de distribution. On compte presque autant de méthodes qu’il y a d’auteurs; leur nombre est si grand, et leurs principes si divers , que , pour leur simple indication, il faudrait classer les classifications elles-mêmes.

En les coiisidéraiiî d’une manière irès-génèrale^ les classifications se divisent en empiriques et en rationnelles.

Les premières sont indépendantes de la nature du corps qu’on décrit, telles sont, par exemple, celles qui , disposées selon l’ordre alphabétique, sont seulement fondées sur sa dénomination. Il est bon d’observer que, n’ayant aucun l'apport réel avec lui, elles ne peuvent servir qu’à ceux qui le connaissent déjà par son nom. Cette division peut encore être admise dans les ouvrages qui ont pour but spécial d’indiquer rapidement ce qu’on a à dire de quelques objets, à ceux qui savent par quelle expression on est convenu de les désigner : tels sont les catalogues des plantes, des médicamens, etc. On a encore conseillé ce procédé pour les recueils d’observations éparses.

lies classifications rationnelles sont celles qui ont un rapport réel avec les êtres auxquels on tes applique, aussi sont-elles les seules qui méritent notre attention. Les auteurs qui les ont adoptées, nous présentent une grande diversité dans la marche qu’ils ont suivie, et j’ai remarqué qu’elle tient au but spécial que chacun s’est proposé. Ainsi les anciens n’ayant égard qu’à ce qui les intéressait le plus, c’est-à-dire, aux propriétés et usages des corps, les ont classés d’après ces mêmes propriétés et usages. Lks premiers bo(a-

iiisles dirigèrent leurs divisions vers ce but essentiel ; Théophraste , au milieu du désordre extrême de son histoire des plantes, paraît distinguer les herbes en trois classes, les potagères, les froniciitacées ou dont les graines peuvent être mangées, et celles qui fournissent des sucs utiles. Dioscoride considère les plantes, selon qu’elles sont aromatiques, alimentaires, médicinales, ou propres a faire du vin. Ces classifications qui ont recule nom d’usuelles ou pratiques, sont les plus importantes, et les seules qu’on doit employer pour les médicamens.

On reconnut bientôt que ces distinctions, fondées sur l’usage des êtres, ne peuvent fournir aucun secours à ceux qui n’ont aucune notion des êtres eux-mêmes , et on jugea qu’il était nécessaire de prendre pour base la structure ou d’autres qualités physiques. Cette idée, est excellente quand on étudie les objets en naturaliste. Mais l’utilité des classifications pratiques est aussi évidente, si on les considère sous leur véritable point de vue, c’est-à-dire, comme un moyen de mettre de l’ordre et de la précision dans les applications pratiques de la science, en même temps qu’on les rend plus faciles. J’accorde tous ces avantages aux classifications, restant toutefois persuadé qu’une prévention exagérée ne doit point faire attacher trop de prix à

ces méthodes, même les plus perfectionnées.

Nous allons voir que ces différentes divisions, établies d’apres divers points de vue, ont été appliquées par les médecins , aux moyens que'^la thérapeutique met eu usage.

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