TROISIÈME CAUSE
Emploi des agens pharmacologiques , daris Vin-tention de combattre une maladie donnée , et non de remplir les indications quelle présente*
On a cherché à découvrir la faculté dont jouissent les remèdes de guérir une maladie donnée, ce qui a porté les médecins à croire qu’un médi-
caillent ayant eu des succès dans une telle aiSeCfion, doit réussir dans tontes celles qui portent le même nom. C’est ainsi que dans des mémoires ad hoc , et dans des observations insérées dans les ouvrages périodiques , on nous parle d’une substance qui guérit telle maladie. Les praticiens veulent s’assurer du fait, et ils ne tardent pas à annoncer de toutes parts qu’ils outmis en usage le même remède dans la même affection sans aucun succès. D’autres prétendent au contraire en avoir obtenu des avantages; le différend ne se vide pas, parce qu’on ignore la bonne méthode de juger la question, et l’incertitude est le résultat de ce conflit d’opinions. Cette manière de procéder dans l’étude des propriétés des médicamens est tellement vicieuse, qu’elle conduit à des résultats évidemment absurdes. Ainsi, puisqu’une même indication se présente quelquefois dans des maladies différentes, et que d’ailleurs une même affection peut être guérie par des agens divers, comme on le voit tous les jours, il s’ensuit que le moyen'qui a eu des succès dans une maladie , en aura dans plusieurs autres , et l’on ne tardera pas à croire que c’est le remède de toutes ces affections. C’est ce qui arriva pour la thériaque, préparation qui fut appliquée à toutes les maladies, et qui avait été inventée d’abord pour prévenir les suites de la morsure de^ serpens, par Andro-
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maque de Crète, médecin de l’empereur Néron, le premier que nous trouvons dans l’histoire sous le titre ^ A rchiatre.
On aurait eu des résultats bien plus satisfaisans, si on s’était attaché à bien étudier l’utilité des instrumens de la pharmacologie, pour remplir les indications. La médecine n’étant autre chose que l’art de connaître ces mêmes indications et de les remplir, le praticien ne doit pas avoir d’autre but, et il doit oublier que très-longtemps on a considéré la maladie comme un être qu’on doit combattre avec tel remède. La goutte et plusieurs autres afTections sont encore aujourd’hui dans ce cas, mais j’ose espérer que des recherches exactes d’anatomie pathologique nous mènerpnt à quelque chose plus de précis. On doit se servir des médicamens partout où l’indication à remplir les réclame; c’est la seule bonne manière d’employer les armes que la matière médicale nous fournit; elle sert aussi à mieux apprécier les diverses propriétés qu’on leur a accordées pour guérir telle maladie donnée. Il est cependant des cas où il faut administrer un remède sans trop songer à l’indication ; ce sont ces maladies dont la nature nous est inconnue, et pour le traitement desquelles le hasard et l’expérience après, nous ont fourni des médicamens ordinairemen f victorieux, que nous appelons spé-
cirques. Personne aujourd’hui n’oserait mettre en doute l’efficacité du quinquina dans les fièvres intermittentes, du mercure dans la vérole, et tous les jours les médecins en ordonnent l’usage sans chercher à se rendre raison de l’indication qu’ils remplissent. Le nombre des spécifiques avait cependant été poussé trop loin par les anciens, ce qui nuisait beaucoup à l’étude des propriétés des agens de la thérapeutique. Car dès le moment qu’ils croyaient connaître le spécifique d’une maladie , ils s’en tenaient là et ne portaient pas plus loin leurs recherches.
Il est cependant des médecins que ce mot mystérieux n’a pas arrêté , et qui ont voulu soulever le voile qui couvre l’action de ces médicamens; M. Bourgeois, par exemple, a fait part cette année à la Société de médecine de Paris de ses observations sur le mode d’action du sulfure de potasse contre le croup^ substance qu’on avait baptisée de spécifique. Si son opinion se trouve un jour confirmée, ce remède sera rayé de la liste de cet ordre de médicamens, et il ne sera indiqué que comme un excitant qui agit par révulsion, en déterminant sur l’estomac une irritation plus ou moins forte qui déplace celle de la gorge.