PREMIÈRE CAUSE
' Défaut de connaissances suffisantes en histoire naturelle ^ chimie ^ ^pharmacie y anatomie , physiologie et thérapeutique chez les Anciens.
Privée des lumières de ces sciences et de ces branches delà médecine , la matière médicale ne pouvait faire des progrès ^ parce qu’elles lui sont d’une utilité indispensable. C’est pour ne les avoir pas possédées qu’on connaissait mal les substances qu’on employait; on les confondait les unes avec les autres ; les préparations pharmaceutiques étaient défectueuses et changeaient souvent la nature des remèdes. On rassemblait, dans de longues formules, des moyens disparates dont les vertus se détruisaient mutuellement ; de là , l’impossibilité de deviner l’action d’un médicament à travers ce chaos de combinaisons. L’anatomie, dans l’enfance, n’avait pu éclairer la phy-
sîologie , qui à son tour doit être le fondement de la pathologie. On faisait des essais sur des liquides retirés des cavités qui les renfermaient , sur des organes privés de vie , sur des animaux trop éloignés de l’homme y par leur organisation et leurs habitudes. On rapportait aux moyens employés des résultats produits par la nature ou les influences hygiéniques. D’autres fois on n’attribuait pas le mal aux remèdes, d’ailleurs trèsénergiques , qu’oii avait mis en usage , mais on se contentait de prononcer que le mauvais étaé de l’individu dépendait de la marche de là maladie ; que cette dernière l’emportait sur les forces de la nature; que c’était un jour critique, et, avec des mots mystérieux , on couvrait ces mêmes maladies d’un fatalisme ridicule. On citait avec beaucoup d’emphase les succès obtenus avec tel moyeu , sans parler des résultats malheureux. La détermination inexacte de l’alféction rendait impossible la connaissance de l’action de l’agent médicinal. Car une substance ayant été prônée pour un cas mal déterminé, était employée dans d’autres qu’on croyait être semblables , et qui cependant étaient différens; elle ne réussissait pas, et on la déclarait inutile ou dangereuse. Les médecins se contentaient , dans leurs écrits , de substituer une hypothèse à une autre , après avoir longi*çment raisonné sur des faits incom^^
plets ou mal observés. Enfin , c’est par les plus absurdes expériences qu’on prétendait découvrir les propriétés des médîcamens. Galien , dans son livre de Therîaca adPisojiem , nous rapporte que lorsqu’on voulait savoir si la thériaque possédait véritablement les vertus qu’on lui avait assignées, on en faisait prendre une dose suffisante , après laquelle on donnait un purgatif. Si ce dernier agissait, on jugeait que la thériaque n’avait point les propriétés^ médicinalés qui lui étaient attribuées. Aussi, comme le remarque Bichat, la matière médicale n’a été qu’un incohérent assemblage d’opinions, elles-mêmes incohérentes, un ensemble informe d’idées inexactes, d’observations souvent puériles, de moyens illusoires, de formules aussi bizarrement conçues que fastidieusement assemblées. Pouvait-on , avec aussi peu de lumières, débrouiller les véritables propriétés des médicamens ?