‹ Mémoire ... sur la classification des médicamensChapitre 6 sur 11 · SECONDE CAUSE · texte numérisé non relu

SECONDE CAUSE

Influence des systèmes de médecine anciens et modernes sur V appréciation des propriétés

médicinales des médicamens •

En parcourant les livres de matière médicale , on reconnaît bientôt combien sont v^j/ables les

opinions qu’on y trouve , relativement aux propriétés médicinales des médicamens. Mais une chose bien digne de remarque , c’est qu’elles répondent parfaitement au système pathologique de leurs auteurs.

Que penser de ces propriétés , quand on voit les médecins errer pendant tant de siècles dans le champ des hypothèses 5 observer attentivement les fluides du corps humain et leur attribuer gratuitement la plupart des maladies? Soumise à l’esprit qui règne en pathologie , la matière médicale ne s’occupe alors que des changemens occultes que ses agens doivent opérer dans la constitution intime de tout le corps , et l’homme de l’art ne songe plus qu’à corriger directement les altérarations humorales avec des inviscans, atténuans, délayans ou fondans.

Les chimistes , considérant l’économie animale comme leur laboratoire , croient que les substances qu’ils mettent en œuvre ^ vont agir sur les acides et alcalis de notre corps , et ne tendent à rien moins qu’à neutraliser la maladie. Sthaal et son école craignent ^ avec ces moyens , de déranger les actes salutaires de la nature qu’il faut toujours respecter. Boerhaave voulant tout soumettre aux lois de la physique , n’a recours qu’à des apéritifs, incisifs, etc., pour détruire la lenteur, l’épaississement du sang, et la stagnation dans les

vaisseaux capillaires , qui sont la cause de la fièvre. Au lieu de cela , Cullen cherche , avec ces inédicamens , à calmer le spasme des petils vaisseaux.

Les solidistes, portant leur attention exclusivement sur les solides , ne parlent que des changemens qu’ils éprouvent dans leur constitution matérielle , leur texture et leur densité. Ils n’administrent plus que des humectans , relâchans , astringens et stiptiques , qui supposent des mouvemens opérés dans la situation et dans la disposition des fibres organiques, que personne n’a jamais aperçus.

Les vitalistes créent autant de forces qu’il leur plaît dans le corps humain, et accordent aux remèdes une action sur telle ou telle de ces forces. Les uns ont pour but d’attaquer, avec les agens de la pharmacologie , une affection d’un principe vital qu’ils ont imaginé; les autres d’agir sur, des rayotilités , tonicités , altérations des forces et propriétés vitales arbitrairement établies.

Brown se présente avec un système bien séduisant par sa simplicité ; il n’admet que sthénie et asthénie dans les affections pathologiques, et ne connaît plus que toniques pour augmenter les , forces, et débilitans pour les. diminuer. Bientôt un Brownien zélé; qui ne me paraît pas toute-

fois avoir bien saisi l’esprit de ce syslème, publie, d’après les principes de son maître , une pharmacologie dans laquelle il partage les médicamens en dentelasses seulement ^ les sthéniques et les asthéniques (i). Gren^ lui-même <5 adopte la terminologie brownienne , dans la nouvelle édition de sa pharmacologie (2). Les médecins de toutes les nations modifient ce système ; les Italiens établissent la théorie de la contrestimulation^ et font, dans la pharmacologie, une classe de contrestimulans. En France, les partisans exclusifs d’une nouvelle doctrine voudront peutêtre nous faire croire qu’ils sont tous excitans , parce qu’ils prétendent trouver des inflammations dans toutes les maladies. Ainsi on voit la matière médicale livrée aux rêveries de tous les faiseurs de systèmes , qui savent rencontrer dans les corps médicamenteux les propriétés qui leur conviennent. Chacun accorde à la substance qu’il met en usage des vertus différentes, selon la théorie qu’il se fait du désordre pathologique qu’il traite ; théorie , qui au lieu d’être la conséquence sévère des faits bien observés , est plutôt subordonnée à des systèmes enfantés par une idée principale hypothétique qui n’a que trop long-

(1) Pharmacologia Browniana f 1798,111-8®, (a) Hallœ ; 1 798 , m-8",

temps dirigé les travaux des auteurs, saus qu’ils s'aperçussent de leur erreur; car je remarque , en passant, que lorsqu’on a accoutumé son esprit à un certain ensemble d’idées, on arrive, par une pente insensible, à n’être plus frappé des inconséquences que l’on a toujours admises, et à traiter d’hypothèses les opinions contraires à celles qu’on a soi-même adoptées sans réflexion. La matière médicale est très-exposée à cette difficulté, parce qu’on ne peut pas, comme en chimie, y démontrer la fausseté d’une théorie par un seul fait , mais par un ensemble de faits qui ne frappent pas également tous les yeux. Est-il possible que , sous finfluence de tant de systèmes , les uns plus bizarres que les autres , les propriétés médicinales des médicamens aient été bien connues ?

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