‹ Mémoire ... sur la classification des médicamensChapitre 8 sur 11 · QUATRIÈME CAUSE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CAUSE

Défaut attention suffisante d Vétat actuel de la partie avec laquelle les médicamens sont mis en contact^ dans les expériences qui ont été faites au lit du malade y pour découvrir leurs propriétés médicinales.

Les propriétés des corps les uns sur les autres sont relatives, dans leurs effets, à la combinaison des principes dont ils sont composés , et aux circonstances dans lesquels on leur fait jouer un rôle. Les médecins qui ont étudié la puissance des médicamens sur nos organes, n’ont pas porté toute leur attention sur ce dernier point de vue. Ils n’ontpoint suffisamment senti, que pour juger sainement des propriétés médicinales des moyens pharmaceutiques, il faut, après s’être assuré de leurs bonnes qualités et avoir bien saisi l’indication à remplir, s’attacher à bien déterminer l’état actuel de la partie avec laquelle ils vont être mis en contact, parce que cet état va modifier singulièrement et quelquefois changer entièrement les effets de ces mêmes moyens.

Puisque ce sont les organes qui exécutent les mouvemens physiologiques médicinaux, c’est leur élact actuel qu’il faut apprécier quand on a

constaté la bonne nature des matériaux qu’oii met 311 usage. Ces derniers agissent toujours également, et on serait sûr de l’effet physiologique , si les organes étaient aussi toujours dans le même état. Tout le monde sait que, lorsqu’on administre très-fréquemment la même substance , sa force active paraît diminuer, elle semble perdre peu à peu de sa puissance , et finit par ne plus produire des effets sensibles. Cependant son inertie n’est ici qu’apparente, elle ne peut point avoir perdu cette force, parce qu’elle n’a pas changé de nature et qu’elle est toujours la même ; c’est donc l’état des parties sur lesquelles cette action s’exerce qui a changé, et c’est lui qui, bien apprécié, rendra raison de la faiblesse du médicament.

Appliquons ces réflexions aux organes gastriques , parce que c’est dans leur intérieur que sont envoyées presque toutes les substances qu’on veut introduire dans le corps; ce qui rend, selon moi, continuellement indispensable, la' connaissance de leur état actuel.

Le canal digestif étant le réceptacle naturel des alimens , les médecins ont cru qu’il devait en être de même pour les médicamens. En effet, ce mode d’administration est très- avantageux, à cause de l’activité des sympathies de ce conduit, et de la facilité avec laquelle les substances y sont

absorbées. Mais peut-être est-il trop générale- ' ment employé , car les maladies du système gastrique étant encore peu connues, quoique trèscommunes , l’application immédiate, et souvent répétée , de médicainens plus ou moins actifs sur la surface affectée, peut devenir nuisible dans une infinité de cas.

Le praticien doit bien surveiller le conduit alimentaire, s’il veut se rendre compte^ autant que possible, des résultats qu’il obtient avec les agens qu’il y envoie. Avec une pareille attention, il se rendra aussi raison de plusieurs opinions qu’on a émises sur les vertus de quelques agens pharmaceutiques, et il lèvera des doutes qui existent encore aujourd’hui sur beaucoup de points de la matière médicale. Il verra, par exemple, dans la digitale, un très -bon moyen de diminuer le nombre des pulsations , quand il n’y a pas dans le corps un point inflammatoire qui tende à entretenir la fréquence du pouls, et surtout lorsque ce n’est point le tube digestif luimême qui est irrité , comme j’ai pu m’en convaincre plusieurs fois. Si, au contraire, ce canal se trouve déjà dans un état d’excitation, la digitale devient un fort stimulant qui augmente le nombre des pulsations et enflamme 1 estomac, comme on peut s’en assurer par neuf observations fort intéressantes publiées par Robert

Brée. Le musc sera un des meilleurs moyens de calmer les symptômes nerveux , si la membrane muqueuse gastrique n’est pas atteinte d’inflammation, comme l’a parfaitement constaté M. le docteur Récamier. Il ne me serait pas difficile d’ajouter encore plusieurs exemples ; aussi je reste convaincu qu’il n’est pas possible de juger sainement des propriétés médicinales des médicamens qu’on emploie, sans observer, avec une grande attention , l’état actuel des voies gastriques, et en général des organes sur lesquels les moyens médicinaux agissent immédiatement. Or, comme jusqu’ici on n’a pas assez remarqué ce point de vue si important, je crois pouvoir avancer qu’il est impossible que les vertus des médicamens soient encore suffisamment connues, pour servir de base à une classification régulière.

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